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Opérations

Voyages de noces : originaux mais pas trop

Depuis une quinzaine d’années, les acteurs du tourisme ont multiplié les offres sur le marché de la “lune de miel”. Si le mythe des îles et des plages de sable fin demeure invariablement en tête des demandes, de nouvelles clientèles apparaissent et plébiscitent les voyages de noces authentiques dans des contrées moins explorées, notamment en Afrique, en Amérique du Sud et en Australie. Les forfaits “all inclusive” tendent à se généraliser.

L’année dernière rien qu’en France, 260 000 mariages ont été célébrés. Un chiffre qui est en baisse depuis le “pic” atteint en 2000, avec près de 300 000 couples français qui s’étaient dit “oui !”. Pour autant, le marché des voyages de noces reste toujours aussi porteur. Depuis une quinzaine d’années, tous les grands tour-opérateurs généralistes se sont progressivement positionnés sur ce segment, aux côtés d’agences spécialisées. De plus, si le voyages de noces tend à prendre une place croissante dans les listes de mariages, les anniversaires de mariages sont aussi une occasion de renouer des liens en voyage. Le profil des mariés a évolué et l’âge moyen recule : 28 ans pour la mariée, 30 ans pour son époux. Un mouvement global qui se retrouve sur les continents occidentaux, au niveau de vie plus élevé. Du coup, le contenu des listes de mariages se modifient et laissent une plus grande place aux voyages. “Les mariages étant de plus en plus tardifs, les couples vivent souvent déjà ensemble et possèdent les biens d’équipement quotidiens. Les voyages de noces font figure de cadeau idéal. 80 % des couples l’incluent dans leur liste de mariage”, explique Gaëlle Remy-Neris, directrice du Salon du mariage au Carrousel du Louvre à Paris. En France, le budget moyen d’une lune de miel, en hausse, s’élève à 4 440 euros en 2005.Aujourd’hui, tous les prestataires s’accordent à reconnaître que l’évolution n’est pas terminée et que la maturité du marché conduit à rechercher des activités toujours plus originales. Désormais le principal facteur de différenciation pour les acteurs de ce créneau.De Kuoni à Donatello en passant par Asia, presque tous les tour-opérateurs haut de gamme ont créé des brochures de voyages de noces, et les réseaux de distribution comme Afat Voyages et Selectour ont emboîté le pas pour ne pas être en reste.Quelles sont les destinations préférées des jeunes mariés ? Le classement ne varie guère depuis dix ans. “L’île Maurice, les Seychelles, la Polynésie arrivent invariablement en tête des demandes. C’est souvent le premier voyage très lointain des mariés et l’archétype des longues ballades à deux aux bords des lagons bleus et des plages de sable fin demeure”, déclare Chritine Louyot, responsable de Lafayette Mariages, le comptoir spécifique des Galeries Lafayette qui traite 18 000 listes de mariages par an. Car pour consacrer leur union, les couples veulent un voyage exceptionnel et faire des activités qu’ils ne s’offriraient pas d’eux-mêmes. “Ceux qui ont l’habitude de voyager vont le faire dans des conditions de luxe suprême tandis que ceux qui voyagent moins vont désirer partir vers des destinations lointaines mythiques”, renchérit Gaëlle Remy-Neris. Pour renforcer l’idylle, rien de tel que des paysages idylliques et les îles arrivent naturellement en tête des rêves des jeunes mariés. “Ils ont des demandes très classiques. Ils font le voyage que leurs parents n’ont pas pu effectuer”, s’étonne Lucie Maschino, fondatrice d’Ile-resa.com, une agence de voyage en ligne spécialisée sur les îles et qui réalise 50% de son chiffre d’affaires sur le marché des lunes de miel.Ce n’est donc pas un hasard si l’île Maurice a basé une bonne part de son marketing sur les voyages des noces. Avec un succès qui ne se dément pas au fil des années. Pourtant depuis quatre cinq ans, d’autres destinations émergent. Chez Lafayette Mariages, l’Argentine, le Chili, le Costa Rica, le Canada ou encore le Brésil ont fait leur entrée dans le catalogue : “Certains couples recherchent des pays neufs bénéficiant d’importants espaces naturels, qui évoquent un côté pur et inédit”, observe Christine Louyot.Autre nouveau venu sur ce créneau en quête d’images fortes : l’Afrique du Sud. “Ce pays exerce un fort pouvoir d’attraction. Observer un coucher de soleil au milieu de la savane a une image évocatrice de romantisme très forte”, indique Patrick Génie, directeur commercial pour la France de Sun International, chaîne hôtelière leader en Afrique australe de l’Afrique du Sud, à la Zambie en passant par le Swaziland.Ainsi, les couples qui se rendent dans ses établissements privilégient les safaris en 4x4 ou à dos d’éléphants, ou le vol en ULM au dessus des chutes Victoria entre Zambie et Zimbabwe. “Pour ces clients, partager des activités exceptionnelles est tout aussi important que les paysages”, poursuit le responsable.Des jeunes mariés avides de découverte, Evelyne Lazier en voit souvent. La directrice de l’agence Légendes Australiennes accueille de plus en plus de couples. “Depuis trois ans, la demande s’accélère. Les voyages de noces représentent aujourd’hui 30% de notre activité contre 10% auparavant”. Le profil de ces couples aventuriers ? Des jeunes mariés de 25 à 32 ans, de catégories socioprofessionnelles élevées, à la recherche d’authenticité plus que de lagons bleus. “C’est l’anti- Seychelles. Tout en gardant la notion de surprise, ils privilégient les découvertes culturelles et les activités au luxe. Depuis un an, nous avons des demandes pour des séjours de type “randonneurs” où les couples accordent moins d’importance aux établissements de luxe, à la recherche d’une expérience exceptionnelle, loin des clichés”, commente Evelyne Lazier. Les budgets de ces séjours s’échelonnent de 6 000 euros à 10 000 euros par couple pour une durée de trois à quatre semaines, contre une dizaine de jours en moyenne pour les voyages dans les îles. Camping au milieu de la poussière du bush australien et parcours de “Quad” dans le Centre rouge et séjours sportifs multi activités demeurent très demandés. “Cette clientèle est désireuse de faire des choses, de découvrir activement un pays”. Chez Légendes Australiennes, la demande pour des établissements de luxe est extrêmement minoritaire.Cette nouvelle typologie de jeunes mariés bouleverset- elle fondamentalement le marché du voyages de noces ? “Certes non !”, selon Evelyne Lazier qui ne voit pas venir la fin du modèle Seychelles. “Au contraire, ces deux types de voyages de noces coexistent”. Et pour capter cette clientèle active, les îles réputées pour des séjours romantiques - “les yeux dans les yeux” - se sont adaptées. “Depuis quatre ans, nos séjours combinant l’île Maurice et l’Afrique du Sud ou Dubaï remportent un franc succès”, indique Mickaël Le Luron, directeur marketing de Beachcomber Hotels, qui possède neuf établissements dans l’océan Indien. Tout comme les séjours combinant les grands espaces de la Réunion, pour que Monsieur puisse faire du trekking, et l’île Maurice avec spa et bronzage pour Madame. Et Mickaël Le Luron de noter que ces jeunes mariés ont des dépenses d’excursions supérieures aux clients classiques.Même sur le créneau détente et rêverie, de nouveaux produits apparaissent dans les catalogues des professionnels des voyages de noces. Suivant la tendance générale, le segment spa & bien-être se développe. “Aujourd’hui, plus aucun resort ne peut se passer d’un spa ou de salles de massages”, tranche Mickaël Le Luron. Avec un paradoxe : “Il y a une réelle curiosité pour les nouvelles techniques de type massage ayurvédique, shiatsu, session de méditation... et pourtant, au bout du compte, 90 % de ces clients choisissent un massage classique. S’ils désirent s’initier à des pratiques “à la mode” mais ne veulent pas se lancer dans quelque chose qui leur est trop inconnu”. Le classicisme à la vie tenace. Chez Lafayette Mariages, les séjours bien-être et de thalasso ont le vent en poupe… tout comme les cures prénatales. “30% des mariages régularisent une relation avec des enfants. Nous avons dû faire évoluer notre éventail de choix face à la hausse des couples ayant déjà des enfants”, justifie Christine Louyot.Les hôtels ne ménagent pas leurs attentions pour les jeunes mariés. Pour les attirer, la chaîne Marriott a inclus en juillet dernier les voyages de noces dans son programme de fidélité. Les couples qui auront réservé entre le 1er novembre 2005 et le 30 mars 2006 pourront bénéficier de points de fidélité s’ils tiennent leur réception de mariage dans l’un de ses établissements avant le 1er janvier et 30 septembre 2006. Le nombre de points varie selon les dépenses effectuées : 150 000 points de fidélité si l’événement génère une addition de 12 000 euros et jusqu’à 250 000 points pour une facture de 20 000 euros. Ces points, accordés dès la signature du contrat de mariage, peuvent être utilisés pour la lune de miel.Aux Etats-Unis, le secteur des voyages de noce est évalué cette année à 5,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit 1,17 % du marché américain du voyage, selon une enquête consacrée réalisée par le groupe de presse américain Fairchild Bridal Group spécialisé dans ce segment. Si le marché paraît restreint en soi, les jeunes mariés dépensent davantage que les autres clients : 3 000 euros en moyenne pour leur lune de miel, selon une enquête du magazine Modern Bride, ce qui représenterait près de 6 % d’un revenu annuel moyen américain.Et des attentions, les couples en réclament d’autant plus qu’ils veulent faire de leur séjour un moment exceptionnel et intime. Ainsi, la plupart des hôtels offrent une bouteille de champagne et un dîner en tête-à-tête ainsi que des corbeilles de fruits. Les mariés chez Lafayette Mariages se font accueillir à la sortie de l’aéroport en limousine tandis que dans les hôtels Sun International, pétales de roses et bougies agrémentent la chambre nuptiale. “Les mariés achètent une part de rêve. Ils veulent que tout soit parfait du début à la fin et ont un niveau d’exigence très fort”, déclarent à l’unisson les organisateurs.De nouvelles méthodes de commercialisation se font jour. Outre les réductions tarifaires pour madame, proposées depuis plusieurs années, le concept du séjour “all inclusive” se généralise. Le groupe américain Sandals fut le premier à inclure les dîners, excursions et sports dans ses forfaits lunes de miel. Cette tendance s’accentue. “Aujourd’hui, les mariés veulent être accueillis en VIP mais sans avoir de surprises une fois sur place”, déclare Christine Louyot, de Lafayette Mariages qui a accru ses offres “tout compris”. Elle a même instauré une formule permettant aux mariés de composer toutes les activités de la lune de miel, dont le coût est connu à l’avance, avec un dispositif permettant “d’épargner” 10% du coût total du voyage pour payer les extras décidés sur place sur un coup de coeur. De même, Beachcomber propose dans ses établissements d’acheter des tickets d’une valeur de 30 ou 40 euros, donnant l’accès illimité aux prestations de restauration. “Cela marche très bien, sauf auprès des couples baroudeurs auxquels nous fournissons des piques niques”, confirme Mickaël Le Luron.Malgré le boom de l’e-commerce, Internet peine à se faire une place au soleil sur ce marché du romantisme. Pourtant les chaînes comme Sun International, Beachcomber ou Sandals proposent des offres en ligne, avec ou sans promotions. Sans grandes retombées. “Les ventes sont marginales car les jeunes mariés recherchent des conseils personnalisés pour préparer ce qui est le voyage d’une vie”, résume Mickaël Le Luron. “Seules 7 % des ventes sont réalisées en ligne et sont le fait des clientèles scandinave et allemande. Internet est davantage une vitrine d’information”, résume Lucie Maschino d’Iles-resa.com. “90% de nos voyages de noces se préparent par téléphone”.Si classique soit-il, le marché des voyages s’élargit avec les mariages organisés sur place. De nombreux prestataires offrent cette possibilité et Marriott a mis en place depuis moins d’un an un site Internet spécifique. Sur joyweddingbymarriott.com, les jeunes mariés peuvent organiser leur mariage auprès de 2 000 conseillers. “L’idée de se marier au bout du monde séduit surtout les Allemandes, les Anglais et les Scandinaves, contrairement aux peuples latins, Espagnols, Italiens et Français qui préfèrent célébrer leur mariage en famille”, remarque Mickaël Le Luron. Un nouveau segment se fait jour avec les mariages organisés à l’étranger avec toute la famille et les amis.Enfin le marché se renouvelle avec les anniversaires de mariages et le renouvellement des voeux qui attirent une clientèle plus âgée et moins éprise des excès de romantisme. “Ces clients cherchent avant tout à se faire plaisir à deux avec un hébergement et des prestations gastronomiques plutôt que de cumuler de nouveaux souvenirs romantiques”, poursuit le directeur marketing de Beachcomber Hotels.

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