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Analyses

Transports : entre science-fiction et réalité, l'une des clés d'un tourisme décarboné ?

Le transport est souvent pointé du doigt comme l’une des sources majeures des émissions de gaz à effet de serre par les touristes. A l’heure où le GIEC donne 3 ans aux locataires de la planète pour rectifier le tir avant une évolution irréversible, quelles nouvelles solutions se profilent pour les mobilités de demain ?

Les transports permettent de raccourcir les distances et de limiter l’isolement. La démocratisation du tourisme et la mondialisation ont fait tomber de nombreuses barrières permettant même d’envisager dès 2025 de rapprocher encore l’Australie de l’Europe avec des vols directs Sidney Londres ou New-York en une vingtaine d’heures. Un trajet envisageable grâce aux avancée techniques et technologiques qui permettent à la compagnie australienne Qantas d’envisager l’exploitation commerciale de cette liaison grâce aux appareils A350-1000s d’Airbus. Ce besoin de voyager physiquement a toutefois été remis en question durant la période de pandémie faisant bondir l’avancée des usages du numérique dans le quotidien des travailleurs mais aussi dans les vies privées. L’isolement ne se conçoit donc plus uniquement en nombre de kilomètres mais aussi au regard de la couverture numérique des territoires. Les outils liés à l’Internet et aux objets connectés sont de plus en plus utilisés par les consommateurs qui sont en demande de services rapides et sur mesure.

Les possibilités offertes par le numérique

Outils de réservation, qualité du service, gestion des coûts sont autant de sujets qui sont de plus en plus adressés avec l’assistance des outils numériques.

Le métavers devient une nouvelle dimension dont les transporteurs souhaitent s’emparer. Qatar Airways a ainsi lancé une plateforme virtuelle dédiée à ses clients Business et Première classe leur permettant de s’enregistrer pour leur vol en amont sous la direction de l’avatar « métahumain » Sama (« ciel » en langue arabe). Un univers qui permet de visiter zones d’embarquement et cabines pour préparer au mieux son déplacement.

Certains, comme Airbus en partenariat avec HeroX, voient plus loin en lançant un concours doté de $30 000 par lequel ils souhaitent designer l’aéronef de demain ainsi que tous les services associés. Du design de la cabine, à sa décoration en passant par le service à bord, le concours invite à concevoir un métavers qui permettent d’augmenter au maximum l’expérience des clients (séance de sport, accès à des jeux vidéos, réalité augmentée, modularité des espaces…) mais également de gagner en coûts de production du service à travers des circuits de circulation de l’information plus efficaces pouvant par exemple permettre une plus faible présence du personnel à bord.

Le numérique est également envisagé comme un outil permettant de faciliter l’expérience voyageur et ce, quels que soient ses besoins spécifiques. Se repérer en gare grâce à la géolocalisation c’est l’objectif d’une expérimentation en cours au sein des gares franciliennes SNCF pour permettre aux voyageurs de se repérer dans l’espace via des photographies du lieu. Une technologie qui doit encore subir de nombreux ajustements pour s’adapter aux possibilités technologiques offertes par les smartphones qui sont rapidement saturés par le poids des photos.

Le numérique également réceptacle de quantités d’informations sur les clients consommateurs du service transport pour peu que l’exploitant ait la capacité de les récolter, de les analyser et de les utiliser pour pousser au maximum son yield management des prix ou améliorer encore plus l’expérience client source de fidélité dans une écosystème de plus en plus concurrentiel. Un domaine où de nombreuses avancées peuvent encore être faites pour maximiser les points de contacts et garder le client dans l’écosystème des marques.

Le projet Smart Station mené entre SNCF Gares & Connexions et ENGIE Solutions illustre également les potentiels d’économies de temps, de budget et d’énergies réalisables dans les gares et aéroport. Le dispositif est actuellement en phase pilote dans 8 gares avec, d’ici 2023, la volonté d’équiper 579 gares en France.

Plusieurs leviers permettront d’améliorer le fonctionnement opérationnel en gare en raccourcissant les circuits de transmission de l’information. Le dispositif vise la réponse à trois enjeux :

  • « Opérationnel : identifier en temps réel les équipements en panne et prioriser les interventions en gare
  • Technique : digitaliser, automatiser et centraliser la surveillance des équipements
  • Economique : améliorer la performance énergétique »

Le dispositif smart station repose sur le déploiement d’objets connectés qui surveilleront le fonctionnement des installations avec la possibilité d’agir à distance pour certaines pannes.

Les déplacements du futur

Dans les airs

Les dispositifs individuels volants ne seront bientôt plus du domaine de la création artistique d’anticipation. Les taxis volants deviennent progressivement une réalité palpable au Japon avec l’annonce mi-février 2022 du partenariat entre la compagnie aérienne japonaise ANA et Joby Aviation en lien avec Toyota Motor Corporation. Le californien Joby a développé un aéronef d’une capacité de 5 place pouvant décoller et atterrir verticalement ayant une autonomie de 241 km pour une vitesse de pointe de 321 km/h. Un outil qui permettrait de relier la gare d’Osaka à l’aéroport Kansai en 15 minutes au lieu d’1 heure actuellement. Joby développe depuis 10 ans son dispositif, qui fonctionne à l’énergie électrique, fourni par eVTOL et a obtenu une certification G-1 pour les aéronefs auprès de la Federal Aviation Administration aux Etats-Unis.

Ce partenariat a pour objectifs de mettre en œuvre toutes les conditions pour une utilisation effective des véhicules volants à moyen terme : formation de pilotes, développement des infrastructures, gestion du trafic, mise en place des réglementations et insertion dans le cadre public.

L’entreprise eVTOL implantée en Suède a également développé une véhicule volant individuel destiné au grand public dont il lancera la production à l’été 2022 pour de premières livraisons en 2023. Le véhicule se pilotera dans permis spécifique (sous réserve des réglementations des territoires où l’on souhaite les utiliser) te fonctionnera sur batterie pour une autonomie de 20 minutes et une vitesse de pointe de 100km/h.

Toujours en Europe, Volocopter, valorisé à $1,7 milliard annonçait en mars 2022 une levée de fonds de $170 millions pour poursuivre le développement de son taxis volant qui est actuellement en test au sein de l’aérodrome de Pontoise dans l’espace dédié aux nouvelles mobilités aériennes urbaines mis en place par la région Île-de-France, Choose Paris Region, ainsi que les groupes ADP et RATP.

Les voyages dans l’espace pour Monsieur et madame tout le monde ne sont plus une utopie pour peu que les passagers aient les moyens de s’offrir un vol spatial. Le coût carbone de ces excursions étant totalement occulté par l’exploit et le symbole que ces vols représentent pour les hommes qui ont depuis toujours aspiré à toucher les étoiles ce qui a fortement contribué à faire avancer les recherches en aéronautique. Le secteur a enclenché un nouveau cycle de développement avec le la présentation d’un prototype de capsule pour les vols spatiaux au long court. World View a ainsi dévoilé mi-mars 2022 un dispositif conçu pour maximiser le confort à bord, le premier lancement étant prévu depuis le Grand Canyon d’ici 24 mois.

Prévu pour accueillir six voyageurs plus deux membres d’équipage, la capsule a été, selon ses développeurs, conçue avec « un grand soin est pris pour s'assurer que les matériaux proviennent de fournisseurs durables dans la mesure du possible et que les options de réutilisation ou de recyclage sont explorées en profondeur ».

Prévu pour accueillir six voyageurs plus deux membres d’équipage, la capsule a été, selon ses développeurs, conçue avec « un grand soin est pris pour s'assurer que les matériaux proviennent de fournisseurs durables dans la mesure du possible et que les options de réutilisation ou de recyclage sont explorées en profondeur ».

Par ailleurs, dans le cadre de la présidence dans la France de l’Union européenne, la déclaration de Toulouse sur le développement durable et la décarbonation de l’aviation a été signée par 35 pays du vieux continent aux côtés de 5 associations professionnelles du secteur de l’aviation. L’objectif central de cet accord étant de parvenir à une émission zéro carbone d’ici 2050.

En parallèle Eurocontrol et ACI Europe qui regroupe tous les aéroports européens ont signé un partenariat pour renforcer leur engagement vers une exploitation durable de l’aviation européenne. Deux objectifs centraux : développer des transports efficaces et durables.

Côté privé, l’outil skyscanner a étendu son label Choix éco-responsable à la recherche de voiture de location. Pointant ainsi le moyen le moins carboné de réaliser son trajet.

Sur terre

Côté rail les avancées ne sont pas en reste, si la France et le Japon sont parmi les territoires en pointe pour les déplacements par le train, la Chine entre dans la dynamique pour couvrir son territoire très étendu et rapprocher ses bassins économiques les uns des autres. Les Jeux Olympiques et Paralympiques 2022 ont été l’occasion de lancer un nouveau train permettant de concurrencer les vols intérieurs courts courriers.

Des travaux sont également menés pour développer un train dont la vitesse de pointe est annoncée à 611 km/h guidé par la technologie de high-temperature superconducting limitant au maximum les frictions et permettant d’atteindre cette vitesse. La mise en service de ce train est annoncée d’ici 3 à 10 ans.

En parallèle le projet porte par le géant chinois Baidu a franchi les premières barrières administratives en mars 2022. Il intégrera à bord le système de navigation satellite de la licorne Baidu et est entièrement tourné sur une utilisation optimale des outils digitaux à bord qui permettront aussi de conduire le train.

Le train se décline également différemment avec un projet de Taxirail pour desservir les gares peu fréquentées et les relier aux réseaux Intercités et TER. Un moyen de maintenir des transports en commun avec des infrastructures plus légères puisque que les capsules seront notamment sans conducteur. Un projet qui adresse directement les problématiques des 200 gares TER françaises non rentables.
Le dispositif fonctionnera avec une motorisation hybride électrique et hydrogène avec un aménagement par wagons indépendants qui seront plus ou moins nombreux en fonction de la fréquentation durant la journée. Les rames disposeront d’une autonomie jusqu’à 600 km avec une vitesse de pointe entre 90 et 100 km/h.

« Il y a un réel enjeu de réaménagement des territoires pour les personnes qui y vivent, comme pour les entreprises. Les collectivités doivent être en mesure de proposer une alternative à la voiture. Cela permet de réduire la pollution, économiser des coûts en carburant, réduire l’accidentologie sur les routes et de proposer un service de mobilité inclusif. La mobilité doit être pour tous. Pour les jeunes, les actifs qui souhaitent aller travailler et les personnes à mobilité réduite ou âgées pour gagner en autonomie et leur permettre de se déplacer facilement. Sur le plan touristique, l’impact sur la fréquentation d’une destination peut être important. Il faut avoir en tête que de nombreuses personnes n’ont pas le permis, surtout ceux originaires d’Ile-de-France. Taxirail est une bonne solution pour favoriser le tourisme décarboné et les mobilités douces. Tout cela dans le but de renforcer l’attractivité des territoires. » Indiquait Régis Coat, Directeur du projet Taxirail à Tom Travel.Le concept lancé en 2017 est en phase de test en Normandie et en région Sud. Le déploiement est envisagé en 2025 en Normandie.

En parallèle, la SNCF travaille à développer des solutions pour exploiter les petites lignes avec des systèmes calibrés pour 100 ou 80 usagers ainsi que des navettes autonomes qui pourront sortir des rails. Le Train Léger Innovant TLI comportera deux voitures pouvant accueillir jusqu’à 100 personnes et est développé avec dix partenaires. Le déploiement de ces solutions est envisagé à l’horizon 2029.
Le modèle Draisy est un train à batterie qui exploitera les lignes non électrifiées permettant de décarboner les trajets dès sa mise en service en 2027.

Les déplacements courts font également l’objets d’expérimentations et les professionnels de l’hospitality s’y investissent. Ainsi Accor s’est associé à Citroën au sein de The Urban Collëctif pour proposer un prototype de navettes autonomes ayant pour vocation de construire une expérience de voyage pendant les trajets urbains. Reste à convaincre les municipalités, à tester la mise en place dans les conditions du réel et à traiter avec les taxis pour éventuellement implanter ces pods au sein des villes et métropoles.

A Las Vegas, Motional, un partenariat entre Aptiv et Hyundai, développe des robots taxis autonomes qui seront prochainement opérationnels. Des chauffeurs seront toutefois présents dans la voiture.

Les hébergeurs jouent également un rôle central dans les mobilités décarbonées proposant des stations de fastcharges pour véhicules électriques ou développant des partenariats avec des acteurs de la mobilité décarbonées. Voitures ou vélo électriques par exemple.

Sur l’eau

Là aussi les véhicules autonomes sont à l’essai. Amsterdam Institute for Advanced Metropolitan Solutions et Massachusetts Institute of Technology travaillent ensemble sur les voies d’eau d’Amsterdam pour proposer des bateaux autonomes qui auront pour vocation le transport de voyageurs mais aussi le fret et d’analyser les eaux de la capitale néerlandaise. Paris exploite déjà la Seine avec des navettes fluviales Batobus lancées il y a maintenant plus de 30 ans.

Les énergies du futur

La séquence géopolitique actuelle, en plus des pressions sur l’urgence climatique, rappelle la dépendance de nombreuses sociétés occidentales aux énergies fossiles. La crise déclenchée par la guerre en Ukraine pousse les états européens et leurs alliés dans le monde à sérieusement envisager l’accélération de leur transition écologique vers de énergies vertes et moins carbonées.

L’aviation se penche depuis plusieurs années sur des carburants moins polluants et surtout moins dépendants des cours mondiaux. Les carburants de synthèse sont ainsi expérimentés avec l’avantage d’être issu du CO2 capté dans l’air ambiant permettant à la fois de moins polluer mais également de dépolluer. Une solution qui n’est toutefois pas la panacée puisque sa production est extrêmement énergivore.
APG annonçait en février 2022 un investissement dans l’entreprise SkyNRG pour participer aux recherches sur ces questions avec notamment l’objectif de baisser les coûts de carburant.

Le trafic aérien est voué à augmenter encore de manière exponentielle pendant les années à venir, si seulement 11% de la population mondiale a pris l’avion en 2018 selon une étude suédoise, le nombre de voyageurs dans l’aérien ne va pas décroître comme le souligne la vivacité de la reprise du trafic aérien annoncée par IATA sur les données de mars 2022.

La question de l’électrique est également à l’ordre du jour pour favoriser les déplacements décarbonés avec une limite pour les déplacements long courrier. JetBlue Technology Venture (émanation de la compagnie aérienne JetBlue Airways) investit dans les batteries pour les avions, voitures et bateaux.

Sur mer, la société Ulstein souhaite introduire la propulsion nucléaire dans la construction navale civile. Le groupe norvégien s’appuie sur une énergie nucléaire propre qui ne produit pas de déchet radioactifs.

Le virage de la réglementation est indispensable pour prendre en compte tous les moyens de transport émergeants. Réglementations de sécurité, homologation des matériels, conditions d’exploitation, code de la route appliqué aux airs… sont autant d’éléments à prendre en compte. Les frontières administratives et le fonctionnement de chaque état perdureront-ils dans un contexte où les déplacements se feront à des échelles différentes ? Quel rôle pour la Commission Européenne sur ces sujets ? Quelle coordination mondiale ? Des questions qui auraient déjà dû se poser car le cadre réglementaire actuel fait obstacle à la mise en exploitation de l’Hyperloop venant ajouter de la complexité aux coûts d’infrastructures importants.

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