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Analyses

Rouen, la destination à la loupe

À la suite de notre top des métropoles 2018 pour les marchés hôteliers, la rédaction d'Hospitality ON vous propose de revenir plus en détails sur chaque ville le composant. Chaque focus est l'occasion de brosser le portrait de la destination : analyse des chiffres, grands projets en cours... Des textes qui seront aussi des invitations à la réflexion autour des enjeux de chaque territoire. Suite aujourd'hui avec la neuvième place : Rouen.

Retrouvez nos différents focus et le Top en cliquant sur les liens suivant :

# Le Top des métropoles pour les marchés hôteliers 
#1 Paris
#1.5 le Grand Paris
#2 Nice
#3 Lyon

#4 Marseille
#5 Bordeaux
#6 Strasbourg
#7 Rennes
#8 Nantes
#9 Rouen

Et maintenant... #9 Rouen !

les chiffres 

Les chiffres clefs de l’hôtellerie : (Source :  observatoire MKG Consulting / OK_destination)

chiffres clés hôteliers

Performance à Rouen

Structure du Parc à Rouen

Les chiffres clés du tourisme (sources : INSEE/ AirDna)

chiffes clés tourisme
Note : le nombre d’hôtels est un chiffre issu de l’INSEE qui ne compte que « les hôtels classés de tourisme ». Le nombre d’hôtels donné l’est pour janvier 2019.

Note 2 : les chiffres de l’aéroport ne peuvent pas être donné, tout simplement car l’aéroport de Vallée de Seine est trop proche de Roissy pour avoir une activité significative.

Airbnb à Rouen

Les chiffres clés macroéconomiques (Source : INSEE, consortium immobilier, meilleurs agents)

chiffres clés macro économiques
Attention sur les prix de l’immobilier, le chiffre est trompeur, sur une perspective plus longue le prix de l’immobilier est en baisse, voire même en chute libre si l’on compare avec la tendance des autres villes françaises. Alors même que l’argent est peu cher, l’immobilier en période faste, les prix à Rouen baissent, depuis environ une dizaine d’années. La même analyse peut se faire sur le nombre d’habitants, il faudra attendre le comptage définitif de l’INSEE, mais a priori le pic de population sur la commune a été atteint en 2016 et une stabilisation, semble se mettre en place. Du point de vue de l’aire urbaine la baisse n’apparait pas, mais Rouen étant quasiment dans l’aire urbaine de Paris cette échelle est moins éloquente.

L’analyse des chiffres

Voilà venir la fin de ce tour de France. Il est sans doute incomplet, pleins de biais, peut-être même que quelques erreurs ou contre sens sont venus se glisser parmi les lignes constituant ce tour d’horizon. Il faudra l’année prochaine reprendre tout ces textes, fournir des précisions, et nous espérons que d’autres villes apparaitront l’année prochaine pour compléter cette photographie urbaine… Mais avant de conclure rappelons une dernière fois ce qu’étaient les objectifs de ce panorama : donner des pistes, les clés de lecture des territoires, faire des introductions… En gardant le point de vue du tourisme, de l’hôtellerie, et de tout ce que cette industrie fait de professionnels, passionnés, porteurs d’actions, investisseurs... Ces textes procèdent par petites touche, s’il y a un « regard touristique » (pour faire un clin d’œil à John Urry), il ne s’agit ici que des premières œillades : nous montrons ce qui accroche le regard, ce qui prête à se réjouir, ou au contraire à se montrer plus inquiet. Il aurait été possible de faire de la prospective, de prendre en compte les tendances lourdes du territoire français, et par lui de la société française. Par exemple, tenter de comprendre ce qui se joue dans les crises, qu’elle soit celle des gilets jaunes, des bonnets rouges, de la politique... Mais nous laissons cela à d’autres. En revanche ce que nous, nous pouvions mettre sur papier, c’est la formidable résilience du tourisme français. Après les années d’attentats, d’où la place dans ce top de Paris, Nice, Strasbourg, mais aussi de Rouen qui conclut l’exercice. 2018 fut l’année du retour français, de l’invitation au voyage. D’ailleurs, c’est peut-être cela qui fait la France dans l’imaginaire de nombreux touristes internationaux : l’invitation au voyage. Comme un lieu, un peu hors du temps, à part. A l’heure où Notre Dame brûle, comme symbole de cet anthropocène angoissant, à l’heure où la société s’agite et où aucun de nos maïeuticiens ne sait prédire avec exactitude ce qui accouchera de ces contractions, à cette heure, il est bon de regarder une dernière fois ces années 2017 et 2018. Avant de mettre toutes nos énergies dans l’avenir, car la flèche du temps, elle, jamais ne s’écroule. En n’oubliant pas que si elles sont venues, ces années peuvent revenir, comme le temps des cathédrales.

Que dire sur Rouen alors ? La présence de Rouen dans le top a été une surprise : pour Nantes et Rennes cela vient avant tout par les chiffres de la croissance, non les chiffres en absolu. Une surprise bienvenue pour mettre l’accent sur la résilience de la France… car il faut le rappeler la ville a aussi été touchée par l’absurdité horrible de l’attentat. Le Memento Mori n’est pas le slogan le plus accrocheur pour le tourisme.  Il faut revenir sur les chiffres donc : un RevPAR qui augmente de +4.8% en 2018, de +7.6 en 2017, de +4.6% en 2016. De belles progressions. Les marges sont portées par le TO, qui prend 2 points tous les ans depuis 3 ans, les prix augmentent plus vite que l’inflation. Les tendances sont donc plutôt positives, cela correspond sans doute en grande part à une montée en gamme du parc avec une chute du nombre de deux étoiles. Là encore une tendance globale sur tout le territoire national. La pénétration de l’offre de chaîne peut aussi jouer. Il faut plutôt voir dans ces bons chiffres une amélioration de l’offre plutôt qu’une amélioration de la demande : le nombre de nuitées diminue sur l’ensemble du département, Rouen est sans doute aussi une destination d’excursionnistes… cela ne veut pas dire que la ville n’a pas des avantages à faire valoir : les ressources patrimoniales sont majeures, la situation, proche de Paris peut être avantageuse si elle est bien exploitée, la ville est au centre d’un Contrat de Destination. Mais tout ces points sont déjà une analyse plus qualitative, moins centrée sur les chiffres, autant donc passer tout de suite à l’analyse.

Quelques éléments de contexte : les problématiques, les risques

Rouen ne présente pas de situation de risques inhabituelle. Les crues de la Seine ont été bien gérée (pas de morts), celles de 2016 comme celle de 2018. Si la crue de 2016 a fait 4 morts sur le territoire national, il n’y en a eu aucun en Seine Maritime. Pour les risques technologiques, à moins d’imaginer le pire avec la centrale de Paluel à 50 kilomètres de là, la ville ne risque rien, du moins pas plus que d’autres villes françaises… Les plans de préventions des risques pour les usines de Lubrizol et les zones portuaires sont en places. Les entreprises ont elle-même engagé des démarches de qualités et de protection de l’environnement, Lubrizol est signataire de la charte Responsible Care, une charte spécifique au monde de la chimie. Il serait possible de rentrer dans les détails en disant que la charte a été critiquée (les industriels de la chimie notent les industriels de la chimie), mais cela serait sans doute un peu exagéré. Rouen est définitivement dans une situation normale, c’est-à-dire dans la norme.

Reste évidemment la question de l’attentat de Saint Etienne du Rouvray, qui a causé la mort du père Jacques Hamel. Le profil des terroristes est loin de ceux ayant perpétré les attaques de Charlie Hebdo et du Bataclan ; les deux assassins n’ont pas été formé en Syrie, ils n’ont jamais réussi à rejoindre un lieu de guerre ou de formation terroristes… Si le parquet de Rouen a parlé d’un foyer de développement radical pour certaines mosquées du côté d’Elboeuf et de Saint Etienne du Rouvray d’autres sources – article de presse, témoignage – évoquent plutôt une bonne entente des communautés religieuses, l’autre paroisse sur la commune de Saint Etienne du Rouvray, la paroisse saint Thérèse, avait d’ailleurs cédé une partie du terrain de son église pour un euro symbolique afin de construire une mosquée. Radicalisation en prison, âmes perdues, pauvreté, c’est sans doute dans des parcours personnels plutôt que géopolitiques que se trouvent les explications. D’ailleurs, il faut souligner au passage que chercher une explication, comprendre, ne veut pas dire pardonner. Si cet attentat, pour le moment, ne semble rien dire de Rouen, il dit, de fait beaucoup : les inégalités sociales – et spatiales – sont en fait un trait marquant de la ville aux 100 clochers. La rive gauche de la Seine est un foyer de chômage, de population pauvre : à Saint Etienne de Rouvray, 22% de la population qui est au chômag, et certains quartiers évoquent plus un imaginaire de Seine Saint Denis que de ville aux maisons à colombages. Les trois lignes de Tram de Rouen se concentrent sur la rive droite, comme tous les beaux quartiers ; il n’y a qu’une seule ligne de Métro qui permet de relier le sud de la Ville à son centre et cette ligne ne se prolonge pas au nord vers Bois Guillaume et les villes des hauteurs, plus bourgeoises. C’est le schéma classique, désindustrialisation, étalement urbain, secondes générations perdues…. Il suffit de regarder une carte des zones urbaines sensibles ou prioritaires, peu importe le nom administratif, le même constat, triste il faut bien l’avouer, demeure : de vastes zones paupérisées entourent la ville, surtout sur la Rive Gauche. Voilà au moins un fait : les zones de misère, au moins dans ce cas-là, sont superposées avec les lieux de l’horreur, et ont été, encore une fois, les seuls paysages connus des assassins.

Zones urbaines prioritaires, sensibles

Dans ce cadre, il n’est plus étonnant de voir Rouen comme un haut lieu – et oui ! – de la quasi insurrection Gilet jaune. Selon une enquête réalisée par RTL, Rouen serait la 5ème ville de France la plus touchée, c’est-à-dire celle où a été occasionné le plus de dégât, celle où les réparations seront les plus coûteuses. C’est un peu la même impression que pour Bordeaux : une ville bourgeoise, au moins d’image bourgeoise, où soudainement la révolte la plus dure - du moins selon notre gille de lecture contemporaine – fait irruption. Car Rouen c’est aussi la ville de Laurent Fabius, de François Hollande, qui a vécu à Bois Guillaume, c’est une ville de notables de provinces, d’éléphants politiques. Flaubert aurait sans doute été moins élégant et aurait parlé de bons bourgeois de Province, mais il ne s’agit pas ici de paraphraser ses livres : ils décrivent assez bien le lieu d’eux-mêmes. Disons simplement qu’il y a du Madame Bovary - il y a du bovin dans Bovary non ? – à tous les coins de rues de la ville, à toutes ses élections politiques, dans cette image de ville vieillie, romantique autant que moyenâgeuse, endormie et perpétuellement réveillée par les sons soporifiques de tous ses vieux clochés. Certains diront clichés.

Petit élan lyrique qui est significatif pour la ville de Rouen. L’imaginaire mobilisé par la ville est sans doute problématique, ne serait ce que parce que l’auteur de ses lignes le partage. D’autant que cette image vieillotte se coince entre deux autres destinations touristiques : Paris, d’abord, et les plages de Normandie ensuite. La Capitale et la mémoire : un étau dans lequel il est difficile d’exister. 31% des visites en Normandie se font sur des lieux de mémoires de la seconde guerre mondiale. Il suffit de prendre les lieux les plus visités en région Normandie : le premier site Rouannais est à la 14ème place, c’est le Musée des Beaux-Arts. Evidemment, c’est en lien avec la destination « Impressionniste » voulu par le Contrat de Destination, le musée ayant une belle collection d’œuvre de ce mouvement.

les sites visités en Normandie

Il est étonnant de ne pas voir apparaitre d’édifice religieux rouannais, la ville étant marquée par la figure de Jeanne d’Arc. Sur les sites gratuits, Rouen se place en troisième position, le Jardin des Plantes de la ville est le troisième site le plus visité de la région. L’église Jeanne d’arc se classe loin derrière avec 250 000 visiteurs par an. Des chiffres un peu décevants pour une ville dont la cathédrale fut un temps le plus haut bâtiment construit par l’humanité.

cathédrale de Rouen

Quelques éléments de contexte : le positif, les projets


Cela amène au point le plus positif de la ville : son patrimoine exceptionnel. Malheureusement, le centre historique, l’un des plus beaux de France à n’en pas douter, n’est pas inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le centre n’est que sur la liste indicative, cela peut s’expliquer par plusieurs raisons : dépôt tardif du dossier, trop de biens culturels inscrits, trop dans les pays du nord… mais l’église de Jeanne d’Arc sur la place du vieux marché, le Gros Horloge, la cathédrale, l’abbaye, les maisons à colombages : le centre est splendide, cette ressource patrimoniale est une vraie richesse et mérite réellement le détour. Toutes les villes ne disposent pas d’autant de vieilles pierres, d’auteurs et de peintres célèbres. Autre nouvelle réjouissante : le centre va enfin être rénové, il sera plus accessible aux piétons, plus végétalisé…

place du marché à rouen

Les pôles majeurs du centre-ville vont être complétement rénovés d’ici à 2020/2021 : le quartier des musées, le quartier de la cathédrale, et la place du vieux marché. Si reconnaissable avec ses toits évoquant les flammes du bucher de la Pucelle d’Orléans.

zones d'interventions en re nouvellement urbain

Avec quelques publicités dans le métro Parisien, entre une référence à Rollon le Viking et Jeanne d’Arc la chevalière, la ville pourrait devenir une destination de weekend ou d’excursionnistes et profiter de ce côté ville calme et authentique proche de Paris. Le nouveau centre va aider à une image renouvelée, ou au moins à renouveler l’image. La mise en place du Panorama XXL, sorte de délire mégalo par un artiste d’envergure international biberonné aux fonds publics, peut être utile pour cet exercice de vent nouveau sur la ville.

Certes, ce créneau de métropole de second rang proche de Paris et de ses cadres / touristes, beaucoup de villes cherchent à l’occuper. Surtout depuis la mise en place des nouvelles lignes de TGV (Reims à 45 minutes de Paris, Rennes et Nantes à une heure et demie…). C’est à partir de ce moment-là que l’analyse devient délicate, par exemple : Nantes met en avant son passé industrielle, Rouen nettement moins, est-ce une perte, ou une différenciation ? Un étrange parallèle peut se faire d’ailleurs avec les deux villes, notamment car l’Armada de Nantes revient en 2019, comme celle de Rouen. Les deux villes accueilleront l’Hermione, la star de ce type de manifestations. Il sera intéressant de comparer les résultats. Dans ce contexte, l’arlésienne de la ligne grande vitesse entre Rouen et Paris est réellement préoccupante : se fera ? Ne se fera pas ? Réseau Ferré de France souligne l’intérêt de la ligne, qui est évidemment vivement soutenue par les pouvoirs publics normands. Mais dans un contexte de critique de la stratégie de la SNCF, vers le tout grande vitesse, le projet pourrait devenir problématique. Les dates avancées pour la mise en place de la ligne approchent des années 2030, sachant que le projet est évoqué et fantasmé depuis 20 ans à la chambre de commerce et d’industrie. Cela dit, des études ont été commandées, la ligne semble enfin faire consensus. De quoi donner un peu d’espoir aux professionnels du tourisme de Rouen, peut-être simplement que la ville attend son heure, et qu’elle sera la prochaine destination après les autres métropoles déjà desservies par le TGV. De toute manière cela ramène à un point de vu relatif : l’immobilier est peu cher, la ville magnifique… mais son nombre d’habitant stagne depuis des années. La ville est proche de Paris et permet de profiter d’une qualité de vie supérieure non loin du centre économique…. Mais d’autres villes sont desservies plus rapidement grâce au TGV. Au lecteur de choisir son point de vue.

Pour finir sur la problématique du TGV, avant l’inauguration de la nouvelle gare et l’arrivée du TGV, en 2019 c’est la gare traditionnelle qui va faire peau neuve. Ou plutôt ses abords, qui vont être rénovés. Le tout en lien avec les travaux du centre. C’est ce que montre le plan ci-dessous :

les travaux de la gare de Rouen

D’autres travaux sont encourageants, notamment pour ce qu’ils disent de la capacité de Rouen à rentrer dans la modernité. D’abord, en 2019 une nouvelle ligne de Tram devrait être inaugurée, la ligne 4, qui va enfin faire le lien entre la rive gauche et la rive droite de la Seine. Cela devrait permettre un renouvellement urbain de la rive gauche, une plus grande mixité sociale…. D’ailleurs, toujours Rive Gauche, un nouveau quartier va sortir de terre : l’éco Quartier Flaubert. C’est de toute façon la tendance en France de se lancer dans la construction de nouveaux quartiers dotés de labels écologiques, cela devrait permettre d’attirer une nouvelle population, de favoriser le cadre de vie. Bref : d’améliorer la mixité et l’échange social sur la partie la plus défavorisée de la ville. En espérant que cela ne devienne pas une énième opération de gentrification, mais tous les signaux sont plutôt au vert.

Ligne 4 du tram

Enfin, la fusion entre les écoles de commerces de Reims et de Rouen pour former la « Neoma Business school » est une nouvelle réjouissante. Rouen avait déjà un aspect de ville étudiante, mais cela restait à développer : cette fusion de 2013 permet à l’école d’évoluer positivement dans les classements et d’attirer de nouveaux profils dans la ville. Le centre-ville, plein de bars, de logements en petite surface, de vie, va pouvoir profiter de ce nouvel effort estudiantin. Rouen ne pourrait-elle pas devenir un Cambridge Français bien plus facilement que Paris Saclay ? Un rêve et une affirmation un peu provocante, mais la phrase donne sans doute une bonne idée des nouveaux atours dont se dote la ville. Adieu maison à colombages et vieux notables bovaryste : bonjour étudiants en commerce et ambition XXL.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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