Accéder au contenu principal

Actualités

Parc à thèmes : repartis pour un tour de manège ?

Le marché a explosé dans les années 90 en Europe, et encore aujourd’hui, de nouveaux parcs d’attractions ouvrent leurs portes. La réussite n’est pas toujours immédiate et certains se trouvent confrontés à une demande de nouveauté toujours plus forte qui implique de lourds investissements.

Les parcs à thème sont-ils en crise ? En France, courant après la rentabilité, Euro Disney a récemment dopé sa structure financière avec une augmentation de capital de 253,3 millions d’euros. Après l’ouverture du deuxième parc Disney Studio, cet argent frais est destiné à relancer son attractivité à coup de nouvelles attractions : Space Mountain 2, cette année, sera suivi de Buzz l’Eclair et de Toon City dans l’attente en 2008 de la Tour de la Terreur. Objectif espéré : les 16 millions de visiteurs sans lesquels l’ensemble des acteurs du site ne peuvent avoir de bons résultats. Autre plan de relance en cours, celui du Futuroscope qui a enregistré en 2003 une chute de son chiffre d’affaires de 28% par rapport à 2001. Sans passer sous silence les déboires du parc Vulcania en Auvergne ou de Cap’ Découverte dans le Tarn.Outre la fidélisation de sa clientèle, le secteur doit s’atteler à un défi de taille : capter la clientèle seniors. Ces visiteurs potentiels aiment rester près de chez eux, voyager avec leurs petits-enfants. Ils constituent ainsi un gisement de clientèle important pour les parcs d’attractions. Même si les montagnes russes ne sont plus de leur âge, “ils aiment voir les autres prendre du plaisir en dégustant un bon verre de vin”, remarque Jeff Bertus. Une adaptation des lieux de loisirs semble nécessaire avec une restauration et hôtellerie de qualité, des commerce et, des spectacles. André Lacroix, avant de quitter son poste de président d’Euro Disney, prévoyait pour son parc “un futur passionnant, avec la mise en place d’un programme pluri-annuel d’attractions afin d’améliorer son offre de divertissement familial”. A sa manière, il confirme la première condition du succès, un flux constant d’investissements dont la rentabilité n’est garantie que si la nouveauté est très forte. A l’instar des montagnes russes, l’adrénaline est garantie et les renversements de tendances toujours possibles.Problème passager ou malaise plus profond ? L’interrogation ne concerne pas que la France. A l’exception de Disney, les spécialistes américains prennent leurs distances avec le continent européen. Six Flags, après avoir repris 7 parcs dont les 4 Walibi belge et français, a décidé de jeter l’éponge et de se consacrer à son marché intérieur. Le Movie Park Espagne de Time Warner a connu un succès d’estime à ses débuts, mais a été repris depuis par des investisseurs locaux. Dernier exemple : Port Aventura, près de Barcelone. En 1998, Universal y investit une centaine de millions d’euros. Transformé en resort, Port Aventura veut passer d’une attraction pour visiteurs à la journée à la catégorie supérieure des parcs européens : une destination court séjour à part entière. En 2004, le studio a revendu ses parts à la Caixa Bank et touchera 1,5% des ventes en rémunération de sa licence. Une prise de bénéfices bienvenue pour poursuivre son développement vers le nouvel Eldorado extrême-oriental (voir encadré).Cela signifie-t-il que l’Europe est à la remorque des autres continents ? Jeff Bertus, viceprésident pour l’Europe de l’IAAPA (Association internationale des parcs de loisirs et attractions), n’est pas de cet avis. “Disneyland est un très grand succès. En douze ans, ce parc est devenu la destination touristique n°1 en Europe”, tout en concédant que “l’Europe est un marché difficile auquel il faut s’adapter. Les Américains ont une manière d’opérer qui ne marche pas toujours ici”. Principaux handicaps invoqués : un climat – Paris ou l’Europe du Nord ne sont pas la Floride ou la Californie - et des mentalités différentes. Cependant, les chiffres contestent l’idée d’une crise profonde du secteur. La fréquentation des 10 premiers parcs européens a progressé 2,3% l’année dernière, dans la moyenne du Top 50 mondial. Une croissance certes inférieure au Top 50 nord-américain qui enregistre son premier réel rebond depuis 2001 (+ 4%).Le premier semestre de Disneyland Paris est pourtant rassurant. Fréquentation, dépense moyenne par visiteur, chiffre d’affaires : tous les indicateurs sont au vert. Lorsqu’en 1992, le parc a ouvert ses portes, les leaders nationaux ont tremblé. Quinze ans après, force est de constater que la concurrence se porte bien. Le parc de Marne-la-Vallée n’a pas cannibalisé le secteur. L’Allemand EuropaPark, l’Espagnol Port Aventura, l’Italien Gardaland et l’Anglais Alton Towers – élu meilleur parc au monde selon le Magazine Forbes – accueillent chacun bon an mal an 3 millions de personnes. Beaucoup d’intervenants tirent leur épingle du jeu à côté de ces géants. Les Starparks (ex-Six Flags) et le Parc Astérix de Grévin & Cie en tête.Une des raisons qui explique la solidité de cette industrie : une longue tradition partout à travers le continent. Contrairement aux idées reçues, les parcs d’attractions sont nés de ce côté-ci de l’Atlantique. Au XVIe siècle, le Baaken à Klampenborg au Danemark - 2,5 millions de visiteurs aujourd’hui encore. Disney s’est luimême inspiré du précurseur des parcs actuels, Efteling aux Pays-Bas, pour l’ouverture de son premier-né. Et ce marché reste très morcelé, car fami- lial. 80% des parcs européens, de petite taille, bénéficient d’une forte implantation locale. De véritables institutions qui distraient une clientèle de proximité de génération en génération. Surfant sur la vague des loisirs, les développements se sont récemment accélérés. Le nombre de parcs en France a doublé en 10 ans. Certains acteurs ont réussi à se faire une place en misant sur le savoir et la culture plus que sur les montagnes russes. Grâce à ses spectacles historiques et pyrotechniques, le Puy du Fou en Vendée avec ses 760 000 visiteurs en 2004 rencontre un succès à en faire saliver plus d’un.Le Puy du Fou et le Futuroscope ont pour point en commun d’être des initiatives politiques d’aménagement local, soutenues respectivement par Philippe de Villiers et René Monory. Les édiles locaux ont compris tout le parti qu’ils pouvaient tirer de cette offre touristique pour dynamiser leur région. Le même pari a été tenté par Valéry Giscard d’Estaing, président de la région Auvergne. Sujet à polémiques, Vulcania a coûté trois fois plus cher que prévu (130 millions d’euros). Et l’érosion régulière de sa fréquentation l’éloigne de son point d’équilibre. Ses animations n’ont pas – encore ? - réussi à fidéliser la clientèle. Pour exister à l’échelle régionale ou nationale, les parcs culturels et scientifiques se doivent de réussir une alchimie difficile. Une juste dose est nécessaire entre “apprendre et s’amuser. Les gens choisissent d’abord de s’amuser”, constate Jeff Bertus.Comme Vulcania, Cap’Découverte qui mise pourtant sur le loisir - ski synthétique, luge d’été sur une ancienne mine - souffre d’un manque de reconnaissance. L’exemple de ces parcs en difficulté ne freinent pas les ambitions. Autour du thème de la vie, le Bioscope, géré par Grévin & Cie, ouvrira ses portes en Alsace 2006 et l’écologique Parc végétal près d’Angers en 2007. De nombreux autres projets sont dans les cartons. La France n’est pas un cas unique. 63 projets sérieux ont été dénombrés en Hollande. Saurontils tous trouver leur public ? Verront-ils tous le jour ? L’avenir le dira. Une certitude : seuls survivront ceux qui auront su s’implanter durablement dans leur environnement local grâce à un concept efficace.Quoi qu’il en soit, face à une concurrence croissante, les parcs à thème ont de nombreux défis à relever pour accroître leur rentabilité. L’hôtellerie est l’un d’entre eux. Développer une offre hôtelière leur permet de se positionner sur le marché des courts séjours. Les packages de deux jours minimum ouvrent des perspectives de rentrées plus importantes pour le parc. Un partenariat potentiellement gagnant-gagnant se crée entre les deux activités, la fréquentation de l’un étant intimement liée à celle de l’autre. EuropaPark a progressivement renforcer son offre avec l’ouverture d’un troisième établissement à la thématique italienne Colosseo. “La clientèle d’un parc de cette envergure se situe à 150 kilomètres à la ronde. Avec la congestion du trafic automobile, cette distance a tendance à se restreindre à 70 kilomètres. L’hôtel devient alors un élément essentiel de la réussite”, remarque Jeff Bertus. C’est même un impératif lorsque l’accessibilité est difficile, comme pour Alton Tower.Autre avantage, et non des moindres, à disposer d’une capacité d’accueil: attirer les hommes d’affaires. Pour attirer la clientèle Corporate, le tout nouveau resort du Gardaland italien, inauguré l’an dernier, s’est doté de 3 théâtres d’une capacité de 1 000 personnes. Technologie dernier cri garantie. L’organisation de séminaires est stratégique pour le remplissage du parc en début et arrière-saison et lutter contre une saisonnalité trop marquée. Alton Towers a su trouver la solution en jouant sur une des grandes tendances du moment, le parc aquatique couvert. Le lancement du Cariba Park permet aux hôtels Alton Towers et Spash Landing de rester ouverts toute l’année, même quand le parc principal est fermé de novembre à mars.Pour rester dans la course, les acteurs du secteur n’ont d’autre choix que d’investir. La compétition est féroce sur le front des innovations. Le LegoLand de Californie va dépenser 5 millions de dollars pour cinq nouvelles attractions. Même un mini-parc comme le Didiland alsacien doit bourse délier : 300 000 euros pour sa Tour Infernale. Ce renouvellement constant demande des fonds. Les sociétés de capital-risque, comme Palamon Capital Partners, repreneur des parcs Six Flags, restent attentives à cette industrie. En cas de réussite, le retour sur investissement peut s’avérer intéressant. Charterhouse a revendu le groupe Tussaud’s, propriétaire d’Alton Towers et du célèbre musée de cire, à Dubaï International Capital pour 800 millions d’euros. Huit ans auparavant, l’acquisition lui en avait coûté 350 millions.Tout récemment, Blackstone a fait une entrée remarquée sur le marché des loisirs, tout d’abord en se portant acquéreur pour 150 millions d’euros de Merlin Entertainement, propriétaire des 19 aquariums Sea Life. Puis en prenant la majorité d’une jointventure en compagnie d’un groupe Lego en difficulté pour l’exploitation des 4 parcs Legoland. Il se place ainsi à la 2e place européenne et la 9e mondiale avec 12 millions de visiteurs annuels. Pourtant, morcelé, ce marché n’a pas encore connu de grandes vagues de fusions-acquisitions. Avec quelques rares contreexemples : la Compagnie des Alpes a lancé en 2002 une OPA amicale sur Grévin & Cie, fondateur du Parc Astérix. La Compagnie des Alpes, spécialisée dans la gestion des remontées mécaniques, joue sur la synergie entre ses clientèles. Désormais active hiver comme été, elle élabore une stratégie d’expansion à l’échelle européenne, avec pour objectif de détenir 5% du marché dans cinq ans contre 1,5% aujourd’hui. Les attentes des gestionnaires de parcs sont-elles réalistes ? “Je ne pense pas que ce marché va exploser, mais plutôt connaître une croissance graduelle”, prévoit Jeff Bertus. Selon ce représentant de l’association mondiale des parcs de loisirs, “il y a de la place. On recense 16 millions de visites annuelles aux Pays-Bas. Le tout pour une population de 12,5 millions d’habitants”. Sur le marché nord-américain, le constat est similaire : 350 millions de visites dans les parcs pour une population équivalente. Avec seulement 22 millions de visiteurs en Allemagne et 30 en France, ces chiffres laissent entrevoir une marge de progression non négligeable.

Cette archive de plus d'un mois est réservée aux abonnés Premium et Club

Accédez à l'ensemble des contenus et profitez des avantages abonnés

J'en profite

Déjà inscrit ?

Un article

Achetez l'article

Un pack de 10 articles

Achetez le pack
Chargement...

Vous avez consulté 10 articles. Revenir à l'accueil ou en haut de la page.

Accéder à l'article suivant.

Inscrivez-vous pour ajouter des thèmes en favoris. Inscrivez-vous pour ajouter des catégories en favoris. Inscrivez-vous pour ajouter des articles en favoris. Connectez-vous gratuitement pour voter for the application .

Déjà inscrit ? Déjà inscrit ? Déjà inscrit ? Déjà inscrit ?