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Investissements

Le tourisme durable et responsable ou non ? [Partie 1]

Le bilan de l’été est rayonnant, pour l’Europe nous sommes sur des performances records qui font du bien à une économie touristique fortement impactée par la crise liée à la pandémie de Covid 19. Entre soulagement et réjouissances, le débat du surtourisme versus tourisme durable se mêle à des constats sans appel de sècheresse et d’aléas climatiques de plus en plus violents. Les professionnels du secteur n’ont pas attendu ces bouleversements pour s’engager dans une exploitation différente de l’activité touristique. Si certains sont encore à la traine, de nombreuses initiatives existent. En effet l’hospitality repose avant tout sur l’accueil et le respect de l’autre, une démarche qui fait partie des fondements de la RSE.

Préserver une destination c’est également investir dans l’avenir en s’assurant qu’elle restera désirable aux yeux des voyageurs. Derrière les bonnes intentions il y a également la volonté de rester compétitif et de répondre aux attentes des consommateurs pour qui consommer durable n’est plus optionnel. Ainsi sur le marché USA, Technavio anticipe un développement du marché du tourisme durable de près de 10% par an.

Enfin, exploiter durable permet de réduire ses coûts de consommation en énergies, en matières premières à travers un sourcing plus local et d’être plus attractif en tant que recruteur. Si sur le court terme cela nécessite des investissements, y compris en temps, sur le moyen et long terme, l’équation est clairement gagnante. En témoignent le nombre toujours croissant de professionnels qui s’engagent dans la démarche, du constructeur à l’investisseur en passant par l’exploitant.

Des initiatives locales impactantes

Il n’y a pas que les géants mondiaux qui font leur part du travail, de nombreuses initiatives sont mises en place au niveau local dans le respect des écosystèmes.

Octant Hotels développe une offre de 8 établissements au Portugal dont la majorité sont des hôtels qui ont été repris et revitalisés sur des territoires peu touristiques avec une offre particulièrement tournée vers chaque destination.

Plus anecdotique mais puissant en termes de message et d’impact direct sur le territoire, un bar barcelonais offrait à l’été 2019 une bière en échange d’un verre rempli de mégots. Plus proche de nous, le collectif Nice Plogging a installé sur la Promenade des anglais une œuvre du street artist Toolate, un paquet de cigarettes géants remplis de mégots ramassés sur place avec la mention « Voici l’œuvre d’un paquet de gros cons » un message direct qui aura été vu par des milliers de passants en plus de la couverture médiatique.

La marque Ultima Collection, présente dans les Alpes et en Méditerranée, proposait déjà qu’un arbre soit planté pour chaque nuit passée dans ses établissements. Elle a annoncé en avril s’être engagée au retrait d’un kilogramme de plastique dans les océans pour une nuitée dans un de ses établissements en bord de mer, en partenariat avec Oceanic Global. Les clients ont également la possibilité de faire un don à l’organisme.

Le numéro un britannique Whitbread a de son côté lancé la construction d’un établissement fonctionnant à 100% avec de l’énergie électrique renouvelable. Un challenge nécessaire en période de très forte augmentation des prix du gaz liée au contexte international.

Alex Flach, directeur du développement de Premier Inn au Royaume-Uni. Précise "C'est un défi considérable car nous dépendons du gaz naturel pour chauffer l'eau dans notre réseau d'hôtels et alimenter un grand nombre de cuisines de nos restaurants à travers le pays. […] Avec plus de 82 000 chambres actuellement disponibles pour nos clients au Royaume-Uni et en Irlande, et la possibilité d'étendre notre réseau à 110 000 chambres à terme, l'impact de ce que nous apprendrons de l'hôtel tout électrique est énorme."

Initiative similaire chez Hilton avec l’ouverture de l’Hotel Marcel New Haven, Tapestry Collection by Hilton dont les 165 chambres et espaces communs sont alimentés 100% avec de l’électricité issues d’énergie solaire. L’établissement a été conçu pour n’émettre aucun carbone et est certifié LEED Platinum. Une démarche voulue par le propriétaire de l’établissement Bruce Redman Becker, également architecte, qui souligne :

« Nous sommes tous responsables de la lutte contre la crise climatique, et ce sentiment d'obligation a pesé dans toutes les décisions que nous avons prises pour créer l'hôtel Marcel New Haven ».

Bruce Redman Becker a fait le choix d’acquérir un bâtiment existant qui a été transformé.

En dehors des mesures prises pour un impact environnemental nul, l’exploitation de l’établissement est prévue pour un impact minimal avec, par exemple, une table locavore.

L’appui des destinations

Conscientes de l’interdépendance avec tous les professionnels du tourisme qui forment la chaine de valeur touristique, les destinations sont de plus en plus nombreuses à proposer des accompagnements, notamment aux hébergeurs. 

La communauté autonome des Baléares a voté le financement anticipé à 100% des CAPEX investis pour l’amélioration de la consommation énergétique des hébergements touristiques. L’enveloppe de 12,7 millions d’euros, a été obtenue auprès de l’Union Européenne dans le cadre du Fonds Next Generation. Isolation ou encore passage aux énergies renouvelables sont éligibles.

Charente Tourisme s’est associée à l’ADEME pour mener une expérimentation sur son territoire. 30 hébergeurs du territoire sont entrés dans le programme Green Flow bénéficiant ainsi d’un programme d’accompagnement et de formation pour un hébergement responsable.

A Singapour, les hôteliers se sont associés avec le Singapore Tourism Board. Ils se sont mis d’accord sur l’objectif de 60% du stock de chambres du territoire détenteur d’un label développement durable à portée mondiale d’ici 2025. Un plan d’action a été dressé prévoyant par exemple de sourcer des produits locaux et durables pour fournir les établissements hôteliers.

Onlylyon Tourisme et Congrès accompagne également les hébergeurs en leur proposant un accompagnement humain et financier pour l’obtention d’un écolabel. Un second appel à candidature a ainsi été lancé en juillet dernier. La métropole a par ailleurs mis en place le label Lyon Ville Equitable et Durable qui peut être décerné à tous ses acteurs économiques pour une durée de 3 ans.

Le couperet de la réglementation face à l’urgence climatique

Si la bonne volonté, la conscience citoyenne et les attentes clients ne suffisent pas, il reste un dernier argument pour convaincre : la loi.

La réglementation thermique vise la neutralité carbone à 2050, un engagement qui s’applique à tous les secteurs avec des paliers à atteindre progressivement : -40% en 2030, de -50% en 2040 et -60% en 2050. Des engagements qui touchent avant tout les investisseurs et promoteurs immobiliers mais auxquels les exploitants doivent contribuer au quotidien dans les hôtels.

A cela s’ajoute la législation liée à la Zéro Artificialisation Nette qui prévoit de préserver les écosystèmes mais apporte de fortes contraintes pour le greenfield. Si les conditions d’applications sont encore en consultation et font couler beaucoup d’encre, il est indéniable que le développement et l’exploitation touristique se feront différemment dans les années à venir.

Prochaine analyse sur les initiatives portées par les groupes hôteliers.

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