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Analyses

Aéroports européens : un premier semestre bien mouvementé en 2019

Le secteur des aéroports, à l'instar de celui de l'aérien, a subi plusieurs chamboulements pendant la première moitié de l'année 2019, à commencer par l'écotaxe annoncée par le gouvernement français, en passant par la privatisation ADP ou encore l'achat de l’aéroport de Londres Gatwick par Vinci. Tour d'horizon des grands changements de ces six derniers mois.

Le grand bouleversement de l’année : l’écotaxe appliquée sur les vols au départ des aéroports français

Evoquée dans un précédent article, l’écotaxe a été annoncée par le gouvernement au début du mois de juillet. Elle s’appliquera sur les billets d’avion concernant les vols au départ de la France dès l’année prochaine.

Cette « écocontribution » est largement décriée par les professionnels du secteur aérien, à commencer par l’Union des Aéroports Français (UAF). Celle-ci prévoit un impact très négatif pour plusieurs aéroports comme pour les destinations peu desservies et enclavées :

La nouvelle taxe viendra inéluctablement détériorer la compétitivité des aéroports français, et notamment celle des aéroports régionaux, dans un contexte concurrentiel déjà fortement dégradé. Elle affaiblira donc l’attractivité des territoires desservis. En matière d’ouvertures de ligne, les compagnies aériennes ne pourront que se détourner, faute de profitabilité, des destinations françaises au détriment du développement économique et touristique de nombreuses régions.

Plus concrètement, elle s’échelonnera de 1,50€ à 18€. Pour les vols intérieurs et domestiques (territoire européen) elle sera de 1,50€ en classe éco et de 9,00€ en classe affaire. Pour les vols long-courriers ou en dehors de la zone UE, le montant sera de 3,00€ en classe éco et 18,00€ en classe affaire. Quelques exceptions : les vols vers la Corse et les territoires d’outre-mer, ainsi que ceux en correspondance en France, en seront exemptés. A termes, cette mesure devrait rapporter au total 180 millions d’euros à l’année, selon les estimations, montant qui devra être réinvesti dans le développement des transports plus écologiques, comme le train.

Cette mesure intervient dans un contexte déjà difficile de suppression de certaines lignes aériennes régionales sur fond de lutte contre le réchauffement climatique. Thomas Juin, président de l'UAF, avait réagit en expliquant que « le transport aérien est complémentaire des autres modes » d’une part, et d’autre part qu’il « améliore de façon continue son efficacité énergétique » en investissant constamment dans des solutions pour réduire son emprunte écologique.

Objectif zéro carbone des aéroports européens

Dans la même thématique écologique, se trouve le congrès annuel de l’Airports Council International EUROPE (ACI EUROPE) qui s’est tenu le 26 juin dernier. A cette occasion, 194 aéroports européens ont annoncé l’objectif de ne plus du tout émettre d’émissions carbone d’ici 2050, autrement appelé les « net zero carbon emissions » ou encore NetZeroCarbon2050. Cet engagement concerne strictement la pollution générée par l’exploitation aéroportuaire au sol, c’est-à-dire par les engins participant au fonctionnement de l’aéroport.

Thomas JUIN, Président de l’UAF, s’est dès lors exprimé sur cet objectif à l’échéance longue :

Les solutions aux émissions de CO2 du transport aérien ne sont pas à rechercher dans un report modal illusoire ou une taxation franco-française sans aucun effet environnemental mais bien dans le transport aérien lui-même. Nous attendons des pouvoirs publics qu’ils mettent en place, partout en Europe, les conditions nécessaires à la réalisation des nouvelles ambitions de transition écologique du transport aérien.

Cet objectif de réduction des émissions de CO² s’inscrit dans un processus initié en 2009 à travers le programme Airport Carbon Accreditation. Celui-ci, soutenu par l’ACI Europe, « labellise » les aéroports engagés dans cette démarche. 40 sites français seraient ainsi accrédités. Par conséquent la réduction totale des rejets carbone parachèverait cette transition écologique engagée depuis près de dix ans.

Référendum ADP : débat autour de la privatisation des aéroports parisiens

Le compteur du RIP (Réferendum d’initiative partagée) grandit constamment. Initié le 13 juin 2019, il compterait officiellement 615 000 signatures à la date du 30 juillet 2019, d’après le Conseil constitutionnel.

Cette mesure démocratique a pour but de savoir si la population, à savoir les électeurs inscrits sur les listes électorales, souhaite que les Aéroports de Paris (groupe ADP), soient privatisés ou non, et s’ils acceptent la « Proposition de loi visant à affirmer le caractère de service public national de l'exploitation des aérodromes de Paris ».

La proposition de loi, enregistrée à la Présidence de l’Assemblée nationale le 10 avril 2019, commençait ainsi :

Un aéroport n’est pas une entreprise comme les autres : c’est un outil stratégique de politique économique.  Cette vision est partagée par la plupart des pays européens pour lesquels les aéroports restent propriété de la puissance publique (ville, région, État, ...). C’est ainsi qu’en Allemagne, en Espagne ou en Italie, aucun aéroport n’est détenu uniquement par des acteurs privés. Au sein de l’Union européenne, la France, avec le Portugal, la Slovénie, la Hongrie et la Roumanie, fait figure d’exception avec actuellement plus de 40 % d’aéroports détenus par des acteurs privés. Récemment, la réflexion sur le positionnement    stratégique    des infrastructures, et par voie de conséquence leur mode de financement, vient de trouver un nouvel écho au Royaume-Uni où la majorité conservatrice a décidé en octobre 2018 de ne plus recourir aux partenariats public-privé pour financer les infrastructures.  Afin   de   ne   pas   reproduire   les   erreurs   liées   à   la   privatisation d’infrastructures stratégiques en situation de monopole, nous souhaitons avec la présente proposition de loi référendaire donner la possibilité au peuple français de se prononcer quant à l’affirmation du caractère de service public national de l’exploitation des aérodromes de Paris, ce qui aura pour conséquence de rendre impossible leur privatisation.

Le comptage est géré par le Conseil Constitutionnel, qui fait le décompte toutes les deux semaines maintenant. La plateforme de signatures électroniques est ouverte jusqu’à mi-mars 2020, date à laquelle elle clôturera le référendum. Pas moins de 4,7 millions d’approbations doivent être recueillies pour faire valider cette loi, avec un peu plus de 600K signatures, c’est un peu plus de 10% du total qui a déjà été atteint.

Le groupe ADP est actuellement le premier opérateur aéroportuaire mondial, avec un trafic en croissance de +7,6 % sur l’ensemble de ses aéroports, dépassant ainsi l’espagnol Aena. Son CA a été de 4,478 milliards d’euros (+24%) en 2018, et son EBITDA 1,961 milliard d’euros (+25%). Il détient dans son portefeuille les sites parisiens, dix aérodromes en Île-de-France, les aéroports d’Amsterdam-Schiphol et Istanbul-Atatürk (partiellement fermé pour transfert des lignes vers le nouvel aéroport d’Istanbul).

Vinci acquiert l’aéroport de Londres Gatwick

La société française a réussi à mettre la main sur l'aéroport londonien par l’intermédiaire de Vinci Airports. En rachetant 50,1% du capital de Londres Gatwick pour quelques 2,9 milliards de livres sterling (3,2 milliards d'euros), il est devenu le deuxième opérateur aéroportuaire mondial. Les 49,99% restants sont détenus par la société d'investissement Global Infrastructure Partners (GIP).

Londres Gatwick est le deuxième aéroport britannique en termes de trafic, avec ses 46 millions de passagers, desservant 228 destinations à travers le monde, soit 74 pays. Il devient le 46ème aéroport acquis par Vinci, et le premier en termes de volume.

Ce rachat, correspondant à 20 fois l’EBITDA de la société, a été entièrement financé par endettement. Un investissement justifié qui répond à l’objectif de croissance de l’opérateur, qui serait également intéressé par l’acquisition des Aéroports de Paris.

Eric Lemarié, analyste de Bryan Garnier, explique :

L'opération est pertinente dans le cadre de la stratégie de croissance externe et organique de Vinci Airports. Gatwick est un bel actif, avec un bon niveau de profitabilité (54% de marge d'EBITDA), ce qui peut justifier le prix payé (...) C'est un gros actif pour Vinci, qui rendrait sans doute moins indispensable, aux yeux du marché, un rachat d'ADP.

Vinci a enregistré un chiffre d’affaire de 21,7 milliards d'euros (+10%) au premier semestre 2019. 5 millions d’euros ont été réalisés dans l’immobilier, soit 1,1% du CA total de la société. Ce secteur, bien qu’il constitue le cœur de métier du groupe, est moins rentable que l’exploitation aéroportuaire, qui aurait connu une croissance de +44% sur la période, alors que l’immobilier de +19,5%. Cela explique les récentes opérations de rachat pour s’engager un peu plus dans cette activité, à commencer par Londres Gatwick, mais aussi Belgrade, et laisse présager d’autres acquisitions dans les prochaines années.

Eiffage récupère l’aéroport de Lille-Lesquin et tente de racheter Toulouse Blagnac

L’entreprise a remplacé la CCI Hauts-de-France par la signature d’un contrat de cession le 25 juillet dernier. La chambre de commerce exploitait jusqu’ici l’aéroport. C’est la première fois que le groupe de BTP devient concessionnaire d’un aéroport, et ce pour une durée de vingt ans à partir du 1er janvier 2020. La société marque ainsi son entrée dans ce secteur tant désiré. Elle aura réussi aux côtés de l’Aéroport Marseille-Provence, son associé.

En plus de ce changement d’exploitant, l’aérogare devrait être totalement revue et modernisée. Cet investissement de 170 millions d’euros devrait permettre de doubler le volume d’usagers, en passant de 2 à 4 millions de passagers. La première étape sera d’agrandir les espaces à l’horizon des quatre prochaines années, pour un budget de 90 millions d’euros.

A côté de cette opération aboutie, Eiffage est en négociation exclusive pour acquérir 49,9% de l’aéroport Toulouse Blagnac auprès du chinois Casil Europe. Il s’est encore une fois allié avec un représentant du commerce de l’industrie territorial, la CCI de Marseille.

L’opération est néanmoins loin d’être assurée. La privatisation de la plateforme aérienne, opérée en 2015, fait encore débat. Les opposants se sont en effet associés pour faire un recours auprès du tribunal de commerce et rendre nul la procédure de 2015, ce qui forcerait l’Etat à rembourser le présent actionnaire de l’aéroport, Casil Europe. Affaire à suivre par conséquent !

Projet d'aéroport de Lille

 

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