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Entretiens

[Podcast] "Nous allons essayer de négocier le décalage du PGE avec les services de l’Etat"

Le secteur du tourisme d'affaire, premier à l'arrêt aux prémices de la crise de la Covid-19 en France, a payé un lourd tribut. L'horizon s'éclaircit avec des perspectives de reprise d'activité au 1er septembre 2020. Entretien avec Pierre-Louis Roucaries, Président Délégué de l'UNIMEV.

L’UMINEV est une fédération, une association qui réunit 450 professionnels de la filière événementielle. Nous représentons l’essentiel des acteurs à savoir, les organisateurs de salons, les lieux bien-sûr, les agences de design, les prestataires de services, les organisateurs de congrès, les agences, la totalité des acteurs qui font cette formidable filière qui développe l’économie touristique et bien-sûr de notre pays.

Cette filière apporte en effet énormément de revenus à la destination France. Sur la période de mars à fin août car a priori nous avons une visibilité sur une reprise au 1er septembre. Quel est le pourcentage de chiffre d’affaires perdu que vous avez pu évaluer parmi les adhérents sur ces longs mois de fermeture ?

Cette période nous a fait perdre déjà 15 milliards d’euros dont la moitié étant l’activité directe des acteurs que j’ai cité toute à l’heure, le reste étant les retombées économiques pour nos confrères et cousins hôteliers, restaurateurs et transporteurs qui effectivement sont fortement impactés par l’arrêt de nos activités. Nous avons l’espoir évidemment d’avoir un rebond dès l’automne prochain qui sera quand même compliqué notamment sur quelques salons internationaux liés à des destinations lointaines mais pour le reste effectivement dès le 1er septembre, nous avons des événements professionnels et grand public qui vont se dérouler sur l’ensemble du territoire.

Comment se préparent les professionnels à l’accueil de nouveaux événements d’un point de vue sanitaire mais aussi d’un point de vue communication ? Pouvez-vous partager avec nous ces moments en coulisses ?

Nous avons beaucoup travaillé évidemment depuis que nous nous sommes arrêtés, ce qui est assez contradictoire. Nous avons été les premiers à fermer à partir de fin février début mars, à partir du moment où le gouvernement a informé de l’arrêt des évènements de plus de 5.000 personnes, en fait toute l’activité s’est arrêté quelle que soit la taille de l’événement. Nous avons bien sûr travaillé sur différents sujets avec les services de l’état dont le protocole sanitaire que nous avons fait début mai et qui a été validé il y a une semaine et qui nous permet de réaliser des événements avec certes des contraintes mais qui sont tout à fait gérables. Ce sont des contraintes logiques permettant de minimiser la circulation du virus avec le port du masque, la distanciation sociale et le gel hydro alcoolique et puis quelques mesures de mises en place sur les événements mais cela reste tout à fait gérable. Contrairement à ce que cela pouvait être il y a deux mois et comme nos premiers événements à quelques exceptions près ne démarrent que début septembre, nous pouvons espérer qu’effectivement les conditions sanitaires soient encore plus faciles à gérer mais au moins aujourd’hui, nous avons cette facilité de penser que nous n’avons pas de contraintes lourdes qui pourraient réduire la capacité des événements.

Avez-vous une visibilité sur la santé financière des adhérents de l’UNIMEV, ils sont plus ou moins petits, ils sont plus ou moins épaulés par des grands groupes ? Comment imaginez-vous retrouver le secteur à la fin de l’année ?

Effectivement, c’est un secteur qui est essentiellement lié à des PME, nous avons quelques OTI mais l’essentiel ce sont des petites et moyennes entreprises et nous sommes justement en train d’avoir le retour de nos adhérents pour pouvoir faire de nouvelles propositions au gouvernement pour la deuxième partie du semestre selon la situation.

Nous sommes en train de faire ce sondage pour connaitre la situation du chiffre d’affaire, de l’écart estimé des entreprises sur le dernier quadrimestre qui globalement va être le seul moment d’activité de l’année pour le secteur, nous pouvons imaginer que pour certains ce sera un peu compliqué.  Malgré toutes les mesures qui ont été prises, il y a eu le PGE ce sont quand même des sommes qu’il va falloir rembourser à un moment donné. Le couplage chômage partiel avec la réduction des charges patronales URSSAF ont quand même donné de l’oxygène aux entreprises. Nous allons essayer de négocier avec les services de l’état le décalage du PGE et également le maintien sous certaines conditions du chômage partiel et du couplage des exonérations des charges patronales ; nous permettant de faire la connexion avec la reprise que nous voyons arriver dès 2021.

Sur 2021, il y a à la fois un rebond technique, c’est-à-dire des reports d’événements qui auraient dû se dérouler en 2020 et qui ne sont pas des événements annuels évidemment. Si c’est un événement annuel, nous l’avons perdu mais là nous sommes sur des événements qui ne le sont pas, nous aurons un rebond technique. Nous voyons bien que les entreprises ont reporté leur convention pour la plupart sur 2021, nous devrions avoir quand même une année assez intéressante et qui permettra à la filière de pouvoir rebondir, réaliser du chiffre d’affaires et de pouvoir faire face à nouveau à l’ensemble de ses charges.

Vous savez que les hôteliers comptent sur vous pour pouvoir remplir aussi en 2021 car il y a une vraie interdépendance dans le tourisme entre les différentes activités.

Complétement, d’ailleurs le tourisme voulait développer des cercles : Cercle 1, Cercle 2. J’aimerais préciser que nous faisions partie du cercle 0 avec les tours opérateurs, nous générons de la clientèle avec une forte valeur ajoutée dans des périodes qui sont des périodes en général ou les hôtels se vident. A l’exception de Paris qui possède une activité du tourisme d’affaires quasiment toute l’année. Sur le reste du territoire, nous avons cette complémentarité entre la saison touristique loisirs et la saison du tourisme d’affaires située entre Septembre et Juin et qui est très intéressante car elle maintient l’emploi et améliore la qualité de service. Si nous maintenons l’emploi, nous avons du personnel permanent et ce personnel en général est mieux formé. Il s’agit d’un cercle vertueux pour l’ensemble des acteurs.

Vous êtes aussi président de l’office de tourisme de Mandelieu proche de Cannes. Avez-vous des inputs à partager avec nous sur la destination de Cannes qui est également très dépendante du tourisme d’affaires et qui a souffert très tôt de la crise ?

Nous sommes forcément dans le même bassin donc nous sommes interdépendants de l’activité de Cannes et comme elle a été très touchée sur le premier semestre, nous avons bien entendu été très impactés aussi. Nous sommes quand même un peu mieux positionnés sur le loisir donc nous aurons un retour intéressant sur le dernier semestre.

Il est vrai que normalement nous devrions retrouver les événements de l’automne qui sont confirmés, parfois ce que nous appelons « en mode dégradé » c’est-à-dire qu’effectivement certains pays ne seront pas présents sur les événements, je pense notamment à un événement de rentrée qui est un formidable rendez-vous, le festival de la plaisance à Cannes et qui à ce jour à ma connaissance est complètement maintenu. Cela va être un rendez-vous attendu pour les professionnels du secteur nautique.

Nous avons à la fois des professionnels, des organisateurs de salons qui ont été très courageux et qui ont tenu bon en solidarité avec les exposants car il n’y aura de reprise économique pour la France que si les salons professionnels sont là pour pouvoir générer de l’activité économique pour tous les secteurs d’activité. C’est vraiment stratégique au-delà de l’aspect économique et puis surtout très important, ne perdons pas nos parts de marché alors que la France fait partie des quatre pays les plus importants pour les salons professionnels sur les 80 grands salons qui se déroulent.

Il y a les États-Unis, la Chine, l’Allemagne et la France, ce quatuor qui donne sur des salons professionnels qui génèrent une activité économique très importante.

Comment voyez-vous les événements de grande envergure et qui font appel à beaucoup de visiteurs internationaux évoluer. Comment imaginez-vous le congrès et le symposium de demain ?

Le digital est une tarte à la crème mais nous allons en parler de manière différente, c’est-à-dire que c’est une évolution qui existait déjà sauf qu’elle n’était pas généralisée. Je donne un exemple parce qu’il est marquant, c’est celui de la cardiologie, c’est un congrès où il y a 30.000 participants, vous parliez toute à l’heure d’événements importants et majeurs. Ils utilisent le digital et la transmission, nous avons 30.000 participants physiques mais vous avez des milliers de cardiologues dans le monde qui suivent certains ateliers et conférences donc cela existe mais tout simplement cela n’avait pas été généralisé.

Avec cette période de trois mois un peu particuliers que nous avons vécue, il y a une accélération qui va être très riche pour nous car cela va permettre d’élargir la communauté. Vous avez des événements qui vont pouvoir déborder dans le temps aussi puisque les enregistrements vont permettre de pouvoir suivre finalement à distance et à la carte.

Nous sommes dans le même esprit et cela peut élargir la communauté, c’est-à-dire que vous allez avoir 500, 1000, 1500 personnes qui vont participer de manière présentielle à un événement et vous aurez x personnes qui vont participer à distance.  Ces personnes vont peut-être avoir envie l’année suivante de venir physiquement à l’événement parce que justement elles se seront rendu compte de la qualité des interventions qu’il y avait pendant l’événement. Pour moi, c’est un accélérateur plus qu’une concurrence.

Deuxième point que j’ai relevé dans un article qui se déroule aux États-Unis, et en général ça revient chez nous très vite. Après et cette période de télétravail, les responsables des ressources humaines  ont réalisé qu’effectivement nous n’avions pas forcément besoin d’autant de bureaux mais que par contre en compensation il fallait réunir plus souvent leurs salariés et leurs cadres.

Nous nous rendons compte que le télétravail n’est pas une concurrence, c’est une formidable opportunité pour que la partie corporate augmente le nombre de réunions qu’il faut car justement ce sont des moments où vous allez faire passer des messages importants, ou vous allez échanger et travailler ensemble par atelier. C’est un peu la machine à café organisée. Vous vous réunissez autour de la machine à café, vous échangez des idées.

Nous pouvons avoir cette évolution positive pour notre secteur d’activité à travers le secteur entreprise.  

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