Placée parmi les premières destinations touristiques mondiales et sur la première marche du podium en termes de volumes de touristes, la France doit faire redémarrer la machine touristique. Tâche encore ardue sans perspectives concrètes de réouverture pour une grande partie de ses activités : restauration, parcs de loisirs, événements et festivals, congrès et séminaires.
L'enquête menée par notre partenaire auprès de ses auditeurs qualité le souligne, près de 70% des vacances des français se déroulent en été, la réouverture tant attendue sera donc clé pour les professionnels du secteur.
Les vacanciers prévoyaient un budget moyen par personne de 1263 €, ce budget sera-t-il revu à la baisse ?
La bonne nouvelle est toutefois que plus de la moitié des vacanciers prévoyait de partir en France et un peu plus de 27% en Europe, ils sauront donc adapter leurs séjours si les conditions de réouverture pour la saison estivale sont remplies.
L'impact de la crise du Covid 19 n'est toutefois, comme attendu, pas anodin. Seuls 36,7% d'entre eux prévoient désormais de partir en vacances cet été contre 67,5% avant la pandémie. La majorité prévoit toutefois un report de congés envisageant de partir en vacances en septembre, octobre voire novembre. 7,8% des répondants ont toutefois décidé d'annuler leurs congés.
Sans surprise, c'est la voiture qui sera privilégiée comme moyen de transport pour partir en vacances avec 13,3 points de répondants en plus pour ce moyen de transport suite à la crise. Autre bonne nouvelle pour les professionnels de l'hébergement, ils sont une grande majorité à privilégier un hébergement à l'hôtel (37,8%) une proportion qui a augmenté de 6,5 points depuis la crise.
Le silence européen pousse les pays vers le "chacun pour soi"
Le 9 mai, Reuters révélait un projet de travail de la Commission européenne intitulé "L’Europe a besoin d’une pause". Ce document ferait notamment la proposition du retrait de l'obligation des compagnies aériennes (régies par le droit européen) de rembourser intégralement les voyageurs leur proposant notamment des avoirs. Pour que la réglementation européenne évolue sur ce volet, il faudrait que ces bons soient garantis par les Etats sur le modèle des garanties privées contractées par les voyagistes qui eux proposent des vouchers pour les reports de séjours et prestations.
Le 13 mai, l'Union européenne devrait présenter une série de propositions pour harmoniser la réouvertures des frontières européennes et la situation dans les transports. Une annonce qui arrive à l'heure où le Secrétaire d'Etat aux Transports français indique que les règles de distance physique ne seront pas applicables dans les avions exploités en France.
Le Secrétaire d'Etat Jean-Baptiste Lemoyne annonce être en lien avec le Commissaire européen Thierry Breton qui avait appelé à la mise en place d'un plan Marshall pour le tourisme européen. Il a en lien avec le Comité de Filière Tourisme transmis à son cabinet un document reprenant une série de mesures potentiellement applicables en Europe pour soutenir la première destination touristique mondiale.
Comment les destinations accompagnent-elles cette reprise ?
Au niveau national, le Comité Interministériel du Tourisme qui se tiendra le 14 mai sous l'égide du Premier Ministre est très largement attendu par tous les professionnels du secteur qui n'ont pour l'instant pas de visibilité sur un calendrier de reprise de leurs activités.
Cette réunion sera l'occasion de définir certains axes stratégiques pour la reprise mais aussi et surtout le maintien de l'activité sur le moyen et long terme. Car si dans l'urgence, la réaction du gouvernement pour soutenir l'activité touristique est jugée adéquate par les professionnels du secteur français, la question reste en suspens pour les mois à venir ainsi que les années 2021 et 2022.
La Caisse des Dépôts et la BPI seront amenées à investir 1,35 milliard d'euros dans les entreprises du tourisme françaises. Olivier Sichel, directeur général adjoint de la CDC et de la Banque des territoires indiquait par exemple le 11 mai sur France Info un investissement de 10 millions d'euros de la BPI dans le projet Futuroscope 2 aux côtés du département de la Vienne et des banques qui financeront 70% des 100 millions d'euros nécessaires au développement du projet.
Cette aide sera soumise à la prise en compte des contraintes environnementale. Le projet du deuxième Futuroscope devra ainsi être un chantier zéro carbone et un ensemble à énergie positive.
Les outils numériques quant à eux devront être utilisés pour "rendre le tourisme plus accessible à tous".
Par ailleurs, BPI France est en train de développer un prêt dédié aux professionnels du tourisme à échéance plus longue, 10 ans, que le PGE dont 4 milliards d'euros ont été attribués aux professionnels du secteur. Plus de détails sur ces dispositifs dans l'entretien accordé à Europe 1.
De nombreux dirigeants institutionnels s'accordent pour voir cette crise comme un catalyseur de tendances d'ores et déjà émergentes. Le développement d'un tourisme plus durable et responsable, en lien avec les autochtones, moins invasif et mieux réparti dans l'année. Michel Durrieu directeur général du CRT Nouvelle Aquitaine soulignait dans le podcast accordé à Hospitality ON "Les avions vont devoir évoluer. Nous avions déjà la technologie pour faire voler des avions à l’hydrogène. Les investissements étaient tellement importants, qu’on ne le mettait pas en place." Cela va peut être changer.
Claire Béhar, Directrice Générale du CRT Côte d'Azur France, soulignait elle dans son entretien : "Pour le moment nous traversons la crise, mais l’enjeu c’est la reprise et l’après."
En Auvergne Rhône Alpes, Lionel Flasseur, directeur général du CRT développe une autre vision du tourisme, le tourisme bienveillant qui était déjà l'emprunte que le CRT développait sur le territoire avant la crise. Il souligne ainsi lors de ses échanges avec Hospitality ON : "Les enjeux sociétaux, c’est par exemple remettre en tout premier critère la rencontre avec les habitants et le voyageur. Depuis un bon nombre d’années, quand vous faites des études de satisfaction pour des expériences réussies, c’est le premier critère qui est devant la sécurité et bien devant la beauté des paysages, la qualité des hébergements… "
Nombreux sont les territoires à l'échelle des offices de tourisme, des départements et des régions à avoir mis en place des actions de communication pour entretenir l'image de leur destination.
Les régions touristiques ont par ailleurs abondé aux côtés des aides accordées par l'Etat pour soutenir les entreprises touristiques de leurs territoires.
L'heure est actuellement à la concertation que ce soit au niveau national ou local. Cette crise fait converger de nombreux intérêts vers le suivi du secteur permettant aux différents acteurs de se fédérer et de chercher des solutions ensembles comme de nombreux professionnels en ont témoigné dans leurs échanges avec Vanguélis Panayotis CEO MKG Consulting.
Rendez-vous le 14 mai à la suite du Comité Interministériel du Tourisme puis fin mai une fois la première étape de déconfinement analysée par le gouvernement français.
Le Comité Interministériel du Tourisme aura pour ordre du jour :
- Le calendrier de validation des protocoles sanitaires qui ont été présentés par filière
- Les mesures économiques et d'investissement pour le soutien et la relance du secteur
- Le travail mené sur le volet du tourisme social avec notamment la possibilité d'émission de chèques vacances pour les personnes ayant le plus souffert du confinement. Les réflexions seront également menées autour des vacances apprenantes.
- La structuration et la poursuite du travail réalisé avec certaines filières et certains territoires (notamment les Outremers, La Corse, Lourdes ou encore les filières thermalisme et montagne.