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Analyses

Ralentissement pour la destination Islande ?

Le 29 janvier dernier, Isavia, l’opérateur de l’aéroport Keflavík, le plus grand d’Islande, a donné, via communiqué de presse, ses prévisions de fréquentations pour 2019 : le nombre de passagers devrait baisser sur l’année qui arrive. Quelles sont les raisons de cette baisse ? Ébauche d’une réponse.

Les prévisions de l’aéroport

338 349. C’est le nombre d’habitants de l’Islande. En face, l’aéroport de Keflavík annonce une fréquentation record en 2018 avec 9,8 millions de passagers. De telles différences sont uniques, 29 arrivées pour 1 résident. C’est à l’image de ce pays si extrême : terre de volcans, de feu, de glace, qui se remet de toutes les crises, même les plus dures.

Pourtant, ce nombre de passagers, si impressionnant par rapport à la population, et qui reste un record, est une déception. Isavia, l’opérateur de l’aéroport, prévoyait pour cette année 2018 une fréquentation de 10,4 millions de passagers. Les prévisions ont été revues à la baisse tout au long de l’année pour finir sur un total réel de 9,8 millions. Et ce ralentissement devrait se poursuivre en 2019, avec, toujours selon l’opérateur, une baisse de l’ordre de 10% du nombre total d’arrivées. Isavia prévoit ainsi un chiffre autour des 8,9 millions pour la fréquentation sur l’année à venir.

Les baisses les plus fortes devraient se trouver sur l’activité de transit avec une baisse de quasi 20% du nombre de personnes en transit entre 2018 et 2019. En comparaison, le nombre d’arrivées pour des personnes restant en Islande, ne décroit que de 2%. Il y a donc deux sujets : d’une part une forme de stagnation, de ralentissement du nombre d’arrivées de touristes en Islande, ce qui ne veut pas dire une baisse des revenus liés au tourisme ; de l’autre un enjeu lié au transit des passagers. Et c’est notamment ce dernier point qui est d’importance pour l’aéroport : car Keflavík est avant tout un lieu de transit pour les passagers voyageant entre l’Amérique du Nord et l’Europe, comme une plateforme à mi-chemin, notamment pour les low-cost. Or les compagnies bas coûts et long courrier utilisant l’aéroport sont en difficultés : WOW Airlines déclare une perte de 33 millions d’euros entre janvier et septembre 2018 (les chiffres pour l’année entière ne sont pas encore disponibles, source : comptes publics de l’entreprise), le rachat de la compagnie Low Cost par Icelandair a d’ailleurs été annulé. De même XL Airways est en difficulté : l’entreprise cherche un repreneur. La question de la gestion de ces flux immenses de passagers en transit est aussi un véritable souci pour l’aéroport… D’ailleurs l’aéroport est classé 125ème selon le classement Air Help, avec une satisfaction voyageur moyenne de 4,6/10 : un score assez faible, preuve de flux problématiques. D’où l’annonce de l’aéroport qui, malgré la baisse prévue pour 2019, prévoit l’ajout de 10 000 mètres carrés aux terminaux, pour offrir un meilleur service et plus de place aux clients.

 

La destination Islande

Cette légère baisse du nombre d’arrivées de touristes internationaux est-elle synonyme d’une baisse de l’activité touristique de l’île glacée ? Sans doute pas, tout au plus d’un léger ralentissement. Il suffit de prendre plus de recul et de regarder la tendance globale : l’aéroport accueillait 4,8 millions de passagers en 2015, 6,8 millions en 2016, 8,7 en 2018, et donc 9,8 en 2018. La hausse est continue sur les dernières années, en tendance tous les chiffres sont au vert. Simplement la hausse a été moins fortes en 2018, avant la quasi-stagnation annoncée en 2019.

Pour la forte hausse, les résultats donnés par l’OMT sont très parlants (source : faits saillants du tourisme en 2018, par l’OMT) : un demi million de touristes internationaux en 2010, plus de 2 millions en 2017. Les chiffres ont plus que quadruplé en moins d’une décennie ! Selon AirDna, en cumulé, depuis 2010 ce sont 9 695 annonces qui ont été créées sur Airbnb, pour 2014 ce chiffre était autour des 1 000 appartements ; là encore : hausse importante. Plusieurs acteurs traditionnels de l’hôtellerie se sont aussi positionnés : en 2016 à Reykjavik, Hilton ouvrait son premier « Canopy by Hilton », suivis deux ans plus tard par deux hôtels sous la marque Curio (cliquez ). Et les indicateurs de l’hébergements sont bons : ci-dessous la courbe du taux d’occupation de l’île de 2011 à 2014 (issu de notre article sur les destinations servant de décors à la série Game Of Thrones, vous le trouverez en cliquant ici)

 

Le taux d'occupations, en Islande et à Malte, entre 2011 et 2014

 

Comment expliquer le ralentissement aéroportuaire alors ? Avec autant de signaux positifs et d’indicateurs en forte croissance sur les dernières décennies les prévisions de l’aéroport semblent presque contradictoires. Et même l’opérateur, Isavia, souligne dans son communiqué de Presse de Janvier que la saison touristique d’été devrait rester en hausse, avec des baisses étalées sur le reste de l’année.  L’une des pistes pourrait être une montée en gamme de la destination Islande : moins de touristes, mais des touristes plus dépensiers. Ainsi selon l’OMT, si le nombre d’arrivées de touristes internationaux a augmenté entre 2016 et 2017 de 24%, les dépenses ont, quant à elles, augmentées encore plus vite sur la même période, avec une hausse de 26,3%. L’ensemble ressemble furieusement à la fameuse courbe de Butler pour les stations touristiques :

 

Courbe de destinée d'une station touristique

 

D’abord une hausse exponentielle, un ralentissement puis des choix à faire – ici peut-être le haut de gamme -, notamment soutenus par un marketing (territorial) pertinent. Or, sur le marketing l’Islande a été particulièrement innovante et efficace. Après 2010 et l’épisode volcanique qui a cloué au sol l’aviation européenne, l’Etat islandais a lancé la campagne "Inspired By Iceland" avec des égéries comme Björk, des pubs dans toutes les grandes métropoles de l’Europe. La meilleure preuve de la réussite de la campagne étant bien-sûr la hausse continue du tourisme depuis 2010 comme énoncée plus haut.

D’ailleurs, ce développement touristique peut aussi être source de problème. Déjà, en créant une forme de dépendance : selon les chiffres de la banque centrale islandaise 27% des exportations de l’îles sont liées au tourisme. Mais aussi en provoquant une hausse du prix de l’immobilier, c’est ce qu’il s’est passé sur l’île en 2017.

 

prix du m2 en Islande, en euros et couronnes

 

Et ce sujet pourrait devenir préoccupant pour les investisseurs (comme pour les locaux). Asgeir Jonsson, économiste à l’Université d’Islande, explique que « les entrepreneurs ont approvisionné le marché des appartements de luxes, qui semble aujourd’hui plus ou moins saturé, cela devrait amener à une chute des prix pour les biens aux prix élevés ».

De toute façon, outre l’aéroport, c’est l’économie Islandaise toute entière qui semble ralentir, avec une croissance du PIB de 7,6% en 2016, 3,6% en 2017, et sans doute moins de 2% en 2018.

 

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