Accéder au contenu principal

Analyses

[Update] Comment se profile la saison hivernale 2022/2023 ? - Partie 1

Le mois de novembre marque traditionnellement le lancement de la saison hivernale dans les stations de ski, quand les premières neiges s’apprêtent à tomber. Alors que le contexte inflationniste inquiète grandement les professionnels de la montagne, ils misent toutefois sur la saison 22/23 après plusieurs saisons en dents de scie en raison de la crise sanitaire. De nombreux défis attendent ainsi ces acteurs, des problèmes d’enneigement à la hausse des coûts d’exploitation en passant par la transition durable des stations. Des stations qui doivent désormais se réinventer et s’adapter au contexte actuel comme aux nouvelles attentes des visiteurs.

Un bilan contrasté des dernières saisons

Si la saison 20/21 a enregistré de meilleures performances que celle de l’année précédente, elle a toutefois apporté son lot de défis pour les stations de ski dans le monde. En effet, l’apparition de nouvelles vagues et de nouveaux variants ont contraint les stations à prendre certaines mesures restrictives pour la sécurité de leurs clients. Ces restrictions n’ont pour autant pas empêché certains pays de connaître des saisons de ski de qualité et certaines destinations ont même connu des niveaux de fréquentation records.

Contrairement à la saison précédente, seulement 6 des 68 pays dotés de pistes de ski enneigées en plein air avait fermé complètement ou très fortement leurs remontées mécaniques. Le classement habituel des grands marchés du ski s’est ainsi retrouvé entièrement bouleversé, avec la Chine se retrouvant à la deuxième place du podium des journées-skieurs, derrière les États-Unis, mais juste devant le Japon et La Suisse.

L’impact mondial de la pandémie et des restrictions sur la fréquentation de la saison d’hiver 2020/21 s’est traduit par une diminution globale de 37% des journées-skieurs dans le monde. Un chiffre qui s’élève à 78% dans les pays alpins. Fait remarquable, la saison a été plus longue que d’habitude dans plusieurs endroits, avec certaines stations encore ouvertes en juin dans des pays comme la Suisse et la Slovénie.

maeva.com, l’agence de voyage en ligne du Groupe Pierre & Vacances-Center Parcs qui s’est notamment spécialisée dans les séjours à la montagne, a enregistré un chiffre d’affaires en hausse de 38% sur le mois de février 2022 par rapport à la même période en 2019. 21% des séjours pour les vacances de février ont été réservés entre 1 et 2 mois avant le départ, 16% moins d’un mois en amont et 6% moins de 15 jours avant la date d’arrivée.

La clientèle domestique était majoritaire avec 92% des réservations effectuées par des Français. Néanmoins cette saison a marqué le retour des clientèles Britanniques, abonnées aux absents lors des deux saisons précédentes. Les stations les plus plébiscités étaient sans grande surprise Avoriaz, Flaine, Valmorel et Val Thorens.

Quant à la période estivale 2022, la montagne affichait un taux d’occupation global de 61,5% selon l’Association nationale des maires de stations de montagne (ANMSM), avec un pic de fréquentation entre le 6 et le 19 août. Les Alpes du Nord ont ainsi connu un taux d’occupation d’un peu plus de 61%, soit identique à 2021, alors que les Alpes du Sud enregistrent une légère baisse de l’ordre de 2%. Quant aux Pyrénées, après une saison estivale 2021 « exceptionnelle », ils affichent un retrait de 7%.

Prévisions pour la saison à venir

Alors que les premières neiges tardent à tomber, la majorité des stations de montagne françaises entrevoient la saison à venir avec optimisme. D’après les premières tendances dévoilées par l’Observatoire des stations de montagne (OSM), le taux d’occupation des stations devrait être en hausse d’environ 7%, à date, par rapport à l’hiver dernier. De quoi rassurer les acteurs de la montagne après des saisons plus ou moins compliquées.

Des premières tendances qui semblent « encourageantes », selon Jean-Luc Boch, le président de l’Association nationale des maires de stations de montagne (ANMSM) et maire de La Plagne Tarentaise. Il souligne également le fait que « le nouvel engouement des Français pour la montagne, été comme hiver, conforte le travail engagé » par les 352 stations de ski de l’Hexagone. 

Après un hiver 2021-2022 qui a vu le retour en nombre des vacanciers français dans nos stations, nous nous apprêtons à vivre une nouvelle saison d’hiver passionnante avec, nous l’espérons, la présence des skieurs internationaux. 

Jean-Luch Boch, président de l’Association nationale des maires de stations de montagne 

De son côté, le voyagiste européen des séjours tout-compris au ski Sunweb dresse un premier état des lieux des tendances de réservations plutôt encourageant pour la saison à venir avec une croissance de 4% déjà constatée sur les réservations au regard de l’année dernière. Si les tendances de réservations restent similaires à celles de l’an passé pour les Pays-Bas, elles sont en hausse de 30% pour la Suède, 15% pour la France et 10% pour l’Allemagne. Des réservations qui ont même doublé pour le Royaume-Uni, attestant d’une impatience de retrouver les plaisirs de la neige.

Côté destinations, les stations de ski autrichiennes semblent déjà profiter de cette tendance positive des réservations au même titre que l’Andorre. Les stations françaises gardent le cap tandis que l’Italie affiche un léger retard de réservations.

Nous constatons une tendance des réservations européennes très positives qui confirment l’appétence des voyageurs pour les vacances au ski cet hiver. Parmi les tendances actuelles, on remarque une croissance des réservations pour les établissements hôteliers, moins sur les appartements et chalets. Les 4* notamment gagnent du terrain sur les 5*, le contexte économique aura sans doute un impact sur le type de réservations. Mais une chose est sûre, les réservations confirment pour le moment un net intérêt des vacanciers pour le ski cet hiver, sur la grande majorité des marchés européens, et nous sommes prêts à les accompagner au mieux. 

Cécile Revol, Directrice Générale de Sunweb France

Comme chaque année, l’Agence Savoie Mont Blanc dévoile les résultats de son baromètre qui sondent les intentions de départ des Français et des principales clientèles européens habitués des sports d’hiver. Si « 9 habitués sur 10 ont l’intention de séjourner en montagne cet hiver », l’agence perçoit tout de même la prudence du marché due au contexte économique et géopolitique. Les intentions sont néanmoins équivalentes dans les principaux marchés étrangers interrogés, en dehors du Royaume-Uni où les conséquences de la crise économique se font davantage ressentir.

La majorité des personnes sondées n’ont pas encore effectué de réservations, alors que d’ordinaire les séjours à la montagne en hiver sont souvent réservés au début de l’automne. Le contexte inflationniste ainsi que le conflit en Ukraine sont encore une fois aux sources d’un tel attentisme. « Les craintes liées au Covid sont reléguées au quatrième rang », se réjouit toutefois Christelle Ferrière, directrice générale adjointe de l’ASMB.

Si la randonnée ou encore la gastronomie gagnent du terrain dans les motifs de visite des touristes, le ski alpin demeure la motivation principale pour 66% des clientèles des Alpes françaises en hiver. Dans cette optique, l’Agence a fait le choix de nouer un partenariat avec la plateforme Alentour, la plateforme de distribution d’activités portée par la Banque des Territoires.

Les stations font face à de nombreux défis

La hausse des coûts de l’énergie inquiète de nombreux professionnels de la montagne alors qu’ils sortent tout juste la tête de l’eau après deux saisons en dents de scie. Des augmentations de tarifs « insoutenables » pour les Maires des communes des stations de montagne. « Avec la hausse du prix du kilowattheure (kWh) on se demande comment nous allons pouvoir honorer les factures » s'inquiète ainsi Joël Retailleau, Directeur général de l'Association Nationale des Maires des Stations de Montagne (ANMSM).

Une préoccupation sur les tarifs de l'énergie qui inquiètent également les gestionnaires de remontées mécaniques dépendantes à 100% du réseau électrique. Laurent Reynaud, Délégué Général des Domaines Skiables de France (DSF) souligne par ailleurs qu’avec « es hausses actuelles, les montants en pied de facture pourraient être multipliés par 3 ou 4 pour ceux qui ont dû renégocier leur contrat en 2022. Le surcoût sur le papier représenterait alors, de 10 à 15 points de chiffre d'affaires ».

Plusieurs grandes stations sont actuellement concernées par le renouvellement de leur contrat d'énergie, comme Villard-de-Lans, l'Alpes d'Huez, les Deux Alpes ou encore le Collet d'Allevard. Sébastien Giraud, le directeur général de la régie des remontées mécaniques de Villard-de-Lans explique que la station est « dans l'incapacité de signer un nouveau contrat avec EDF au vu des propositions qui nous sont faites ».

Les exploitants de stations de ski, travaillent à des mesures pouvant aller, dans un « scénario du pire », jusqu’à 20 ou 25% d’économies. Parmi ces mesures, la réduction des plages horaires d’activité d’un certain nombre de stations est à l’ordre du jour.

Si les communes des stations de montagne et les exploitants de remontées mécaniques se disent prêts à baisser leur consommation comme le demande le gouvernement dans le cadre du plan de sobriété énergétique, cela ne sera sans doute pas suffisant. Domaines Skiables espèrent des mesures d'accompagnement de la part du gouvernement, après diverses rencontrent avec des membres de l’Etat dont Bruno Le Maire et Olivia Grégoire.

Les stations de ski appellent notamment le gouvernement à valider une proposition européenne de plafonnement à 180 euros le mégawattheure et à les faire bénéficier d’une aide mise en place par Bercy pour les entreprises consommatrices d’énergie.

Pour faire face à cette inflation, les stations n’ont pas d’autres choix que de mettre à contribution de manière financière les visiteurs. Ainsi, le prix des forfaits devrait progresser de 3 à 6% selon l’Association Nationale des Maires de Stations de Montagne. Une hausse d’autant plus importance dans certaine station haut de gamme comme Val Thorens où le prix du forfait sera en hausse de 9 % par rapport à l’année dernière.

D’autres problématiques se rajoutent à la hausse des prix, comme le déclin du volume de journées/skieurs. En effet, les afficionados des sports d’hiver qui sont présents sur les pistes depuis des dizaines d’années n’ont pas forcément engendré des enfants qui prendront leur relève. Les jeunes générations semblent bien moins intéressées que leurs ainés par les activités de plein air à la montagne. Une destination et des pratiques qui ne répondant pas forcément à leurs besoins, auquel s’ajoute un budget considérable pour des personnes n’appartenant pas dans la majorité des cas à des catégories socio-professionnel élevées.

Une étude réalisée par TripandCo révèle que 63% des Français estiment ne pas avoir les moyens de s’offrir ce type de vacances, alors même que 79% en rêve. Parmi les 4 premiers freins mentionnés par les sondés, 3 sont relatifs à l'argent. Ainsi, nous retrouvons en tête les tarifs liés à la pratique du ski (81%), puis les coûts liés au voyage (47%) et les tarifs de l'hébergement (41%). Le fait de ne pas savoir faire du ski arrive comme le deuxième frein.

Pour une grande majorité des Français, les vacances à la neige sont réservées à une certaine catégorie très aisée de la population. Même s’il est vrai qu’un séjour au ski coûte cher, il existe aujourd’hui des alternatives et des solutions pour faire baisser les coûts.

Guillaume Patrizi, cofondateur de TripandCo

De plus, une étude a constaté que 80% des adultes qui n’ont pas été à la montagne étant jeunes ne feront pas de ski quand ils en auront les moyens. La quasi-disparition des classes de neige n’arrangeant rien à cette baisse de popularité du ski et d’autres sports de glisse. Les professionnels de la montagne doivent donc rester vigilants sur ce point et poursuivre la diversification de leur offre pour toucher de nouveaux publics.

Dernier défi, le manque de neige dans les stations de basse altitude. Si ce phénomène n’est pas nouveau, il tend à prendre de l’ampleur avec le réchauffement climatique. Les stations de basse et moyenne altitude doivent donc se retrousser les manches et plancher dés à présent sur leur avenir si elles souhaitent perdurer dans le temps. La station de Métabief est un bel exemple en ce sens qui réfléchit depuis déjà des années à son évolution pour faire face au manque d’enneigement.

Cette archive de plus d'un mois est réservée aux abonnés.

Accédez à l'ensemble des contenus et profitez des avantages abonnés

J'en profite

Déjà inscrit ?

Chargement...

Vous avez consulté 10 articles. Revenir à l'accueil ou en haut de la page.

Accéder à l'article suivant.

Inscrivez-vous pour ajouter des thèmes en favoris. Inscrivez-vous pour ajouter des catégories en favoris. Inscrivez-vous pour ajouter des articles en favoris. Connectez-vous gratuitement pour voter pour la candidature.

Déjà inscrit ? Déjà inscrit ? Déjà inscrit ? Déjà inscrit ?