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Analyses

Rennes, la destination à la loupe

À la suite de notre top des métropoles 2018 pour les marchés hôteliers, la rédaction d'Hospitality ON vous propose de revenir plus en détail sur chaque ville le composant. Chaque focus est l'occasion de brosser le portrait de la destination : analyse des chiffres, grands projets en cours... Des textes qui seront aussi des invitations à la réflexion autour des enjeux de chaque territoire. Suite aujourd'hui avec la septième place : Rennes.

 

Retrouvez nos différents focus et le Top en cliquant sur les liens suivant :

# Le Top des métropoles pour les marchés hôteliers 
#1 Paris
#1.5 le Grand Paris
#2 Nice
#3 Lyon

#4 Marseille
#5 Bordeaux
#6 Strasbourg
#7 Rennes
#8 Nantes
#9 Rouen

Et maintenant... #7 Rennes !

Les chiffres clefs de l’hôtellerie : (Source :  observatoire MKG Consulting / OK_destination)

chiffres clés de l'hôtellerie
chiffres clés de l'hôtellerie

structure du parc à Rennes

Note : le nombre d’hôtels est un chiffre issu de l’INSEE qui ne compte que « les hôtels classés de tourisme ». Le nombre d’hôtels donné l’est pour le 1 er janvier 2019. De même le graphique ci-dessus a été établi avec les chiffres de l’INSEE, selon les catégories du classement hôtelier. Pour l’année 2012, la répartition des chambres selon les étoiles n’est pas donnée pour l’Insee, d’où la colonne grise. Le graphique se lit de la manière suivante : En 2013, selon l’Insee, il y avait 1785 chambres d’hôtels sur la commune de Rennes. Sur ces 1785 chambres, 727 se trouvait dans des établissement classés 3 étoiles.

Les chiffres clés du tourisme :

les chiffres clés du tourisme
la demande en nuitées à Rennes

Capture Airbnb Rennes

Les chiffres clés macroéconomiques : (Source : INSEE, consortium immobilier, meilleurs agents)

chiffres clés macro


L’analyse des chiffres

Rennes c’est un peu la surprise de ce tour de France. Avec les variables et le calcul retenu, une moyenne pondérée, la ville se classe devant des métropoles pourtant plus importantes par leurs PIB ou leurs nombres de touristes. Alors : pourquoi ? Est-ce une simple étrangeté du calcul ? Pas nécessairement. D’abord en relatif et en progression, Rennes fait d’excellents scores depuis quelques années, ce qui tire la ville dans notre indicateur. 10% de RevPAR en plus en 2018 par rapport à 2017, 6,9% en 2017, 4,4% en 2016 : le RevPAR progresse ces dernières années. De même, le prix moyen a pris 10 euros en 4 ans, une jolie hausse ; qui ne peut s’expliquer qu’en partie par le changement de parc, avec la disparition des 2 étoiles au profit de 3 et 4 étoiles. Et encore, depuis 2016 le parc est stable. L’arrivée de 56 chambres 5 étoiles en 2014 peut aussi expliquer cette hausse. Le taux d’occupation prend 4 points en 2017 et 2.3 en 2018. Certes, cela ne fait qu’un TO de 67%, un PM de 70 € et un RevPAR de 47 €, dans l’absolu, mais les progressions restent belles et permettent à Rennes de monter dans le top. Il y aussi sans doute un effet de rattrapage de la ville, qui permet d’expliquer la croissance : rattrapage par rapport aux années de crises, ou tout simplement rattrapage de mauvaises années, avec un TO qui chute à 56% en 2013, mais aussi rattrapage par entrée de la ville dans le tourisme – peut-être même le tourisme d’affaire. Et effectivement les arrivées sont en progression : 19% de nuitées en plus entre 2010 et 2018, en moins de dix ans, 18% d’arrivées à l’aéroport en plus entre 2017 et 2018. D’ailleurs, pour rester sur le sujet de l’aéroport : la progression est d’autant plus impressionnante quant elle est mise en perspective avec le fait qu’une ligne de train grande vitesse a ouvert entre Rennes et Paris en 2017. L’arrêt du projet Notre Dame des Landes, qui devait aussi servir de pôle pour tout l’ouest et la Bretagne, va peut-être profiter à l’aéroport de Rennes (deux aéroports de moyenne capacité plutôt qu’un plus grand, mais aussi donc deux destinations plus distinctes, deux pôles d’emplois plus en proximité etc.).  De bons chiffres en relatif, une situation en progression dans l’absolu, du rattrapage : et voilà Rennes dans notre top des métropoles pour les marchés hôteliers. CQFD.

Note sur l’aéroport :

Les progressions de l’aéroports impressionnent. +48% de trafic en 5 ans ; avec notamment une explosion des low-costs, qui représentaient 8% des vols en 2012 pour 29% aujourd’hui. Les passagers internationaux représentent 34% des passagers en tout (source : aéroport de Rennes). En termes de voyageurs internationaux l’aéroport de Rennes fait mieux que celui de Brest ou que celui de Strasbourg.  Cela dit : l’aéroport part de loin. De très loin. Rennes se classe 22ème aéroport de France par son nombre de passagers, derrière Brest. Le problème c’est que la marche, dans le classement des aéroports, se fait justement entre la 22ème et le 21ème place : Rennes et Brest sont séparés par environ 260 000 passagers, et en dessous de Brest, tous les aéroports sont à moins d’un million de passager. A titre de comparaison, entre le 21ème, Brest, et le 20ème, Biarritz, la différence n’est que de 80 000 passagers… C’est la même idée qui est filée : 18% de passagers en plus en un an, en France en 2018, seul Caen fait mieux. En croissance les chiffres sont excellents, mais dans l’absolu ils sont plus faibles : cela peut correspondre à une situation de découverte, de rattrapage, d’entrée dans le monde touristique, à une meilleure santé économique, de décollage. Bref : les hypothèses peuvent être nombreuses, et la vérité est sans doute dans une approche multi facteurs, c’est ce qu’il faudra voir avec l’approche points positifs / points négatifs, qui suit.

Quelques éléments de contexte : les problématiques, les risques

Une des meilleures preuves du caractère tranquille de la ville de Rennes se trouve sans doute dans la difficulté de définir les situations de risques de la ville. Là où Marseille craint les incendies, là où Lyon craint la pollution industrielle… Que craint Rennes ? La ville a connu des épisodes d’inondations, en 2016 à la suite d’intempéries, avec des coulées de boues, mais aussi en 2018 avec la crue de la Vilaine. Cela dit ces situations n’ont fait aucun mort, les situations de catastrophes naturelles ont été proclamées pour faire jouer les assurances, les plans de préventions des risques sont faits… Rien qui ne soit spécifique à la ville en fait : la récurrence d’aléas climatiques est l’une des conséquences bien connue du changement climatique, du passage de l’holocène à l’anthropocène. Cependant, cela ne veut pas dire du point de vue environnemental que tout va bien en Bretagne, mais là encore le sujet est connu et n’a plus rien de sensationnel : la Bretagne est la première région pour la production de viande porcine, d’où un épandage important de lisier, qui elle-même amène à des plages ravagées par les algues, des rivières polluées, des nappes phréatiques endommagées. La production agricole bretonne, mise à part les fraises de Plougastel, les pommes pour le cidre, et quelques lieux d’agricultures à plus fortes valeurs ajoutées (avec les artichauts etc. par exemple), est en fait exclusivement tournée vers la production de viande : fourrage, maïs grain… Avec ce que cela entraine comme scandale sur l’occupation des sols, des abattoirs (au centre de débats contradictoires en ce moment), de pollutions et autres danger sanitaire (affaire Lactalis). Mais tout ça : ce n’est pas directement Rennes.

Autre point, qui lui aussi est, somme tout, assez connu : les français sont des gaulois réfractaires aux changements, et les rennais n’échappent pas à la règle. Ce qui semble n’être que logique : après tout, c’est bien en Armorique que se trouve le village d’Astérix. Et si la crise des Gilets jaune a pu étonner, par son ampleur, par exemple à Bordeaux – d’ordinaire plus tranquille dans l’imaginaire commun et le non connaisseur -, les terres bretonnes sont depuis très longtemps berceaux de contestations. Nantes - c’est en Bretagne parait-il – avec Notre Dame des Landes, il y a eu aussi la crise des bonnets rouges contre l’éco taxe, la contestation fut très dure pour une si petite ville lors des manifestations contre les lois El Khomri puis loi Travail. Il suffit de faire un calcul : pour l’acte 10 des gilets jaunes, la préfecture a donné le chiffre d’environ 2500 manifestants, pour 200 000 habitants environ. Cela fait 1% de la population en manifestation. Le même calcul à Paris donne à peine 0.4% de manifestant. D’autres signes ne trompent pas : l’université Rennes est régulièrement bloquée, souvent bien avant que les mouvements nationaux ne commencent vraiment, la région est tenue par la gauche depuis 2004, la ville est gouvernée par le PS depuis 1977… Rennes est un vieux bastion socialiste.

Enfin il faut savoir que si la Bretagne est une région touristique, la 6ème de France, avec 2% de touristes en plus en 2018, ces derniers sont avant tout concentrés sur les côtes. La Bretagne est de toute façon une région de littoral, que cela soit du point de vue touristique, ou de la démographie, des industries. Rennes est l’exception à la règle. Elle sert presque de hub entre la péninsule et le reste de la France, notamment la capitale ; d’ailleurs, 30% des nuitées de l’hôtellerie de Rennes sont faites par des franciliens. Faiblesse dans le mix des clientèles ? Force, Rennes étant une interface puissante ? Difficile de trancher. Cela dit, l’arrivée du TGV en 2017, qui met Rennes à moins d’une heure trente de Paris, risque d’accentuer la situation.

révolte des gilets jaunes

Quelques éléments de contexte : le positif, les projets

Cette arrivée du TGV est sans aucun doute le point le plus positif pour le tourisme à Rennes : en 2017, le trajet passe de 2h15/30, à 1h30. La communication de la ville ne s’y trompe pas : dans le bilan 2017 du Tourisme à Rennes, l’agence Audiar, qui rédige le texte, souligne qu’il est aujourd’hui plus rapide de faire Rennes - Paris Montparnasse, que de rejoindre la capitale depuis certains points de l’île de France. Voici le texte exact :

« 20 ans après la mise en service de la ligne TGV entre Paris et Le Mans, la nouvelle ligne BGV a permis de gagner, en 2017, 39 minutes entre Paris et Rennes. Les liaisons avec les métropoles françaises et européennes sont également améliorées. Le temps de transport entre le cœur de la capitale et Rennes est équivalent à la plupart des trajets quotidiens effectués par bon nombre de franciliens dans des conditions de voyage souvent bien plus difficiles. Autour de la ligne à grande vitesse, c’est le service ferroviaire breton qui se modernise avec un gain de 46 minutes sur les trajets jusqu’à la pointe bretonne (Brest et Quimper) et des TGV-TER plus nombreux à circuler sur le réseau (2 allers-retours de plus pour Rennes/Brest et Rennes/Quimper). »

Preuve même de l’importance du projet BGV (Bretagne Grande Vitesse) pour la ville : l’opération Euro Rennes. C’est un nouveau quartier qui doit sortir de terre autour de la gare, cette dernière doit être rénovée (ouverture finale en 2019), une nouvelle ligne de métro doit y arriver (ouverture en 2020) …. C’est un nouveau pôle qui se créée autour du TGV. Au total, ce sont 58 ha de villes qui vont être totalement reconfigurés. Le programme est ambitieux : 1400 appartements, 30000 m2 de commerces, services et loisirs ainsi que 120 à 170 entreprises attendues sur les 125 000 m² de bureaux prévus soit au total 7000 emplois à termes. Plusieurs points sont à noter sur ce projet. Le premier point c’est que l’importance du projet doit être nuancée, c’est-à-dire ramenée à la hauteur de la ville, de ses capacités de financement notamment. Euro rennes ce n’est pas le Grand Paris, le coût du projet est à peine 100 millions d’euros. C’est très loin des 2 milliards d’euros d’investissement public pour Euroméditerranée à Marseille par exemple. Et cela amène au second point : l’étrange récurrence du terme « Euro » dans l’ensemble des grands projets urbains, voire des grands projets tout court, français. Euratlantique à Bordeaux, Euroméditerranée à Marseille…. Cela indique-t-il une réelle possibilité pour Rennes de devenir européenne ? C’est-à-dire une métropole d’envergure continentale ? L’avenir le dira. Mais cette gare est une première étape.

Plus qu’une euro métropole, Rennes semble devenir une interface entre la Bretagne et le reste de la France et notamment Paris. L’ouverture en 2018 d’un nouveau centre des congrès, de séminaires, de salon, le couvent des Jacobins, en plein centre de la ville, s’inscrit aussi dans cette logique : à mi-chemin entre la Bretagne et les hauts lieux d’investissements, le couvent sert de lieux de rencontre. Il y a quelque chose de très « tourisme d’affaire » à Rennes : le Couvent des jacobins vient renforcer les structures pour les congrès, il y avait déjà le parc des expositions près de l’aéroport, avec 54 000 m2 disponibles, le triangle, un centre culturel qui peut aussi servir de lieu de réunion. La ville accueille d’ailleurs un grand salon : le SPACE, le salon international de l’élevage, avec tout de même 1500 exposants et 114 000 visiteurs (source : plaquette du salon de 2015).

Eurorennes, le grand projet de la ville de Rennes

Vue du dessus du nouveau quartier Euro Rennes, autour de la gare. Avec notamment la nouvelle passerelle à l’ouest de la gare (à gauche sur l’image, au-dessus du faisceau de rail, la gare étant le bâtiment de forme triangulaire). Le bâtiment en forme d’hexagone au sud (en bas au centre de l’image) est un centre pénitentiaire pour femme.

Cela dit plusieurs points peuvent favoriser cette tentative d’irruption de la ville de Rennes sur la scène internationale.

D’abord, l’ouverture de la cité internationale Paul Ricoeur (fameux philosophe, auteur notamment de l’histoire et l’oubli, dont le nom a retrouvé le chemin de l’actualité lors de la campagne présidentielle 2017 : le président Emmanuel Macron étant cité dans les remerciements de l’un des livres du philosophe, le jeune étudiant d’alors aurait vraisemblablement aidé à la relecture et au travail de recherche) : un lieu dédié exclusivement à l’accueil des scientifiques, des étudiants, notamment venant de l’étranger. Il faut dire que Rennes est une grande ville étudiante française, la 8ème plus précisément, en 2016, avec quelques 70 000 étudiants. Un chiffre considérable pour une ville de 220 000 habitants environ sur le territoire de la commune (le nombre d’étudiant étant toujours un indicateur fort, pour le tourisme, pour l’immobilier, l’investissement et le développement de l’emplois etc.). Autre point intéressant : la Maison de l’Europe de Rennes. Une initiative originale : la création d’un lieu pour s’informer sur l’Europe. Cela peut s’expliquer, entres autres, par l’importance de la PAC dans la région. Voilà peut-être ce qui explique le « euro » dans le nom « d’Euro Rennes ».

Enfin comment parler de la Bretagne sans évoquer les festivals ? Les deux plus grands festivals de France se trouvent en Bretagne : les interceltiques de Lorient, et les vieilles Charrues, à Carhaix. Encore un bon point pour rayonner, au moins du point de vue national. A Rennes, le festival le plus important s’appelle les Transmusicales. Un festival au positionnement intéressant : dans la ville, sur plusieurs lieux, et, surtout, un festival de l’émergence. C’est-à-dire un festival qui présente les artistes des demains, les futurs grands noms de la musiques internationale et nationale. En France, peu d’événements ont travaillé un tel aspect d’émergence, donc aussi vers le B to B (peut-être le mama festival à Paris ou les Inouïs du Printemps de Bourge), et la présence d’un tel moment à Rennes est une évidence : entre Paris et les festivals bretons, pour faire venir les programmateurs de la région, les musiciens. Aux Transmusicales, il n’est pas question de camping et de tentes dans un champ : de quoi ravir les professionnels de l’hôtellerie de la ville. Autre avantage des Transmusicales : la salle de concert de Rennes, le MusikHALL, la salle avec la jauge la plus haute, se trouve près du centre des congrès (une nouvelle salle de concert est dans les cartons). Plus généralement, le développement récent du marché de la musique actuelle (très schématiquement : moins de CD, plus de concerts) ne peut que favoriser une région qui dispose déjà des structures et du public nécessaire au remplissage des jauges de concerts. L’arrivées des grandes multinationales du spectacle (AEG, Live Nation) en France (où il y avait déjà Fimalac, GDP…) est forcément un événement qui doit interroger les professionnels de l’industrie, et a fortiori, de la région. A voir ce que cela donnera dans quelques années : les vieilles charrues, premier festival payant et grand public de France, seront-elles toujours en position de leader ? Avec un modèle associatif face à des entreprises ? Dans de questions qui agitent nécessairement les débats de fin de soirées pendant les Transmusicales.

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