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Entretiens

« Quel sera le choc dans les conditions réelles. Les entreprises sont pour l’instant en phase d’attente »

Entretien avec Christophe Barraud, Chef économiste et stratégiste sur sa vision de la crise liée au Coronavirus. Quelles retombées ? Quelles perspectives de reprise ? Il sera également présent au Global Lodging Forum les 20 et 21 octobre 2020 pour partager son analyse à date. Un rendez-vous pour échanger ensemble sur une situation inédite qui secoue durement la profession.

Le constat

Il est important de rappeler qu’avant la crise, nous étions dans un monde où nous nous attendions pour 2020 à un ralentissement de la croissance dans la quasi-totalité des pays développés. Le choc sanitaire a amplifié le ralentissement et même conduit pour les pays développés en majorité à la plus grosse récession depuis la deuxième guerre mondiale. Dans un premier temps, sans surprise, l’impact a été beaucoup plus violent en Chine où la crise a débuté au premier trimestre. Cela a ensuite touché les pays développés notamment la France, l’Espagne, l’Italie. Cela a entraîné une contraction au premier trimestre, nous aurons les chiffres du second trimestre fin juillet mais ils traduiront une contraction extrêmement importante en Europe.

L’impact sera d’autant plus important en Europe, que c’est la zone qui a choisi de mettre en place des mesures de confinement les plus drastiques et pour une durée plus longue. En conséquence, le PIB va se contracter de plus de 10 % au niveau trimestriel en Europe. Si nous regardons les prévisions de la Banque de France, nous serons vraisemblablement à environ -15 % en France.

Le pays qui s’en sort le mieux au deuxième trimestre, c’est la Chine. Etant donné qu’ils ont pris le choc avant tout le monde, ils ont pu rebondir mécaniquement les premiers. Cela s’explique par les investissements immédiats et massifs dans tout ce qui est infrastructures. Les investissements publics ont été extrêmement significatifs en mai et en juin. L’idée des autorités était de créer un socle de confiance, de pouvoir renouer avec la croissance à un moment où il y avait une chute de la demande extérieure, mais aussi sur un plan domestique. Bien que la consommation en Chine s’améliore par rapport au premier trimestre, en rythme annuel toutes les données sont négatives.

La consommation met du temps à redémarrer. C’est d’autant plus valable pour tous les secteurs sensibles comme le tourisme mais aussi les centres commerciaux, les activités récréatives. Bien que cela ne soit pas une surprise, cela se retrouve très nettement dans les chiffres du mois de juin.

La crise du Corona virus a touché 90 ou 95 % des pays de la planète. Les Etats-Unis ont été touchés avec un décalage, à savoir un impact beaucoup plus marqué à partir de la mi-avril et sur le mois de mai. Puis un début de redémarrage fin mai jusqu’à fin juin.

En résumé c’est un choc mondial, qui entraîne une récession mondiale aux premier semestre. L’impact aurait pu être pire, il a été tempéré grâce à deux facteurs :

  • Une politique monétaire extrêmement accommodante. Entre mars et juin, les banques centrales du G7 ont injecté 6 trillions de dollars.
  • Une politique budgétaire généralisée de soutien en termes des stimulus fiscal, au niveau mondial ce sont près de 8 % de PIB injectés.

Quelles perspectives pour la fin d’année ?

La seule zone qui peut connaître une reprise « en V », c’est la Chine. Ils ont un potentiel de croissance plus élevé que celui des pays développés. Soit entre 5,5 et 6 % aujourd’hui alors que sur les pays développés nous sommes à 1,5 %. A choc équivalent, il est normal que la Chine rattrape plus rapidement. Nous pouvons estimer qu’elle le fera dès le troisième trimestre, car nous sommes d’ores et déjà proches des niveaux d’avant crise.

Les pays développés ont subi un choc plus violent et mobilisé moins de ressources que ce qu’a pu faire la Chine. La Chine a également géré la crise de manière différente grâce à son expérience sanitaire.

Les niveaux de performance du quatrième trimestre 2019 en Europe, ne reviendront pas avant 2022, voire la deuxième partie de l’année 2022. Aux Etats-Unis les niveaux de performance devraient revenir à la normale dans la première partie de l’année 2022.

En Europe, pour l’Italie il faudra attendre 2023, c’est également un risque pour l’Espagne. A l’inverse, l’Allemagne pourrait sortir de crise un peu plus tôt (dès le S2 2021). Le pays ayant fortement investi à l’instar de la Chine, étant également celui qui a le plus de marge dans la zone euro.

Ces projections sont à prendre au conditionnel pour différentes raisons :

  • Les dates de déploiement du plan de relance de 750 milliards d’euros arraché par accord européen ne sont pas encore connues. On sait toutefois, qu’il va accélérer le rythme auquel la croissance pourra repartir.
  • Les Etats-Unis sont en pleine négociation d’un nouveau stimulus fiscal qui pourrait arriver avant les vacances du Congrès, en août.
  • Il y a le risque sanitaire qui perdure. L’épidémie reste active un peu partout sur la planète. Y compris dans les pays qui avaient réussi à limiter la première vague. Il y a également des résurgences en Europe. Il y a donc un risque qu’en septembre on rentre dans la continuité de la première vague. Le mois de novembre, avec des conditions climatiques moins favorables, sera encore plus risqué. La question de mesures nationales se poserait alors. Je ne pense pas que nous repartirions dans un confinement comme nous avons pu de connaître car c’est vraiment trop coûteux.
  • Il y a le risque lié aux élections présidentielles aux Etats-Unis qui devraient avoir lieu le 3 novembre. Il y a deux candidats que tout oppose sur différents sujets : la politique environnementale. Concernant la Chine, Joe Biden aura une approche plus diplomatique sur la forme même si sur le fond il ne sera pas plus tendre avec l’Empire du milieu. Si Donald Trump est réélu en novembre, la Chine sera un de ses objectifs mais également l’Europe. De nombreuses choses peuvent évoluer sur les accords commerciaux, celui qui a notamment été signé en janvier n’est absolument pas respecté par les chinois.

Il y aura un redémarrage mécanique de la croissance après un arrêt total. On peut s’attendre à ce que l’Europe affiche des chiffres de progression au troisième trimestre qui soient les plus élevés de la planète étant donné que c’est la zone qui a été la plus touchée au deuxième trimestre.

Quel sera le choc dans les conditions réelles ? Les entreprises sont pour l’instant en phase d’attente mais la rentrée pourrait voir l’annonce de réductions d’investissements ou encore de licenciements. Cela pourrait donner un deuxième coup d’arrêt à la croissance. Cela rendrait encore plus difficile l’absorption totale du choc dans les trimestres à venir.

Aux Etats-Unis le pays est toujours dans la première vague. Il y encore des états qui continuent à appliquer des mesures de restriction. Le rebond de croissance sera plus faible que celui que nous verrons en Europe.

Pensez-vous qu’à terme, il puisse y avoir une décorrélations entre la trajectoire du PIB et les performances hôtelières ?

Pour revenir à une parfaite normalisation, je reste convaincu qu’il faudra un vaccin efficace et disponible pour tous. Tant que cela ne sera pas le cas, de nombreux secteurs seront en retard notamment l’hôtellerie, la restauration, les transports. En période de bilan après la saison estivale, il y aura forcément des licenciements, des entreprises qui vont devoir se restructurer. Ces entreprises vont couper dans leur budget et notamment peut-être, tout ce qui est déplacement d’affaires sur le court terme.

A quel point la technologie va-t-elle se substituer à des événements physiques ? Cette partie voyage d’affaires risque d’être un indicateur très retardé. Je ne suis pas étonné que les grandes entreprises du secteur n’anticipent pas un retour avant 2023 contre deuxième partie 2022 pour le reste de l’économie. La vraie difficulté restant l’incertitude sur le plan sanitaire. En Chine, où la situation est censée être normalisée, le redémarrage du transit est très lent. La tenue de grands événements est également impactée.

Cette incertitude pour les entreprises signifie couper les CAPEX, les frais et geler les embauches.

Il y a une opportunité de se réinventer au niveau local et au niveau national.

Plus d'analyses par Christophe Barraud sur son blog.

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