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Opérations

Jean-Michel De Ambroggio et son équipe : “On fait de l’ingénierie de la décoration”

Créée à Lyon en 1988 et également présente aujourd’hui à Paris et à Aix-en-Provence, l’Agence De Ambroggio privilégie une approche à la fois esthétique et environnementale de l’architecture d’intérieur. • Chaque projet est conçu dans le cadre d’une collaboration étroite avec le client. Ecouté, accompagné, celui-ci devient le centre d’un rouage, d’une mécanique de précision que Jean-Michel De Ambroggio qualifie même d’ingénierie de la décoration. • Une méthode d’excellence ne sacrifiant en rien à l’élégance du style, une empreinte architecturale où la main de l’homme est partout présente et où l’artiste a toute sa place.

Vous avez fondé votre agence en 1988. Quelle est votre façon de travailler ?

_ Mon équipe et moi-même privilégions beaucoup l’écoute afin de pouvoir traduire la demande du client le plus fidèlement possible. Dans le cas d’un projet hôtelier, nous devons non seulement nous mettre à la place du visiteur mais également de l’exploitant. Notre approche est très méthodique. On fait de l’ingénierie de la décoration, on décortique absolument tout, afin que ce qu’on a dessiné de notre main, devienne réalité. Il faut également trouver les bonnes entreprises qui puissent aller jusqu’au bout de notre idée. Ce que nous évitons dans tous les projets, c’est d’avoir des formules toutes faites. Il faut que la sensibilité s’exprime. C’est pourquoi, j’attache une grande importance au fait de travailler avec des artistes. Ils amènent de la fraîcheur, de la poésie. Leur travail n’est pas à considérer comme un élément d’ostentation, seulement là " pour faire beau ", mais bien comme une partie intégrante du projet.Vous avez également fait de nombreuses réalisations à l’étranger, au Maroc, notamment, où vous avez lancé un projet d’hôtel à Marrakech… _ Pour ce projet né il y a 5 ans, je me suis beaucoup appuyé sur ma connaissance du pays. J’ai en effet travaillé une dizaine d’années au Maroc, entre 1980 et 1987, au sein du groupe Paccard. Cette expérience m’a donné une vraie légitimité pour concevoir cet hôtel de 300 chambres environ, toutes dotées de larges terrasses, mais aussi de villas. _ L’ensemble en terre est directement inspiré de l’architecture berbère. A l’intérieur, l’espace est traité de manière très contemporaine et les matériaux sont naturels. Au sol, on trouve des carreaux en terre cuite, les murs des salles de bains sont recouverts de tadelakt, un enduit à eau brillant et imperméable que l’on retrouve traditionnellement dans les hammams, fait d’un mélange de poudre de pierre et de blanc d’oeuf (pour le rendre consistant et solide) et poli en final avec des galets. _ C’est un établissement conçu pour accueillir des personnes après des opérations de chirurgie reconstructrive. Il était donc important d’imaginer un lieu calme, reposant, avec des espaces où les clients peuvent facilement s’isoler. L’eau est notamment très présente, sous forme de bassins, de fontaines, mais aussi de seguias, canaux d’irrigation très courants au Maghreb. Là encore, le projet hôtelier est complètement intégré à son environnement…Vous attachez une grande importance aux environnements dans lesquels s’inscrivent vos projets. C’est notamment le cas avec l’hôtel Le Savoie… _ Toute demande est liée à un lieu géographique. Dans le cas de l’hôtel Le Savoie, qui est un projet de décoration contemporaine, on ne pouvait pas s’affranchir de certains matériaux propres à la montagne comme le bois ou la pierre. Seulement, nous les avons travaillés différemment. Pour le bois, nous avons choisi le chêne, plutôt que le mélèze généralement utilisé dans les chalets de montagne. Le chêne a une signification culturelle forte. C’est un bois noble, qui s’inscrit dans le temps, traverse les générations. La pierre est aussi très présente dans ce projet. On la retrouve sur les murs du spa et des chambres, mais aussi dans les salles de bain, sous la forme de lavabos de granit brut.Cela correspond-il à une nouvelle façon d’appréhender la montagne ? _ Il y a encore deux décennies, on voulait absolument faire entrer l’urbain dans la montagne. Les hôtels d’altitude étaient vus comme des alcôves de bien-être, complètement isolés de l’extérieur. Aujourd’hui, les goûts ont changé. Il n’y a moins de place pour les matériaux industrialisés. Les clients veulent davantage se frotter aux éléments, à la nature environnante. Pour cela on privilégie les vues panoramiques, on fait même entrer l’extérieur à intérieur en recourant à l’usage de matières brutes. Dans l’hôtel Le Savoie, cette recherche d’authenticité s’exprime notamment à travers les fourrures naturelles posées sur le lit, les tissus en jacquard tissés et non imprimés, les tapisseries murales faites de matières colorées à la feuille de palladium. Chaque élément de décor, chaque objet renvoie à la main de l’homme, à l’artiste, à l’artisan. C’est cette dimension humaine qui fait qu’un lieu est habité.Tout cela renvoie au ressenti, à la sensorialité… _ Oui, on essaye à travers nos projets de tout faire pour que les gens s’y sentent bien. Nous n’avons pas la volonté de heurter le regard. Dans l’hôtel Le Savoie, on a créé une sorte de sas de décompression. Ainsi, dès l’entrée et avant d’accéder au lobby, les clients passent par une zone décorée de tavaillons et de pierres mises à nue. Aux murs, les tapis de cuir noué rappellent les filatures de montagne. C’est à la fois chaleureux et brut. Cela sent le bois, le cuir. C’est un parcours à la fois olfactif et sensuel. Lorsque le client arrive à la réception, il a marché, il a gagné son repos. C’est un peu comme les derniers pas que l’on fait avant de rejoindre un refuge. Dans le spa de l’hôtel, on a également beaucoup travaillé sur les matériaux, en jouant là encore sur le contraste du bois et de la pierre. Pour respecter l’atmosphère du lieu, en faire un espace de ressourcement, nous avons évité de choquer le regard. Les motifs en volutes des murs participent à cette recherche de bien-être et d’apaisement, tout comme les odeurs appuyées de bois, d’huiles essentielles ou de bougies parfumées, le toucher du linge, la lumière...Dans le projet de résidence hôtelière à Saint-Emilion, le Gardegan, vous avez privilégié une toute autre approche, plus classique… _ Ce projet réalisé en collaboration avec Philippe Pascal, un architecte DPLG bien connu dans le Bordelais, est parti d’une idée : séduire des investisseurs étrangers en leur offrant, en plus d’un programme immobilier comprenant une résidence hôtelière et des villas environnantes, des hectares de vigne pour la création d’une appellation. La décoration intérieure est une traduction directe de l’empreinte architecturale locale. Dans les appartements de la résidence par exemple, nous avons mis l’accent sur les espaces cuisine, en les accessoirisant avec des robinetteries en laiton et en leur donnant grâce aux teintes prune des murs, une note chaleureuse. L’idée n’était pas de faire un petit coin salon-cuisine à l’image de ceux que l’on voit habituellement dans les résidences hôtelières, mais bien d’imaginer un lieu suffisamment vaste et attrayant pour y préparer un vrai repas et s’y restaurer.

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