Accéder au contenu principal

Analyses

#GLF18 | Paul Dubrule : « Les marques doivent être fortes, sinon elles vont disparaître. »

« Je suis toujours heureux de me retrouver parmi mes amis hôteliers »

J’ai lu un article où on tapait sur les petits boulots, c’est mal payé et on en retrouve aussi dans l’hôtellerie. Ce n’est pas une image valorisante. Ce qu’on appelle les petits boulots sont des vrais boulots si on a une perspective d’évoluer, de monter l’ascenseur social. Pour cela on a besoin d’écoles, de formations comme l’Académie Accor qui peut toujours s’améliorer. Peut-être des incitations des pouvoirs publics. Il y a un véritable chantier : les salaires sont trop bas dans notre secteur. Il n’y aurait aucun problème à les augmenter si on savait comment. On ne peut pas  délocaliser l’hôtel, donc nous sommes entre nous, si l’un augmente les autres le feront. C’est un chantier extrêmement difficile mais il faut s’y atteler. On peut démarrer avec un salaire bas si l’on sait que dans 6 mois puis 1 an il va augmenter.

Il faut augmenter ces salaires, pour une profession valorisée et valorisante. Les jeunes travaillez, faites le boulot. Travaillez sur la qualification de vos troupes et donnez une image meilleure de nos métiers. »

Et l’attractivité de nos métiers ? Comment devenir aussi attractifs que les start-ups ?

« Bien sûr c’est formidable cette nouvelle façon d’entreprendre, à notre époque nous étions une start-up, on start-upait tous seuls. A l’époque il fallait intégrer les grandes entreprises et ne pas entreprendre. Ça a changé, c’est formidable que des jeunes et des moins jeunes puissent se lancer dans l’entreprenariat mais tout le monde n’a pas le gout à ça. Il y a des carrières intéressantes dans des entreprises plus ou moins grandes, il faut de tout, en Europe et en France on a un panel formidable. Il faut valoriser les employés par la formation et le salaire. Il faut faire un effort. »

Comment attirez-vous un jeune talent/entrepreneur pour vous rejoindre ? Comment les motiver ?

« Je raconte mon histoire "je voudrais faire ça, ça vous intéresse ?" On me répond oui ou non. Aujourd’hui je me rends compte que j’étais tellement convaincu de ce que je disais que je ne pouvais pas m’imaginer que l’autre ne soit pas d’accord. Avec plus de sagesse, je réalise que tout le monde n’est pas stimulé par ça. Il faut convaincre, il faut séduire, il faut avoir envie de gagner. 
J’ai cette image du film Forrest Gump. On voit le personnage principal courir, courir, courir avec toute une foule de personnes derrière qui court avec lui. Subitement au milieu d’une route il s’arrête et il dit "j’ai terminé de courir". Mais les autres derrière qui suivaient disent "et nous qu’est-ce qu’on fait ?" Le leader ne peut pas les abandonner, il ne doit pas non plus. Quand on a un rôle de leader, on ne peut pas abandonner ses troupes.

Les marques c’est un sujet important. Tout à l’heure Georges Sampeur a dit "attention à la banalisation des marques." C’est très important ce qu’il a dit là. Les marques doivent être fortes, sinon elles vont disparaître. Comparons avec le monde automobile, par exemple la New Beetle Il y a 60 ans, ils ont investi et ont lancé la Golf aujourd’hui cela va jusqu’à la Bentley dans ce groupe. Le groupe marche bien malgré quelques petits accidents de parcours. Chez Accor on a commencé avec Novotel maintenant on va de Novotel à Raffles ne passant par ibis, etc. Par contre ceux qui n’ont pas développé les marques ont disparu : Vauxhall, Simca, Panhard… Dans l’hôtellerie, qui se souvient de Eurotel ? Nous sommes dans un contexte, dans un marché assez formidable, en croissance de globalement 5% par an depuis 50 ans. Alors qu’est ce qui pourrait faire disparaitre notre secteur ? Airbnb je ne crois pas. Néanmoins ce serait bien qu’ils respectent nos règles et nos modes de servuction. Il y a eu les gîtes. Le premier Novotel a créé des remous mais l’hôtellerie a résisté. Les hôteliers traditionnels ont bougé, se sont rénovés. Aujourd’hui B&B, ibis, Novotel c’est devenu l’hôtellerie traditionnelle. Nous devons nous rénover, imaginer. Quels sont nos points forts ? Poney Express disparait à cause du chemin de fer, après il y a la voiture puis l’avion. Le chemin de fer se développe, marche bien. Les croisières c’est extraordinaire. La première fois que je suis parti aux Etats-Unis j’y suis allé en bateau. Aujourd’hui avec l’aérien cette traversée pourrait avoir disparu. Mais qui aurait misé il y a cinquante ans sur un tel développement des croisières ?

Comment imaginer notre avenir ? Le numérique ce n’est pas un problème. Il va nous faciliter le travail. Le problème ce sont les marques dans nos groupes. On hésite toujours à investir dans les marques. Il y a 30 ans, je me battais avec les franchisés car les hôtels n’étaient pas aux normes. Aujourd’hui c’est l’inverse. Les franchiseurs se sont rendu compte qu’en investissant ils augmentaient la durée de vie de leurs hôtels mais aussi leurs résultats. Les grands groupes n‘ont pas les mêmes ratios. Il y a des ratios financiers, des ratios de bourse et pour eux, investir ce n’est pas forcément aussi intéressant. Donc ils se dégagent de ces hôtels. Mais s’ils veulent rester en vie, ils doivent investir dans la qualité du produit qu’ils vendent et le faire savoir. La communication est un élément essentiel après avoir fait et développé le produit. Je considère qu’il n’y a pas suffisamment d’investissement qui est fait aujourd’hui dans la qualité des produits. Quel que soit le groupe.

Les marques doivent être exemplaires, et si l’on multiplie les marques dans les groupes, est-ce-que ce n’est pas un frein ?

Je ne suis pas contre la multiplicité des marques. Un produit doit être cohérent pour être visible par le client et le client doit s’y reconnaître. Si vous "tordez" un peu trop le produit, le client ne va plus s’y retrouver. Faire une bonne marque ça nécessite du travail, tant mieux cela est positif. Toutefois il est vrai que quand on se développe en France et qu’on multiplie les marques ce n’est pas problématique. Mais attention au développement à l’international. Pour aller sur l’international, il faut être grand et multiple. Faisons un pas à la fois en développant un bon produit et une marque en France on peut en développer deux, trois, quatre… ce n’est pas un problème.

Si je devais conclure aujourd’hui mes deux éléments de réflexions sont : la formation et les ressources humaines ainsi que l’investissement sur les marques. Pour que les marques soient fortes et incontournables. Le numérique ne va pas tuer les marques, ce secteur a besoin des marques.

Vanguélis Panayotis parlait tout à l’heure de la nécessité de remettre de l’empathie dans les hôtels, qu’en pensez-vous ?

L’empathie viendra des hommes et des femmes qui sont dans l’hôtel. La marque est faite de "hard" comme la décoration, et c’est intéressant d’aller dans le sens de la mode et des tendances, il faut les regarder, les suivre. Mais au-dessus de ça il y a ceux qui font marcher l’hôtel et c’est ceux-là qui vont faire l’empathie. Dans la marque et le produit il y a les hommes et les femmes. Ils vont bien vers le client s’ils se sentent à l’aise dans leur métiers, s’ils sont bien formés ils feront bien le boulot et cette empathie existera. S’ils sont mal formés ils ne savent pas comment faire et, s’ils sont mal payés ils sont moins impliqués.

Cette archive de plus d'un mois est réservée aux abonnés Premium et Club

Accédez à l'ensemble des contenus et profitez des avantages abonnés

J'en profite

Déjà inscrit ?

Un article

Achetez l'article

Un pack de 10 articles

Achetez le pack
Chargement...

Vous avez consulté 10 articles. Revenir à l'accueil ou en haut de la page.

Accéder à l'article suivant.

Inscrivez-vous pour ajouter des thèmes en favoris. Inscrivez-vous pour ajouter des catégories en favoris. Inscrivez-vous pour ajouter des articles en favoris. Connectez-vous gratuitement pour voter pour la candidature.

Déjà inscrit ? Déjà inscrit ? Déjà inscrit ? Déjà inscrit ?