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Analyses

L’avenir du secteur touristique se trouve-t-il dans le métavers ?

Facebook annonçait il y a peu se lancer dans le développement de son propre métavers, se rebaptisant par la même occasion Meta, et faisait ainsi du terme métavers un vrai « buzz word » en l’espace de quelques jours. Mais que se cache-t-il derrière ce mot encore peu connu du grand public jusque-là ? Alors que certaines entreprises ont déjà entrepris de faire leur entrée dans ce nouvel univers , qu’en est-il du secteur touristique ? Le métavers représente-t-il une aubaine pour les acteurs du tourisme tels que les hôteliers et les destinations à l’heure où la digitalisation devient un facteur clé ?

Méta-quoi ?

Alors qu’il y a un an on ne parlait pas ou peu du métavers, c’est devenu à présent un sujet très tendance et surtout d’actualité. Le concept compte autant de fans absolus que de personnes y étant totalement opposées. Le terme métavers vient de la combinaison de deux termes : « méta » signifiant au-delà et « vers » signifiant univers. Le métavers est un monde virtuel qui se veut immersif, persistant et collaboratif, et qui peut être décrit comme une future version d’Internet, pour un grand nombre de personne il représente tout simplement l’évolution de l’internet actuel.

Il n’existe pour le moment aucune définition officielle alors chaque acteur le définit à sa manière. C’est le cas des employés de la Silicon Valley qui le décrivent comme « un vaste réseau de mondes et de simulations 3D persistants et rendus en temps réel qui prennent en charge la continuité de l’identité, des objets, de l’historique, des paiements et des droits, et pouvant être expérimentés de manière synchrone par un nombre effectivement illimité d’utilisateurs ». Facebook le considère comme « un ensemble d’espaces virtuels où vous pouvez créer et explorer avec d’autres personnes qui ne sont pas dans le même espace physique que vous ».

Le métavers a été conceptualisé pour la première fois dans le livre « Snow Crash » de Neal Stephenson en 1992. Il faisait alors référence à un monde virtuel en 3D habité par des avatars de personnes réelles. En 2011, le livre « Ready Player One » d’Ernest Cline reprend également le concept de métavers qui « le dépeint comme une source presque utopique d’évasion dans un avenir horrible ». Ce dernier a notamment été adapté au cinéma par Steven Spielberg en 2018.

« Second life », sorti en 2003, est considéré comme le vrai premier métavers mais l’aventure s’est vite arrêtée car la technologie de l’époque n’était pas encore adaptée à ce concept très innovant. Nous vivons désormais dans un monde où son développement est tout fait réalisable, tout d’abord grâce aux nouvelles technologies qui ont vu le jour depuis. A savoir l’invention des smartphones, de la 5G ainsi que le développement des équipements tels que les gants haptiques ou les lunettes et casques de réalité virtuelle.

Il y a également eu une évolution dans le comportement des personnes vis-à-vis de la technologie, elle est aujourd’hui omniprésente dans nos vies. Les enfants sont même qualifiés de « phygital native », signifiant qu’à leurs yeux il n'y a plus de différence entre le monde réel et virtuel. Il existe ainsi d’ores et déjà un public pour ce nouvel univers, la plupart jouant déjà à des jeux vidéo reprenant les codes du métavers comme Fortnite et Minecraft.

Pour le moment, le métavers est principalement un univers ludique axé autour du jeu, de l’entertainment et du e-commerce. Des achats rendus possibles grâce à la monnaie virtuelle, chaque métavers possédant sa propre monnaie qui par la suite peut être convertie en vrai argent dans notre monde. Plusieurs métavers existent d’ores et déjà, parmi les plus connus on retrouve Zepeto, The Sandbox, Roblox ou encore Duplicata.

Les entreprises et destinations à l’assaut du métavers

La mode est l’un des premiers secteurs d’activités à s’emparer de ce concept révolutionnaire puisqu’il est possible d’acheter des vêtements virtuels afin d’habiller son avatar. Une réelle économie découlant des métavers est en train de se mettre en place et les grandes marques l’ont bien compris. Decentraland accueillera ainsi du 24 au 27 mars 2022 la première Métavers Fashion Week où se mêlera shows digitaux, after-party, boutiques éphémères et collections exclusives.

Nike de son côté a décidé de lancer Nikeland sur la plateforme Roblox, un univers digital persistant massivement multijoueurs dans lequel les avatars ont pu assister au concert de Lil Nas X. Nike voit ses ventes en ligne se développer très rapidement et déjà 21% de ses ventes globales y sont réalisées. Les utilisateurs peuvent aussi créer et développer de nouveaux jeux et c’est là également l’une des spécificités du métavers, les utilisateurs deviennent créateurs et contribuent au développement de cet univers.

Le monde de l’art s’intéresse également au métavers avec une multiplication des ventes et expositions de NFT ces derniers mois, une NFT étant une certification numérique basée sur la blockchain qui permet de posséder une œuvre numérique et de la revendre. A l’image de l’exposition SmartBeast réalisée en partenariat avec KaviAR tech, société spécialisée dans la réalité augmentée.

Autre exemple un peu plus atypique, le Moya Land, un monde virtuel créé par l’artiste plasticien français Patrick Moya. Ce dernier a investi « Second Life » il y a 15 ans et depuis ne cesse de créer de nouvelles œuvres numériques au sein de son univers haut en couleurs. Moya Land abrite notamment des musées, des espaces d’exposition, un office de tourisme, un village, un opéra, des magasins et des moyens de transports pour se déplacer. Il a par ailleurs récréé le Carnaval de Nice, un travail qui a impressionné la ville. Il travaille ainsi en collaboration avec l’Office de Tourisme et des Congrès de Nice Côte d’Azur depuis 2010 et son carnaval virtuel est retransmis en direct sur les écrans géants de la Place Masséna.

Certaines destinations touristiques ont commencé à investir le métavers comme les villes de Shangaï et Séoul qui profitent de ce monde virtuel pour notamment faire revivre des sites qui n’existent plus dans la réalité actuellement, comme la porte Donuimun. Séoul ambitionne de devenir la première institution publique au monde à entrer dans le métavers. A partir de 2023, les principaux festivals de la capitale de la Corée du Sud comme celui des Lanternes ou le nouvel an seront célébrés dans le métavers parallèlement au monde réel.

La ville d’Helsinki propose d’ores et déjà des expériences en ligne, avec son jumeau virtuel « Virtual Helsinki », afin de faire de faire découvrir son patrimoine et sa culture. Elle ambitionne de développer une offre touristique plus complète prochainement dans le métavers. La capitale finlandaise prévoit même d’accorder une « nationalité virtuelle », créant ainsi le concept de V-citoyens. Enfin la Barbade a elle ouvert la première ambassade du métavers, tous ces exemples démontrant les possibilités infinies qu’offre un tel monde virtuel.

Métavers et tourisme : quelles possibilités de développement ?

Si le métavers représente un fort intérêt pour le tourisme de loisirs avec la possibilité de visiter des villes ou sites depuis chez soi, il peut aussi représenter un intérêt tout particulier pour le tourisme d’affaires. En effet, au lieu de devoir prendre l’avion fréquemment pour se rendre à des conférences ou autres salons, il serait possible d’y assister sans pour autant se déplacer. Une alternative sur laquelle est notamment en train de travailler Microsoft qui souhaite développer une solution dédiée aux entreprises. La société a ainsi annoncé son projet d’intégrer un métavers à son outil de visioconférence Teams dès que possible.

La startup Aptero s’intéresse également au futur du secteur MICE et développe ainsi des « mini-métavers » ou des environnements 3D compatibles avec des métavers. Elle est capable de créer un univers virtuel de bout en bout ou seulement certaines parties, tout cela étant accessible depuis internet sans téléchargements préalables. Elle créé ainsi des univers virtuels personnalisés permettant d’accueillir des évènements, des formations, des conférences et séminaires.

Des solutions qui s’inscrivent dans une logique de développement durable puisque qu’on supprime dés lors les déplacements, les trajets étant l’un des éléments les plus polluant lors d’un voyage d’affaires comme d’agrément. Le métavers permettrait également de désengorger certains sites touristiques très populaires qui peinent de plus en plus à réguler leur fréquentation. Ce concept permettrait ainsi de contourner la problématique du tourisme de masse, à l’image des grottes Lascaux qui sont visitables en version numérique depuis de nombreuses années. Avec le métavers la visite deviendrait plus immersive et interactive.

Le secteur de l’hospitality pourrait également tirer profit de cette avancée technologique en créant de nouvelles expériences et de la valeur pour les clients. Les hôteliers ne vont pas forcément payer des milliers d’euros pour acheter du terrain dans le métavers et recréer leurs établissements car des entreprises comme Google ou Apple s’en chargeront à leur place grâce à des outils de cartographie transposés virtuellement. Un utilisateur pourra ainsi pousser les portes d’un palace et se renseigner, chose qu’il n’aurait pas forcément eu l’occasion de faire dans le vrai monde, ou tout simplement découvrir des établissements qu’il n’avait jamais aperçu auparavant.

Et grâce à une intelligence artificielle, des réservations pour une chambre virtuelle ou réelle pourront même être générées. Des ponts entre réel et virtuel pourraient également être créés comme l’explique Daniel Doppler, Président de Quicktext, entreprise spécialisée dans l’intelligence artificielle dans l’hôtellerie. Une réservation dans un hôtel pourrait donner lieu à des expériences dans le métavers. Ou au contraire, contre un abonnement dans le métavers, l’utilisateur pourrait bénéficier de nuitées gratuites dans la vraie vie. Les possibilités sont multiples.

Easygoband, une plateforme spécialisée dans la digitalisation, explique que les hôteliers pourraient tirer de nombreux avantages à s’engager dans le métavers, notamment l’amélioration de l’expérience client et par conséquent l’augmentation de leurs chiffres d’affaires. La réalité virtuelle permettrait par exemple aux clients de visualiser parfaitement les chambres d'hôtel avant de faire une réservation, devenant ainsi un puissant outil marketing en termes de conversion de ventes. Le métavers pourrait permettre de faire la promotion des services et activités des hôtels tout comme faire vivre des expériences virtuelles uniques, telles qu’un concert dans sa propre chambre d’hôtel ou l’organisation d’une fête privée. Enfin, le nombre de clients dans un hôtel virtuel étant illimité, certains hôtels pourraient générer plus de revenus dans le métavers que dans le monde physique.

Les limites d’un univers sans limites

Le métavers présente de nombreux avantages, tant pour les entreprises que les destinations touristiques, toutefois de nombreuses interrogations prédominent encore et entachent son image. Il y a tout d’abord le problème de la modération, un univers d’une telle envergure où tout est possible est compliqué à réglementer. Tant bien que pour le moment, aucune modération n’existe dans le métavers, posant ainsi des problèmes quant à d’éventuelles dérives de la part d’utilisateurs plus ou moins bienveillants.

Vient ensuite la problématique de la propriété intellectuelle couplée à celle de l’identité, comment prouver que cet avatar ou bien que ce t-shirt virtuel soit bien le nôtre ? Il est nécessaire d’anticiper d’ores et déjà les histoires de vol ou d’usurpation d’identité. Un robot pourrait tout à fait se faire passer pour un être humain dans le métavers. Différentes méthodes de vérification pourraient donc être mises en place comme les scans faciaux, les scans de la rétine, la reconnaissance vocale pour l’authentification. Mais ceci nous mène à notre troisième problématique : le respect ainsi que la sécurité de la vie privée et des données.

Car en plus de stocker les adresses électroniques, les mots de passe ou encore les informations bancaires, le métavers enregistre les comportements des utilisateurs comme les réactions physiologies et les données biométriques. Avec une telle réserve de données, la technologie doit garantir la confidentialité des informations et la sécurité des données personnelles pour chaque utilisateur. Les normes en termes de protection des informations personnelles doivent donc évoluer afin d’être cohérentes dans le contexte du métavers.

Enfin, les utilisateurs pourraient développer une dépendance au métavers comme c’est le cas actuellement avec les jeux vidéo. Une addiction qui pourrait s’avérer dangereuse tant sur le plan physique, avec le manque d’exercice physique, que sur le plan psychologique, pouvant notamment entrainer des problèmes de santé mentale. Le risque serait également de délaisser le monde réel au profit du monde virtuel, à une époque où le temps consacré aux écrans s'élève à 4h30 par jour. L’organisme touristique de l’Islande, Inspired by Iceland, préfère pour le moment s’attaquer au sujet avec humour en parodiant le lancement de Meta, où il rappelle que tout ce que Marc Zuckerber promet dans le métavers existe d’ores et déjà dans la réalité.

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