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Hôtels éco-responsables : mais pour quoi faire ?

Le concept de développement durable a pris une vraie dimension dans l'industrie hôtelière qui se préoccupe depuis longtemps de l'impact de sa présence sur l'environnement et qui cherche à adapter son exploitation aux contraintes des économies d'énergie, de gestion des déchets, de diminution des émissions de CO2 et autres émanations nocives. Mais il évident que la démarche éco citoyenne des entreprises hôtelières a d'abord un coût. Il est sensible dans les nouvelles constructions qui adopte la démarche Haute qualité environnementale. Il est induit par la mise en place des normes ISO et des différents labels qui imposent des dispositifs supplémentaires. Il a une conséquence sur la formation accrue des personnels. Ce coût peut-il être considéré comme un investissement qui va se révéler rentable ? C'est toute la question du modèle économique de la démarche responsable. L'investissement initial n'est pas sans arrières pensées économiques car l'objectif affiché est bien de réduire la facture énergétique, de maîtriser les différentes consommations de l'établissement, de limiter les déchets et, d'une manière générale, d'impliquer le personnel et la clientèle dans une chasse aux gaspillages qui se retrouvera au compte d'exploitation. Comme tout phénomène encore relativement nouveau, la démarche éco-responsable génère un foisonnement d'initiatives. Les témoignages recueillis auprès des groupes hôteliers sont révélateurs d'un réel enthousiasme déployé à grande échelle. Il se traduit concrètement à travers le respect de normes, de procédures, à travers l'attribution de label qui ont chacun leur intérêt, même si, là encore, la profusion conduit à une certaine confusion. Le prochain stade sera celui de la reconnaissance claire du public.

Un premier objectif : réduire la facture énergétique et les déchets

Pour 2010, nous voulons aller plus loin en mettant en place des vitrines d’informations sur les activités “vertes” à faire dans la région. La location de vélo est également en projet…”Il n’est pas une semaine sans qu’un groupe ou un établissement hôtelier ne communique sur sa politique en matière d’éco-responsabilité. Mais que recouvre exactement la notion même d’hôtellerie durable ? Le fait de servir des produits bios et équitables à ses clients ou d’adopter le tri sélectif en chambre suffit-il à faire de votre établissement un hôtel vert ? Si ce peut être un bon début, ce n’est pas suffisant et la labellisation des démarches environnementales est là pour le rappeler (voir lexique page p12). Cela nécessite une approche globale qui commence dès le bâti ou, si l’établissement est existant, par l’installation de systèmes d’énergies renouvelables ou d’équipements à basse consommation.Aujourd’hui, la démarche HQE (Haute Qualité Environnementale) commence seulement à pénétrer l’industrie hôtelière. Apparue dans les années 90, elle “consiste à maîtriser les impacts des bâtiments sur l’environnement extérieur et à créer un environnement intérieur sain et confortable. Il s’agit d’une réponse opérationnelle à la nécessité d'intégrer les critères du développement durable dans l'activité du bâtiment” (source : Association HQE). Elle ne concernait jusqu’alors que les établissements publics d’enseignement, les établissements de santé et les immeubles de bureaux. Son déploiement dans l’hôtellerie n’en est encore qu’à ses balbutiements. C’est sous enseigne Best Western que l’un des premiers hôtels certifiés “NF Bâtiments tertiaires – Démarche HQE” ® de France verra le jour en septembre 2010 à Soissons. Pour obtenir cette certification, le Best Western Hôtel des Francs répond aux critères d’excellence requis par l’organisme de certification, CERTIVEA. “L’hôtel a développé une structure construite sur pilotis pour limiter son empreinte écologique, une consommation de kilo watts inférieure de 40% à la réglementation en vigueur, des panneaux solaires couvrant 60% des besoins en eau chaude sanitaire de l’hôtel ainsi que du photovoltaïque, une utilisation exclusive de LED basse consommation ou encore des produits locaux dans 90% des cas”, explique un communiqué du groupe. Autre complexe hôtelier à être certifié “NF Bâtiments tertiaires – Démarche HQE”®, les cottages du domaine des Trois Forêts Moselle / Lorraine, quatrième Center Parcs français dont l’ouverture est prévue pour le 21 mai prochain, sont un autre exemple de l’engagement d’un groupe, en l’occurrence Pierre & Vacances, en matière d’hôtellerie durable. Conçus par l'architecte Jean de Gastines, ces cottages sont par ailleurs fabriqués en bois certifié PEFC (Programme de Reconnaissance des Certifications Forestières) et respectent la norme THPE (Très Haute performance énergétique). Dans le cas d’un bâtiment existant, la démarche consiste déjà à faire un audit avant toute opération de réhabilitation. C’est du moins le conseil d’Hubert Despretz, ingénieur à l’ADEME. “C’est seulement lorsqu’il aura bien identifier dès le départ l’origine de ses problèmes de sur-consommation que l’hôtelier pourra bien dimensionner le système à mettre en place. Bien identifier ses besoins, c’est en effet investir moins pour un meilleur rendement”.En matière d’économie d’énergie, beaucoup d’avancées ont été faites ces dernières années.Premiers concernés par ces évolutions technologiques, les systèmes de climatisation et de chauffage sont de plus en plus performants tout en ayant un impact moindre sur l’environnement. A titre d’exemple, une pompe à chaleur permet de réduire de 30 à 50 % la consommation énergétique par rapport à un système de chauffage classique. La gestion centralisée est également une solution appropriée pour faire des économies sur le chauffage : l’hôtelier peut ainsi établir des seuils à ne pas dépasser et agir sur la température d’une pièce depuis le desk en arrêtant par exemple le chauffage dès que le client s’absente. Des capteurs peuvent aussi être installés dans la chambre pour permettre de couper automatiquement le chauffage dès qu’une porte ou une fenêtre est ouverte. Pour éviter la surconsommation de chauffage ou de climatisation, on peut également agir bien en amont, en installant dès l’étape de construction des systèmes d’isolation efficaces évitant toute déperdition de chaleur en hiver et permettant en été de préserver la fraîcheur d’une pièce. L’écologie peut aussi être affaire de bons sens. Ainsi, en période de fortes chaleurs, le personnel d’étages peut veiller à baisser les stores de la chambre en l’absence des clients et éviter, par ce geste, une utilisation à outrance des systèmes de climatisation. Dans les régions chaudes du globe, où elle est une problématique majeure, d’ingénieux systèmes voient le jour. Dans les resorts InterContinental en Polynésie française, certifiés Green Globe Bronze, un procédé SWAC de climatisation par l’eau de mer profonde a été mis en place. Ce système permet de réaliser 90% d’économie par rapport à un système de climatisation conventionnel. Pour mettre en place cette technologie, plusieurs conditions géographiques doivent être réunies comme des locaux techniques proches de l’océan et la présence d’une forte pente du tombant océanique pouvant permettre de réduire la longueur de la conduite profonde de pompage d'eau froide.L’installation de systèmes d’énergie renouvelable (panneaux solaires et photovoltaïques, notamment) est également de plus en plus au coeur des stratégies hôtelières, y compris en milieu urbain. C’est le cas du resort urbain LeCoq-Gadby, établissement rennais labellisé Ecolabel européen en 2009. “Plus de 60 % de l’énergie nécessaire provient de panneaux solaires thermiques, les calories de l’air chaud et humide de la piscine sont récupérées, une pompe à chaleur fournit le complément, alors qu’une isolation et une ventilation renforcées permettent d’éviter le recours à une climatisation. En outre, des panneaux photovoltaïques constituent une source autonome de production électrique et l’eau de pluie récoltée alimente les chasses d’eau et permet l’arrosage du jardin”, précise-t-on sur le site de l’établissement. Autre établissement à être équipé en système d’énergie renouvelable, l’hôtel Quilibra Aguas de Ibiza, premier hôtel de la nouvelle marque Quilibra Dream Well du groupe espagnol Hospes, utilise des vitres photovoltaïques qui lui permette la nuit tombée d’alimenter l’illumination de ses extérieurs.Produire son électricité est une chose, la réduire est déjà un premier pas. Cela passe par l’utilisation de lampes à basse tension (fluo, led), mais aussi par l’installation de capteurs automatiques dans les chambres et parties communes de l’hôtel, voire la suppression du mode veille pour les appareils de type télévision ou DVD. Quand on sait qu’en veille, ils fonctionnent à 70% de leur capacité, cela fait réfléchir ! Bien gérer sa ressource en eau est une des autres priorités de tout établissement durable. Aujourd’hui, beaucoup d’hôtels, y compris dans le haut de gamme, préfèrent installer des douches plutôt que des baignoires. L’économie réalisée en vaut la chandelle. Pour information, prendre une douche de 4 à 5 minutes équivaut à une consommation de 30 à 80 litres l’eau alors que pour un bain celle-ci est comprise entre 150 et 200 litres. L’utilisation d’économiseurs d’eau permet également d’éviter le gaspillage, à la condition qu’ils soient régulièrement maintenus : un robinet qui fuit perd en effet 5 litres à l’heure ! Enfin, l’eau peut être récupérée et recyclée pour d’autres usages (arrosage, sanitaires), grâce à un système de double tuyauterie ou tout simplement après récolte des eaux de pluies.La réduction des déchets est l’autre grande préoccupation des hôteliers, d’autant que depuis peu la taxe sur les déchets générés tend à suivre une évolution exponentielle. Mieux gérer ses déchets est d’abord une affaire de discipline et de sensibilisation. Le tri sélectif en chambres mais aussi dans les bureaux, les parties communes et les cuisines est la première des solutions à adopter. En France, la sensibilisation des clients se généralisent de plus en plus. Pour cela, les hôteliers investissent beaucoup dans la production de brochures et panneaux pour faire passer le message. Limiter les déchets, c’est aussi réduire les emballages. L’Ecolabel européen est à ce titre peu permissif. Exit les verres à dent en plastique et les portions individuelles de confiture ou de corn flakes au petit déjeuner. L’époque est à la simplicité, parfois au grand dam des clients pour qui le récipient en plastique emballé dans la salle de bains est souvent (à tort ?) plus hygiénique. Toujours dans une optique “verte”, on privilégiera les produits de bain présentés en éco-recharge. Pour les produits ménagers, la tendance est à l’utilisation de produits “verts”. Souvent d’origine végétale (huile, sucre) comme c’est le cas pour les produits de nettoyage liquides ou minérale pour les lessives en poudre, ces produits sont généralement présentés dans des emballages eux-mêmes recyclables.Pour minimiser l’impact environnemental de leur activité, certains groupes ou établissements ont déployé des stratégies encore plus poussées. C’est le cas du groupe Scandic et de son eau embouteillée (voir encadré ci- dessus) ou encore de l’hôtel Steigenberger à Berlin. Alors que les entreprises sont de plus en plus regardantes sur l’implication des établissements hôteliers lors de leur choix de séminaires, le Steigenberger Hotel Berlin a profité en 2007 d’un programme de rénovation de 10 millions d’euros, axé sur le développement durable, pour mettre en place son concept de Green Meetings. En plus des bonnes pratiques mises en place dans l’établissement, l’hôtel promeut l’emploi du train avec un partenariat avec la Deutsche Bahn pour des tarifs conférence à prix cassés. En coopération avec Greenmiles et l’organisateur, l’impact carbone de la réunion est totalement contrebalancé.Programmes de gestion durable - IHG facilite la vie en vert de ses hôteliersPrimé en novembre dernier lors des Hospitality Awards dans la catégorie «Meilleure initiative en développement durable», IHG a créé en 2008 et 2009 deux nouveaux programmes qui viennent renforcer l’effort global réalisé par groupe le britannique. Le premier site Internet Innovation Hotel, est un outil de communication à destination des hôteliers, des partenaires et du grand public présentant toutes les mesures prises par IHG pour accroître la «durabilité» de son activité : recyclage, réduction de la consommation énergétique, mesures vis-à-vis des communautés locales. De plain pied dans la mouvance web 2.0, le site est également une plate forme d’échange d’idées en offrant la possibilité de poster des commentaires et de noter les initiatives, le tout étant relayé par un compte Twitter. L’autre programme, Green Engage, est destiné à diffuser la bonne parole en interne tout en guidant les investissements. Ce projet, mené à bien par l’équipe Corporate de responsabilité sociale, a été mis sur pied grâce à un groupe d’experts en design et ingénierie. Accessible via l’Intranet du groupe, cet outil accompagne les GM, les développeurs et les propriétaires dans la mise en place des hôtels «verts». Green Engage leur offre la possibilité de mesurer les émissions carbone, de gérer les éléments qui peuvent avoir un impact environnemental fort sur leur hôtel et, enfin, d’établir un reporting vers le siège IHG et les clients.3 questions à Patricia Cortijo, directrice environnement du groupe AccorAu début des années 2000, Accor lançait sa politique de développement durable. Quels outils de mesure avez-vous mis en place pour en assurer le suivi ?Dès 2003, des incitateurs de performance ont été mis place afin d’analyser l’impact de notre politique de développement durable. Entre 2006 et 2009 et sur un périmètre d’analyse de plus de 1400 hôtels (filiales), il a été observé grâce à l’indicateur de consommation d’énergie à la chambre disponible une réduction de 7,8% des consommations. Toujours sur la même période et le même périmètre, la consommation d’eau à la chambre louée a diminué en moyenne de 4%. D’autres outils nous permettent de suivre le pourcentage d’hôtels mettant en place des politiques de tri des déchets (verre, carton, etc.).Plus de 3500 hôtels du groupe peuvent s’appuyer sur notre charte environnementale (65 critères) et évaluer annuellement l’avancée de leur politique et les actions à mettre en place pour la renforcer. Pour les aider, nous mettons à leur disposition un outil de pilotage environnemental. Ce logiciel disponible sur Intranet leur permet de suivre l’évolution de leurs consommations d’eau et d’énergie, mais également de mieux gérer leur politique de recyclage des déchets.Pouvez-vous chiffrer les coûts et retours sur investissements d’une démarche écologique sur un hôtel ?Il est difficile d’évaluer exactement le retour sur investissement global sur un hôtel. En effet, certaines mesures peuvent n’avoir aucun coût mais générer des économies d’énergie considérables. Je pense notamment aux actions de sensibilisation du personnel pour une approche plus éco-citoyenne de leur travail au quotidien. En revanche, il est plus facile d’avoir des données en termes de consommation énergétique. En 2009, nous avons inauguré un hôtel pilote à Toulouse, l’Etap Hotel Toulouse Aéroport. Cet établissement a été construit pour offrir une efficacité énergétique optimum. C’est un hôtel qui émet 4 fois moins de gaz à effet de serre qu’un établissement construit dans le respect de la réglementation, grâce à la conjugaison de technologies de pointe : géothermie, isolation renforcée, lampes basse consommation, plancher chauffant rafraîchissant… Par rapport à un Etap Hôtel classique, le surcoût a été estimé à 10% pour un temps de retour sur investissement de 30 ans. Pour la construction de ce prototype, l’ADEME nous a aidé à hauteur de 40% du sur investissement, car nous étions allés au delà de la réglementation énergétique française.Avez-vous une approche écologique différenciée selon vos marques ?Non. Nous essayons d’avoir une mise en oeuvre similaire de notre programme Earth Guest, quelle que soit la marque. Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y ait pas d’ajustements. Les responsables et le personnel d’un hôtel F1, dont l’équipe est souvent réduite, n’auront pas la même approche que ceux d’un établissement gros porteur. Nous sommes d’ailleurs en train de créer des fiches métiers “développement durable” afin de faciliter sa prise en compte dans les pratiques hôtelières.En revanche, les marques peuvent se distinguer en adoptant un axe d’excellence. Ibis, notamment, a choisi de s’engager très tôt sur le volet de la certification environnementale. La marque est même devenue le plus grand réseau certifié avec plus de 280 hôtels Iso 14 001 dans 17 pays. Les établissements Etap Hotel s’orientent davantage vers les problématiques de biodiversité. La chaîne soutient d’ailleurs les actions de la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux). Plus récemment, Pullman a conclu un partenariat avec Bee My Friend, association pour la protection des abeilles et insectes pollinisateurs, la préservation de leur environnement et la promotion de l’apiculture.Initiative originale - Scandic met son eau en bouteilleL’approvisionnement des hôtels du groupe Scandic provoquait chaque année le transport de 4 millions de bouteilles d’eau, soit 160 tonnes de dioxide de carbone fossile. Ces émissions n’ont plus lieu d’être grâce à une initiative conjointe aux équipes Développement durable et F&B. Les hôtels du groupe servent désormais à leurs clients leur propre eau du robinet, une eau filtrée et qui peut être gazéifiée. Servies dans des bouteilles maison, recyclable, la Scandic Water a été introduite dans les restaurants et salles de réunion à partir de l’automne 2008. Pour chaque bouteille vendue, le groupe verse 0,1 euro au fonds durable Scandic.L’autre priorité : la sensibilisation du personnel et de la clientèleTous les hôteliers s’accordent sur ce point : une démarche environnementale ne peut être réussie que si l’ensemble des salariés se sentent concernés et s’impliquent. Pour l’obtention d’un label, notamment l’Ecolabel européen, c’est même une obligation. “Lors de l’audit, le personnel et les responsables doivent pouvoir montrer qu’ils connaissent les critères de l’Ecolabel et les gestes à faire au quotidien pour être éco-responsable. L’auditeur n’hésite d’ailleurs pas à se promener dans l’hôtel pour poser des questions à l’ensemble des salariés sur des thématiques aussi diverses que le tri des déchets ou la maintenance des équipements”, explique Sabine Nascinguerra, directrice de projet chez IDE Environnement, responsable de la mission Ecolabel européen pour les hôteliers, restaurants, campings et villages-vacances. Chacun peut avoir un rôle à jouer, en fonction de son poste et de ses responsabilités. Bien entendu, on ne demandera pas la même chose à la femme de chambre qu’au directeur de l’établissement. Pour les managers, la connaissance du sujet sera avant tout transversale, alors que pour les employées, l’approche est plus pratique. “A cet égard, les femmes de chambre sont l’une des piliers de la démarche écologique dans un hôtel”, souligne Sabine Nascinguerra. “Elles peuvent agir à de multiples niveaux comme veiller à arrêter le chauffage ou la climatisation lorsqu’elles aèrent une pièce, contrôler régulièrement les robinetteries afin de mettre en garde le manager sur d’éventuelles fuites d’eau, effectuer le tri sélectif ou encore changer ou non les serviettes et les draps, en fonction de la demande du client” Ce dernier point est très important. Si une femme de chambre ne suit pas la consigne et choisit de changer les serviettes alors que le client n’en avait pas fait une demande express, cela peut conduire à remettre en cause la politique écologique de l’établissement. Appliquer des processus particuliers, c’est également changer les habitudes. “Certaines femmes de ménage sont ainsi réticentes à l’idée d’utiliser des produits d’entretien écolabellisés, préférant encore l’usage de l’eau de javel”, note Sabine Nascinguerra.Dans les cuisines également, on peut faire de considérables économies d’énergie en invitant les chefs à ne pas faire fonctionner leur équipement en continu toute la journée. Pour agir de manière plus écologique, on peut aussi inciter les cuisiniers à n’utiliser que des produits locaux ou bios. “Récemment, j’ai travaillé pour un hôtel à Arcachon, qui ne propose pas de thon rouge sur sa carte, n’achète que des crevettes issues d’élevages d’agriculture biologique, et affiche dans la cuisine un planning des fruits et légumes de saison”. Certains établissements vont plus loin en se dotant de leur propre potager. Ils utilisent alors le compost des déchets organiques pour faire pousser leurs fruits et légumes.Mais être “vert” ne s’improvise pas et pour que les gestes quotidiens deviennent de vrais réflexes, il faut parfois du temps et de la pratique. Il faut que la mise en place de processus et directives environnementales soient suffisamment simples pour être comprises par tous. Pour sensibiliser leur personnel, les directeurs d’hôtels ou de restaurants ont la possibilité de mettre en place différents outils. Instaurer une politique environnementale bien définie, affichée et consultable par tous, peut aider les hôteliers dans cette démarche. Mais cela ne suffit pas, il faut privilégier les sessions d’informations, le face-à-face. Pour se faire aider dans leur action de sensibilisation, les professionnels n’hésitent plus à faire appel à des organismes extérieurs : bureaux d’études, instituts de formation.“A IDE Environnement, nous accompagnons les hôteliers qui désirent obtenir l’Ecolabel européen. On les aide à mettre en place un Système de Management Environnemental (SME). En général, on commence d’abord par présenter l’Ecolabel. Ensuite, on aborde la problématique environnementale par thème : énergie, eau, gestion des déchets, maintenance. On peut aussi extrapoler et suggérer d’autres pratiques écologiques comme, par exemple, la mise à disposition de vélos pour les clients”, détaille Sabine Nascinguerra. “D’une manière générale, je conseille souvent aux hôteliers de faire des diaporamas simples, illustrés d’exemples concrets pris dans la vie de tous les jours, au supermarché par exemple. Pour encourager le personnel à adopter le tri sélectif, on peut aussi directement aller dans un centre de tri des déchets ménagers. Cela permet à tous de voir que les déchets triés sont vraiment recyclés. Au-delà de la compréhension du processus, cela permet d’encourager les bonnes pratiques et de valoriser les efforts”.Dans la profession, la conscience environnementale est devenue telle qu’il n’est plus rare de voir des postes ou des directions dédiées à 100% à l’environnement ou au développement durable. Aujourd’hui, la plupart des chaînes hôtelières ont un directeur en charge de ses problématiques. C’est le notamment le cas pour Accor ou Louvre Hotels. Dans les resorts InterContinental de Polynésie française, certifiés Green Globe Bronze, des Green Teams sont chargés au sein des hôtels de sensibiliser les employés au développement durable à travers des actions écologiques et des formations. Ces entités ont également pour rôle de sensibiliser les clients à la démarche durable. En 2009, Accor a lancé en un nouveau programme spécialement destiné à sa clientèle : Plant for the Planet (voir photo ci-contre). Cette opération est partie d’un constat : alors qu’une majorité de clients reste sceptique devant les programmes de réutilisation de serviettes, Accor propose un système nouveau à ses clients. 50% des économies de blanchisserie réalisées sont conservées par l’hôtel et l’autre moitié est reversée à des projets de reforestation dans le monde. En moyenne, 5 serviettes réutilisées équivalent à 1 arbre. Pour les années à venir, le groupe s’est donné pour objectif 3 millions d’arbres plantés. L’hôtel Fouquet’s Barrière à Paris dont la démarche de développement durable est probablement unique dans l’hôtellerie urbaine de luxe propose à ses clients la mise à disposition d’une limousine hybride et des vélos électriques. Pour l'Amarina Hotel de Nosy Be à Madagascar, un hôtel indépendant, cette conscience environnementale a pris la forme d’ateliers sociaux : ainsi, les clients peuvent proposer des journées d’échanges et de formation au personnel (cours de français, par exemple) en contrepartie de nuitée hôtelière offerte.Les hôtels peuvent aussi choisir d’adhérer à des programmes de défense environnementale ou de protection sociale comme c’est le cas pour les resorts InterContinental en Polynésie française, partenaire de l’association Te Mana o Te Moana pour la protection des tortues marines et la création d’un jardin coralien, ou encore de la chaîne Ritz-Carlton. A travers les programmes Give Back Gateways, les 78 hôtels de la marque luxe du groupe Marriott se sont en effet fixés trois objectifs majeurs : la lutte contre la faim et la pauvreté, le bien-être des enfants désavantagés et la préservation de l’environnement. En 2008, les employés ont donné de leur temps (55 000 heures) à travers des demi-journées de volontariat pour des actions caritatives. L’enseigne a donné 8,5 millions à des ONG, notamment à travers la création du fonds Community Footprints. Autant d’initiatives relayées par un site Internet dédié au programme. Egalement, particulièrement engagée en faveur du développement de l’écotourisme, la chaîne Best Western a créé sa propre fondation en 2006, BWBW (Best Western for a Better World). “Elle a pour vocation de soutenir des projets qui allient de manière équilibrée, développement économique local à long terme, respect des cultures et préservation de l’environnement. En fonction de la spécificité des projets, le soutien de la fondation BWBW intervient sur la base d’un accompagnement financier, humain et technique”.Salon durable - Ecorismo renforce son concept et sa proximitéOrganisé jusqu’alors en Arles, Ecorismo s’est vite imposé comme le salon incontournable pour tous les professionnels de l’hôtellerie, de la restauration, du camping, des collectivités et du tourisme intéressés par les problématiques liées à l’environnement. Suite à l'écoute attentive des 6 000 participants et des exposants depuis la création d'Ecorismo, à l'évolution des besoins types des professionnels et à la forte croissance de la demande, Philippe François, et Fabrice Lamy, respectivement président et directeur d'Ecorismo et les consultants de François-Tourisme-Consultants ont décidé de faire évoluer le concept Ecorismo et d’étendre l’éventail des solutions offertes, autour de 3 axes :1- La proximité : Ecorismo ne sera plus organisé en un seul lieu et une seule fois par an, mais va rassembler les professionnels dans leur région, une ou plusieurs fois par an et répondre ainsi à un besoin de proximité de leur part. « Nous avons fait un constat simple, déclare Philippe François, les problématiques en matière d’environnement et donc les solutions pratiques pour un hôtelier, un gérant de camping ou une station touristique de montagne ne sont pas tout à fait les mêmes que celles de leurs homologues du littoral ou d’un centre urbain ».2/- L’adaptation permanente : Dorénavant, Ecorismo organisera des combinaisons forums et/ou salons, et/ou formations, récompenses d’initiatives environnementales, … de manière à offrir des prestations et des services adaptés localement et régionalement en fonction des besoins et des politiques des partenaires. Chaque manifestation sera donc différente et évolutive au service d’une région, d’une collectivité, d'un groupement professionnel, et pourra être complémentaire d’autres évènements existants.3/- Le développement durable : Ecorismo élargit son offre au-delà de l’environnement et intégrera dorénavant les autres piliers du développement durable que sont les aspects sociaux et économiques (accessibilité à tous, handicap, amélioration des conditions de travail, prévention des risques professionnels…)Ecorismo devient ainsi : Ecorismo, opérateur de solutions en responsabilité sociale et environnementale pour l’hôtellerie, la restauration, le camping, les collectivités et le tourisme.Une première version du « nouvel » Ecorismo s’est tenue les 13 et 14 janvier dernier au Parc des Expositions de La Beaujoire, à Nantes, en même temps que Campo Ouest, l’un des salons incontournables dans le secteur de l’hôtellerie de plein air en France. Deux salons séparés mais complémentaires, dans un même lieu et aux mêmes dates.Dorothée Simon, coordinatrice marketing au Méridien Etoile et José Fernandez, responsable électrique, tous deux membres de la Green Team“Nous sommes labellisés Clef verte depuis 2005. La particularité de cette démarche est qu’elle est déployée sur un hôtel ayant 1025 chambres (la plus grosse capacité sur Paris) et de multiples salles de réunion dont un centre de conférence d’une capacité de 1200 personnes. Depuis 5 ans, de nombreuses actions ont été entreprises. La majorité de l’hôtel est aujourd’hui éclairée grâce à des lampes basse consommation ou led. En 2009, des dispositifs à économie d’énergie ont par ailleurs été installés à l’entrée de 369 chambres diminuant de 40% la consommation d’électricité. Nous avons également mis en place des détecteurs de mouvements dans les penderies des chambres, les vestiaires du personnel, et prochainement dans l’ensemble de nos couloirs.Pour économiser l’eau, nous équipons la plupart des chambres rénovées de douches. Le constat est simple : alors que nous consommons 200 litres d’eau en moyenne pour un bain, cette consommation est divisée par deux, voire trois pour une douche. Toutes les parties communes et les locaux du personnel sont dotés de robinetterie à cellule. Enfin, nous accordons un soin particulier à l’entretien de nos pommeaux de douche et mousseurs grâce à une vérification périodique. Pour éviter la surconsommation de chauffage, nous contrôlons les consignes de température et avons installé depuis 2009 une chaudière à meilleur rendement. La gestion des déchets est plus complexe car elle impose une véritable discipline de la part de tous. Nous procédons au tri du papier, des cartons, cartouches et piles de tous les bureaux. Bientôt, nous allons procéder à l’installation d’une presse à balle (recyclage de l’ensemble des cartons de l’hôtel).Pour les clients, le tri des déchets est en cours. Des systèmes de double bac sur les charriots de nettoyage des femmes de chambre sont à l’étude. Pour autant, cela ne nous empêche pas de communiquer largement auprès de notre clientèle en l’informant régulièrement de l’évolution de notre démarche. Chacune de nos opérations est ainsi relayée via les écrans de l’hôtel ou le journal distribué en chambre. Ainsi, prochainement, pour le Earth hour, l’hôtel a mis en place une opération originale : un dîner tout aux chandelles servi dans le restaurant l’Orénoc.”Jacques Marcon, chef du restaurant, hôtel et restaurant Régis et Jacques Marcon à Saint-Bonnet le Froid, établissements certifiés Ecolabel européen“C’est en 2006 que nous avons décidé de construire un hôtel juste à côté du restaurant gastronomique. D’emblée nous avons voulu en faire un hôtel écologique, une adresse en symbiose avec les éléments environnants et en accord avec notre philosophie de travail axée sur les produits et savoir-faire locaux. La réflexion s’est donc faite bien en amont. Elle a d’abord concerné le bâti. L’hôtel en lui-même est atypique. Les chambres au nombre de dix sont toutes sous terre. C’est un habitat troglodyte, parfaitement intégré dans son environnement, qui offre l’avantage d'une climatisation naturelle. Les matériaux utilisés pour la construction proviennent des régions environnantes (bois d'Ardèche et d'Auvergne, pierre de Beyssac) ou, pour certains des bois, de forêts certifiées FSC (gérées de façon durable). Des panneaux solaires assurent l’alimentation de l’hôtel et du restaurant en eau chaude et les salles-de bains sont toutes équipées d’économiseurs d’eau. Ce fut un chantier propre, au sens durable du terme, avec limitation des nuisances sonores et des pollutions. Cette démarche écologique s’inscrit aussi dans le quotidien. Tous les produits d’entretien sont bios. Quant au tri sélectif, il est appliqué partout : en cuisine, où depuis deux ans nous avons réussi à diminuer de 40% les déchets ménagers, mais aussi dans l’ensemble de l’hôtel et en chambre. L’obtention de l’Ecolabel européen en 2008 est en effet le résultat d’une démarche globale impliquant le personnel, mais aussi le client encouragé, lui aussi, à limiter ses déchets. Cette certification n’est pas une finalité, mais un projet sur lequel nous travaillons continuellement. Ainsi, chaque année, nous mettons en place une nouvelle mesure. En 2010, des panneaux photovoltaïques seront installés au dessus de la cuisine. Mon père va quant à lui travailler à la mise en place d’une vraie politique durable en matière de ressources humaines. L’Ecolabel n’a pas qu’une dimension environnementale. Elle est aussi humaine. Nous voulons que le personnel de nos établissements se sente bien dans ces lieux. Cela passe par des briefings réguliers, des sorties chez les producteurs ou en forêt pour la cueillette des champignons. L’idée est que tous s’approprient ce milieu, cette nature. D’ailleurs, nous voulons aller encore plus loin en créant notre propre jardin, dans la vallée toute proche, afin de mettre sur nos tables des produits cultivés par nos soins : des tomates, des aubergines et même des melons. L’Ardèche n’est pas si loin…”Eric Pounaud, directeur de l’hôtel Kyriad de Guéret, certifié Ecolabel européen“Notre hôtel est un établissement flambant neuf ouvert depuis décembre 2009. Sur nos 56 chambres dont 6 familiales, quatre ont une terrasse. La réflexion “verte” qui nous a permis d’obtenir le 10 février 2010 l’Ecolabel européen s’est faite dès les plans de construction. L’ensemble du bâtiment a été isolé par des plaques de polystyrène de 5 cm d’épaisseur. Le chauffage est assuré par un système de pompes à chaleur. Quant à l’eau chaude, elle est produite grâce à des panneaux solaires installés sur la toiture. L’éclairage à basse tension (led) permet également à l’établissement de réduire sa facture énergétique. D’autres systèmes ont été mis en place comme l’arrêt automatique du chauffage lorsque le client ouvre sa fenêtre ou de la lumière quand il quitte la chambre. Pour économiser l’eau, chaque robinetterie est équipée d’un mousseur aérateur d’eau. Cela permet d’avoir un débit confortable tout en garantissant une consommation d’eau inférieure à 9 litres d’eau par heure conformément à la réglementation Ecolabel. Nous avons aussi mis en place une importante gestion des déchets. Les clients sont invités à participer au tri sélectif grâce à l’installation de poubelle double dans les chambres. Pour le petit déjeuner, nous limitons au maximum les produits emballés comme le sucre ou les confitures qui sont désormais proposées en petites verrines que nous préparons avant le service. Il n’y a également plus de verres en plastiques dans les chambres. Quant aux plateaux de courtoisie, les tasses et les cuillères de celui-ci sont en matière bio dégradable. Des documents informatifs mettant en avant les bons gestes à adopter sont diffusés dans l’ensemble de l’hôtel. Un affichage plus important concernera prochainement notre démarche Ecolabel. Pour la mettre en place, nous avons bénéficié de l’accompagnement pendant trois jours d’un bureau d’études spécialisé, IDE environnement, dont le rôle fut de mettre en évidence l’ensemble des points à respecter pour l’obtention du label, mais aussi de préparer l’ensemble du personnel à être plus éco-conscient. Le jour de l’audit, tout a été passé en revue, y compris les connaissances de l’équipe en matière d’hôtellerie verte.Pour 2010, nous voulons aller plus loin en mettant en place des vitrines d’informations sur les activités “vertes” à faire dans la région. La location de vélo est également en projet…”

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