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Rule, Britannia !

Les Britanniques constituent plus que jamais une cible essentielle pour le monde touristique européen. Ces grands voyageurs profitent pleinement de l’essor des compagnies low-cost pour multiplier les courts séjours à travers le continent. Profitant d’une croissance économique soutenue, ils s’envolent également vers de hors de leurs frontières, générant près de 45 milliards d’euros de dépenses, le marché d’outre-Manche a battu des records en 2006 nouveaux horizons, plus lointains.

La conduite à gauche, l’agneau à la menthe, l’humour décalé des Monty Python ou le sport moderne, les Britanniques ont beaucoup innové dans tous les domaines, à commencer par le tourisme. Du “Grand Tour of Europe”, destiné au XVIIIe siècle à l’éducation des futurs lords et ladies, touristes avant l’heure, à la première agence de voyages ouverte par Thomas Cook un siècle plus tard, en passant par l’éclosion des sports d’hiver au XXe, le monde du voyage doit beaucoup aux sujets de sa Gracieuse Majesté. Au début de ce XXIe siècle, les Britanniques sont encore et toujours de grands voyageurs.Les débordements de la jeunesse anglaise sont montrés du doigt. Bruyante, festive et souvent enivrée, cette frange de la clientèle n’est pas la plus appréciée des hôteliers et restaurateurs européens. Des manifestations ont récemment eu lieu à Malia, l’Ibiza crétoise. Plus globalement, les acteurs du tourisme ne sont pas tendres avec les Britanniques. D’après le sondage Best Tourist League réalisé pour Expedia auprès d’un large panel d’hôteliers européens, les touristes britanniques remporte la médaille d’or de la pire clientèle touristique. En 2007, elle s’est fait souffler de peu ce titre peu glorieux par les Français. Principaux griefs à l’encontre des sujets de sa Gracieuse Majesté : l’arrogance culturelle et linguistique, le peu de goût pour la cuisine locale, la désinvolture vestimentaire. Pire, cette clientèle ne laisse pas de pourboires ...Plus de 60 % d’entre eux effectuent au moins un voyage à l’étranger par an. Avec près de 67 millions de visites hors de leurs frontières, générant près de 45 milliards d’euros de dépenses, le marché d’outre-Manche a battu des records en 2006. Le rôle moteur de ce poids lourd du tourisme mondial ne devrait pas s’inverser. Depuis 1995, la progression du tourisme émetteur en provenance du Royaume-Uni varie entre 4 et 7%, à l’exception notable de 2002, annus horibilis s’il en est. Les prévisions sont réjouissantes pour les années à venir avec des voyants résolument au vert. La croissance économique reste vigoureuse et la Livre Sterling est l'une des rares monnaies à faire bonne figure face à l’essor de l’euro.Si le tourisme d’affaires croît à bon rythme (+ 5% en 2005), le tourisme de loisirs, qui constitue deux tiers des motifs d’évasion, bondit de manière presque exponentielle. Le phénomène low-cost a entraîné une petite révolution dans les habitudes des voyageurs anglais, écossais ou gallois. Et pas seulement pour une raison économique. En effet, habitués de longue date à prendre l’avion pour sortir de leur pays, les Britanniques sont moins sensibles que d’autres clientèles à la croissance des tarifs aériens. Mais Ryanair, Easyjet et autre BMI ont apporté un élément essentiel : la diversité. Au départ de Glasgow, la compagnie irlandaise dessert trente destinations. Liverpool en propose quarante. Et Londres-Stansted offre le choix entre 100 possibilités toutes aussi variées que Rome, Berlin, Maribor, Zadar, Tampere, Biarritz, Klagenfurt ou Riga. Soit autant d’occasions de week-ends qui sortent des sentiers battus même si Paris, Amsterdam, Prague et Dublin restent les destinations favorites de ce tourisme urbain.Le créneau des courts séjours est florissant avec 7,6 millions de voyages de un à trois jours en 2006, soit une augmentation de 47 % depuis 2001. La barre des 10 millions de city breaks devrait être atteinte en 2010. Cette rapide expansion explique la multiplication des voyages à l’étranger. Si en 1996, la moitié des Britanniques n’effectuait qu’un seul séjour loin de leur home sweet home, ils sont aujourd’hui plus d’un tiers à partir trois fois et plus. Grand perdant de cette lame de fond : le Royaume-Uni lui-même. D’ici à 2011, les revenus du tourisme domestique devraient se restreindre de 1,5 milliard d'euros. A l’inverse, les pays de l’Union européenne devraient être les premiers bénéficiaires de ce marché lucratif.Car, à choisir entre ses proches voisins et le grand large, les touristes britanniques n’écoutent plus les conseils de Winston Churchill. L’Europe remporte 75 % des suffrages au moment de faire ses valises. Derrière les Allemands (24%), les Britanniques génèrent 17,3 % des nuitées dans les 24 autres pays de l’Union européenne. Ils représentent la première clientèle à Chypre (56% des visiteurs), Malte (40%), au Portugal (30%) et se placent sur le podium des plus gros contributeurs du tourisme dans la presque totalité des pays de l’Union. Ils constituent surtout le gros de la clientèle des deux premières destinations touristiques au monde : l’Espagne (33 %) et la France (21 %).Avec plus de 13 millions de visiteurs britanniques, l’entente touristique entre la perfide Albion et l’Hexagone est pour le moins très cordiale. La récente inauguration du nouveau terminal Eurostar de Saint-Pancras, reliant Londres à Paris en deux heures et quart, va encore accroître la proximité entre les deux pays. Paris et la Côte d’Azur restent bien évidemment les destinations phares aux yeux des Britanniques. Mais, grâce aux compagnies low-cost, le tourisme d’outre-Manche irrigue désormais toutes les régions françaises. Sous le chaud soleil espagnol également, les low-cost déversent week-end après week-end leurs lots de touristes à travers le pays avec une préférence pour la région de Malaga et les Baléares : Majorque, Minorque et la festive Ibiza.Le tourisme de masse britannique a longtemps soutenu l’essor touristique et la multiplication des resorts en Espagne. Aujourd’hui, c’est le tourisme individuel qui prend le pas sur les produits packagés et les voyages de groupe. Internet est passé par là. Même chez les seniors, la moitié des voyages sont désormais réservés en ligne. A ce petit jeu, même si les Britanniques ne rechignent pas à la dépense, ils sont à la recherche des meilleurs prix. Et les Pays de l’Est de l’Europe commencent à concurrencer les destinations bien établies. En République tchèque, Pologne et Hongrie, les ressortissants du Royaume-Uni sont la deuxième clientèle derrière les Allemands.Parmi les participants à cette croissance continue, les enterrements de vie de garçons et de jeunes filles prennent une part non négligeable. Prague détrône désormais Amsterdam et Dublin dans le cœur des futurs mariés. C'est n'est pas le romantisme baroque qui attire ses visiteurs mais plutôt la blondeur des bières comme des beautés locales. Des agences de voyage spécialisées dans ces “stag parties” (pour les garçons) ou ces “hen week-ends” (pour les filles) naissent tous les mois. Le programme comprend un incontournable tour des boîtes de strip-tease doublé d'activités variées (karting, golf, paintball, vol dans un ancien Mig de l’armée russe. L’hébergement est de bonne qualité avec des établissements de 3 à 5 * intégrés dans les packages. Le tout proposé à des prix défiant toute concurrence ou en tout cas bien inférieur à celui d’une même soirée passée à Londres ou Edimbourg. Cette mode pourrait rapidement se propager vers d’autres destinations qui offrent le même profil : Varsovie, Budapest, Tallinn, Vilnius, Riga voire même Berlin. Ces derniers week-ends de liberté entraînent souvent des débordements qui ne sont pas toujours vus d’un bon œil par la population locale.Avec la variété des possibilités de séjours dans les pays européens, les voyages long-courrier feraient presque pâle figure. C’est pourtant sur ce segment de marché, encore largement minoritaire et représentant un quart des départs, que le dynamisme est le plus important. Alors que le nombre de visiteurs vers le continent européen devrait progresser, bon an mal an, de 1 à 2 %, les voyages lointains ont bondi de 7 % en 2006. En Amérique du Sud, le conflit des Falklands est oublié et l’Argentine a pu constater une forte augmentation des arrivées en provenance de Londres (+17,5 % en 2005).En 2006, le Maroc – qui profite depuis peu du phénomène low-cost - enregistre une croissance de 25% du nombre des visiteurs. Selon une étude récente, les flux touristiques entre le Royaume-Uni et les régions d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient pourraient tripler dans les 20 années à venir. Tête de pont de cette tendance, Dubaï qui commence à s’imposer comme un véritable bastion touristique, même sur le segment court séjour. En Asie, passé le choc des attentats de Kuta et du tsunami, Bali et Phuket redeviennent des destinations très prisées. Enfin, les lointains dominions, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, conservent une attractivité intacte.Seule destination long-courrier à montrer des signes de faiblesse : les Etats-Unis. C’est pourtant le seul pays non-européen à figurer dans le Top 10 des destinations favorites, intégrant même le Top 3 pour les séjours de quatre jours et plus. Les Britanniques se détournent progressivement de ce pays depuis 2001, après une année 2000 record. Et pourtant le taux de change n’a jamais été aussi favorable. Mais rien n’y fait. Sur les sept premiers mois de l’année 2007, 2,4 millions de Britanniques ont traversé l’Atlantique contre 2,6 millions sept ans auparavant. Soit une chute de 10% alors qu’en parallèle la livre s’appréciait de 25%. Cette contradiction apparente s'explique par un accueil aux frontières américaines, très tatillon, qui stimule la volonté de découvrir des destinations moins courues.Les Britanniques modifient leurs plans de vol, mais changent également de comportements. Plusieurs tendances nouvelles sont apparues récemment et devraient influer sur les pratiques touristiques des années à venir. Selon Halifax Travel Insurance, 8,6 millions de Britanniques, mariés ou célibataires, ont pris des vacances entre personnes du même sexe. 26 % des hommes et 19 % des femmes ont fait un break entre ami(e)s. Deuxième élément à prendre en compte pour séduire cette clientèle : savoir montrer patte verte. Selon une étude de Hyder Consulting, un tiers des Anglais serait prêt à payer plus cher leur billet d’avion si le surcoût était reversé à des projets environnementaux. Et près de la moitié des touristes pourrait arrêter de voyager loin pour préserver l’écosystème. Pressentant le bon filon, Eurostar n’hésite pas à vanter les mérites environnementaux du rail, devenus un argument de vente.Bonne nouvelle pour tous les acteurs du tourisme mondial, la clientèle qui constitue le plus fort potentiel de croissance est sans conteste les “baby boomers”. Près d’un tiers de la population du Royaume-Uni a aujourd’hui plus de 50 ans. Et cette manne de touristes potentiels augmentera de près de 40 % dans les années à venir. Or ce segment de marché, qui apprécie le golf et les croisières autant que la culture et l’histoire, reste très actif sur un plan touristique. 40 % effectuent plus de trois séjours à l’étranger. Seul mauvais point pour les hôteliers : c’est également cette frange de la population qui prépare sa retraite et fait l'acquisition de propriétés en Espagne, France, Portugal, Italie ou Turquie. A trop dévoiler ces charmes...Les Britanniques au banc des accusés

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