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Analyses

Métavers, un pas de plus vers le tourisme de demain ? - Partie 2

Le numérique est omniprésent dans notre quotidien, notamment avec l’essor de nouvelles technologies de plus en plus immersives et sophistiquées. Si la réalité virtuelle, la réalité augmentée ou encore l’intelligence artificielle ont révolutionné l’usage que nous faisons de la technologie et ont su se faire une place dans de nombreux secteurs d’activités comme le tourisme et l’hospitality, qu’en sera-t-il du métavers ? Alors que ce nouvel univers immersif est encore en cours de développement, son impact est déjà bel et bien présent sur notre industrie. Comment impactera-t-il le secteur sur le moyen et long terme ?

Pour (re)découvrir la première partie de cette analyse sur l'impact de développement du métavers sur le secteur touristique et hôtelier, cliquez ici

Séjourner dans le métavers, le futur de l’hôtellerie ?

Si les destinations touristiques s’emparent d’ores et déjà du métavers, elles ne sont pas les seules. En effet, le secteur de l’hôtellerie porte également un certain intérêt à ce nouvel univers qui offre d’innombrables opportunités. Javier Delgado, co-gérant associé chez Mirai, pense ainsi que « le métavers et la réalité virtuelle représentent l’avenir de la vente hôtelière ».

Comme pour les destinations, le métavers pourrait permettre aux voyageurs de visiter et tester les hôtels durant leur sélection afin d’éviter les mauvaises surprises le jour J. Actuellement, les choix sont basés sur les photos, les textes descriptifs ainsi que les avis des autres clients, soit des critères dans l’ensemble subjectifs alors que le métavers permettrait aux clients de se faire son propre opinion en amont. Cela constituerait donc une réelle amélioration du parcours client et in fine la satisfaction de ce dernier.

Plusieurs groupes s’aventurent ainsi dans ne nouvel univers, à l’image de citizenM qui est le premier groupe hôtelier à acheter LAND in the Sandbox, un bien immobilier numérique sur la blockchain Ethereum. Le but étant pour le moment de vendre des NFT et la vente de ces derniers permettra par la suite de financer un hôtel du monde réel dans un lieu voté par les détenteurs de NFT. 

Le métavers est une nouvelle accélération d'une dynamique qui émerge depuis des années, dans laquelle nos vies numériques et réelles se confondent. C'est une dynamique à laquelle l'industrie hôtelière traditionnelle ne répond pas de manière adéquate. Il est de notre responsabilité de rencontrer nos hôtes là où ils se trouvent. 

Robin Chadha, Directeur marketing de citizenM

Si les hôtels dans le métavers peuvent être une tactique marketing coûteuse, les NFT offrent des récompenses tangibles à leurs propriétaires tout comme aux marques hotellières en faisant le lien entre les mondes réel et virtuel. D'autres hôtels tirent également parti de cette nouvelle technologie. Le NoMo Soho de Manhattan, par exemple, vend des NFT échangeables contre des séjours de trois à six nuits et des sur-classements.

La marque LEVEN s'est également implanté dans le métavers à l’automne dernier grâce à un nouveau partenariat avec le véhicule d'investissement Branco Capital. La marque, dont le premier établissement physique a été inauguré à Manchester l'année dernière, introduira son hôtel virtuel dans le Fashion Street Estate du monde virtuel Decentraland. 

Nous voyons dans le métavers une opportunité d'entrer en contact avec de nouveaux publics et de rassembler des personnes partageant les mêmes idées dans un espace créé en tenant compte des valeurs de LEVEN. On y retrouve tout ce qui fait la spécificité de LEVEN dans la vie réelle, mais en plus grand : un design inspirant, des moments inattendus de fantaisie et des opportunités de créer des liens significatifs. 

Timothy Griffin, cofondateur de LEVEN

Peu de groupes français ont osé sauter le pas, à l’exception de Accor et Louvre Hotels Group qui en sont « encore aux balbutiements » selon Pauline Oster, Directrice des Opérations en Management chez Accor. D’après elle, « des freins en termes d’ergonomie, d’usage lié aux casques et à la stabilité Wi-Fi sont encore bien présents ». Néanmoins les deux groupes affirment que le métavers va permettre de créer une expérience de marque, voire « transcender l’expérience client ». 

Je pense que cela n’a pas de sens de vendre des chambres dans le métavers. En revanche, il est possible de gamifier l’expérience en proposant des quêtes par exemple.

Nicolas Paepegaey, Chief Transformation Officer chez Louvre Hotels Group

Par ailleurs la marque ibis Styles a également fait une entrée remarquée dans le métavers avec sa galerie d'art virtuelle mettant en scène des créateurs numériques du monde entier. Ainsi, les NFT de tous les artistes associés à la campagne ibis Styles 2022 Open to Creators sont partagés dans cette galerie virtuelle, offrant également aux followers sur Instagram la possibilité de gagner leurs propres NFT.

En juin 2022, l'hôtel Riu Plaza España est devenu le premier hôtel espagnol à ouvrir dans le métavers et dernièrement l’établissement virtuel accueillait son premier grand événement. En effet, une artiste madrilène est venue présenter son single « Multiverse », un pari audacieux qui vise à offrir à ses fans une expérience innovante et unique, rendue possible grâce à la collaboration avec Warner Music Spain.

Hôtellerie et évènementiel semblent faire bon ménage dans le métavers puisque le groupe WanTing, l'une des plus grandes entreprises de divertissement de Chine, a annoncé qu'il prévoyait d'y ouvrir son premier établissement. Situé dans l'hôtel H de Dubaï, VISION promet une expérience nocturne qui « brouille les limites de la réalité pour ouvrir la voie à l'hospitalité virtuelle ».

Les amateurs de séjours en haute mer ne sont pas reste avec Celebrity Cruise qui propose désormais des visites du dernier navire de la marque, le Celebrity Beyond, dans le métavers. Elle est la première compagnie de croisière à se jeter dans le bain et selon le groupe cette offre est le début d'un long voyage d'expansion des opérations dans le métavers. Les principaux clients visés par cette plateforme sont ceux qui découvrent les croisières ou ceux qui n'ont jamais navigué avec Celebrity, a déclaré Michael Scheiner, directeur du marketing de Celebrity Cruises.

Le métavers semble donc attisé la curiosité des grandes entreprises hôtelières, mais le temps n’est qu’aux expérimentations et peu de cas concrets existent aujourd’hui. Il faut dire que tout cela a un coût. En effet, selon Rémy Bompar, Strategy & Operations Manager chez Sandbox, il faut débourser actuellement entre 20 à 40 000 euros pour l’achat d’une « land » (une parcelle de terre virtuelle) dans The Sandbox.

Redéfinir les contours du MICE avec le métavers

Alors que de plus en plus d’employés passent leurs journées entre le bureau, le domicile, les cafés et les espaces de coworking, les entreprises sont confrontées à une série de problèmes concernant la collaboration, la productivité, le bien-être de leurs salariés et la rétention des talents. Le métavers est une solution potentielle envisagée par les dirigeants pour adresser ces divers défis.

Par ailleurs, plus de la moitié des entreprises prévoient d'introduire des technologies immersives et la réalité virtuelle d'ici 2025, selon une enquête menée par JLL. L’introduction du métavers pourrait donc être la suite logique de cette évolution. En outre, les travailleurs s'attendent déjà à ce qu'à l'avenir, 60 % des réunions combinent des éléments virtuels et physiques. La voie semble donc toute tracée pour le métavers.

Certaines grandes entreprises travaillent d’ores et déjà dans le métavers. En 2021, Accenture a acheté 60 000 casques de réalité virtuelle pour l'orientation et la formation des nouveaux employés. JPMorgan a créé Onyx, un salon virtuel situé à Decentraland, tandis que le campus virtuel de Deloitte à Virbela accueille à la fois des activités internes et des événements internationaux.

Accor perçoit aussi tout l’intérêt d’une telle technologie pour le business travel et mène ainsi des expérimentations dans le métavers Workplace de Meta. Le COMEX d’Accor s’est notamment réuni virtuellement de cette manière. Le MICE étant un marché clé pour le groupe, il explore la manière dont peuvent évoluer les réunions sous cette forme. Le groupe a par ailleurs développé un nouveau concept de meetings hybrides s’appuyant sur Microsoft Teams.

Pour les entreprises cherchant à améliorer la collaboration entre les équipes tout en réduisant l'impact environnemental et les frais de déplacement, le travail dans le métavers pourrait bientôt devenir monnaie courante.

L'un des grands avantages apportés par le métavers est une plus grande connectivité dans tous les sens. Les réunions de travail par vidéoconférence, par exemple, qui sont déjà pleinement entrées dans nos vies, « se dérouleront bientôt avec des avatars et des hologrammes entremêlés », selon José Ramón Ubieto, psychanalyste, professeur à la faculté de psychologie et des sciences de l'éducation de l'UOC.

Alors que les concepteurs sont enthousiasmés par les possibilités apparemment illimitées du métavers, la réussite d'une réunion d'affaires combinant réalité augmentée, virtuelle et physique nécessite de disposer du bon matériel.

Cela signifie qu'il faut investir dans des équipements de vidéoconférence sur le lieu de travail, comme l'audio spatial et des caméras capables de capturer l'activité dans la salle. Un coût considérable dont pour le moment seules les grandes entreprises peuvent se permettre, à voir si cela évoluera au fur et mesure de la démocratisation de ces nouvelles technologies.

La révolution technologique n’est pas encore pour demain

Beaucoup de professionnels attendent l’arrivée du métavers avec impatience tandis que d’autres au contraire redoutent cet instant. Toutefois, les plus inquiets peuvent se rassurer puisque le métavers est encore loin d’être abouti. Si certains composants de cet univers tels que la réalité augmentée, la réalité virtuelle et la blockchain existent déjà, tout le reste est encore à construire.

Meta, qui travaille et investit fortement dans la création de son propre métavers, concède que si « la réalité virtuelle a déjà un impact réel, une grande partie de ce que nous envisageons pour le métavers est encore à une dizaine d’années et nécessite une collaboration entre les industries et avec des experts, des universitaires, la société civile, les gouvernements et les régulateurs pour y parvenir. ». La route est encore longue donc avant de pouvoir passer ses vacances dans le métavers.

De plus, les fractures numériques, qu’elles soient géographiques, sexuées et socio-économiques, ou le prix encore inabordable des casques ou lunettes de réalité virtuelle semblent retarder l'arrivée de ce monde hybride et surtout son adoption à grande échelle. Il faudra donc s’armer de patience avant la démocratisation du métavers et l’adoption de ce nouveau monde virtuel.

Meta a identifié plusieurs éléments nécessaires à son déploiement, en accord avec Matthew Ball, expert en technologie et auteur d’un livre sur le métavers. Parmi la liste des éléments se trouve :

  • La mise en place d’une infrastructure de simultanéité qui permettra la présence synchrone de millions d’utilisateurs dans une expérience partagée
  • La création de normes et de protocoles informatiques pour actualiser le niveau d’interopérabilité envisagé pour le métavers
  • L’adoption massive du métavers et des casques de réalité virtuelle
  • L’établissement d’un cadre juridique en termes de respect de la vie privée et de sécurité numérique

Car il ne faut pas perdre de vue que pour la création d’un tel univers, les données des utilisateurs seront obligatoirement utilisées. Ce point pose ainsi un problème au niveau juridique et éthique sur lesquels les professionnels devront sérieusement se pencher. De plus, il faut prendre en considération le fait que chaque pays possède ses propres réglementations concernant la sécurité des données virtuelles de ses citoyens, un réel casse-tête pour les « architectes » du métavers.

Alors que le métavers présentent de nombreux avantages, comme le fait de pouvoir promouvoir des sites peu accessibles ou ignorés des touristes, il possède également ses travers. Si certains voient dans le métavers une solution pour éviter de prendre l'avion et s'orienter vers un tourisme durable, la pollution numérique qu'il créera pourrait bien aller à l'encontre de cette forme de tourisme vertueux.

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