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Analyses

Russie, un futur géant du tourisme ?

Pays vieux de plus de 1 100 ans et fédération jeune de 27 ans, la Russie fascine et intrigue. A la fois familière à tous grâce à sa puissance diplomatique, les territoires du plus grand pays du monde n’en restent pas moins méconnus. A part Saint Pétersbourg, Moscou et Sotchi, que nous cache ce géant au visage de poupée d’un froid sibérien ? A l’aide de données extraites des institutions nationales et d’interviews d’acteurs locaux, Hospitality ON vous invite à suivre les pas de Michel Strogoff pour y découvrir un pays aux milles opportunités hôtelières

UNE OFFRE HÔTELIERE EN TRANSFORMATION

L’offre hôtelière russe a connu de nombreuses évolutions depuis la fin des années soviétiques et rencontre de forts investissements depuis le début du XXIème siècle. D’après les données officielles, le pays compterait au début de l’année 2017: 21 284 établissements proposant au total 1 906 574 chambres. Une information à mettre en parallèle avec celle de 2002 où l’offre est de 1 097 364 chambres pour 8 581 hôtels, soit une augmentation de 73,7% (!). Symbole des années communistes où les hôtels étaient de plus grandes tailles par rapport à leurs voisins européens, il est à noter une tendance à la baisse du nombre de chambres par établissement ; ainsi en 2002, la taille moyenne d’un établissement était de 128 chambres par hôtel, elle décroit les années suivantes pour se fixer à 90 chambres par hôtel en 2017.
De 2003 à 2013, l’offre globale en termes de nombre de chambres, croît annuellement entre 0 et 5% ; la période avec la plus forte évolution (+4,8%) est entre 2007 et 2008, juste avant la crise financière. La période entre 2014 et 2016 symbolise l’essor de l’offre hôtelière avec des croissances de 13,5% et 12,0%, pour préparer l’accueil des touristes aux événement sportifs. Enfin, de 2016 à 2018, la croissance annuelle se stabilise à 4%.

Des évolutions variant selon les districts

La Russie est découpée en 8 districts fédéraux. Même si l’ensemble des districts enregistrent une hausse de leur offre, ils suivent tous des croissances différentes dues à leurs spécificités géographiques et aux investissements plus ou moins importants portés par le gouvernement pour développer leur attractivité touristique

Découvrez dans notre magazine septembre - octobre 2018 [276-277] une carte exclusive de la Russie retraçant l'évolution de son offre hôtelière entre 2002 et 2016


Le district disposant de la plus grande offre hôtelière est celui du Sud avec 582 825 chambres en 2017. L’évolution du nombre de chambres entre 2017 et 2002 est de 100,5% et s’explique par de nombreux facteurs :


- En 2010, le district fédéral du Caucase du Nord est détaché du district fédéral du Sud. Cet événement affecte de manière modérée la croissance de l’offre du district du Sud qui gagne presque 6  900 chambres cette même année. La ville de Volgograd (+ 2 100 chambres entre 2010 et 2009) ainsi que le Kraï de Krasnodar (+ 6 300 chambres sur la même période) abritant Sotchi, sont en plein développement et gonfle la croissance du district.

- Le 28 juillet 2016, le district fédéral de Crimée est rattaché à celui du Sud. La Crimée disposant de 86 850 chambres en 2014 enregistrera par la suite une très forte croissance poussée par la volonté gouvernementale d’instaurer la région comme étant russe et par les investissements liés. Ainsi, 3 années plus tard la Crimée compte 169 234 chambres soit une évolution de 94,9% (!).

Vient ensuite le district fédéral Central avec 439 953 chambres en 2017. Ce dernier incluant Moscou a profité du dynamisme de la capitale qui a triplé son offre en 15 ans, passant de 65 532 chambres en 2002 à 180 469 chambres en 2017. La région de Moscou (en excluant la ville) a vu son offre stagner sur la même période, ne gagnant que 3 900 chambres.

  Evolution de l'offre hôtelière russe

 

Le district fédéral de la Volga enregistre 254 345 chambres, en hausse de 27% depuis 2002 dû aux bonnes performances économiques de ses régions. La ville de Nijni Novgorod a ainsi fait de l’informatique une de ses spécialités et compte 25 institus de recherche scientifiques. Se sont alors implantées dans la ville des chaînes internationales comme Sheraton, Hampton by Hilton ou encore Mercure.

Le district fédéral du Nord-Ouest recense 183 394 chambres en 2017, en hausse de 27%. Le district a profité de sa position géographique proche de l’Union Européenne pour attirer les touristes à visiter ses trésors architecturaux et historiques.
Ainsi, dans l’oblast de Kaliningrad qui a accueilli des matchs de la coupe du monde de football en 2018 et où ont été reconstitué en 2007 les batailles napoléoniennes d’Eylau et de Friedland (200 années plus tard), son offre hôtelière a été plus que doublée passant de 12 681 à 35 403 chambres entre 2002 et 2017. A Saint Pétersbourg, presque 18 900 chambres ont été ajoutées sur la même période et dans l’oblast de Leningrad (la région de St-Pétersbourg sans la ville), presque 3 800 nouvelles chambres ont vu le jour.

Le district fédéral sibérien a profité de la montée des prix des matières premières présentes sur son sol pour se développer, à l’instar de la République de Khakassie. Cette dernière dispose d’abondantes sources de fer, d’or, d’argent et la plus grande réserve russe de Molybdène (métal qui a vu son cours presque doubler de 2015 à 2018). La petite république dans le sud de la Sibérie a ainsi connu un développement fulgurant de son offre hôtelière, jusqu’alors inexistante : 3 800 chambres en 2002 contre 12 900 chambres en 2017.

Dans le district fédéral de l’Oural, les oblasts ont vu leur offre hôtelière stagner à l’exception de celui de Tioumen qui a presque doublé son nombre de chambres entre 2002 et 2017 (de 17 307 à 29 834 chambres). Cette forte croissance, dopant le reste du district, est dû au boom des années 2000 transformant l’oblast en plus grand producteur de pétrole et gaz naturel du pays. Il est désormais l’oblast le plus riche de russie, enregistre un revenu brut parpersonne plusieurs fois supérieur au revenu moyen national et des chaînes comme Best Western Plus, Mercure ainsi que DoubleTree by Hilton s’y sont implantées.

Le district fédéral extrême-oriental enregistre une offre hôtelière en fort développement, de 44 506 en 2002 à 81 268 chambres en 2017. Le Kraï du Primorié à l’extrême sud-est du pays ayant pour frontière la Chine et la Corée du Nord, double son nombre de chambres (de 18 690 à 40 948) en 15 ans. En plus de disposer d’importantes ressources de matières premières, l’économie tertiaire s’y développe avec la finance, le transport (port de Vladivostok et arrivée du transsibérien) et plusieurs casinos sont en projet pour y attirer les touristes chinois.

Enfin, le district fédéral du Caucase du Nord compte 74 162 chambres. Nouveau-né de la fédération russe (créé le 19 janvier 2010), il pourrait profiter de l’exploitation des ressources de la mer Caspienne à l’est pour se développer à condition que les tensions nationalistes s’apaisent et que l’on n’assiste pas de nouveau aux guerres meurtrières liées aux aspirations indépendantistes de la Tchétchénie.

LA RUSSIE EST-ELLE ATTRACTIVE A L'ETRANGER ?

Entre 2007 et 2016, le nombre d’arrivées internationales en Russie a augmenté de 7,3% soit 1  662  000 visiteurs de plus. Tandis que dans le monde entier, l’évolution est de 35,3% sur cette période, avec une seule année de baisse (entre 2008 et 2009), l’attractivité de la Russie a été impactée à la fois positivement et négativement par l’organisation d’événements sportifs d’envergure, les décisions politiques et le cours de la devise russe.

Alors que le pays enregistrait une relative croissance de son nombre d’arrivées internationales depuis le début des années 90 et sa création en tant que fédération, elle rencontre une forte baisse (-9,9%, soit une perte de 2  337  000 visiteurs, d’après la Banque Mondiale) entre 2008 et 2009 dû à la crise financière. Cette dernière impacte à l’échelle mondiale l’ensemble de l’industrie du tourisme et la Russie réussit à rebondir les années suivantes.

En effet, le nombre d’arrivées internationales connait des gains annuels de plus de 2,5 millions de visiteurs entre 2011 et 2014, le record s’établissant à + 3  245  000 visiteurs (+13,0%) entre 2011 et 2012.

L’année 2014 est particulière : d’un côté le pays organise des événements sportifs de grandes ampleurs à Sotchi (Jeux Olympiques et Formule 1) boostant la fréquentation de la région. D’un autre côté la crise du rouble russe débute en juillet à cause de multiples facteurs - baisse du prix du pétrole, spéculation contre le rouble russe et sanctions économiques infligées par l’UE et les USA - ce qui accroit le pouvoir d’achat des touristes étrangers. Mais la défiance diplomatique vis-à-vis de la Russie par les pays occidentaux liée à la crise de Crimée et la guerre du Donbass en Ukraine, débutées en 2014, envoient une image négative de la fédération à l’étranger.

L’année suivante, le pays réussit à prolonger une année de plus la tendance à la hausse avec un gain de 1 308 000 visiteurs (+4,0%) par rapport à 2014, mais le nombre de visiteurs s’effondre en 2016 avec une perte de 9  158  000 visiteurs par rapport à 2015. Cette chute (-27,2%) est la plus forte enregistrée depuis 20 ans. Tandis que le pays avait réussi à se classer dans le top 10 des destinations touristiques mondiales de 2012 à 2015 (9ème position) il tombe à la 15ème place avec 24 571 000 arrivées internationales en 2016.

  Evolution des arrivées internationales en russie

 

Moscou et Saint-Pétersbourg, les deux (seuls) points d'attraits touristiques ?

Selon russieinfo.com, Moscou et Saint-Pétersbourg auraient en 2013 concentré 90 % de l’attractivité touristique.

Olya Skobeleva de l’agence de voyage VisitRussia indique la popularité de ces destinations par rapport au reste du pays : « Les circuits les plus populaires sont d’une semaine entre Moscou et Saint-Pétersbourg, comme 3 nuits dans la capitale et 4 nuits dans la deuxième ville. C’est le tour le plus populaire. Nous travaillons également sur des circuits liés à Sotchi et au transsibérien. Nous recevons également parfois des demandes de touristes pour visiter d’autres régions, mais elles sont nettement moins populaires que celles pour SaintPétersbourg et Moscou. »

Sotchi qui a accueilli les Jeux Olympiques d’hiver les plus chers de l’histoire (environ 37 milliards d’euros) a rencontré un accroissement de sa popularité à travers le pays, ce qui a conduit plus de russes à y vivre d’après Sergeï Yurchenko, le maire adjoint de Sotchi. Selon lui les investissements liés aux JO et pour le stade de la coupe du monde de football laisse un « héritage unique » pour la ville, ce qui la conduit à accueillir 6,5 millions de touristes en 2017. Cependant, la ville sportive reste une destination principalement fréquentée par des russes et ils représentaient 80% des touristes en 2017. La ville se promeut à l’étranger et des initiatives comme l’installation de vols charter avec l’Iran durant l’été 2015 ont été mises en place, mais d’autres actions devront être menées pour accroitre l’intérêt des étrangers sur les bords de la mer Noire russe.

Les touristes européens en baisse, les clientèles asiatiques prennent le relais

En 2015, parmi les ressortissants qui indiquaient « tourisme » comme but de leur voyage en Russie, les chinois étaient en tête avec 583 600 visiteurs, suivie par l’Allemagne (319 000 personnes) et les EtatsUnis. On retrouve dans le top 10 des pays proches (la Turquie et Israël), des européens (Royaume-Uni, Italie, Espagne, France) et la Corée du Sud.

Les visiteurs étrangers en provenance des pays européens et d’Amérique du nord stagnent ou diminuent ces dernières années, selon l’agence fédérale du tourisme russe. Elle indique qu’entre 2015 et 2014, « le taux de touristes néerlandais, tchèques, suédois, lithuaniens et danois a chuté de 20% à 49% ». Dans le même temps, les clientèles asiatiques sont en fortes croissance sur cette même période avec des augmentations de 23% pour Taïwan, 21 % pour la Chine, 18% pour Hong Kong et 13% pour la Corée du Sud.

Olya Skobeleva confirme l’intérêt croissant des clientèles asiatiques : « Nous avons surtout l’habitude de travailler avec des visiteurs de pays européens. Mais maintenant nous commençons à organiser des vacances pour des particuliers venant de Thaïlande, du Japon et de la Chine.»

Une des raisons pour lesquelles la Russie enregistre une poussée de ces clientèles est liée à la facilité d’obtenir un visa. En effet, pour un français obtenir un visa pour visiter la Russie implique de nombreuses procédures : remplir les formulaires, avoir une invitation touristique en Russie, disposer d’une assurance rapatriement, etc. Utiliser les services d’une agence spécialisée ou bien effectuer les démarches par soi-même demande plusieurs semaines avant d’obtenir son visa. Dans le même temps, la Russie développe ses relations diplomatiques avec certains pays asiatiques, qui ne l’ont pas sanctionnée à la suite des incidents en Crimée et en Ukraine. Des visas électroniques gratuits ont été créés ces dernières années afin de donner la possibilité de visiter trois régions de l’Extrême-Orient russe (Primorye, Sakhaline et Kamchatka) pour les touristes de Chine, du Japon, d’Inde, d’Iran ainsi que d’autres pays.

Le tourisme en Russie ?  « Un bébé qui fait ses premiers pas »

Depuis la fin de l’URSS et la création de la fédération russe, le pays connaît un succès croissant chez les visiteurs étrangers. Ceux-ci s’y rendent pour y passer leurs vacances ou retrouver leurs proches (80 % des visites) et découvrir le patrimoine constuit par Pierre le Grand, sentir l’énergie de la capitale, la ville qui ne dort jamais selon Timati (« Moscow never sleeps ») ou encore admirer les infinies étendues de la Taïga à bord du Transsibérien. La clientèle d’affaires s’y développe (20% des visites en 2010, contre 15 % en 2005) et selon le décompte municipal de Sotchi, la ville sportive dispose désormais d’installations permettant d’accueillir chaque année trois cent événements, forums et autres rassemblements.

Alors, 27 ans après la création de la fédération, les lourds investissements réalisés par le gouvernement, les échecs et succès touristiques liés, quel en est le bilan aujourd’hui ? Selon Svetena Sergeeva de l’Agence fédérale russe du tourisme, tout ceci n’est qu’un début : «Alors que dans les pays développés, le tourisme représente en moyenne près de 10% du PIB, il ne représente qu’1,6% en Russie».
« La Russie peut tout offrir : de l’écotourisme (lac Baïkal, lacs purs de l’Oural, parcs naturels d’ExtrêmeOrient), du culturel, du gastronomique, de l’ethnographique, du sportif (skimontagnes...), de la santé (villes thermales), et même de l’industriel ! » énumère-t-elle. Le tourisme en Russie est actuellement « Un bébé qui fait ses premiers pas ».

Mais la Russie dispose-t-elle des infrastructures et réseaux de transports adéquats pour balader les visiteurs du monde entier dans le plus grand pays sur terre ? Quoiqu’il en soit, certains acteurs russes, comme Olya Skobeleva, sont optimistes pour l’avenir : « Pendant la Coupe du Monde de football, nous avons donné une très bonne image du pays aux touristes qui n’étaient jamais venu en Russie auparavant. Et ces visiteurs, ils voudront sans aucun doute visiter le pays à nouveau.»

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