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Lausanne : l’exception suisse

La crise ? Quelle crise ? L’hôtellerie lausannoise n’a pas subi les affres du ralentissement économique mondial. Cette activité très stable s’appuie sur trois piliers solides : son statut de capitale mondiale du sport grâce au siège du CIO, la présence de grandes multinationales et un pôle Education de pointe. Alors que la ville affiche quasiment complet en semaine, plusieurs développements sont en préparation pour accueillir davantage d’hommes d’affaires et congressistes.

Le million (de nuitées) ! Depuis plusieurs années, Lausanne s’approche de cette barre fatidique sans jamais la franchir. Aussi les acteurs touristiques de la ville espèrent-ils que 2010 sera la bonne. Cet objectif est-il déraisonnable alors que le cycle vient à peine de redémarrer ? Certainement pas, car le tourisme lausannois est dans un dynamique forte. Alors que le monde économique se mettait à trembler sur ses bases, son année 2008 s’est révélée être, avec 994 600 nuitées, la plus productive depuis 1972 ! Et 2009 a enregistré un résultat quasi identique avec une légère baisse de 0,8% des nuitées mais une progression des arrivées (+1,4%).Cette tour est toujours en attente de la mise en chantier. Mais une fois tous ces projets aboutis, faut-il craindre le trop plein après le trop peu ? “Il faudra évidemment absorber cette nouvelle offre mais je suis confiant”, analyse Stefano Brunetti. Plusieurs éléments permettent de croire à la poursuite de l’expansion touristique de la ville. Lausanne Tourisme a une politique active qui joue sur ses axes forts, le sport et les congrès. “On réfléchit à la mise en place d’un soutien financier à l’organisateur inversement proportionnel à la fréquentation pour attirer des événements en période creuse. La ville, qui est l’hôte régulière de championnats du monde et d’Europe, compte également accueillir de nouveaux événements sportifs”, explique Claude Petitpierre. Cette priorité s’inscrit dans le projet Métamorphose dont l’objectif est de doter la ville de nouveaux équipements sportifs tout en améliorant les transports publics. Pour développer le tourisme de loisirs, la ville va bientôt trancher sur le projet de nouveau pôle culturel fusionnant le Musée Cantonal des Beaux Arts, le Mudac et le musée de l’Elysée. Autant d’arguments pour attirer de nouveaux groupes ?Les hôteliers se montrent plus que satisfaits de cette bonne résistance. “2009 a été la troisième meilleure année de la société avec un prix moyen supérieur à 2008, grâce à la clientèle individuelle”, constate François Dussart, le directeur général du Beau Rivage Palace, un des fleurons de la ville, qui prévoit que “2010 devrait être encore meilleure avec une hausse de 3 à 4 points du TO et une légère baisse des prix, due à la compétition sur le segment MICE”. “En 2010, l’occupation de nos hôtels lausannois sera de plus de 75% ”, se plait à préciser Georges Schneider, directeur général Accor Suisse, soit 3 points de progression également.Le marasme ambiant a, d’une certaine manière, profité à la métropole suisse. Ses marchés de proximité se sont montrés solides en préférant le charme des bords du lac Léman à d’autres cadres plus exotiques. Même si les séminaires d’entreprises ont été moins nombreux, la clientèle domestique, qui représente un tiers de la demande, a soutenu l’activité avec une croissance de 7,8% des nuitées. Dans ce contexte de crise, les Italiens (+9,0%) et les Français, deuxième marché de la ville (+8,3%), ont eux aussi été plus nombreux à traverser la frontière.“Le renforcement de notre offre avec l’ouverture du restaurant gastronomique d’Anne-Sophie Pic a renforcé notre image sur le marché suisse mais s’est aussi traduite par une croissance de 10% sur le marché français”, précise François Dussart. Ces trois marchés ont ainsi largement compensé la régression des autres marchés principaux, les clientèles allemande (-6,9%), anglaise (-7,3%) et américaine (-6,4%).Evidemment, avec un tiers de la fréquentation de Genève et Zürich, le marché lausannois n’a pas l’ampleur de celui des deux plaques tournantes internationales du pays. Mais elle n’en a pas non plus les inconvénients. Son activité hôtelière fait preuve d’une grande stabilité, reposant sur trois piliers qui lui apportent un volume de réservations quasiment constant. Parmi les grands apporteurs d’affaires, Lausanne, qui abrite depuis 1915 le Comité International Olympique (CIO), profite à plein de son statut de capitale olympique. En effet, à partir des années 80, de nombreuses fédérations internationales et institutions sportives sont venues se greffer autour du CIO. Au plus grand bénéfice des hôtels de la ville !“Ces fédérations organisent quotidiennement des séminaires”, remarque Claude Petitpierre, le directeur de Lausanne Tourisme. Le premier à en profiter est évidemment le Lausanne Palace, le 5* historiquement lié au CIO puisque son ancien président Samaranch et son successeur Jacques Rogge l’ont pris pour résidence. Mais les réunions organisées par les fédérations irriguent l’ensemble du parc. “Même le week-end, car les dirigeants ont souvent une activité professionnelle à côté de leur fonction sportive”, souligne Stefano Brunetti, le président de l’Association des hôteliers lausannois.Autre facteur favorable au remplissage des hôtels de Lausanne : un tissu économique dense. La municipalité de la ville comme le canton de Vaud font tout pour faciliter, et avec réussite, l’implantation d’entreprises performantes. Claude Petitpierre constate avec plaisir que “l’arc lémanique connaît un développement fantastique depuis une quinzaine d’années”. Aux entreprises dynamiques telles que Logitech et Medtronic s’ajoutent les sièges mondiaux de groupes comme Philip Morris ou encore Nestlé. Si la multinationale suisse est toujours basée à Vevey, plusieurs de ses divisions se sont récemment installées dans la région lausannoise comme Nespresso, Purina ou Nestlé Waters, en attendant son entité Healthcare. Stefano Brunetti constate que “les sociétés continuent à arriver, attirées par la stabilité suisse au plan politique, économique ou social, mais aussi parce que la ville est un pôle universitaire important”. Il faut aussi mentionner une fiscalité locale plus favorable pour les entreprises dans le canton de Vaud que dans le canton de Genève.Ce pôle, troisième pilier de l’activité hôtelière, “génère des centaines de nuitées”, dénombre le directeur de Lausanne Tourisme. Grâce à l’EHL, la doyenne des écoles hôtelières, Lausanne est évidemment connue de tous les professionnels du secteur. Mais ce sont l’IMD et l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), régulièrement classées parmi les meilleures écoles mondiales, qui stimulent l’implantation de sociétés dynamiques – gage d’un avenir radieux pour le tourisme d’affaires – et qui génèrent un surcroît d’activité en semaine. “Le Mövenpick bénéficie d’une belle base d’occupation grâce à la proximité de l’IMD”, souligne le président de l’association des hôteliers.Ces deux écoles sont en plein boom avec un quasi doublement du nombre d’étudiants en moins d’une décennie. Et leurs dynamiques pourraient avoir des conséquences encore plus positives sur le tourisme. Ainsi l’EPFL, après avoir ouvert cette année le Rolex Learning Center, une bibliothèque à l’architecture innovante comprenant une salle de conférences de 600 places, a débuté la construction d’un centre de congrès de 3 000 places ultra moderne pour un coût de 190 millions de francs suisses (140 millions d’euros). Son objet : permettre, à partir de juin 2013, aux 350 laboratoires de l’école d’organiser des congrès scientifiques d’envergure mondiale.Les acteurs locaux se montrent tous confiants dans la réussite de ce projet. Mais il reste un écueil, et non des moindres : l’hébergement de tous ces nouveaux clients potentiels. Car, et c’est paradoxal, le parc hôtelier n’a pas suivi le développement économique de la ville. Avec 2 700 chambres, l’offre est restée quasiment stable depuis dix ans alors que, dans le même temps, les autres grandes métropoles suisses voyaient leur parc s’étoffer de plus de 15%.Si l’offre est, selon le directeur de Lausanne Tourisme, "bien équilibrée" avec des établissements à la fois économiques, milieu de gamme et luxe, le parc est limité par rapport aux ambitions de la ville. Les gros porteurs, satisfaisant aux besoins de la clientèle MICE mais difficiles à remplir le week-end, sont rares. La très large majorité des établissements ont une capacité inférieure à 100 chambres. Autre particularité de l’offre lausannoise : celle d’être aux mains de propriétaires indépendants ou de petits groupes suisses comme Fassbind Hotels avec les Agora, Alpha-Palmiers et City et Minotel avec les hôtels AlaGare et Crystal. Les deux stars de la ville ont, elles aussi, leurs annexes : le Beau Rivage avec l’Hôtel d’Angleterre & Résidence et le Lausanne Palace avec le Château d’Ouchy, un bâtiment de la Loterie Romande transformé en hôtel en 2008 et géré en parallèle de l’hôtel de luxe. Force est de constater que, jusqu’ici, les ténors de l’hôtellerie mondiale n’ont pas eu un appétit pantagruélique pour la ville. Best Western, Mövenpick, Louvre Hôtels-Golden Tulip avec Tulip Inn et Accor avec ses enseignes Novotel, Ibis et Etap Hotel sont les seuls groupes représentés à l’heure actuelle. Ceci s’explique par plusieurs éléments : une hôtellerie familiale implantée de longue date qui n’a pas besoin d’une enseigne reconnue pour assurer un volume d’affaires conséquent ; un processus démocratique suisse “particulièrement efficace”, comme le souligne ironiquement Claude Petitpierre, qui ralentit certains projets et, surtout, des places rares et chères, en particulier en bord de lac où il est illusoire de vouloir rivaliser avec le Beau Rivage, véritable city resort au cœur d’un parc de 4 hectares.Ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes… “Les grandes entreprises se sont plaintes auprès de la municipalité de ce manque de lits”, avoue Stefano Brunetti. “Avec une clientèle à 70% Affaires, il est en effet difficile de trouver une chambre de libre en semaine”, concède Claude Petitpierre. S’implanter à Lausanne ? Une équation plus difficile à réussir que de calculer le carré de l’hypoténuse… Mais plusieurs ont essayé de la résoudre à travers plusieurs solutions : la reprise d’établissements existants comme la transformation récente de l’hôtel Jan en Ibis ; l’extension comme celle du Mövenpick qui est en train d’ajouter 76 nouvelles chambres à son inventaire ; la transformation-extension comme celle du Royal Savoy, fermé cette année sous l’impulsion de son propriétaire Qatari Diar pour rouvrir en 2012.Plusieurs ouvertures devraient également permettre d’agrandir le parc. “20% de chambres supplémentaires sont attendues”, précise Stefano Brunetti. Prévoyant, le groupe suisse Starling Hotels vient d’imposer sa marque sur le campus même de l’EPFL avec un hôtel de 154 chambres. Au nord de la ville, à l’arrivée du métro N°2 qui désenclave les quartiers périphériques, un projet d’hôtel de 140 clés est pour l’instant bloqué mais pourrait repartir de l’avant. Le centre ville, autour de la gare ou du quartier du Flon en plein essor, suscite également les convoitises. Mais le plus grand projet est sans conteste Beaulieu 2020.Dans le cadre de la redynamisation du centre de congrès et d’expositions Beaulieu s’intègre une tour, mêlant bureaux, commerces et hôtellerie. Accor a été retenu, lors d’un concours, pour gérer trois établissements : un Mercure, un Adagio et à côté de la tour, un Etap Hotel, promis à un grand succès avec tout le personnel qui s’occupe de la logistique des événements. Georges Schneider déclare : “l’idéal aurait été de n’avoir qu’un complexe hôtelier sur ce site !”

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