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Analyses

[Update] Après la crise sanitaire, le secteur MICE doit relever de nouveaux défis - Partie 1

Tandis que les touristes reprennent la route des vacances après deux années compliquées, le tourisme d’affaires semble se remettre également sur les rails. Certes la reprise se fait de manière plus discrète mais force est de constater que l’activité MICE est belle et bien de retour. Toutefois la crise sanitaire étant passée par là, le secteur a dû faire preuve d’adaptation. Une métamorphose qui va par ailleurs de pair avec les évolutions sociétales telles que la transformation numérique et la transition durable. Aucun secteur d’activité n’échappe à ces changements, preuve à l’appui avec l’industrie MICE.

Un secteur fortement touché par la crise sanitaire

Annulations en cascade et reports incessants ont constitués le quotidien des acteurs du secteur MICE au cours de ces deux dernières années. Selon une enquête menée par Atout France, 54 % des événements prévus au printemps et à l’été 2020 ont disparu des calendriers et 20% ont été reportés. Parallèlement, 21% ont été maintenus mais sous un format hybride afin de garantir la sécurité de tous.

L’industrie entière était ainsi plongée dans l’incertitude quant à son avenir. Une incertitude d’autant plus impactante pour Paris qui occupait une place de choix dans les destinations de congrès et salons internationaux. En effet, la Ville Lumière figurait en tête du classement mondial établi par l'Icca (International Congress and Convention Association) en 2018 et 2019 avec 237 manifestations internationales. Pour sa part, la France occupait le troisième rang mondial avec 595 manifestations internationales, derrière les Etats-Unis et l’Allemagne.

La CCI de Paris – Ile de France a partagé les chiffres démontrant l’ampleur des dégâts qu’à eu la pandémie sur l’activité MICE dans la destination. Ce bilan fait état de 202 salons et 432 congrès annulés, reportés ou digitalisés. Soit 45% du nombre de salons annuels. Ce sont ainsi près de 5,4 millions de visiteurs et congressistes et 58 000 entreprises qui ont dû annulés ou reportés leurs vendues engendrant une perte de 3,2 milliards d’euros en termes de retombées économiques.

Paris n’est pas la seule ville française à dépendre fortement du tourisme d’affaires, Cannes avec son palais des Festivals et des Congrès a également connu des pertes financières d’une ampleur conséquente. En raison de la crise sanitaire, 17 manifestations ont été annulées en 2020 ce qui a engendré une perte d’environ 800 millions d’euros de retombées économiques. Les hôteliers de la destination ont également enregistré des performances à la baisse avec près de 390 000 nuitées en moins.

En juillet 2020, l’UFI (Global Association of the Exhibition Industry/Association Globale de l'Industrie des Salons) estimait que la reprise des grand évènements internationaux ne se ferait pas avant 2021. Toutefois les opinions sur les perspectives de reprise divergeaient grandement selon les personnes et entités interrogées. Si les entreprise commanditaires n’envisageaient pas de réel redémarrage avant le second semestre 2021, voire plus tard pour les séminaires et salons, les associations et les agences organisatrices misaient plutôt sur un rebond au cours du premier trimestre 2021. Selon Atout France, la reprise du secteur devait s’opérer en « cercles concentriques, en premier lieu sur des événements locaux et nationaux ».

Les signes de la reprise sont là

La reprise du secteur MICE s’effectue de manière progressive dans l’ensemble du monde avec des visiteurs et exposants parfois difficiles à convaincre de la nécessité de se déplacer à nouveau. D’après le baromètre du voyage d’affaires publié par American Express Global Business Travel (Amex GBT), les voyages professionnels ont atteint 50% du niveau de 2019 au début de l’année 2022. La visibilité sur les conditions sanitaires et la sécurité des voyageurs demeurent des critères déterminants pour la reprise effective du secteur. Si cette reprise est belle est bien au rendez-vous, les niveaux restent bien en-deçà de ceux enregistrés en 2019.

L'une des principales conclusions de la dernière édition du 2022 GBTA Business Travel Index Outlook - Annual Global Report and Forecast publié par la GBTA explique qu'en raison du contexte économique mais aussi géopolitique, le rétablissement complet du secteur ne pourrait s'effectuer qu'en 2026 et non 2024 comme cela était précédemment annoncé. Cela ajoute environ 18 mois à la reprise de l'industrie par rapport aux prévisions du précédent indice GBTA sur les voyages d'affaires publié en novembre 2021.

Pour comprendre les vents contraires qui ont eu un impact sur une reprise plus accélérée des voyages d'affaires mondiaux, il suffit de regarder les titres de l'actualité depuis le début de 2022. Les facteurs qui influent sur de nombreux secteurs d'activité dans le monde devraient également avoir un impact sur la reprise des voyages d'affaires dans le monde jusqu'en 2025. Le résultat prévu est que nous nous rapprocherons, mais que nous n'atteindrons et ne dépasserons pas les niveaux pré-pandémiques de 2019 avant 2026. 

Suzanne Neufang, PDG de la GBTA 

Les dépenses totales pour les voyages d'affaires mondiaux ont atteint 697 milliards de dollars en 2021, soit 5,5 % de plus que le niveau le plus bas de l'ère de la pandémie en 2020. En 2022, les dépenses mondiales liées aux voyages d'affaires devraient progresser de 34% par rapport à 2021 pour atteindre 933 milliards de dollars, soit 65% du niveau pré-pandémique. Dans l'ensemble, les dépenses mondiales de voyages d'affaires devraient gagner 33,8 % en 2022, mais des différences sont prévues entre les principaux marchés mondiaux de voyages d'affaires. En effet, les Etats-Unis et l'Europe de l'Ouest devraient driver cette reprise avec des augmentations annuelles composées de 23,4% et de 16,9%, respectivement, d'ici 2026. Alors l'Amérique latine et la région APAC cumuleront du retard pour diverses raisons, notamment sanitaires. 

Un constat quelque peu pessimiste partagé par Sophie Hulgard, Vice-Présidente Senior des ventes en Europe du Nord chez Accor. Lors de l’évènement Accor Northern Europe’s annual Masters of Travel 2022, elle disait s’attendre à une baisse de 20% des voyages d'affaires en 2022 par rapport à 2019. Elle va même encore plus loin en annonçant que ces 20% pourraient même être perdus à tout jamais au profit d’éditions virtuelles.

Néanmoins d’autres acteurs se montrent plus optimistes quant à la reprise du secteur comme Eurostar. D’après ces derniers chiffres publiés, les voyages d’affaires atteindraient désormais 70% des niveaux de 2019. Près de 80% des professionnels prévoient de voyager davantage ou autant entre le Royaume-Uni et l’Europe qu’avant la crise sanitaire. Un constat que tire la compagnie ferroviaire d’après ses clients corporate Eurostar qui disposent d’un compte de voyage, le nombre de comptes aurait par ailleurs augmenté de 40% entre 2019 et 2022.

Les voyages d’affaires ont repris plus rapidement que nous l’avions prévu en 2022, surtout si l’on considère que nous n’assurons toujours qu’environ trois quarts de notre plan de transport pré-pandémie.

François Le Doze, directeur commercial d’Eurostar

D’après le Cvent Travel Managers Report : Europe Edition, 81% des entreprises sondées s'attendent à ce que leur budget par voyage d'affaires augmente en 2022, par rapport aux niveaux de dépenses de 2019. Une augmentation due notamment à la hausse des coûts des compagnies aériennes et des hôtels dans un contexte très inflationniste.

De nombreux pays européens bénéficient d’ores et déjà de la reprise du secteur telle que l’Italie comme le souligne une étude commandée par Federcongressi&eventi. En 2021, le pays a accueilli 86 438 événements en format physique et hybride, soit une augmentation de 23,7% par rapport à 2020. Les indicateurs des conférences et des événements organisés en Italie en 2021 sont ainsi très positifs. Les hôtels de conférence ont été les plus populaires, accueillant 72,8% du total des événements tandis que les centres de conférence et les lieux de conférence des foires commerciales ont accueilli 4,4% des événements. En outre, 67 % des lieux de réunion ont repris leurs activités avec une augmentation des revenus par rapport à 2020, et près de la moitié d'entre eux, 48,9 %, ont déclaré une augmentation d'au moins 50 %. Les événements nationaux représentaient au moins la moitié du total pour 42,4% des sites, tandis que les événements internationaux étaient accueillis par 38,3% des sites.

De leur côté, les professionnels espagnols s’attendent à renouer avec des niveaux pré-pandémiques d'ici 2023. Et ce malgré l'incertitude générée par l'augmentation des coûts due à l'inflation. Selon Iker Goikoetxea, président de l’APCE (Association des centres de conférences d'Espagne), après deux années marquées par la crise sanitaire, le secteur a passé l'épreuve « avec brio ». Si en 2020, l'activité du secteur MICE était à 30% de 2019, en 2021 elle est passée à 70%, et cette année à 90% des chiffres d'avant la pandémie détaille – t’il. Des chiffres corroborés par Nick Dugdale-Moore, directeur pour l'Europe de l'Association mondiale de l'industrie des expositions (UFI). Toux deux se veulent porteurs d’espoir et affirment que d'ici 2023 elle atteindra les chiffres de 2019.

L’Autriche se félicite également de la bonne dynamique de reprise des évènements amorcée en 2021. Une année qui a été témoin de la tenue de 10 400 congrès, réunions d'entreprise et séminaires avec un demi-million de participants. Des chiffres qui constituent une augmentation de 20% de l’activité par rapport à 2020. Le secteur MICE a ainsi généré 811 000 nuitées dans toute l’Autriche l’année passée. Comme le souligne Gerhard Stübe, président de l'ACB (Austrian Convention Bureau), « les chiffres records de 2019 ne sont certes pas encore atteints, mais la confiance règne à nouveau dans le secteur. Les résultats de l'année 2021 sont un vigoureux signe de vie de l'industrie ».

Le MICE de demain

La crise sanitaire aura profondément changé les mentalités et modifier notre rapport au travail. A commencer par la digitalisation qui a connu un essor sans précédent durant ces deux années particulières. Bon nombre d’évènements ont été maintenus grâce au numérique et quand les restrictions étaient quelque peu moins strictes, l’hybridation a fait son apparition. Un phénomène donnait naissance au phygital, contraction de physique et digital. Visioconférences, webinars et autres évènements digitaux ont ainsi pris le pas sur les évènements traditionnels.

Si un retour à la normal en termes de contexte sanitaire signifie le retour des évènements en présentiel, il ne signifie pas pour autant la mort des évènements virtuels. Bien au contraire, un grand nombre d’acteurs ont compris la pertinence d’un tel outil. On devrait ainsi assister dans les années à venir à un nombre croissant d’évènements virtuels parallèlement à la tenue d’évènements physiques où les personnes peuvent se voir en face à face. Assister à un évènement sur son ordinateur permet non seulement de réduire les coûts liés aux voyages d’affaires mais également de s’inscrire dans une démarche durable car plus besoin de prendre un avion ou sa voiture pour se rendre sur le lieu de l’événement.

En effet, les déplacements professionnels pèsent lourd dans le bilan carbone des entreprises. Ces mêmes entreprises qui développent toutes des programmes RSE forts et engagés avec comme ambition de réduire leurs émissions, voire d’atteindre la neutralité carbone dans les prochaines décennies. Donner la priorité au virtuel quand cela est possible serait ainsi une poste de solution des plus adéquates. Par ailleurs selon une étude menée par SAP Concur, près de la moitié des personnes responsables de voyages d’affaires en Allemagne et en France souhaitent réduire leurs émissions de CO2.

Les voyages de loisirs comme d’affaires doivent désormais être porteurs de sens dans un monde post-covid. Un besoin qui impacte ainsi le secteur MICE et qui pousses ses acteurs à évoluer. Les voyageurs d'affaires aspirent à ce que le voyage compte sur le plan professionnel, économique, durable et personnel. Une volonté qui mène notamment à une tendance grandissante, celle du bleisure. Ce terme provient de la contraction de business et leisure, s’agissant donc de transformer un déplacement lié au travail en séjour touristique en y ajoutant des composantes loisirs. D’après une étude réalisée par BVA Group et American Express, 87% des voyageurs d’affaires pratiquent le bleisure au moins une fois par an. Allant de la visite touristique à la découverte de la gastronomie locale en passant par la réalisation d’activités culturelles, les possibilités sont multiples.

Si le bleisure était parfois, même souvent, perçu d’un mauvais œil auparavant, la crise sanitaire aura permis de faire évoluer les mentalités. Le nombre de voyageurs adeptes de ce type de tourisme ne cesse de croitre. En effet, selon une étude réalisée par Expedia, 43% des voyages d'affaires comprennent désormais une composante loisirs. Le bleisure permet notamment d’atteindre un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Un collaborateur plus heureux et moins stressé deviendra par la suite un collaborateur plus productif. Une situation win-win pour les entreprises comme pour les employés.

Une tendance en plein essor confirmée par une enquête menée par Eurostar. Ainsi, plus d’un quart des voyageurs d’affaires ressentent le besoin de rattraper le temps perdu pendant la pandémie en prolongeant leurs voyages d’affaires. 86% d’entre eux envisagent de prolonger leurs déplacements en 2022 afin de profiter au mieux de la destination où il se rendent. En outre, 85 % des voyages d’affaires réservés en mai et en juin comprennent en moyenne un séjour d’une nuit minimum. Les jeunes générations, Y et Z, seraient plus réceptive à cette nouvelle tendance comme en atteste une étude de Business and Travel Technology. Le taux de bleisure atteignait 36% pour ces jeunes générations contre 18% chez les 40-50 ans.

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