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Portrait de Habib Lazreug, Concierge au Royal Hôtel de Lyon : "Fidèle au poste"

7 min de lecture

Publié le 21/10/10 - Mis à jour le 17/03/22

• Habib Lazreug, concierge au Royal Hôtel de Lyon, vient de recevoir ses Clefs d’Or de l’Association internationale des concierges, symbole du professionnalisme et de l’expérience accumulés. • A l’aube de ses 50 ans, cette consécration marque une étape décisive dans la carrière de cet homme qui a gravi progressivement les échelons au sein du même hôtel. • Elle le conforte dans son envie de continuer à servir au mieux son établissement, sa ville et surtout ses clients, toujours avec la même passion et une discrétion exemplaire.

Habib Lazreug, concierge à l’Hôtel Royal de Lyon, s’est vu remettre ses Clefs d’Or le 20 septembre. Cette consécration de la profession arrive après 17 ans de bons et loyaux services au sein du même établissement. Une fidélité qui se fait rare. Mais Habib est convaincu qu’il peut continuer d’évoluer sans pour autant devoir changer de poste. “Aujourd’hui, on nous dit que pour avancer professionnellement, il faut régulièrement changer d’emploi. Cette vision des choses est récente. Et ce n’est pas la seule façon de faire. J’apprends encore chaque jour et pour moi, à ce jour, la question de partir ne se pose même pas”.Dix années de petits boulots et d'activités saisonnières _ 1993-1996 : voiturier bagagiste au Royal Hôtel de Lyon à temps partiel _ 1996-2006 : voiturier bagagiste au Royal Hôtel de Lyon à temps complet _ Depuis novembre 2006 : Concierge au Royal Hôtel de Lyon _ Septembre 2010 : Remise des Clefs d’or par l’Association InternationaleIl faut dire qu’Habib a déjà roulé sa bosse. Après un BEP de comptabilité en 1979, un domaine qui ne lui plait guère, il décide d’apprendre à connaitre son pays et ses envies. “Je me cherchais, alors j’ai enchainé les petits boulots aux quatre coins de la France”. Il devient ouvrier en sidérurgie, monteur d’échafaudages, puis serveur sur la Côte d’Azur et dans les stations de ski, employé d’un laboratoire photo ou encore animateur de club de vacances... Mais au fil du temps, la nostalgie le gagne. Las de passer d’une ville à l’autre, il décide de rentrer à Lyon. Une fois réinstallé dans sa ville natale, le hasard le guidera jusqu’au Royal hôtel. “Une amie m’a appelé pour me dire qu’il manquait un voiturier pour 3 jours en mai. J’ai tout de suite dit oui, surtout parce que cet hôtel m’avait toujours fait rêver lorsque je passais devant. Pour moi, c’était un univers inaccessible”. Pourtant, le poste lui est confié. Et Habib n’est pas déçu en passant la porte. “L’hôtel était vraiment très beau et surtout, son esprit «maison» m’a tout de suite plu”. Quant au poste, Habib l’aime immédiatement pour de multiples raisons. “J’étais très indépendant et fier de porter l’uniforme. Et puis j’appréciais la diversité des taches à accomplir et les rapports privilégiés avec les clients”.Au départ, son entourage peine à comprendre : “ce métier est méconnu. Il m’a fallu expliquer que nous étions très loin des clichés du client hautain et du voiturier qui porte les bagages. Ils ont vite compris et, surtout, ils ont vu à quel point je m’épanouissais à ce poste”. Heureusement, on lui propose un second remplacement, de 15 jours en août. Cela suffit pour qu’il décide de rester sur Lyon. A la rentrée, il est embauché en CDI et depuis, il n’a plus quitté l’hôtel.Et en 2006, suite à la recommandation d’Hervé Fleury, le directeur de l’Institut Paul Bocuse (auquel le Royal sert d’hôtel d’application), Habib remplace le concierge absent. Finalement, la personne ne revenant pas, Habib conservera le poste. “J’ai alors découvert un tas de nouvelles tâches passionnantes et très enrichissantes. J’ai appris à gérer une équipe, j’ai eu l’occasion d’avoir des rapports plus proches avec les clients. Dans mon poste, c’est à moi de trouver des solutions pour satisfaire toutes les demandes des clients. Mon travail, c’est de toujours trouver une fin heureuse ! Quelles que soient les exigences exprimées”. Inutile de chercher à connaitre des détails croustillants, même sans citer de nom, Habib se refuse à s’étendre sur le sujet. “Nos clients payent aussi pour cette discrétion. Je dirais simplement que les demandes extravagantes sont rares et que nous fixons toujours la limite de la morale”.Pour le reste, Habib répond toujours présent : courrier et messages, recommandations et réservations, organisation de voyages, de missions professionnelles, conseils concernant des restaurants, des sorties, des adresses shopping… “Je dois faire gagner du temps à ceux qui sont en voyage d’affaires, et en faire «perdre» aux clients de loisirs, en les guidant dans leurs flâneries”. Pour cela, Habib possède deux armes : natif de Lyon, il connait la ville comme sa poche et il a toujours un petit carnet à portée de main : “J’y note les adresses intéressantes, les nouveautés. A la maison, si mes filles ou ma femme me parlent de l’ouverture d’une boutique ou d’un restaurant, machinalement, je pense à mes clients !”On ne quitte pas la fonction en retirant son habit de concierge : “Le sens du service est indispensable et s’il nous abandonne à l’heure où l’on arrête le travail, c’est qu’on ne le possède pas réellement. La devise des Clefs d’or est «au service de l’hôtellerie et du tourisme français». Je me dois d’être un bon représentant de mon hôtel, de ma ville et de mon pays, et ceux à tout moment ! Lorsque je croise dans la rue quelqu’un qui regarde une carte l’air perdu par exemple, il me semble naturel de lui proposer de l’aide”.C’est cette ligne de conduite qui lui a permis d’entrer dans le cercle de ceux qui portent les Clefs d’or sur le revers de leur veste. “Je suis très fier de cet insigne. Je savais que ça serait agréable de les porter, mais au moment de la remise, je ne m’attendais pas à être submergé par une telle émotion. J’avais prévu un discours mais je n’ai pas été capable de le faire ! Tant de gens de l’association s’étaient déplacés. Même ma fille a raté son entrainement de patin à glace pour venir me voir !” Une preuve, s’il en fallait une, que sa famille est fière de sa réussite professionnelle. D’ailleurs, ses filles parlent du métier méconnu de leur père jusque dans leur cercle d’amis. Une publicité qui a eu pour effet de donner des idées à l’une de leurs camarades : “Elle était curieuse de découvrir cet univers alors j'ai pu la prendre en stage de 3ème pendant une semaine. Et ma fille ainée pense, elle aussi, à ce métier et va également faire un stage en conciergerie dans un établissement lyonnais - C’est formidable de voir que la relève sera assurée”.La relève… Un point important pour Habib qui ne tarie pas d’éloges sur la nouvelle formation lancée il y a deux ans. “A Toulouse, maintenant, on forme des concierges. Je trouve ça formidable car même dans le milieu, notre métier est méconnu. Je l’ai constaté en entendant les nombreuses questions d’étudiants de l’Institut Paul Bocuse venus en apprentissage au Royal chaque année”. Habib a beau avoir tout appris sur le terrain, il reste convaincu de l’importance de passer par une école : “On y apprend les choses plus vite grâce à l’expérience des intervenants, on se tisse un réseau, on apprend à connaitre et comprendre les autres cultures, les différentes formes de politesse… Car il est impératif de ne jamais commettre d’erreur en la matière. Tourner le dos à un Japonais qui vous dit au revoir ou tendre un objet à un Chinois avec une seule main, par exemple, serait inadmissible ! Les clients payent un certain prix et votre service fait partie du package. Alors pas question de faire d’impair”. Une exigence qu’Habib s’impose d’abord à lui-même. Et il l'assure, il n’a pas fini d’apprendre à être un meilleur concierge.Habib Lazreug en quelques dates...

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