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Analyses

#GLF18 Face to Face : « La sûreté, ce serait fou de ne pas l’intégrer dans l’hôtellerie », Thibault de Montbrial

La France a été durement touchée par le terrorisme récemment, en particulier en 2015 et 2016. D’autres pays d’Europe et du monde entier ayant été aussi frappés, nous rappelle que la sécurité et la sûreté sont des problématiques universelles. Les hôteliers sont plus que jamais concernés par ces enjeux dans leur quotidien.

Thibault de Montbrial et Georges Fenech nous éclairent sur cette problématique et l’importance qu’elle a pour les parties prenantes de l’hôtellerie et du tourisme.

 

  • Qui intervient dans la sécurité d’une destination ? Quelles sont les parties prenantes ?

Thibault de Montbrial est avocat au barreau de Paris, associé fondateur du cabinet MI2 Avocats et Président du CRSI (Centre de Réflexion sur la Sécurité Intérieure).

La sûreté, « ce serait fou de ne pas l’intégrer dans l’hôtellerie ». A titre d’exemple, en Tunisie, les attaques de mars et de juin 2015 qui ont coûté 18 mois de chiffres d’affaires au budget touristique de la Tunisie. Selon lui, le maître mot est l’ « Anticipation ». Le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest, paraissent plus exposés aujourd’hui que les grandes villes européennes mais « on ne peut pas sérieusement dire qu’un établissement 5 étoiles dans Paris aujourd’hui ne soit pas en théorie exposé à une attaque ».

Il faut une coopération avec différents acteurs mais en particulier avec les services de renseignements locaux.

Georges Fenech est un ancien magistrat, consultant sur les questions de terrorisme, président de l'enquête parlementaire suite aux attentats de Paris.

Pour lui, la question de la sûreté est « fondamentale » car « si l’hôtellerie ne la prend pas en compte, elle est directement menacée dans son existence ». Il fait la nuance entre sûreté (actes volontaires, criminalité, terrorisme) et sécurité (acte involontaire ex : tsunami, cyclone, incendie) indiquant que la première est un droit.

La sûreté est une « responsabilité régalienne ». Les pouvoirs publics ont en effet la responsabilité de la sûreté des citoyens. Le Ministère des Affaires Etrangères est le premier acteur vers lequel se tourner. Il est organisé pour prévenir et intervenir. C’est la prévention qu’il faut prendre en compte. Le Ministère a un rôle d’information à travers une cellule de soutien et de crise, de consultation, l’application Ariane qui permet de transmettre ses données au Ministère et être informé en temps réel, et assure un rôle d’intervention.

 

  • Concrètement, comment organise-t-on la sûreté à l’intérieur d’un établissement ?

Selon Thibault de Montbrial, l’hypothèse d’un acte terroriste doit être analysée froidement. Il faut travailler avec des spécialistes, des anciens des services d’Etat (côté opérationnel), faire des audits. En matière d’établissements français ou d’établissements étrangers soumis au droit français, le patron de la chaîne hôtelière est pénalement responsable s’il n’a pas fait ce qu’il fallait au niveau sécurité.

Après l’audit, il faut prendre des mesures. « Toute la difficulté dans votre métier, c’est de faire un arbitrage entre les mesures efficaces et les mesures qui ne sont pas trop visibles. C’est vrai que ce ne serait pas très agréable, dans un hôtel 5 étoiles, de se retrouver dans un bunker de type militaire ».

Il est très important également de préparer le personnel à l’hypothèse qu’un acte ait lieu. Le personnel en est d’ailleurs très demandeur car « c’est beaucoup plus anxiogène d’avoir une sorte de tabou » que d’aborder le sujet concrètement. Il faut sélectionner le personnel, le former (incendie, premier secours, formation tactique etc.) et effectuer des exercices de simulation car « en matière de stress intense, l’esprit et le corps perdent à peu près 80% de leurs capacités normales. Les 20% seront les résultats de l’entraînement ». Sans anticipation, l’effroi, le saisissement, la tétanie, et l’agitation non productive nous envahissent.

« Je pense que l’avenir est à la sécurité privée armée dans les établissements, dans les conditions prévues par les lois et les textes qui légiféreront sur ce sujet. Si un incident commence, on va appeler les forces d’intervention, les secours mais les gens interviendront en 10-15 minutes, et 10-15 minutes c’est 50 morts. »

Georges Fenech ajoute qu’un établissement, touristique ou non, en danger ou non, doit avoir sa propre charte, son propre process de sécurité, avec une hiérarchie, avec un responsable de sécurité qui aurait tous les contacts avec les autorités locales (autorités consulaires, attachés de sécurité dans les ambassades) de façon à avoir la réaction la plus rapide.

« Il vaut mieux être prudents mais pas non plus anxiogène » et accepter de sacrifier un peu de liberté individuelle pour plus de sécurité.

En plus des audits, il peut se déterminer aussi une salle de confinement, déterminer comment l’information circulerait, comment prendre contact avec les autorités policières locales et l’attaché consulaire.

Il note une avancée : « les forces d’intervention ne disposaient pas des plans du Bataclan. Aujourd’hui, tous les grands établissements sont tenus d’adresser leurs plans. Pour un hôtel, le premier réflexe à avoir c’est de donner ses plans à son ambassade, à l’attaché de sécurité et aux autorités locales sur place. »

 

 

 

 

 

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