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Analyses

Marseille, la destination à la loupe

Suite à notre top des métropoles 2018 pour les marchés hôteliers, la rédaction d'Hospitality ON vous propose de revenir plus en détail sur chaque ville le composant. Chaque focus sera l'occasion de dresser le portrait de la destination : analyse des chiffres, grands projets en cours... Des textes qui seront aussi des invitations à la réflexion autour des enjeux de chaque territoire. Suite aujourd'hui avec la quatrième place du top : Marseille.

Retrouvez nos différents focus et le Top en cliquant sur les liens suivant :

# Le Top des métropoles pour les marchés hôteliers 
#1 Paris
#1.5 le Grand Paris
#2 Nice
#3 Lyon

#4 Marseille
#5 Bordeaux
#6 Strasbourg
#7 Rennes
#8 Nantes
#9 Rouen

Et maintenant... #4 Marseille

Les chiffres :

Les chiffres clefs de l’hôtellerie : (Source :  observatoire MKG Consulting / OK_destination)

Marseille chiffres clés hôtellerie


Les chiffres clés du tourisme : (sources : INSEE/ OTCP / AirDna)

Marseille chiffre clés tourisme
Note : le nombre d’hôtels est un chiffre issu de l’INSEE qui ne compte que « les hôtels classés de tourisme ». Le nombre d’hôtels donné l’est pour janvier 2019. Pour les chiffres MKG, il faudra patienter.

Les chiffres clés macroéconomiques : (Source : INSEE, consortium immobilier)

Marseille chiffre clé Macro


L’analyse des chiffres

Marseille est devenue une ville touristique. Et pour atteindre cet objectif les acteurs n’ont pas lésiné sur les moyens, que cela soit l’Etat, la Région ou la ville : une opération d’intérêt national, avec 10 milliards d’euros de budget ; l’ouverture d’un nouveau musée, équipement de prestige, le MuCEM ; une obtention du titre de capitale européenne de la culture, des nouvelles lignes de tramway…. La panoplie complète de l’aménagement bloqué sur la vitesse « croissance » et « création d’une destination ». Et ces efforts ne datent pas d’hier : en 2001, déjà 18 ans ont passé depuis, ouvrait la ligne Grande vitesse mettant Paris à 3 heures de Marseille. Il faut dire que la ville partait de très loin. Il suffit de prendre comme exemple l’offre hôtelière : avant 2013, année de Marseille Provence, capitale Européenne de la Culture, la ville ne comptait aucun 5 étoiles et seulement un établissement 4 étoiles. 5 ans plus tard, les chiffres sont tout autres : 4 hôtels de 5 étoiles et 18 hôtels de 4 étoiles. Les chiffres sont très parlants, que cela soit ceux donnés par l’Insee :

Marseille nombre de chambres

Ou encore ceux directement donnés par l’intercommunalité, Marseille Provence :

offre hôtellière en 2017

Dans les deux cas : l’offre progresse. Avec des hausses très claires pour les segments 3 et 4 étoiles, au moment de Marseille Provence, capitale européenne de la culture, mais aussi en 2015, juste avant l’Euro. Des ouvertures sont emblématiques de cette renaissance – voire quasiment naissance – touristique : l’Intercontinental dans l’hôtel dieu de Marseille, le Petit Nice de Passédat, le Golden Tulip à la Joliette, le quartier de l’opération Euroméditerranée, un NH collection, un NH How. Et d’autres livraisons d’hôtels sont prévues : en 2019 devrait ouvrir un Mercure 4 étoiles sur la Canebière. Avec pour ambition d’en faire le symbole d’un renouveau pour le quartier de Noailles et de Belsunce.

Et du côté de l’offre là encore l’évolution est forte. Entre 2007 et 2017, le nombre de nuitées augmente de 7,5 %. C’est peut-être du côté des croisiéristes que les croissances sont les plus impressionnantes : 429 661 croisiéristes en 2007 pour 1 595 007 en 2016, plus d’un million de hausse en moins de 10 ans. 2016 reste d’ailleurs l’année la plus forte pour le moment, pour le port de Marseille, en attendant bien sûr d’avoir les chiffres 2018 définitifs qui marqueront potentiellement un nouveau record (autour de 1,7 million de passagers en croisière étaient attendus, en début d’année). Et les mêmes hausses se retrouvent sur les chiffres de l’aéroport Marseille Provence, avec bientôt les 10 millions d’arrivées par la voie des airs, en 2018 le nombre était d’environ 9,4 millions de personnes (chiffre non consolidé et issu d’un communiqué de presse de l’aéroport). Et c’est le segment des arrivées internationales qui porte le plus l’aéroport, avec une hausse de 9 % sur cette croissance entre 2016 et 2017 et de 6 % entre 2017 et 2018.

Des bons chiffres qui se retrouvent dans les indicateurs de performances hôtelières. Le prix moyen est en hausse, pour s’établir autour des 83 euros (HT), comme pour le RevPar qui se conclut en 2018 sur le chiffre honorable de 55,60 euros (HT).

Grand ciel bleu pour la cité phocéenne alors ? Il faut sans doute nuancer cette impression. Par exemple sur la place pour de nouveaux hôtels : le TO ne progresse pas entre 2017 et 2018 ; et dans une ville longtemps en manque d’hôtels, Airbnb a pris une part importante du marché. Au 5 mars 2019, AirDnA comptabilise 6 425 annonces sur la plateforme, soit presque le nombre de chambres d’hôtel. Cela donne sans doute aussi une indication sur les populations visitant Marseille : des jeunes, urbains. Il y a d’autres secteurs à aller chercher, notamment le segment affaire avec le quartier d’affaires tant voulu Euroméditerranée à la Joliette. D’autre part, la croissance semble se ralentir : 6 % sur les arrivées internationales entre 2017 et 2018, pour 9 % l’année précédente. Un léger tassement. Qui se retrouve aussi avec les chiffres des croisiéristes, avec une baisse en 2017. Il y a sans doute un effet de ralentissement après les grandes années post capitale européenne de la culture. En somme, Marseille est apparue sur la carte du tourisme : et après ? Et puis surtout : à quel prix ?

 

Quelques éléments de contexte : les problématiques, les risques

Car, et c’est le premier point épineux de la destination Marseille, tous ces beaux chiffres ne doivent pas faire oublier l’écroulement de la rue d’Aubagne : le 5 novembre 2018, deux immeubles de cette rue du centre-ville s’écroulent, faisant 8 morts et 2 blessés. L’emplacement n’est même pas à 100 mètres du Mercure devant ouvrir en 2019, l’ensemble est à quelques 5 minutes à pied du Vieux Port. Le coût d’opportunité d’un centre à ce point dégradé est sans doute inimaginable, surtout quand juste à côté se lancent des travaux pour rendre la place Jean Jaurès (La Plaine comme l’appelle les Marseillais) plus agréable, après la belle rénovation du Vieux Port. En fait, le problème n’est même plus de présenter un centre historique aux touristes pour en faire une carte postale de la ville, gentrifiée ou non, de calculer des coûts d’opportunités, l’habitat est devenu un enjeu de sécurité. De dignité même. Il suffit de reprendre un rapport gouvernemental, conduit par l’inspecteur Christian Nicole, de 2015, qui déjà évoquait un « habitat indigne et dégradé d’une rare ampleur ». 13 % des résidences principales de la ville seraient en mauvais état. Dans le quartier de Noailles, pourtant en plein centre, si proche du Vieux Port, ce taux monte à 35 % (pour les copropriétés de moins de 25 appartements et pour des immeubles datant d’avant 1949 : autant être clair, l’ensemble du quartier). Pour saisir clairement l’ampleur du risque, il suffit de prendre une carte des Airbnb se situant à Noailles et Belsunce, les quartiers très denses du centre, proches du Vieux Port (la rue d’Aubagne, où ont eu lieu les effondrements est en rouge sur l’image) :

airbnb près de la rue d'aubagne

Et c’est au bout de cette rue que doit ouvrir un Mercure, c’est au bout de cette rue que se trouve la grande boutique de l’OM, juste avant la Canebière, peut-être l’avenue la plus célèbre de Marseille. Cela dit, il ne faudrait pas schématiser ou rester dans une posture ne faisant que souligner l’urgence de la situation, la réalité du risque. Car beaucoup a été fait, mais cela concerne la partie plus positive de cet article. Quant au débat sur l’allocation des budgets - la recherche d’un centre d’affaires à gauche quand le Centreville s’écoule à droite est assez critiquée - : Marseille est tout simplement, par excellence, la complexité urbanistique même, ce n’est pas ici que ce sac de nœuds sera résolu. Cela dit, ce sont des informations d’importance pour toute installation dans l’antique cité : Marseille est la ville la plus étendue de France. Dans les quartiers Nord, des ensembles ont été construits à la va-vite dans les années 60 pour accueillir, entre autres, les populations revenues de l’Algérie Française. C’est d’ailleurs dans ces quartiers que l’habitat est le plus insalubre. Au Sud-Est, une partie de la ville contient quelques parties du parc national des calanques : c’est le contraste entre l’hyper dense au centre et les rares cabanons en pleine garrigue à l’Est. Et partout ces contrastes se retrouvent : port de la Pointe Rouge, Vieux Port, Port, Port de l’Estaque…. Sur une seule ville ! Et que dire alors de la comparaison entre les riches villas du Roucas Blanc et le prestigieux centre des nageurs marseillais, quand trois kilomètres plus loin s’étale le cours Julien et ses tags, enclave pleine de vie quasi berlinoise en plein sud de la France. Il suffit de reprendre les noms de quartiers, une liste dans laquelle le profane peut se perdre rapidement : Belsunce, Saint-Loup, Mazargues, le Redon, Le Panier, Castellane…. Des contrastes donc, fruit d’une histoire complexe, sans Baron Haussmann, faite de villages se rejoignant : autant de problématiques à prendre en compte lors de la construction d’une communication. D’ailleurs l’autre point essentiel à savoir de cet urbanisme tient dans son étalement, qui nécessite du coup l’utilisation de la voiture, qui étale encore plus et provoque une complexité, voire une absence, de transports en commun. Deux lignes de métro et trois de tram. Là où une ville comme Paris, pourtant plus petite, affiche 14 lignes sur son réseau de métro. Une autre complexité à prendre en compte dans l’aménagement touristique, d’ailleurs en été il devient très compliqué de garer les autocars à Notre Dame de la Garde, monument le plus visité de la ville. Malgré des efforts récents. Ce qui explique en partie la faible progression de la fréquentation de la basilique sur ces dernières années, qui reste autour de deux millions (de visiteurs ??) : une forme de masse critique, de capacité de charge, a peut-être été atteinte.

Histoire mouvementée, disparité urbaine et sociale, problématiques de budgets, et maintenant avec Notre Dame de la Garde, la problématique patrimoniale. Encore un facteur de risque pour le tourisme, où normalement le patrimoine joue un rôle de ressource essentielle au marché touristique (de même que pour l’image, la cohésion territoriale etc.). D’abord sur le patrimoine bâti : la fréquentation du haut lieu de la capitale du sud, Notre Dame de la Garde, est une inquiétude. Le défilé de cars, le côté inaccessible de la « bonne mère », sont des sujets sur lesquels la Marie travaille, plusieurs solutions sont envisagées : la construction de nouveaux parkings – avec quelle empreinte sur les paysages, sur les photos etc. – ou d’un téléphérique – mêmes questions -. Là encore un nouveau point dommageable, le maire, J. C Gaudin, évoque le téléphérique depuis 2014, et les premières études mettaient en avant le lancement des travaux pour 2019 afin de livrer l’ensemble en 2021. Vraisemblablement, si le projet est définitivement choisi, le chantier commencera l’année où il aurait dû se terminer : en 2021. Au passage, selon Marsactu, l’ensemble des études de faisabilité sur ce projet auraient déjà coûté plus d’un million d’euros, de quoi faire avaler sa bouillabaisse de travers au bon contribuable marseillais. L’ironie étant qu’un funiculaire faisant autrefois la liaison entre le Vieux Port et la « bonne mère », fut fermé et détruit en 1967. L’histoire d’un aller et retour, typiquement Marseillais en somme. Autre point dommageable : certaines inquiétudes sur le classement UNESCO de la « cité radieuse », patrimonialisée car œuvre du Corbusier. De nouveaux bâtiments dans le périmètre UNESCO pourraient, évidemment pour le moment ce n’est qu’hypothétique, remettre en cause le classement de la cité. Pour le tourisme c’est un danger : le label UNESCO est particulièrement puissant et fédérateur. Tout l’enjeu est là : rénovation urbaine et urgence du toit contre volonté patrimoniale, un vieux débat qu’il est dommage de voir ressurgir pour une ville qui a tant fait dernièrement sur les deux sujets. Le débat se retrouve aussi dans le nouveau plan d’urbanisme voté par la métropole, qui permet à des zones du parc Longchamp de devenir constructibles (les rumeurs vont bon train sur l’ambition d’un nouveau Palais des Congrès dans le parc).

Et sur la question du patrimoine se pose aussi celle du patrimoine naturel : c’est le scandale des boues rouges dans le parc national des calanques, qui a été retentissant à la fin du dernier quinquennat. Alors même que la France métropolitaine ne compte que 7 parcs nationaux et que ce dernier devrait donc être moteur de l’attractivité de la ville. Revoilà l’environnement, outre la pollution, toujours bien placé dans les logiques de risque. Le site de la Mairie de Marseille met à disposition d’excellentes cartes de localisation des risques, qu’ils soient incendie, pollution, glissement de terrain ou inondation. Evidemment c’est le risque d’incendie qui reste le plus important, l’entièreté des calanques et massifs entourant la ville étant classés en zone de danger incendie. Tous les ans, les calanques sont marquées par des départs de feux, des incendies : 2018, 2017, 2016… Le risque est connu, maîtrisé. Il reste présent.

Viennent ensuite tous les poncifs sur la cité phocéenne : insécurité, mafia, trafics en tout genre… S’il convient de ne pas céder à une forme de Marseille Bashing, cette réalité pose un vrai problème de communication : peu importent les chiffres, chaque nouvel événement relançant une image difficile à reconquérir, ne serait-ce que par la complexité du territoire. Qui se retrouve aussi dans les termes :  Marseille ou Marseille Provence ou encore Marseille-Aix-Provence. Bref. Quid de l’insécurité ? Il y a là en fait deux notions : insécurité réelle et sentiment d’insécurité, et si l’insécurité baisse, le sentiment d’insécurité lui perdure. Malheureusement c’est sans doute ce dernier qui a le plus d’influence sur le tourisme. C’est l’épineuse année 2016 qui projette cette image, avec un record battu du nombre d’homicides par balle pour une ville française : 34. Cela dit les chiffres sont en baisse, avec 14 morts en 2018. Globalement c’est d’ailleurs la tendance en France : une baisse des homicides. En plus il faudrait nuancer cela par cible, quartier… D’autant que les pouvoir publics ont réagi avec la création d’une Préfecture de Police, la mise en place de moyens considérables (notamment sous le gouvernement Ayrault) et avec des résultats : la baisse des crimes du quotidien, de la petite délinquance, est continue depuis 2012. Restent encore les problèmes de rats et de propreté, mais ce sont là des évolutions quasiment mondiales : New-York comme Paris sont aussi touchées.

Derrière tout ces points à surveiller, il faut tout de même souligner encore une fois le chemin parcouru par la ville, aujourd’hui pleinement entrée dans l’œcoumène touristique. Il suffit de reprendre les chiffres de la population de Marseille : entre 1975 et les années 2000, la ville se dépeuple, malgré l’arrivée des réfugiées d’Algérie dans les années 60 ; qui feront d’ailleurs les quartiers Nord et l’étalement urbain de la ville. L’activité du port s’effondre, les industries fuient, les usines ferment… Mais cela change. Aujourd’hui, la Belle de Mai, longtemps une friche, est devenue un lieu de culture, d’exposition : 400 artistes y travaillent quotidiennement, et 400 000 personnes visitent le lieu chaque année. Un changement radical : de l’usine, à la friche, au centre d’art. D’ailleurs cette histoire est revendiquée par le lieu qui a gardé le nom de « friche La Belle de Mai ». Voilà une nouvelle manière de voir Marseille : une ville de friche dans lesquelles s’implantent les bars, les artistes, l’art. Le schéma est classique : dans les dents creuses, dans les lieux moins chers, s’installent ce qui fait le berceau d’une contreculture, d’une ville alternative, jeune et vivante. De La Belle de Mai, à IAM, ou encore JUL aujourd’hui : Marseille, ce n’est pas que la Bonne Mère. Et voilà sans doute une carte positive à jouer, notamment auprès des jeunes européens, les fêtards, les urbains : une ville jeune, qui se développe, pleine d’art…

Outre ce trait de caractère marseillais, parfaite transition entre les enjeux et les points positifs, il faut aussi souligner que la ville est riche de projet. Avec évidemment cette année de 2013 qui fut décisive pour la ville. Marseille ayant obtenu le titre de capitale européenne de la Culture en 2013, et ayant vu s’ouvrir son nouvel équipement de prestige : le MuCEM (Le Musée des civilisations euro-méditerranéennes). C’était l’effet « Bilbao » qui était recherché, et l’objectif est plutôt atteint : 1,8 millions de visiteurs en 2013, pour l’année capitale de la culture, quasiment 2 millions en 2014, ce qui représente le pic de fréquentation, et 1,3 en 2018. Une fréquentation qui repart à la hausse en 2018 après les travaux de 2017, notamment sur la collection permanente - assez critiquée à l’origine -, les chiffres passent de 1,2 à 1,3 millions de personnes accueillies. Sachant que 1,2 millions en 2017, alors que le musée était en travaux pendant 6 mois reste un excellent score. Juste à côté du MuCEM, c’est la Villa Méditerranée qui va changer en 2019. Le lieu va être complétement réorienté : plutôt qu’un lieu d’exposition, ouvert sur la mer qui le borde et son histoire, la Villa va accueillir la réplique de la grotte Cosquer. Le troisième musée de ce genre en France avec Lascaux et Chauvet. En termes de communication l’exercice sera sans doute plus simple que pour l’ancien projet de la Villa, cela permet de créer une nouvelle attraction touristique, rare, et vraiment centrée sur la richesse de l’histoire régionale. Le territoire phocéen est habité depuis le paléolithique. Le célèbre pingouin de la grotte Cosquer, peint il y a plus de 20 000 ans, promet déjà d’être un carton pour la boutique de souvenir….

Néanmoins le changement de destination de la Villa Méditerranée est révélateur d’un objectif raté pour la ville de Marseille, qu’il ne convient toutefois pas de mettre dans le passif de la destination : l’ambition, sous l’ère N. Sarkozy, d’une vraie union de la Méditerranée, avec l’idée d’un parlement Euro-méditerranéen dans la Villa… tout cela restera lettre d’intention. Si l’union existe, cahin-caha et avec une ambition revue à la baisse, le parlement laissera place à la grotte Cosquer. Mais dans l’opération, Marseille aura sans doute trouvé une piste très forte en identité et communication, une piste apaisante (le tourisme après tout étant la meilleure manière de se définir : qu’est ce que la ville a à présenter ?), autour d’une idée Europe-Mer Méditerranée. Une idée transversale à l’ensemble du J4 avec le MuCEM. L’ensemble du lieu (Villa + MuCEM), malgré ses hésitations, ses travaux – pourquoi ne pas dire erreurs de jeunesse – reste une vraie attraction touristique, un vrai pôle : le fort Saint jean est rénové pour l’année capitale, le MuCEM est inauguré, la Villa est un geste architectural fort, avec en toile de fond le Vieux Port et la Major. Cela donne un triangle d’or du tourisme marseillais : l’esplanade du J4 avec MuCEM et Major, le vieux port, avec son théâtre de la Criée et son ferryboat, et le Panier, avec la vieille charité et le musée d’arts premiers.

 

MUCEM

 

Juste après le MuCEM se déploie la Joliette, le port…. L’ensemble des quartiers concernés par l’opération d’intérêt national Euroméditerranée. Le projet est grand : d’abord la création d’un centre d’affaire à la Joliette, la rénovation de certaines parties du port, le J1, le J4… Des nouveaux quartiers doivent sortir du sol, sur d’ancien docks, d’anciens faisceaux de rails, c’est simple : l’espace de l’OIN comprends pas moins de 4 ZAC, l’ensemble est budgété jusqu’à l’horizon 2030. Sachant que la phase 1 s’est terminée en 2015 et qu’une extension de l’espace concerné a eu lieu pour le début de la phase 2. Les travaux devraient commencer en 2019 pour les nouveaux terminaux des croisiéristes au niveau de port, le but est de soutenir la croissance très forte de la ville sur ce marché avec un nouveau port permettant de dépasser les 2 millions de passagers. De quoi remplir les docks et les terrasses du port. D’autres travaux liés à Euromed’, le surnom de l’opération, commenceront aussi en 2019 : la coulée verte à l’est (le parc Aygalades), derrière Les Crottes, pour une livraison en 2021. De nouveaux ilots, de l’éco quartier la fabrique, sortiront aussi de terre pour une fin de chantier en 2022. Pour le quartier de la fabrique des interrogations persistent sur l’avenir du marché aux puces et produits frais, emblématique de la ville : en mauvaise état, le lieu doit totalement changer, mais les travaux n’ont pas encore commencé, ni même les études de faisabilité. Un sujet sur lequel l’établissement public Euromed’ et la mairie devraient apporter des réponses en 2019 : affaire à suivre donc. Enfin le J1 doit rouvrir ses portes en 2019, la date semble difficile à tenir tant les projets sont ambitieux : 2000 m2 pour le coworking, un hôtel opéré par Marriott, des espaces dédiés à l’événementiel.

En fait, Marseille n’est plus un chantier, mais en chantier : tout simplement. Et depuis longtemps : du parc du 26ème centenaire, au recouvrement et à la rénovation du vélodrome (pour l’Euro), le MuCEM, la tour CMA CGM, les lignes de tramway, la Tour La Marseillaise, la rénovation du Vieux Port, du Panier, du boulevard Longchamp…. En 20 ans aucune ville en France n’a vu son paysage autant modifié. D’où l’arrivée des grands noms de l’architecture qui créent ex nihilo la Skyline de la ville : Zaha Hadid pour la tour CMA CGM, et Jean Nouvel pour la tour La Marseillaise. Voilà Marseille dotée de tours et d’un quartier d’affaire, comme toute métropole digne de ce nom selon les normes du 21ème siècle. Une nouvelle tour doit d’ailleurs voir sa construction débutée en 2019 : la tour bleue. Pour la tour H99 des interrogations sur la taille de l’immeuble empêchent de donner une date précise de livraison. D’autres travaux encore devraient commencer en 2019 : sur la place Jean Jaurès notamment, pour en faire une vraie place piétonne du centre-ville et rendre son marché plus attirant. Attention toutefois à la circulation, qui risque d’être chamboulée sur l’année – au grand dam des habitants et au grand plaisir futur des touristes et autres loueurs de segway - : la place jean Jaurès n’en sera plus vraiment une, les voitures ne pourront plus en faire le tour, la place Castellane va aussi rapidement entrer en travaux pour accueillir le tramway, à cela s’ajoute des travaux pour des voies de contournements et des rocades au nord et au sud…. Marseille a enfin décidé de s’attaquer au problème de son réseau routier anarchique et en mauvaise état, mais en attendant la fin des travaux : des bouchons sont à prévoir. Une partie du boulevard urbain sud devrait être livrée en 2019. Heureusement pour les touristes loisirs, tout cela est bien loin du MuCEM et du Vieux Port. En fait il y aurait de quoi faire quelques thèses sur le tracé routier de la ville phocéenne, ou plus généralement sur le transport, et surtout les transports en commun de la ville : les lignes 2 et 3 du tram partagent des stations, alors même que la ville manque cruellement de transports en communs, certains tracés des trams suivent le métro…. L’extension de la ligne 3 du tram apportera de l’air au réseau, mais n’est pas prévu avant 2022 pour son extension vers la Rouvière et le Redon. Pour 2019 il faudra se contenter de l’ouverture, déjà maintes fois repoussée mais a priori enfin sûre, de la station de métro et de la gare Capitaine Gèze.

La liste des travaux prévus continue : rénovation du centre des expositions des congrès, nouveau cinéma d’art et d’essais Artplex…. Il faudrait une carte fort détaillée pour s’y retrouver dans cette liste sans fin de projets. D’où les interrogations du début d’article : un ralentissement de la croissance ? la fin de l’effet « Capitale Européenne de la Culture ». Il y a sans doute un effet de creux entre les deux vagues : Euroméditerranée 1 jusqu’en 2015, et là une seconde phase qui démarre pour la ville, avec Euroméditerranée 2, les nouveaux transports en commun, une nouvelle tour. Mais cette seconde phase de travaux doit se faire en même temps qu’un bilan de la première phase : combien de bureaux sont occupés dans le quartier d’affaire de la Joliette ? Par exemple, le prix de l’immobilier continue de stagner à Marseille : grâce aux constructions ou par manque d’attractivité ? En tout cas pour le tourisme, le pari semble gagné.

 

 

 

 

 

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