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Opérations

Jean-Virgile Crance : "Gardons en tête que nous n’avons pas retrouvé nos niveaux de fréquentation de 2019"

Jean-Virgile Crance a été élus à la présidence de la Confédération des Acteurs du Tourisme en septembre dernier. A travers ce rôle, il porte auprès du gouvernement la voix des professionnels du secteur et partage ici les avancées faites auprès de la Ministre Olivia Grégoire et de son cabinet.

Quels constats faites-vous de la gestion de crise par le gouvernement et de la prise en compte des spécificités de notre secteur ?

Bien qu’un peu tardivement, nous sommes entendus par le Gouvernement. Les travaux sont en cours avec la Ministre Olivia Grégoire et son cabinet. Nous nous rencontrons de façon hebdomadaire afin d’avancer au mieux. Nous sommes entendus sur nos problématiques sans avoir, à date, gain de cause sur tous les éléments que nous souhaiterions voir mis en place. 

Nous alertons en particulier sur le risque d’effet ciseaux pour notre secteur.

Nos entreprises ont, certes, connu et connaissent une très forte reprise d’activité et cela s’applique aussi bien au tourisme de loisirs qu’au tourisme d’affaires. Toutefois, ces belles performances sont avant tout portées par les prix moyens : gardons en tête que nous n’avons pas retrouvé nos niveaux de fréquentation de 2019.

Or, ces augmentations de prix, liées à un contexte inflationniste global, ne font que gommer des augmentations de coûts de production et de services déjà conséquentes en 2022. En moyenne, les augmentations de coûts pour la restauration sont, par exemple, de l’ordre de 25% ; idem pour l’augmentation des coûts des services, comme la blanchisserie par exemple. 

Les augmentations du coût de l’énergie en 2023 viennent donc s’ajouter à ce qui a déjà été absorbé par l’industrie. Par ailleurs, l’inflation de nos prix va devoir prendre fin face à nos clients loisirs et business qui subissent eux aussi la crise. 

Autant nous parvenons très bien à évaluer nos performances du point de vue de l’activité et du chiffre d’affaires, autant il est encore complexe de quantifier l’évolution de nos marges. 

Les trésoreries de nos entreprises se sont affaiblies avec en parallèle la période de remboursement des PGE qui a débuté. Ces remboursements sont une contrainte sur la trésorerie et n’apportent rien à l’activité ou au consommateur. 

Il nous faut donc amortir de façon importante, et de la façon la plus équitable possible, ces surcoûts au sein de nos entreprises. 

Quelles sont les pistes de réflexion que vous partagez avec le Gouvernement ?

Un aménagement dans la classification des entreprises avec notamment la prise en compte des spécificités de notre secteur, pour être considéré comme une TPE, ce qui permet d’accéder au plafond à 280€ fixé en accord avec les fournisseurs d’électricité.

Dans nos métiers, il y a de nombreuses entreprises qui sont très proches de la TPE (soit moins de 10 salariés et 2 millions d‘euros de CA). Ces entreprises sont classées comme des PME mais restent de toutes petites PME. Il y a de nombreuses entreprises qui dégagent un chiffre d’affaires inférieur à 2 millions d’euros mais emploient plus de 10 salariés.

C’est pour nous un sujet central qui fait encore l’objet de discussions avec le Gouvernement. 

  • Pour le dispositif amortisseur, l’aide est conditionnée à un comparatif par rapport à 2021. Nous militons pour que l’année 2019 soit l’année de référence, car 2021 n’était pas une année de pleine activité. Sur ce point précis, il semblerait que nous puissions être entendus. 
  • Sur cet aspect de l’amortissement, il y a également la perte d’EBE [Excédent Brut d’Exploitation NDR] qui devrait être ajustée, actuellement l’aide est conditionnée à une perte de 45%, il faudrait qu’elle soit ramenée à 20% de pertes. 

Il est tout à fait entendable et responsable que l’Etat exprime le besoin d’évaluer l’impact financier des décisions qui peuvent être prises. Mais il est, toutefois, complexe sur certains sujets de pouvoir évaluer le plus justement possible cet impact financier. 

Nous attendons une approche équitable dans l’aide qui est apportée aux entreprises, si l’Etat veut jouer son rôle pour que le monde économique accepte une augmentation des coûts de l’énergie. Même si nous n’imaginons pas que les coûts seront revus à la baisse, il est impératif d’apporter une aide durant cette période d’impact qui est à la fois soudaine et importante.

Plus le dispositif sera simple, plus il sera utilisé et plus il sera efficace. C’est également politiquement dans l’intérêt du Gouvernement que ce dispositif soit simplifié pour un impact plus fort. Actuellement, le dispositif n’est pas assez lisible et peu utilisé par les entreprises. 

Au-delà de l’accompagnement durant cette période, la question de la dépendance aux énergies se pose.

 La crise accélère les choses. Le sujet est déjà fortement pris en compte au sein de la filière touristique.

A la demande du Gouvernement, le secteur s’est engagé sur des plans de sobriété énergétique. Chaque branche de l’industrie touristique a pris ses dispositions. Il faut toutefois intégrer qu’il y a des choses que nous pouvons mettre en place rapidement et d’autres qui nécessitent beaucoup plus de temps.  

Ces transformations de long terme nécessitent des investissements, ce qui nous ramène au sujet de la capacité que nous donnons à nos entreprises pour pouvoir investir.

C'est une des raisons pour lesquelles nous avions demandé que le remboursement des PGE soit étalé pour permettre aux professionnels d’investir. Cela permettait aussi à l’Etat de maximiser ses chances de recouvrement pour les PGE.

Les professionnels du tourisme, en acteurs responsables, remboursent leurs PGE mais cela obère leurs capacités d’investissement, d’autant plus dans un contexte inflationniste, alors qu’en parallèle le décret tertiaire se met en place.  

Tous les programmes de rénovation et d’investissement intègrent ces sujets d’économies d’énergie. Ces investissements permettent de faire des économies d’énergie mais nécessitent un temps d’amortissement très long et ce, d’autant plus que les coûts de l’énergie ne vont pas décroître. Au final, ce qui devait générer des économies permettra simplement de moins augmenter les dépenses. 

Il est important de sensibiliser les consommateurs et le secteur de l’hôtellerie a été à l’avant garde sur ces sujets. C’est également vrai pour les collaborateurs. Consommateurs et salariés sont bien plus réceptifs sur ces sujets désormais. 

L’industrie de l’hospitality a une fonction impactante sur la société :

Notre filière est engagée aujourd’hui dans sa transformation pour un impact plus positif. Il est essentiel que l’industrie touristique puisse continuer à se développer. Il faut toutefois qu’elle le fasse de façon raisonnée pour répondre aux attentes de consommer différemment en intégrant les éléments de respect des écosystèmes.

C’est primordial pour que la France puisse rester la première destination touristique mondiale et il faut qu’elle le soit en tant que destination durable. Cela permettra que le développement touristique soit accepté par les Français, notamment en période de pics d’activité touristique. C’est un travail de fond qui est engagé dans sa globalité au niveau de la filière. 

Enfin, la sortie du Covid a montré à quel point nos métiers sont importants pour leur rôle sociétal. Quand nous voyons la façon dont l’activité touristique a repris, cela traduit une très forte appétence. Cela démontre le besoin de partage, de voyage et de se cultiver. Notre secteur joue un rôle sociétal essentiel dans un monde qui est devenu plus individualiste. Changer d’air, voir autre chose et partager avec d’autres, cela permet aussi d’accepter la différence. 

L’industrie touristique ne doit pas être vue comme un secteur acquis, vecteur de développement économique. Il faut miser sur ce secteur, y compris pour son rôle sociétal, notamment dans sa contribution centrale au bien-être de nos concitoyens. 

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