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Destinations

« Protéger oui, sanctuariser non »

Entretien avec Maxime Tissot, ce marseillais est à la tête de l’office de tourisme et des congrès de Marseille depuis plus de 20 ans, il a vu la ville grandir en tant que destination touristique. Retour sur les grandes étapes de ce changement et les priorités de l’office pour les années à venir.

L’événementiel un moteur de développement urbain, économique et touristique

« La ville a commencé à se réveiller dans les années 1990. Le premier palier que j’ai connu en étant à l’office c’est celui de la Coupe du Monde de football en 1998. Nous avons constaté à cette occasion que nous étions une grande ville qui pouvait intéresser le tourisme. Cela fut également l’occasion de nous rendre compte que nous avions une très forte capacité d’organisation pour les grands événements. Nous ne le soupçonnions pas et nous avons vu la ville se mettre en marche autour de la même dynamique.

Nous avons au tournant des années 2000, décidé de déposer des candidatures pour de gros combats. La Louis Vuitton’s Cup ou encore la Coupe de l’America. Si nous avons été retenus uniquement pour le prologue de la Coupe de l’America, cet échec nous a permis de progresser et d’améliorer nos candidatures.

En 2007, nous avons été ville hôtesse de la Coupe du Monde de Rugby tout s’est extrêmement bien passé. Nous avons ensuite été Capitale Européenne de la Culture en 2013. Nous avions porté la candidature à bout de bras pour l’ensemble du territoire. Cet événement a été un second effet de levier très fort. Entre les années 1995 et 2015 nous avons construit cette destination avec un parc hôtelier qui a quasiment doublé dans cette période. A cela s’est ajouté la construction du Mucem, la réhabilitation de grands bâtiments comme l’Hôtel Dieu Marseille qui accueille désormais un établissement InterContinental ou encore les améliorations qui ont été faites sur le Vieux Port et l’arrivée du tramway. Ces équipements manquaient à Marseille, c’est une des raisons pour lesquelles l’Europe a choisi notre destination, pour accompagner ce changement.

L’avantage d’être une grande métropole c’est qu’une fois que la machine a démarré, elle avance très vite. 2013 a permis de concrétiser tous les travaux qui avaient été initiés. L’année 2013 a été exceptionnelle avec une progression en termes de chiffre d’affaires équivalente à une année d’activité en plus. Ce qui est d’autant plus intéressant, c’est que ce palier a été franchi et nous ne sommes jamais repartis en arrière en termes d’activité. En 2013, le New-York Times disait que Marseille était une des trois destinations où il fallait se rendre dans l’année.

Nous avons continué sur cette lancée avec certes des investissements moindres mais toujours la volonté de faire progresser la destination. Capitale du Sport, Capitale de l’Amour, Capitale de la Gastronomie autant de coups de projecteurs sur Marseille.

Marseille a peu d’entreprises de grands comptes, cette stratégie nous permet d’apporter de la fréquentation pour pallier le manque de tourisme individuel d’affaires. Pour remplir nos établissements nous pouvons donc compter sur le loisir, les congrès et les grands événements. Nous allons donc continuer à travailler à la venue de congrès. »

Une destination durable à construire pas à pas

« Nous avons toujours été conscients de la fragilité de nos écosystèmes, nos calanques et plus globalement notre environnement. Cette sensibilité nous la développons depuis une dizaine d’années et cela s’est très fortement accentué avec le COVID.

Il est important de faire un mix savant entre le maintien d’une activité économique et le respect de notre territoire. Nous sommes une équipe de 42 personnes au sein de l’office qui vivent sur ce territoire. Nous tenons à notre territoire et à ce qu’il soit respecté. Ce que nous ne voulons pas, c’est l’interdire : protéger oui, sanctuariser non.

Cela fait des générations que les marseillais et les touristes fréquentent ces territoires. Il nous faut donc trouver l’organisation qui nous permette de fréquenter ces lieux en les préservant. Il n’y a pas de surtourisme en France mais des pics de fréquentations qui cristallisent les tensions notamment dans les Calanques et autour de Notre Dame de la Garde. Tous collectivement, nous n’avons pas su gérer les pics de fréquentation quand il était encore temps.

Le COVID nous a complètement débordé, les Calanques ont été pendant ces mois de confinement l’espace naturel des marseillais. Le parc a pu mesurer la proportion de locaux/excursionnistes par rapport aux touristes dans les Calanques, nous sommes à 84% de locaux. Nous sommes un bassin de 2 millions d’habitants qui vivent autour de ce parc naturel. Les autres massifs, qui sont moins connus au niveau national, ont également été pris d’assaut. Les professionnels qui travaillent dans le parc sont également des alerteurs et un soutien. Le parc pourrait capitaliser sur leur présence pour mieux utiliser ses ressources.

La gestion des flux vers des sites très attractifs est un problème très complexe. Ce que nous ferons une nouvelle fois pour cet été, en concertation avec le Parc National dont nous nous sommes fortement rapprochés en 2021, c’est l’opération Hors les Murs. Dans toute la ville nous déployons des brigades de jeunes en juillet et août pour un budget de 350 000 €, nous étendrons le dispositif aux grands week-ends de printemps et d’automne en 2022 à la demande du parc. Par exemple dans les Calanques nous avions trois équipes qui tournaient avec les éco-gardes. L’objectif était de donner envie aux visiteurs et touristes de découvrir d’autres lieux à Marseille.

Ce qui est complexe c’est qu’avec ce dispositif nous ne touchons pas les visiteurs avant qu’ils se rendent sur site. Je souhaiterais qu’à terme, nous soyons encore plus en amont, par exemple quand les touristes et excursionnistes sont dans les embouteillages avec des points d’information pour les dérouter quand il y a trop de monde dans les sites.

Nous n’y sommes pas encore mais c’est une idée qui va faire son chemin. Cela signifie que la ville est également aménagée pour. Avec par exemple des parkings de délestage et des navettes, c’est un sujet de long terme. En attendant, nous continuons à diversifier l’offre et à offrir des opportunités de visites en dehors des flux les plus importants. Nous proposons par exemple un parcours dans la Calanques des Goudes avec une signalétique de médiation.

Nous menons d’autres actions comme la certification de l’office en norme ISO 20121 et le soutien des hébergeurs du territoire afin qu’ils se fassent labellisés Clef Verte. Tous les établissements Accor du territoire de la métropole vont s’engager dans cette démarche en plus de leur labellisation interne Planète 21 qui n’est pas reconnue à l’international.

Nous devrions d’ici la fin de l’année 2022 avoir embarqué 40 à 45 hôtels dans la démarche Clef Verte, nous visons une labellisation de 75% du parc de la ville pour les Jeux Olympiques et Paralympiques.

Nous faisons également partie de l’action de France Congrès pour une Destination Innovante Durable. Nous faisons partie des 9 villes pilotes qui ont poussé ce label.

Nous lançons également une sensibilisation de nos restaurateurs pour le label Ecotable. Nos deux objectifs en ligne de mire pour les sites touristiques du territoire sont la Coupe du Monde de Rugby et les Jeux Olympiques et Paralympiques. Cette démarche nous la mettons en place autour de plusieurs dispositifs. Nous proposons également aux restaurateurs un audit de e-reputation pour les sensibiliser sur la nécessité de prendre en compte les avis clients en ligne. Nous proposons également une animation des acteurs en leur apportant des informations et analyses qualifiées en lien avec le Comité Régional du Tourisme. Nous décrypterons notamment les différents profils de clientèles qui viendront à Marseille dans le cadre de la Coupe du Monde de Rugby 2023 en plus des clientèles européennes traditionnelles.

Tous les professionnels qui sont inscrits dans notre plateforme de vente, je souhaite que nous les accompagnions. Les 45 prestataires font face à des problèmes de RSE. A court terme, certains prestataires peuvent se retrouver face à une réglementation européenne liée à un développement durable qui met en péril leur activité si ces questions ne sont pas anticipées. Nous allons également porter le label Ecoparc auprès des professionnels du parc et les accompagner. »

Le tourisme c’est aussi de l’innovation

« Nous lançons un laboratoire d’innovation touristique pour créer des relations entre la population et le touriste. Les deux font face à des irritants et il est également important que les deux se comprennent. Pour cela il faut tabler sur le bon sens. L’habitant qui souffre des nuisances liées au tourisme ne sera pas sensible aux arguments de dynamisme économique généré par cette activité. Il nous faut donc identifier ces personnes, les écouter et trouver des solutions ensemble.

L’authenticité et l’accueil c’est une des valeurs de notre ville. Il est important que cela perdure. Nous allons nous consacrer aux quartiers les plus sensibles qui sont très fréquentés.

Cela fait par ailleurs longtemps que les marseillais et les provençaux profitent de leur destinations. Cela fait 10 ans que les week-ends hors saisons ou en haute saison, les locaux visitent leur propre ville et dorment dans les hôtels. C’est un phénomène réel qui date de 2013. Cela est aussi dû à l’attractivité de Marseille pour la vie nocturne. La ville est un aimant pour les locaux qui vivent à proximité. C’est la puissance d’une grande métropole qui attire par exemple les grands spectacles, l’accessibilité et les bassins de population sont attractifs.

Il nous faut trouver de l’événementiel pour capter des clients en janvier et février également, il reste à convaincre toutes les parties prenantes de l’intérêt de s’adresser aussi aux touristes. »

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