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Opérations

La salle de bains se diversifie et s'éparpille

Au cours des dernières décennies, la salle de bains s’est métamorphosée à l’image des modes de vie en perpétuelle évolution. L’hygiène et le bien-être prenant une place de plus en plus importante dans le quotidien de tous, la traditionnelle salle d’eau a abandonné son étiquette de simple lieu dédié à la toilette pour faire de la relaxation et du confort l’une de ses priorités. Considérée comme le terrain expérimental des designers et des architectes d’intérieur, l’hôtellerie est au coeur de la tendance et dévoile les salles de bains de demain : plus spacieuses, plus esthétiques, plus intelligentes, plus durables et à la pointe des dernières technologies.

Dans les années 1950, un peu plus d’une personne sur trois ne faisait sa toilette qu’une fois par semaine et plus d’un tiers ne se lavaient les cheveux qu’une fois par mois. Soixante ans plus tard, le rapport de l’homme à l’hygiène a bien changé et le temps destiné à la toilette a considérablement augmenté pour devenir une pratique quotidienne. Désormais, les Français consacrent plus de 40 minutes par jour en moyenne à leur hygiène et la salle de bains a évolué pour devenir une pièce incontournable dans toutes les habitations, notamment dans les établissements hôteliers. Les designers, architectes d’intérieur et autres fabricants se sont ainsi penchés sur la question pour transformer ces espaces traditionnellement restreints et humides, souvent dissimulés dans des pièces sombres, exigües et dépourvues de fenêtre. Gérard Laizé, directeur du VIA (Valorisation de l’Innovation dans l’Ameublement) et notamment éditeur du dernier numéro du magazine Domo Vision consacré aux salles de bains, explique comment l’évolution des modes de vie a considérablement transformé ces salles d’eau ordinaires et de quelle manière elle les fera évoluer à nouveau au cours des prochaines années : «la salle de bains est la pièce qui va le plus évoluer dans le futur. La salle d’eau a été créée au cours du 19e siècle et, à l’époque, on y passait que très peu de temps pour des raisons de pudeur. Ce n’est que dans la période post 68, avec la disparition des complexes liés au corps et avec la prise de conscience de l’importance de l’hygiène de vie, que l’on a commencé à passer plus de temps dans la salle de bains. A cela s’ajoute l’allongement de l’espérance de vie qui pousse les personnes à vouloir paraître jeune le plus longtemps possible. Tous ces facteurs ont entraîné l’essor du marché des produits cosmétiques, et tout cela se passe dans la salle de bains». Les espaces dédiés à la toilette sont alors devenus plus spacieux et lumineux tout en s’ouvrant sur l’extérieur et sur le reste de la maison, ou de la chambre pour ce qui est des hôtels. La salle de bains a pris une telle importance ces dernières années, qu’un salon parisien lui est désormais entièrement dédié, Idéo Bain. La sixième édition de la manifestation s’est déroulée en février 2012 dans le centre des expositions de la Porte de Versailles, rassemblant quelque 88 000 professionnels du secteur des sanitaires. Ces derniers ont profité de cet évènement biennal pour récompenser les réalisations innovantes des architectes d’intérieur, plus particulièrement dans l’hôtellerie avec la remise du Grand Prix 2012 de la Salle de Bains d’Hôtel. Lors de l’édition précédente, en 2010, c’est la conception de la salle de bains hôtelière de Matalie Crasset, designer à l’origine du Hi Hotel de Nice et du Hi Matic de Paris, qui avait séduit le jury avec «l’idée de ne rien mettre au mur mais habiter l’espace central en proposant différentes fonctions accessibles de tous les côtés pour plus de fluidité», et d’avoir un lieu ouvert, spacieux et moins intimiste que dans les sanitaires traditionnels. Cette année, un autre designer a remporté les faveurs des professionnels, Jean-Marie Massaud, avec une interprétation différente de la salle de bains d’hôtel : «une réflexion sur notre relation sensorielle et émotionnelle avec l’eau… et la lumière. La salle de bains d’hôtels non plus comme une pièce d’eau en second jour mais comme un espace transitionnel, landscaping onirique entre la lumière, les perspectives extérieures et le cocon intime de la «chambre» de repos. Une manière de mettre en espace des désirs paradoxaux pourtant compatibles et fertiles». Le Grand Prix 2013 sera remis lors de la prochaine édition du salon, qui se tiendra du 4 au 8 novembre de cette année au sein du centre des expositions de Paris Nord Villepinte. Cette année, le salon change de fréquence pour devenir annuel et s’associe à ses confrères Interclima+elec et Batimat pour créer un évènement de plus grande envergure, avec plus de 3,000 exposants annoncés et 400 000 visiteurs.La salle de bains de demain se veut hightech La sixième édition d’Idéo Bain était également l’occasion pour les professionnels de revenir sur les grandes tendances de ces salles d’eau remises au goût du jour, de manière parfois futuriste. Jusque là discrète dans les salles de bains et plutôt réservée à la chambre d’hôtel, la technologie brave désormais l’humidité et s’invite dans ces espaces où seuls les sèche-cheveux et autres rasoirs étaient auparavant acceptés. Elle a su y trouver sa place, que ce soit dans l’éclairage avec les nouvelles techniques de luminothérapie, dans l’information avec les écrans et autres installations intelligentes, ou encore dans la gestion des eaux grises. Alors qu’ils étaient destinés uniquement à l’univers de la chambre, les téléviseurs se sont installés à proximité des vasques et des baignoires et ce depuis l’apparition d’écrans spécialement étudiés pour résister à l’humidité et aux projections d’eau. Dissimulés dans le design de la pièce sous la forme de miroir ou de tableau, ils sont devenus un véritable outil de gestion et d’information permettant, via la technologie tactile, de contrôler la quantité et la température de l’eau, la lumière, la température de la pièce, ou de diffuser simplement les émissions de télévision et autres fichiers MP3. En ce qui concerne l’éclairage, les LED se sont elles aussi installées sur les appareils sanitaires et proposent des variations de couleurs en illustrant la température de l’eau, en habillant les nouvelles générations électroniques de robinetterie (avec des détecteurs de mouvement pour déclencher l’arrivée et la fermeture de l’eau), ou en créant une ambiance relaxante. Enfin, alors que les Smartphones et autres appareils portables se connectent aux baignoires ou directement aux parois de la salle de bains, le WC lavant s’implante sur le marché de l’hygiène et les accessoires (sèche-cheveux, rasoirs, …) sont de plus en plus performants et adaptés aux différentes morphologies de leurs utilisateurs. L’introduction du sèche-cheveux mural, par exemple, est l’une des améliorations qui se généralisent depuis plusieurs années, l’innovation résidant dans le fait que de vrais modèles sont désormais proposés aujourd’hui dans les salles de bains d’hôtels, parfois même dérivés du milieu professionnel avec plusieurs vitesses de chauffe. Le fabricant JVD propose, quant à lui, un produit modulable selon les besoins de l’hôtelier : le sèche-cheveux Alteo sur un support avec prise mobile, sur un support avec prise verrouillée à proximité d’une prise murale classique (système antivol), ou sur un support où le raccordement électrique est interne (sécurité électrique maximale). La technologie est également utilisée pour répondre aux problématiques de développement durable, une autre des tendances qui animent le marché aujourd’hui. L’eau étant sur le point de devenir l’or bleu de la terre, sa préservation est capitale pour les protecteurs de l’environnement, notamment dans les salles de bains où sa consommation est au plus haut. Les activités en rapport avec la toilette et l’hygiène représentent par exemple 39% de l’ensemble de la consommation moyenne domestique d’un ménage parisien. Les systèmes imaginés pour réduire ce pourcentage et économiser les ressources en eau sont alors les bienvenus dans cette industrie, notamment au sein des établissements hôteliers où les notions d’économies budgétaires sont primordiales dans le calcul final. Les systèmes de réduction de la consommation, de filtrage et de recyclage de l’eau sont ainsi davantage utilisés par les fabricants et devraient se généraliser au cours des prochaines années, plusieurs d’entre eux commercialisant déjà leurs propres produits. Le fournisseur de salles de bains hôtelières haut de gamme, Keuko, propose par exemple des robinets avec l’imitateur de débit, à l’image de son modèle «Plan Bue». D’autres professionnels ont également imaginé des solutions, comme Jedo et sa douche écologique EcoVéa, qui permettrait de réaliser jusqu’à 80% d’économies d’eau par personne : le bas de la douche est composé d’une partie interne qui comprend un système breveté pour analyser et traiter l’eau utilisée en continu en temps réel afin de la remplacer automatiquement par une eau pure et propre, prête à être réutilisée. Les produits issus du développement durable se sont également faits une place sur le marché, plus particulièrement sur celui des produits d’accueil. ADA Cosmetic International a ainsi lancé une nouvelle ligne de soins dédiée aux hôteliers et réalisée à base d’ingrédients issus du commerce équitable. Baptisée Fair Trade, elle comprend du shampoing et du gel douche fabriqués à base de sucre de canne en provenance de l’île Maurice, une lotion corporelle et un après shampoing contenant de l’huile de noix du Brésil et de Bolivie, ainsi que d’un savon à l’huile d’avocat conçu au Kenya. Grâce à l’initiative du fournisseur, les familles de producteurs perçoivent un salaire minimum garanti pour leurs récoltes, quelque soit le prix sur le marché international, et la valeur ajoutée de ces produits est utilisée pour améliorer les infrastructures professionnelles des travailleurs. L’Occitane en Provence s’est également engagé dans une politique de développement durable pour la conception de ses produits d’accueil, avec plusieurs initiatives mises en place au cours des dernières années. L’Occitane propose quatre gammes aux hôteliers : Verveine, Verveine Agrumes, Aromachologie et Karité.Accessibilité et multifonctionalité L’accessibilité est une autre des préoccupations dans l’industrie actuelle de la salle de bains, notamment depuis l’entrée en vigueur des nouvelles réglementations en la matière. Depuis le 1er janvier 2010, la loi impose aux établissements recevant du public (ERP) d’être accessibles à tous ou de le devenir avant le 1er janvier 2015. Les nouvelles exigences sont en train de transformer le marché des sanitaires et les industriels, qu’ils soient spécialisés ou non, sont à la recherche de nouvelles solutions afin de faire de ces espaces une pièce confortable pour tous les utilisateurs potentiels : les enfants, les adultes, les séniors, ou encore les personnes à mobilité réduite. L’Association Française des Industries de la Salle de Bains (AFISB) avait anticipé la nouvelle réglementation en mettant en place, en 2009, le label AFIS Bien Vivre dont le but était de mettre en avant les équipements conçus pour faciliter l’accessibilité. Aujourd’hui, quelque 700 équipements sont labélisés sur le marché.Hors de question cependant de donner une ambiance paramédicale aux salles de bains, notamment dans l’hôtellerie. Certains fournisseurs misent ainsi sur l’esthétisme et le design de leurs produits pour se différencier de leurs concurrents et s’éloigner des équipements traditionnels propres au marché de l’accessibilité. Keuco propose par exemple aux hôteliers des salles de bains confortables et adaptées aux personnes à mobilité réduite (avec entre autres des sanitaires utilisables par les personnes handicapées) tout en portant une attention particulière à l’esthétisme. La gamme de produits du spécialiste des salles de bains hôtelières comprend des sanitaires adaptés aux personnes handicapées, des poignés et des lavabos abaissables, des barres de relèvement pour les baignoires et pour les toilettes, avec également des chasses d’eau à radio déclenchement.La salle de bains se veut accueillante pour tous mais également pour tout, la tendance étant à la multifonctionnalité et à la modularité. L’utilisation de l’espace s’étend désormais au-delà de la simple notion d’hygiène pour laisser la place à relaxation et au bien-être. Depuis quelques années, les installations superposent les fonctions pour faire de la salle de bains une véritable pièce à vivre avec des robinetteries qui font office d’étagères, des baignoires qui se transforment en coffre de rangement ou en transat, et des vasques modulables selon les besoins des utilisateurs. Egalement plus spacieuses, les salles de bains permettent désormais l’accueil de nouvelles installations autrefois réservées aux espaces communs, spas et autres centres de balnéothérapie des hôtels, comme les cabines de douche d’hydrothérapie, les baignoires de balnéothérapie, les hammams ou encore les bancs de massage. Pour aller au-delà du bien-être, certains architectes d’intérieurs ont imaginé l’installation d’espaces de fitness à proximité des baignoires ou encore de coins relaxation équipés de coussins et de fauteuils. Davantage utilisés, ces espaces ont également vu leur décoration évoluer étant désormais plus soignée et plus originale. De nouvelles matières, jusqu’alors bannies de ces pièces humides, font ainsi leur entré sur le marché des sanitaires à côté des traditionnelles porcelaines, bois, verres et acryliques : le cuir, le béton ciré, la résine époxy, ou encore le compolight (matériel de synthèse très résistant aux aspects brillants, évitant la déperdition de chaleur, très doux et facile d’entretien). L’évolution s’attaque également aux couleurs et le noir est aujourd’hui très prisé dans l’industrie de la salle de bains, prenant les devants sur le traditionnel blanc pour devenir parfois la teinte dominante. Il habille tous les appareils sanitaires, de la baignoire à la douche en passant par le point d’eau et la cuvette des toilettes, étant tout aussi évocateur de la propreté que le blanc et adapté au secteur haut de gamme.Vers la disparition de la salle de bains ?Si la salle de bains change de formes et de couleurs, son organisation spatiale évolue également. Plus spacieuse, elle s’adapte aux modes de vie de ses utilisateurs, qui y consacrent davantage de temps, quitte à dépasser les frontières de la pièce qui lui est réservée. La salle de bains s’ouvre désormais sur la chambre, via des portes coulissantes ou des vastes parois transparentes offrant une vue sur le reste de la suite, et va même jusqu’à empiéter sur le territoire de la literie. Aujourd’hui, les architectes d’intérieur franchissent un pas supplémentaire en fractionnant la salle de bains dans la chambre. « La salle de bains se retrouve de plus en plus mêlée au reste de la chambre. La frontière entre les deux pièces disparaît peu à peu, alors que les télévisions font leur entrée dans les salles de bains et les baignoires s’installent devant les baies vitrées des chambres, si le vis-à-vis le permet évidemment », explique Marc Hertrich, co-fondateur avec Nicolas Adnet du Studio MHNA à l’origine de réalisations comme le Club Med de Valmorel ou l’hôtel Sofitel de Quiberon. Chambres et salle de bains entremêlent alors leur mobilier, permettant à la coiffeuse de faire son retour à proximité du lit et aux designers d’imaginer des installations plus farfelues comme la tête de lit/cloison qui sépare la chambre de la salle de bain et à laquelle s’adossent les vasques, ou même de simples vasques en guise de tête de lit, une technique que l’on retrouve notamment au Hi-Hotel de Nice. La frontière entre les deux espaces pourrait alors disparaître pour faire de la salle de bains et de la chambre d’hôtel une seule et unique pièce.

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