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Analyses

Parcs de loisirs, des destinations en pleine mutation - Partie 3

L’année 2022 s’annonce riche en célébrations pour les parcs de loisirs avec Disneyland Paris fêtant ses 30 ans, le Puy du Fou soufflant sa 45ème bougie et Efteling célébrant ses 70 ans d’existence. Un secteur atteignant une certaine maturité à travers les différentes régions du monde mais qui pourtant ne cesse d’évoluer et de se réinventer pour continuer à émerveiller petits et grands. Nouvelles attractions, nouveaux équipements, nouveaux spectacles, nouveaux hôtels sont tout autant de postes de dépense d’envergure pour les parcs. Entre temps, la crise sanitaire a frappé de plein fouet le secteur, contraignant ces grandes destinations de loisirs à fermer leurs portes durant de longs mois. Comment se porte le secteur après deux années en dents de scie ? Quels parcs se sont montrés les plus résilients et ont malgré tout poursuivi leur développement ? Quelles évolutions pour faire face à une concurrence accrue et répondre aux nouvelles attentes des visiteurs ?

Retrouvez ici la première partie de cette analyse ainsi que la seconde partie

Les parcs à l’ère des nouvelles technologies

Les parcs de loisirs doivent sans cesse innover et se renouveler afin d’être en phase avec les nouvelles attentes de leurs visiteurs. Et de nos jours les grands huit ne suffisent plus. Certains parcs décident alors de franchir le pas des nouvelles technologies immersives pour se démarquer. Réalité virtuelle, réalité augmentée, metavers… tout autant de mots qui ont enrichi notre vocabulaire au cours de ces dernières années et qui enrichissent à présent l’offre des parcs de loisirs. Si les cinémas 3D et 4D avaient la cote dans les parcs jusqu’à présent, ils ont décidé de pousser le curseur encore plus loin en ayant recours à la réalité virtuelle ainsi qu’à la réalité augmentée.

Disneyland annonce ainsi développer une nouvelle technologie qui « fonctionnerait en suivant les visiteurs à l'aide de leurs téléphones portables, en générant et en projetant des effets 3D personnalisés sur des espaces physiques, les murs et les objets à proximité du parc ». Un mélange entre monde réel et monde virtuel qui selon le groupe fonctionnerait sans casque. L’avenir de The Walt Disney Company se trouverait ainsi dans les technologies émergentes, comme l’a rappelé son PDG, Bob Chapek, en réaffirmant la volonté du groupe de « connecter encore plus étroitement les mondes physique et numérique, permettant de raconter des histoires, sans limites dans notre propre metavers Disney ».

Europa Park n’est pas en reste et utilise d’ores et déjà la réalité virtuelle pour plonger ses visiteurs dans des univers uniques. Le parc s’est ainsi doté d’un centre de divertissement voué à la réalité virtuelle. Baptisé Yullbe, ce nouvel espace promet « une expérience de réalité virtuelle innovante dans laquelle toute la famille franchit les barrières de sa réalité habituelle et où l’incroyable devient possible ». Les participants sont équipés de casques de VR ainsi que de capteurs mains et pieds pour vivre une expérience des plus immersives. Le parc a également développé une autre expérience de réalité virtuelle mais cette fois-ci dans un grand huit déjà existant, l’Eurosat, et propose l’expérience « Eurosat Costiality ». Le thème de cette aventure s’inspire du film de science-fiction « Valérien et la Cité des Milles Planètes » du réalisateur Luc Besson. Les visiteurs montent ainsi à bord du train du grand huit équipé d’un casque de VR pour les plonger dans l’univers du film le temps de l’attraction. Une première mondiale qui est le fruit d’une collaboration entre MackMedia, VR Coaster, Holodeck VR et EuropaCorp. Notons tout de même qu’il est nécessaire d’acheter un ticket coûtant 6 euros, en plus du billet d’entrée du parc, pour prendre part à cette nouvelle expérience.

Le Futuroscope demeure malgré tout l’un des pionniers sur la technologie, puisque sa thématique est construite autour de cela. Ainsi en 2008, le parc inaugure Les Animaux du Futur, l’une des premières attractions au monde à utiliser la technologie de la réalité augmentée. 10 ans après, l’attraction Sébastien Loeb Racing Xperience utilise la technologie inédite de VR5D qui combine réalité virtuelle, simulateur électrodynamique et effets divers. Cette nouvelle attraction a demandé un investissement de 6,5 millions d’euros, financé par le Département de la Vienne à hauteur de 100 000 d’euros et la société du Futuroscope.

Legoland Windsor dévoile cette année une nouvelle attraction : la Forêt Magique. Les visiteurs pénètrent dans la forêt par un tunnel de lumières et découvrent tout au long du parcours des créatures mythiques, créées à partir de plus de 80 000 briques Lego. L'expérience peut être améliorée grâce à la réalité augmentée via l'application Legoland. Bits and Bobs, les mascottes du parc, s'animent et accompagnent les visiteurs mais ce sont également toutes les créatures présentes dans l’attraction qui prennent vie grâce à la réalité augmentée. La zone dans laquelle se situe cette attraction, Lego Mythica : World of Mythical Creatures propose également la première attraction de théâtre volant du Royaume-Uni, Flight of The Sky Lion. Cette attraction entraîne les visiteurs dans une aventure cinématographique en 4D à bord d'une nacelle volante.

PortAventura World a également décidé de revoir sa stratégie numérique. Dans le cadre de sa joint-venture avec LaLiga, la ligue de football espagnole, et Kosmos, spécialisée dans le divertissement, le parc a dévoilé un restaurant thématique accompagné d’une application mobile en réalité augmentée nommée The Beat Challenge. Les visiteurs peuvent jouer au jeu depuis chez eux, mais doivent se rendre dans le restaurant pour finir leurs parties. Depuis son lancement en 2021, l’application a été téléchargée 50 000 fois. Le parc s’intéresse de même au métavers et a ainsi investi le métavers Roblox, dans lequel ont été recréées certaines attractions et la copie numérique de son restaurant avec LaLiga. L’ambition du parc est de créer à terme son propre métavers. Le parc ne s’arrête pas là et propose depuis peu aux clients de ses hôtels de payer leurs séjours en bitcoins. Ainsi au moment du check-out, il est possible de régler sa chambre grâce à un portefeuille de cryptomonnaies. Une première dans le secteur qui devrait sans doute inspirer d’autres parcs dans les temps à venir.

Après la digitalisation de la billetterie, d’autres services connectés ont fait leur apparition dans les parcs pour améliorer l’expérience client. Ainsi, en plus des panneaux estimant le temps d’attente devant les attractions, les visiteurs peuvent également le suivre en temps réel depuis leur smartphone grâce aux applications mobiles des parcs. Plus révolutionnaires encore, la file virtuelle. Grâce à un ticket numérique, les visiteurs connaissent le moment de se rendre dans l’attraction et peuvent donc déambuler dans les allées des parcs en attendant. Walt Disney World Resort est allé encore plus loin en faisant des FASTPASS+ l’une des fonctionnalités de sa technologie Magic Band, un bracelet doté d’une puce RFID et dématérialisant les billets d’entrée des visiteurs. Ce service intègre également un système de paiement sans contact. D’autres applications vont également être utilisées comme passe-temps pour occuper le visiteur dans les files d’attente avec par exemple des mini-jeux.

Devenir une destination à part entière

L’époque où les visiteurs restaient dans les parcs seulement le temps d’une journée est révolue avec le développement de l’offre hôtelière, les parcs se transformant en complexes de loisirs. Plus que des simples sites de divertissement, ils deviennent au fur et à mesure du temps de réelles destinations à part entière. L’ajout d’hôtels au sein de ces complexes leur permet d’une part d’augmenter leur taux de fréquentation mais également d’allonger la durée de séjour de visiteurs, avec notamment des packages comprenant des nuitées dans un hôtel du parc jumelées à des billets d’entrée.

L’offre hôtelière de Disneyland est actuellement la plus développée en France avec pas moins de 7 hôtels, un Village Nature en partenariat avec Center Parcs et 8 hôtels partenaires. Par ailleurs l’un de ses établissements, le Disney’s Newport Bay Club, est le deuxième plus grand hôtel d’Europe et le pôle hôtelier du parc est actuellement le 5ème plus important de France. Disney se positionne aisément en première place en termes d’offre d’hébergements parmi les nombreux parcs de loisirs français, cela s’explique en partie par la volonté de Walt Disney dès le début de la construction du premier parc de la marque de miser sur la construction d’hôtels. Le groupe dédie une part importante de son budget à ses CAPEX. Depuis une dizaine d’années un vaste programme de rénovation de l’entièreté du parc hôtelier a ainsi été lancé. Ce programme s’achève cette année avec la rénovation du Disney’s Hotel New-York. L’établissement propose désormais une offre axée autour de la thématique des super-héros de Marvel et est ainsi rebaptisé Disney’s Hotel New-York – The Art of Marvel.

Les autres parcs français mettent tout en œuvre pour concurrencer au mieux le parc hôtelier de Disneyland, le Puy du Fou se trouve ainsi en deuxième position en termes de capacité. Le parc vendéen dispose de 454 chambres réparties dans 6 hôtels différents, ayant chacun un thème historique tel que l’époque gallo-romaine ou la période médiévale. En 2020, le parc a inauguré un nouvel hôtel nommé Le Grand Siècle qui plonge les visiteurs dans l’univers du Roi Soleil avec 96 chambres. Ce vaste projet a mobilisé 20 millions d’euros sur le budget d’investissements annuel de 52 millions d’euros du parc.

Le parc Astérix a également décidé d’augmenter sa capacité hôtelière avec la construction d’un nouvel hôtel comprenant 150 chambres. Ce nouvel établissement, nommé Quais de Lutèce, permet ainsi au parc d’augmenter sa capacité de 50%, avec à présent une offre constituée de 3 hôtels. L’objectif de cet établissement est de plonger en immersion les clients dans l’époque des gaulois, il a par ailleurs été élu meilleur hôtel à thème 2020 au monde par l’organisme international Themed Entertainment Association (TEA). Pour conforter sa stratégie de se muer en une destination de court séjour, Astérix réfléchit désormais à bâtir un quatrième hôtel pour augmenter sa capacité, aujourd'hui à 450 chambres.

Le Futuroscope vient lui d’inaugurer son nouvel hôtel Station Cosmos. Le décor de cet hôtel est inspiré des univers de science-fiction et de la high-tech et dispose de 76 chambres. Il est également équipé d’un restaurant avec service des plats par un mini système de looping pour rester dans l’univers futuriste emblématique du parc. Le budget consacré à cet établissement s’élève à 19 millions d’euros. Le parc prévoit aussi de construire 120 éco lodges, offrant ainsi une expérience insolite et unique d’immersion au plus proche de la nature. Ces 2 nouveaux établissements vont non seulement transformer le parc en réel resort, devenant alors une destination de séjour à part entière mais aussi permettre la montée en gamme de son offre d’hébergement, son unique hôtel actuel étant classé 1 étoile.

Le Pal compte également étoffer son offre d’hébergement avec le projet de l’hôtel Savana Reserve. Cet établissement se compose de 60 suites familiales réparties dans 8 bâtiments reliés par des passerelles. L’établissement comportera également une salle de restauration, une terrasse, un bar et une salle de séminaires. Le montant de ce projet s’élève à 15 millions d’euros, soit un investissement bien plus important que celui de ces lodges.

Construire de nouveaux établissements n’est pas toujours simple, notamment par manque de terrain, les parcs se tournent ainsi vers d’autres solutions. PortAventura Wolrd vient ainsi d’acheter son premier hôtel en dehors de son complexe, l'hôtel Atenea Aventura, situé dans la ville de Vila-seca, à moins de deux kilomètres du parc. Cet hôtel de 94 chambres et appartements renforce ainsi l’offre hôtelière de PortAventura World, et s’adresse notamment à la clientèle MICE qui fréquente tout au long de l'année le centre de convention du parc espagnol. La société prévoit de mettre en place ce nouveau modèle d'hébergement avec d'autres hôtels de la région, dans le cadre d'un plan d'expansion qui soutient et renforce la proposition de valeur de PortAventura World, qui compte déjà six établissements sous sa gestion, avec un total de près de 2 500 chambres. La nouvelle stratégie vise à adapter l'hébergement, ainsi qu'à actualiser son offre avec des billets d’entrées pour PortAventura World et d’autres avantages.

Les parcs veulent également capter la clientèle MICE avec le développement d’offres et de services dédiés. En 2011, le Parc Astérix a créé sa marque « Conventions & Séminaires » qui s’est transformée en « Business Experience Parc Astérix » en 2021. Avec ses deux amphithéâtres, son auditorium et son centre de conventions, le parc propose une large gamme de prestations allant des séminaires aux conventions en passant par le team building ou les soirées à thème. Jusqu’à 10 000 personnes peuvent être accueillies lors de ce évènements et cerise sur le gâteau, il est possible de privatiser les attractions et les hôtels, de thématiser l’événement ou encore de personnaliser les services. En 2017, Europa Park a inauguré l’Europa-Park Arena, un vaste hall événementiel multifonction pouvant accueillir jusqu’à 6 000 personnes. Il a ainsi rejoint les autres infrastructures MICE du parc gérées par Europa Park Confertainment, dont l’Europa-Park Dôme, la Salle de bal Berlin et Le Palace des Rêves. L’Arena Futuroscope a lui vu le jour en avril 2022, après plus de deux ans de travaux. Un espace modulable en 15 configurations différentes, capable d'accueillir des événements sportifs comme des spectacles.

Disneyland Paris, première destination MICE intégrée d’Europe, accueille plus de 850 évènements chaque année. Le parc s’est doté d’un département étant dédié au MICE, Disney Business Solutions, dès son ouverture en 1992. Le site possède notamment 2 centres de conventions, une Arena de 7 200 ² et un Dôme de 2 300 m². La Disney Events Arena a par ailleurs été rénovée en 2017 afin d’être plus modulaire et moderne. Le Puy du Fou avec son entité Puy du Fou congrès, créée en 2008, compte une dizaine de salles réparties sur le parc et dans les hôtels. Il est également possible de privatiser des spectacles et de profiter d’animations sur mesure, comme la visite des coulisses, des feux d’artifices ou la participation au quotidien des soigneurs d’animaux. Des parcs plus modestes tels que Walibi, Nigloland et Vulcania disposent également d’espaces pouvant accueillir divers évènements.

Disneyland Paris a d’ores et déjà une longueur d’avance sur ses concurrents avec Disney Village, un complexe réunissant boutiques, restaurants et lieux de divertissement. Cet espace s’apprête à s’agrandir avec des travaux qui devraient débuter à la fin de cette année. La version réinventée de Disney Village proposera un cadre propre à l’univers Disney avec notamment davantage d’espaces verts, dont une promenade en bord de lac, mais aussi de nouvelles expériences de restauration, de shopping et de divertissement. La première étape du projet de transformation consistera à remplacer l’actuel Café Mickey par une brasserie française contemporaine qui sera gérée par le Groupe Bertrand. Une fois les travaux terminés, le complexe devrait s’étendre sur près de 40 000 m².

Outre-Atlantique, The Walt Disney Company entend pousser le concept de destination encore plus loin avec le projet Storyliving by Disney. Ce nouveau projet, baptisé Cotino, consiste en un quartier résidentiel qui devrait accueillir 1 900 logements. Situé au cœur de la vallée de Coachella, plus précisément à Rancho Mirage, des quartiers résidentielles côtoieront de grands espaces verts, un lagon artificiel, un centre de divertissement, des hôtels, des restaurants ainsi que des boutiques. Les lieux seront également accessibles aux non-résidents contre l’achat d’un billet d’entrée à la journée. Le groupe fait la promesse de plonger les résidents dans l’univers Disney au quotidien sans pour autant avoir recours aux personnages ou aux techniques utilisées dans les parcs à thèmes. Avec « Storyliving by Disney », le groupe redonne vie au projet initial imaginé par Walt Disney. Ce projet d’urbanisme aura sans doute un coût très élevé mais celui-ci n’a pas encore été précisé par le groupe, tout comme la date d’inauguration. Ce projet illustre la volonté des parcs de flouter toujours plus la distinction entre parc de loisirs et ville. On est ainsi en droit de se demander si le parc devient ville, ou au contraire si la ville devient parc au fil du temps.

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