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Analyses

Le train européen va-t-il passer à la grande vitesse ?

Après la politique du 100% route développée en France depuis l’après-guerre, le train revient en grâce. Transporter des centaines de personnes en simultané, avec une source d’énergie de plus en plus décarbonée, c’est aller dans le sens de la maîtrise de nos émissions de gaz à effet de serre. Mais si de nombreux pays européens misent de plus en plus sur le train, les besoins en infrastructure sont colossaux. Ce sont des milliards d’euros qui doivent être engagés pour construire la mobilité de demain. Grâce aux fonds européens, de nouvelles routes s'ouvrent, offrant des opportunités de développement sur de nouveaux marchés qui seront désenclavés.

Les voyageurs sont prêts à monter en marche comme le prouvent les statistiques de fréquentation records sur le réseau SNCF à l’été 2022. 14 millions de billets ont été vendus pour les seuls mois de juillet et août 2022, soit 10% de plus qu’en 2019. La tendance pour les voyages vers des destinations moins saturées se confirme avec de plus en plus de trajets réservés vers des villes dites secondaires. Un défi à relever dans l’entretien des infrastructures et des matériels roulants pour des destinations qui étaient moins investies au profit des itinéraires plus fréquentés.

Remettre le client au centre

Le train est également synonyme de voyager à un rythme moins soutenu en profitant du temps de trajet pour travailler, regarder le paysage, lire…. Les voyageurs corporate sont de plus en plus nombreux à préférer voyager en train pour rester productifs avec moins de temps d’attente avant la montée dans le train, des espaces mieux adaptés au travail et une arrivée à destination souvent plus centrale que les aéroports.

L’ouverture à la concurrence, pousse également les opérateurs ferroviaires à se réinventer après de nombreuses années de monopole. Le service client prend de l’importance par rapport aux contraintes d’exploitation. Ainsi la SNCF développe ses partenariats avec des chefs de renommée internationale. Thierry Marx a développé une carte pour les TGV Inoui. Une offre qui sera disponible en première classe.

La SNCF a annoncé envisager proposer un « train de fonction » pour concurrencer la voiture de fonction. Un avantage en nature qui s’adresserait aux salariés des entreprises au même titre que les voitures de fonction.

La distribution qui s’élargit

Fini le temps où il fallait construire son trajet comme un jeu de Lego™ allant chez chaque opérateur pour réserver un morceau de trajet ? L’intermodalité commence à faire du chemin et le train peut désormais se réserver avec son trajet en avion. La SNCF lance le 16 novembre un billet numérique avec 12 compagnies aérienne après une période de test avec Air France. Inutile désormais de se rendre en gare pour récupérer un billet papier. Les retards sont également pris en charge par les opérateurs pour limiter les ruptures de charge.

Delta Air Lines développe également cette offre aux Pays-Bas, en Belgique, au UK, ainsi qu’en Italie et en Suisse. Une stratégie qui permet à l’américain de se démarquer de ses concurrents et d’apporter un avantage à ses clients qui souhaitent voyager sur le sol européen.

Côté clientèle business, Trainline et Havas Voyages signaient un partenariat en septembre dernier. Un dispositif qui concernera les grandes lignes et les TER et inclura tous les opérateurs désormais présents sur le marché français.

Le géant américain Google s’intéresse aux transactions européennes autour du train. Il propose ainsi depuis fin septembre, une recherche sur les trajets en train pour plusieurs pays du vieux continent notamment l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie.

Un maillage qui progresse

L’ouverture européenne du train à la concurrence abolit les frontières techniques. Fini les contraintes techniques d’écartement des rails pour traverser les Pyrénées par exemple. Inoui relie ainsi Paris à Barcelone en longeant une partie de la côte méditerranéenne depuis Montpellier.

Trenitalia débarque également en Espagne avec des premiers billets en vente depuis le 18 septembre. Elle s’attaque au tronçon Madrid – Saragosse – Barcelone. Première pierre d’un plan de développement qui prévoit de couvrir une grande portion du territoire espagnol. L’italien attaque également le marché français avec une liaison Paris-Milan.

Côté français, Ouigo Espagne ouvre une ligne Madrid-Valence, étape dans le développement du français à l’international qui ouvre ainsi sa 5ème ligne au pays de Cervantes.

Au Portugal, la ligne Lisbonne- Porto passera à Grande Vitesse d’ici à 2030 permettant de réduire de plus de moitié la durée du trajet. Plus largement, le pays investit 10 milliards d’euros dans le ferroviaire. Il est accompagné par des fonds européens pour le développement de la Ligne à Grande Vitesse qui reliera d’ici 8 ans les deux plus grandes villes du pays.

Le projet Rail Baltica reliera d’ici 2026 la Pologne aux Pays Baltes. Il aura fallu 30 ans pour qu’il se concrétise. Le projet estimé à 5,8 milliards d’euros est également partiellement financé par des fonds européens.

La connexion se renforce également entre les rives danoises et allemandes. Un tunnel ferroviaire et routier rapprochera ainsi les deux pays à 7 minutes l'un de l'autre contre 45 minutes actuellement. 7 milliards d'euros sont investis pour construire le Fehmarnbelt Tunnel qui ouvrira en 2029.

A une toute autre échelle, en Occitanie la ligne reliant Pont-Saint Esprit à Nîmes en passant par 10 destinations a été remise en service après 50 ans d’abandon.

Voyager avec une empreinte carbone plus légère, les politiques subventionnent le train

En Allemagne, le dispositif du billet de train à 9 euros mis en place entre juin et septembre 2022, aurait permis d’économiser 1,8 million de tonnes de CO2. Il concernait les déplacements locaux et régionaux et avait financé pour 52 millions de billets. Le coût du dispositif jugé trop dispendieux par le gouvernement pour être prolongé, sera remplacé par un abonnement mensuel à 49 euros pour les transports régionaux. L’expérience estivale a en effet nécessité un investissement de 2,5 milliards d’€.

L’Espagne a suivi l’exemple allemand avec une quasi-gratuité des déplacements ferroviaires proposée entre le 1er septembre et le 31 décembre 2022. Le système est à géométrie variable en fonction des propriétaires des lignes. Au niveau national, la Renfe propose des gratuités pour les trajets moyenne et longue distance ainsi que des offres à -30 voire -50% sur les abonnements. Un dispositif qui sera prolongé en 2023. La gratuité des abonnements a bénéficié à 1,5 million d’abonnés. Le gouvernement espagnol voit ce dispositif comme un investissement permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le pays.

Voyager avec une empreinte carbone plus légère, l’innovation repousse-t-elle les limites ?

Le futur TGV M qui circulera sur le réseau français était présenté par Alstom à la rentrée 2022. Une capacité modulable en fonction des lignes exploitées, 20% de places en plus à bord et 97% de composants recyclables. Côté confort pour les voyageurs, le commandant de bord pourra monitorer en temps réel le fonctionnement des installations et le Wifi à bord sera adossé au réseau 5G.

Fabriqué par Alstom, le premier train hydrogène au monde a été mis en service début septembre en Allemagne. Une technologie déployée en Basse-Saxe en remplacement de locomotives propulsées au diesel. Une énergie intéressante pour les lignes qui ne sont pas électrifiées. Pas de solutions miracle toutefois côté respect de l’environnement. Si l’hydrogène émet bien moins de gaz à effet de serre que le diesel pendant son utilisation, sa production consomme une quantité importante d’énergie fossile.

En France, SNCF et RATP annoncent une baisse de 10% de leur consommation d’énergie d’ici 2024. La SNCF est en effet l’entreprise qui consomme le plus d’électricité en France. Eco-conduite, baisse de la climatisation, équipement systématique des rames avec des ampoules LED sont autant de leviers que l’opérateur français entend activer.

Véritable pierre angulaire de la circulation en train : les infrastructures. Rails et gares sont centraux pour fiabiliser l’exploitation des rames. Il existe encore par exemple des gares qui ne sont pas adaptées à la longueur des rames doubles. Les présidents des 15 régions françaises ont ainsi lancé un appel public pour un investissement à hauteur de 100 milliards d’euros entre 2023 et 2033 afin de moderniser le train en France.

« La France disposait sans doute du réseau ferré le plus dense d’Europe. Il répond à tous les enjeux actuels : la fin des énergies fossiles, le pouvoir d’achat, le développement économique, l’innovation industrielle, la protection de l’environnement. Nous devons donc provoquer le choc d’une offre ferroviaire. Parce que le ferroviaire, c’est le réseau public qui relie les femmes, les hommes et les territoires. Le train répond concrètement aux préoccupations de mobilité du quotidien, de pouvoir d’achat et de vie dans nos villes comme dans nos campagnes. C’est aussi une solution d’avenir pour la Corse, pour nos territoires ultramarins, où les contraintes géographiques et l’exigence environnementale, dans des milieux sensibles, plaident pour un renforcement des mobilités collectives et du fret. » Souligne la tribune publiée dans Le Monde.

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