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Analyses

Rumeurs de privatisation de Roissy-CDG et Orly : quel impact sur le tourisme ?

Après les privatisations des aéroports de Lyon, Nice et Toulouse, il se murmure que les sites de Paris CDG et d’Orly, les deux premiers aéroports de France, pourraient prochainement suivre le même traitement. Pour quelles conséquences pour l'industrie touristique française ?

Depuis 2014, l’Etat a liquidé ses parts dans trois grands aéroports nationaux : Toulouse-Blagnac fut le premier en ligne de mire, dont près de 50% ont été cédés au chinois Casil Europe en décembre 2014. Puis en 2015 ont été négociées les cessions à hauteur de 60% des aéroports de Nice-Côte d’Azur au consortium Azzurra, piloté par l'italien Atlantia accompagné du français EDF Invest, et du site Lyon-Saint Exupéry au consortium Vinci-CDC-Predica. Aujourd'hui, il est envisagé que les deux principaux aéroports du pays, Paris-Charles de Gaulle et Paris-Orly, subissent bientôt le même sort dans un contexte de restrictions budgétaires -et donc de difficultés pour l'Etat à investir, en parallèle d'un besoin de liquidités.Ces cinq structures figurent dans le Top 6 des premiers aéroports français, et représentent en 2016 plus de 70% du trafic aéroportuaire dans l’Hexagone. Les deux infrastructures parisiennes y concourent pour plus de la moitié ; et plusieurs scénarios sont envisagés pour le cas où l’Etat viendrait à les céder. Se défaire de Paris Aéroport (où l’Etat français est actionnaire à hauteur de 50,6%) dont la valeur totale est estimée à 15 milliards d’euros, ou céder seulement une participation moins importante. Mais au-delà des finances de l'Etat, quels impacts une telle opération pourrait-elle avoir sur l'écosystème du tourisme français ?En termes de trafic passager, il suffit de s’intéresser aux privatisations conclues ces dernières années pour analyser la conséquence d’un passage de flambeau à un actionnaire privé. D’après l’Union des Aéroports Français (UAF), Toulouse-Blagnac a vu en 2016 ses flux de passagers croître de 5,2%, contre 1,8% d’augmentation moyenne depuis 2012. Ces chiffres se montent à +3,4% pour Nice-Côte d’Azur (+2,7% depuis 2012) et à +10% pour Lyon-Saint Exupéry (+3,2%). A noter que les attentats de Nice, survenus en juillet 2016, n’ont selon l’UAF pas affecté le trafic de son aéroport, alors que dans le même temps la fréquentation hôtelière reculait nettement.Or, la moyenne française est de l’ordre de 3,1% de hausse de trafic entre 2015 et 2016, le même taux d’augmentation qu’entre 2014 et 2015. Et les trois aéroports français nouvellement privatisés se situent au-dessus de cette moyenne, tout comme celui d’Orly (+5,3%), ce qui contraste avec les performances de Charles de Gaulle, qui sature à +0,2% sur l’année, +1,8% depuis 2012. Même si les attentats ont joué un rôle notable dans le cas des aéroports parisiens en 2016, et que le trafic y croît plus modérément que dans les aéroports régionaux du fait de leur saturation, il semble donc que les aéroports récemment privatisés ont enregistré une croissance plus importante que leurs pairs.Les statistiques les plus récentes font état d'un trafic français en hausse de 5,9% depuis le début de l'année, avec +15,2% pour Toulouse, +8,1% pour Lyon et +3,7% pour Nice par rapport à la même période en 2016. De leur côté, les aéroports parisiens signent une croissance cumulée de +5,2% (CDG) et +4,6% (Orly) sur la période étudiée (source : tendanCiel - Juin 2017).La croissance du trafic aéroportuaire français et des aéroports récemment privatisés étant tirée par les compagnies low-cost, cela pourrait s'expliquer par des efforts accrus des opérateurs privés pour les attirer sur leurs plate-formes. Un léger rebond du nombre de mouvements d'avions (qui reculent ou stagnent depuis de nombreuses années dans les aéroports publics sous l'effet de la pression des riverains-électeurs) a également été constaté à Toulouse, même si cette évolution est faible et doit encore être confirmée.Enfin et surtout, alors que le trafic aérien a explosé ces dernières décennies, il convient de s’interroger sur le montant des investissements consacrés aux aéroports qui sont encore sous la houlette de l’Etat. En effet, selon un rapport publié par le Conseil Supérieur de l’Aviation Civile en février dernier, le montant total des investissements dans les structures aéroportuaires s’élèverait à 4% du total des investissements publics, un budget bien maigre comparé aux réseaux routier (45,7%) et ferroviaire (29,2%). Si les privatisations semblent aujourd'hui avoir plutôt un effet positif sur le trafic des plate-formes aéroportuaires, c'est donc peut-être parce que les acteurs privés investissent là où l'Etat ne le fait plus assez...Ainsi, le nouveau conseil d’administration de Toulouse-Blagnac, ayant tout juste repris la main sur l’aéroport, a révélé en 2016 un plan d’investissement de 102 millions d’euros étalé sur quatre ans. Au programme, modernisation des infrastructures et construction de 5000 mètres carrés d’espace commercial, parmi d’autres aménagements. L’aéroport Lyon-Exupéry, qui se dote d’un nouveau terminal, ambitionne quant à lui de reprendre à Orly le titre de second aéroport français derrière Paris CDG et d’atteindre les 15 millions de passagers d’ici trois ans. Enfin, l’aéroport Nice-Côte d’Azur vient d’inaugurer sa ligne régulière Nice-Dubaï en A380. Ces développements, dont certains sont entamés depuis la période pré-privatisation, sont néanmoins susceptibles d’être facilités si l’Etat ne freine (ou ne contrôle) plus le partage des droits de trafic. Sans donner d’indication claire de corrélation entre privatisation d’un aéroport et hausse de son trafic, les cessions des parts de l’Etat dans les aéroports français pourraient en pousser la compétitivité, en donnant à des acteurs privés la possibilité de mettre en place de véritables stratégies « business » de gains de parts de marché. Est-ce là l’avenir de l’industrie aéroportuaire française ? Un autre scénario ayant trait à la privatisation de Paris Aéroport suggérait la mise en concurrence de Roissy et d’Orly (via leur cession à deux opérateurs distincts) afin de dynamiser leurs ambitions, mais cela semble peu vraisemblable. Pour autant, les cessions des aéroports de Nice et de Lyon n’ont été officialisées qu’en fin d’année dernière, il est donc probable que les conséquences de ces privatisations soient à lire dans le long terme. Et pour les autres professionnels du tourisme, compte tenu du sous-investissement de l'Etat dans ses aéroports, c'est peut-être plutôt une bonne nouvelle.

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