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Analyses

Quelles solutions face à la problématique du dernier kilomètre ?

Que cela soit au sein d’une destination urbaine ou dans un milieu plus rural, la problématique du dernier kilomètre subsiste encore et toujours lors de déplacements touristiques. Malgré les nombreux modes de transports existants, que cela soit le train, le bus ou encore l’avion, il est courant que ces moyens de locomotion n’amènent pas les visiteurs jusqu’à leurs lieux de séjour. Comment résoudre ce dilemme qui entache le parcours client ? Quelles alternatives pour éviter aux touristes de devoir se déplacer en voiture ? Tour d’horizon des initiatives qui fleurissent ces dernières années afin de proposer un parcours sans couture, mais également durable.

La mobilité touristique a de tout temps été un sujet complexe, surtout lorsqu’il s’agit du dernier kilomètre, tout comme du premier kilomètre dont on parle bien moins souvent. Elle est pourtant une composante essentielle d’un séjour, notamment en termes de satisfaction du parcours client. Un voyage, aussi somptueux soit-il, peut vite devenir pénible si le dernier kilomètre doit s’effectuer à pied en trainant ses valises. Il est ainsi d’importance capitale de concevoir un parcours sans couture et simple du moment où le touriste sort de chez lui jusqu’au moment où il entre dans le lieu où il logera le temps de ses vacances.

Une problématique d’autant plus importante pour les personnes à mobilité réduite et les personnes âgées qui ont pourtant besoin de bénéficier d’une bonne accessibilité aux offres touristiques. Pourtant, 12 millions de français ne trouvent pas d’offre touristique adaptée à leur mobilité selon l’INSEE en 2018. Dans de nombreux cas, aux deux extrémités, le lieu d’origine ou la destination finale peut être difficile, voire impossible d’accès par un simple déplacement à pied.

De plus, la diversification de l’offre de mobilité comporte de nombreux avantages. En effet, cela permet de desservir des territoires plus excentrés et donc de mieux redistribuer les flux touristiques, inscrivant ainsi la destination dans une démarche de tourisme responsable. Par ailleurs, la mobilité des touristes a engendré 77% des émissions de CO2 liées au tourisme en 2018 selon l’ADEME. Face à l’urgence climatique, mais également pour répondre à une demande émergente, il est nécessaire de contrer cette problématique du dernier kilomètre tout en mettant l’accent sur des modes de transport durables.

Favoriser l’intermodalité à tout prix 

L’intermodalité peut être la première piste de travail afin d’adresser cette fameuse problématique du dernier kilomètre. En effet, il est primordial de nos jours de démultiplier les possibilités d’accès à une destination. Mais il n’est pas toujours simple en tant que touristes, parfois même en tant qu’habitants, de connaitre tous les modes de transports disponibles sur un territoire. Il en va ainsi de la responsabilité des organismes touristiques locaux de faire la promotion des différentes solutions d’intermodalité disponibles sur leur sol.

Normandie Tourisme a ainsi initié un projet dans ce sens avec la création de l’outil intermodal commentjyvais.fr, réalisé en collaboration avec le syndicat mixte Atoumod. Les usagers disposent alors d’un outil qui intègre un calculateur d’itinéraire en transport public, sur l’ensemble de la destination. Cet outil rassemble les données de l’ensemble des transports collectifs de la Normandie pour guider le voyageur dans son itinéraire d’un point A à un point B. En parallèle, l’application mobile Atoumod m-ticket permet au voyageur de réserver en ligne des tickets de bus, à la fois pour les réseaux de transport urbains normands et pour les cars interurbains Nomad. De quoi rendre l’intermodalité accessible au plus grand nombre.

De son côté, Alsace Destination Tourisme mise sur les innovations technologiques afin de simplifier et fluidifier l’arrivée et le départ de ses visiteurs. La Région Grand Est a ainsi développé Fluo.eu., un assistant de mobilité créé avec le soutien des Autorités Organisatrices des Mobilités (AOM). Cet outil permet de centraliser l’information sur l’offre de transport de voyageurs en combinant l’ensemble des modes de transport disponibles. Il offre ainsi de précieuses informations comme les horaires et le calcul d'itinéraires en temps réel, les actualités, les perturbations ou encore des infos pratiques.

En région parisienne, c’est la RATP qui œuvre pour une mobilité simplifiée avec son projet de navettes autonomes à Saint-Rémy-lès-Chevreuse. Deux navettes Milla Pods parcourent deux kilomètres sur routes ouvertes afin de relier la gare de RER de Saint-Rémy-lès-Chevreuse et le parking de Coubertin à Chevreuse. Le service est proposé du lundi au vendredi de 7h à 19h avec un système de réservation car seulement 4 personnes peuvent monter à bord. La RATP attend près de 10000 voyageurs au cours de cette expérimentation. Ce projet s’inscrit dans la volonté de l’acteur d’étudier l'offre de mobilité autonome sur le dernier kilomètre en zone péri-urbaine et rurale, afin de proposer in fine une alternative au véhicule personnel sur de tels trajets.

La RATP souhaite développer divers projets dans cette optique de l’intermodalité, avec notamment l’expérimentation de navette autonome qui doit relier la gare de Lyon, la gare d'Austerlitz et la gare de Bercy. Un projet relativement ambitieux et complexe puisqu’il faut composer avec la circulation plutôt dense de la capitale. Si l’expérimentation est concluante, ce nouveau mode de transport pourrait révolutionner la mobilité des passagers qui doivent transiter d’une gare à une autre au cours d’un même voyage.

Pour régler la problématique du dernier kilomètre, Karhoo, une place de marché mondiale pour les compagnies de taxis, les entreprises de chauffeurs privés et les VTC, vient ratifier des partenariats d'envergure dans le secteur du tourisme. Les entreprises sélectionnées sont Trip.com/Ctrip, Fareportal, Mobee Travel et Lyko. Ces rapprochements vont permettre à Karhoo de connecter des centaines de millions de clients potentiels à 3 millions de chauffeurs dans plus de 1500 villes réparties sur 125 pays. D’autres acteurs majeurs du tourisme et de la mobilité bénéficient d’ores et déjà d’une collaboration avec Karhoo comme la SNCF à travers le service « Mon Chauffeur », Thalys, Renfe ainsi que Booking.com et Hoppa. La société propose une offre de service qui valorise les flottes nationales et locales en permettant leur « connecion digitale » via sa plateforme d’intermédiation mondiale. Karhoo ambitionne désormais de devenir le premier acteur B2B de la mobilité connectée.

Nos partenaires choisissent Karhoo car nous sommes en capacité de proposer une offre globale de mobilité, facteur déterminant pour les grands acteurs du voyage notamment. Ainsi, Karhoo couvre déjà plus de 20 pays en Europe et continue de développer son offre, tant à l’international qu’au plus près des territoires.

Vanessa Heydorff, Directrice commerciale et Senior Vice-Présidente de Karhoo Group

Ville VS Campagne

Si les transports en commun ou encore les taxis peuvent être d’une grande utilité afin de relier sa destination finale dans une ville, cela est bien moins évident en zone rurale. En effet, il n’existe pas encore de métro ou de tram à la campagne et le trajet entre la gare et le lieu de séjour en taxi peut s’avérer très vite onéreux. Finir le trajet à pied ou à vélo peut relever du challenge dans certains milieux ruraux où aucune infrastructure n’a été pensé pour, en dehors des itinéraires touristiques.

Les navettes et les bus sont souvent les solutions les plus utilisées dans les milieux ruraux, toutefois ces transports desservent rarement les coins les plus isolés. Or de nombreux touristes apprécient de plus en plus la possibilité de pouvoir séjourner dans un logement éloigné de tout pour un voyage des plus calmes. Si certains de ces hébergements proposent de récupérer les visiteurs à la gare ou à l’aéroport, tous ne peuvent pas se permettre de proposer un tel service. Un travail par les territoires doit alors être initié, qui profitera par la suite à l’ensemble des acteurs locaux dépendant du tourisme.

Toutefois la campagne regorge d’atouts, comme la présence d’animaux. Il est ainsi envisageable d’imaginer un retour à de solutions anciennes comme par exemple la traction hippomobile. Il existe d’ores et déjà des réseaux « d’équidé utilitaire » qui proposent du ramassage scolaire en Normandie ou à Montpellier. Ce moyen de traction pourrait donc être utilisé dans le cadre du dernier kilomètre, proposant ainsi un mode de transport à la fois ludique et durable pour les visiteurs.

Et pourquoi pas délaisser la voie terrestre pour le ciel ? Ces dernières années, le sujet des taxis volants ou des drones transporteur d’individus sont devenus omniprésents dans le secteur et intéressent de plus en plus de part leur côté innovant. Dans le tourisme la startup Kiwi.com se positionne en tant que « transporteur du dernier kilomètre » et des destinations sans aéroport. En effet, l’entreprise développe un prototype d’avion sans pilote électrique, à décollage et atterrissage verticaux (VTOL) avec un rayon d’action de 500 km.

Tandis qu’en zone urbaine, les solutions alternatives sont légion avec notamment l’expansion de nouveaux acteurs de la mobilité. Ainsi, certaines villes commencent à passer des contrats avec des services de VTC pour améliorer l’accès au transport en commun, en particulier dans les centres touristiques. Par exemple, le réseau de transports en commun de Nice et Uber se sont associés en 2018 pour proposer un transport nocturne complémentaire. Un service au prix fixe de 6 euros pour les voyageurs souhaitant effectuer une course depuis ou vers l’une des six stations du tramway.

En Amérique du Nord, les compagnies Uber et Lyft participent à des dizaines d’expérimentations dans lesquelles leurs VTC subventionnés sont utilisés pour pallier une offre de transport insuffisante sur certaine portion. Uber propose même aux villes de gérer, via son service de trajets partagés UberPool, l’acheminement des habitants comme des touristes. Une solution parfaite pour les villes non pourvues de transports en commun, comme la ville de Pinellas Park où 50 000 personnes résident. Ces entreprises vont continuer à se développer dans le secteur du transport de proximité et proposeront bientôt des offres dans les stations touristiques peu ou mal desservies.

Le vélo, une solution en cours de développement

A la ville comme à la campagne, le vélo apparait comme une solution idéale pour pallier le manque de transports lors du dernier kilomètre. Néanmoins, la pratique du vélo nécessite des aménagements avec la création de pistes et voies cyclables. Il n’est pas toujours aisé de trouver la place disponible pour en créer de nouvelles, que cela soit le long d’une avenue très fréquentée dans une destination urbaine ou le long d’une voie départementale peu propice à cela. Les territoires déploient toutefois de nombreux efforts pour rendre la pratique du vélo plus accessible.

L’Alsace essaie de montrer l’exemple à travers la démarche collective « Alsace à vélo » soutenue par Alsace Destination Tourisme (ADT). L’organisme joue notamment un rôle d’accompagnement des prestataires, de promotion et de valorisation de l’offre. Pour ce faire, l’équipe de l’ADT participe à la création de topoguides, la création d’outils digitaux, l’élaboration des boucles locales et de tracés avec les territoires. Dans la poursuite d’une démarche de qualité, elle se charge également de l’accompagnement des prestataires et de l’attribution de la marque « accueil vélo ». Le département abrite au total plus de 2 500 km d’itinéraires cyclables et est traversé par 3 EuroVélo routes.

La Normandie met également tout en œuvre pour permettre aux visiteurs de choisir le vélo comme mode de transport face au manque d’infrastructures dans certaines zones. La région dispose ainsi de plus de 1 500 km de pistes cyclables et plus de 2 000 km de voies vertes accessibles aux cyclistes. Par ailleurs, de nombreux acteurs touristiques locaux proposent de la location de vélo via une réservation en ligne, avec un large choix de vélos, dont des vélos à assistance électrique, et d’accessoires. Les visiteurs ont notamment la possibilité de louer à un endroit et de rendre son vélo à un autre endroit.

Le territoire normand ne s’arrête pas en si bon chemin et s’intéresse également au développement de l’intermodalité vélo – train et vélo – car. Si les trains en Normandie disposent tous de crochets pour les vélos, la Région lance des expérimentations sur les périodes estivales, afin d’accroître l’offre d’emport vélo sur certaines lignes ferroviaires. Et depuis l’année dernière, chaque nouvel autocar interurbain est équipé d’un système pour transporter au minimum 5 vélos non démontés. En amont, certaines expérimentations ont été mises en place à l’échelle de la Normandie sur certaines lignes de car fréquentées par les cyclotouristes.

L’exemplarité de la montagne

Les territoires dans les montagnes sont les champions en la matière puisqu’il est souvent difficile d’accéder à ces destinations simplement en train ou même parfois en voiture. A partir de ce constat, les stations et autres destinations montagnardes ont développé diverses solutions pour permettre aux visiteurs de se rendre sur leurs lieux de séjours sans se préoccuper de la problématique du dernier kilomètre. La mobilité est un enjeu d’importance capitale dans des destinations souvent difficilement accessibles.

L’Agence Savoie Mont-Blanc vient notamment de dévoiler « Savoie Mont-Blanc Express », sa nouvelle plateforme de réservation de transport intermodal domicile-station. Cette initiative vise à faciliter l’accès aux 112 stations de la destination tout en encourageant la mobilité bas carbone de ses visiteurs. Et pour cause, le transport des personnes génère près de 60% des émissions de CO2 d’un séjour au ski selon l’ADEME. Un outil digital développé avec la start-up savoyarde Antidots, spécialiste des solutions numériques intelligentes, qui permet de proposer depuis n’importe quel endroit en France ou à l’étranger, des trajets dits « porte à porte », donc dernier kilomètre inclus, en combinant plusieurs moyens de transport. En outre, Mont-Blanc Express calcule le bilan carbone de chaque itinéraire proposé en privilégiant l’option la plus décarbonée.

Sur le territoire savoyard, les Saisies ont été la station pilote de cette solution d’éco-mobilité à laquelle ils ont même ajouté d’autres services, comme la réservation des forfaits et des consignes à ski, accordant 10% de réduction sur le tarif des forfaits séjours si la formule la plus verte est choisie. Antidots prépare une nouvelle levée de fonds pour accélérer le déploiement de ses solutions numériques, dont celle dédiée à la mobilité, afin d’apporter des solutions alternatives à d’autres territoires.

Pour accompagner le développement de nouvelles solutions de mobilité en montagne, le plan Avenir Montagnes a été lancé l’année dernière. Ce plan vise à concevoir de nouvelles solutions de mobilité, dont des alternatives à la voiture individuelle, pour l'accès final aux territoires de montagne, dont les stations de ski. Un budget de 650 millions d’euros est alloué à cet effet. Dans le cadre de ce plan d’investissement, un appel à manifestation d'intérêt (AMI) a également été lancé en 2021. Il pourra bénéficier à une cinquantaine de territoires pour financer des projets de mobilités innovants, avec une enveloppe de de 10 millions d'euros sur deux ans. Cet AMI « portera une attention particulière aux solutions de mobilité touristique sur les stations de montagne et aux études préalables des projets d'ascenseurs valléens ».

En outre, la mesure 10 du plan Avenir Montagnes préconise « d’accompagner en ingénierie les solutions de mobilité durables, innovantes et de proximité du premier et dernier kilomètre (parmi lesquels les projets de création d’ascenseurs valléens) ». L’idée de l’installation d’ascenseurs valléens prend de l’ampleur. Ce mode de transport permet en effet de limiter l’utilisation de véhicule individuelle, en reliant la vallée au village d’altitude ou à la station par téléphérique, télécabine ou funiculaire. Une installation qui permet ainsi aux touristes, mais également aux locaux, de relier facilement la destination finale depuis l’endroit où le mode de transport précédent les dépose. Ainsi, plus besoin de prendre sa voiture pour se rendre en vacances à la montagne et surtout plus besoin de stresser par rapport au dernier kilomètre.

Comment imaginer un tourisme sans voiture ? Il ne s’agit pas seulement du dernier kilomètre, il faut tout réinventer. Si je remplace ma voiture par le train de nuit, il faut recréer des services sur place. Par exemple, se faire livrer ses courses, renforcer les circuits courts, améliorer les dispositifs de mobilités locaux. Et pérenniser les systèmes : les navettes qui fonctionnent pendant la saison touristique doivent aussi marcher le reste du temps pour les habitants. 

Pierre Torrente, Président de l’association Transitions des territoires de montagne (2TM)

 

Une réelle réflexion autour de cette fameuse problématique du dernier kilomètre se met en place ses dernières années, donnant naissance à diverses solutions plus ou moins innovantes. Que cela concerne les destinations urbaines ou rurales, voire montagnardes, les pistes de travail sont en réalité infinies aux vues des multiples opportunités qu’offres ces zones. Si cette réflexion nécessite beaucoup de logistique, elle demande également de la créativité et de l’innovation, auquel s’ajoute évidemment un budget plus ou moins conséquent. Avec le développement des nouvelles technologies et l’essor du tourisme durable, incluant donc la mobilité, d’autres solutions devraient encore fleurir dans les années à venir à travers le monde pour répondre à cette problématique qui nous concerne tous, en tant que professionnel du tourisme mais également comme simple touriste.

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