Chronique francophone 10 : Le Québec, géant d’Amérique du Nord francophone encore fragile

9 min de lecture

Publié le 16/05/24 - Mis à jour le 16/05/24

Québec

L'Amérique francophone est vaste et multiple. Selon les données fournies par le Centre de la Francophonie des Amériques, basé à Québec, pas moins de 33 millions de personnes y manient notre langue, répartis sur un immense territoire reliant deux pôles du nord au sud et deux océans de l’est à l’ouest. La francophonie des Amériques, ce sont 11 millions de locuteurs aux États-Unis, 9,6 millions au Canada, 9,7 millions dans les Caraïbes et 2,8 millions en Amérique latine. - par Brice Duthion

33 millions de locuteurs francophones dans les Amériques

En Amérique du Nord, la francophonie est une réalité historique et géographique. De nombreux témoignages de cette présence française existent et survivent par la toponymie, le nom de villages, de rivières ou de rues. De nombreuses communautés, vivant en situation majoritaire ou minoritaire, lui donne vie.

Le français est l’une des deux langues officielles du Canada. Des francophones habitent dans les dix provinces et les trois territoires du pays, mais c’est au Québec où le français est la seule langue officielle. Et c’est le Québec qui abrite la seule communauté majoritairement francophone d’Amérique du Nord, avec près de 8 millions de locuteurs. Les autres communautés francophones du Canada sont situées notamment en Ontario (642 000 personnes environ) et en Acadie (450 000). 

Aux États-Unis, il est difficile de dénombrer avec certitude l’ensemble des habitants dont le français est la langue maternelle. Une bonne partie d’entre eux vient de l’immigration canadienne ou de descendants d’Acadiens déportés. Les francophones sont plus nombreux aux États-Unis qu’au Canada, mais ils n’y ont pas la même force, économique ou politique. 11 millions d’habitants des USA déclarent avoir une origine ethnique française, canadienne-française, « cadjine » ou haïtienne.

New York et la Californie en concentrent la majorité, ainsi que le Maine et la Louisiane. Saint-Pierre-et-Miquelon est un petit territoire de 6 000 habitants intégré au reste de la République française en 1946 à travers différents statuts territoriaux, jusqu’au statut actuel de collectivité d’outre-mer. Au Mexique, enfin, une communauté francophone de plus de 350 000 personnes se développe grâce à un réseau de près de 40 alliances françaises.

Le Québec, seule région majoritairement francophone d’Amérique du Nord

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Évoquer la francophonie en Amérique revient dans l’esprit de beaucoup de Français à penser immédiatement au Québec. Parce que la « Belle Province » est un territoire qui fait rêver de nombreux Français. Un vaste territoire de près de 1,3 million de km2 (2,5 fois la France), un territoire de nature et d’eau dont plus de 200 000 km² de lacs et rivières (près du tiers moitié de la superficie française).

Cette province est presque un pays pour ses de 8,5 millions d’habitants (soit 13% de la population française). Elle véhicule une image, avérée et vérifiée, de grands espaces et de frontières lointaines que seules quelques grandes villes comme Montréal (1,8 million d’habitants), Québec (550 000 hab.) ou Laval (440 000 hab.) interrompent sur les rives du Saint-Laurent.

L’espérance de vie y est élevée, plus de 81 ans pour les hommes et près de 85 ans pour les femmes. La population est renouvelée en partie par l’immigration. En 2023, sa population a augmenté de 218 000 personnes. Cette croissance repose presque exclusivement sur la migration internationale, temporaire (+ 174 200 demandeurs d’asile et étudiants internationaux) et permanente (+ 52 800). L’accroissement naturel est, quant à lui, presque nul en 2023 (+ 400).

Le Québec francophone rivalise avec l'Ontario anglophone

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Une des principales sources de revenus économiques, la production d'électricité hydrolique

Avec 22,1 % de la population du Canada et 19,4 % du PIB canadien en 2022, le Québec se situe au deuxième rang des provinces canadiennes, derrière l’Ontario, en bordure des Grands Lacs et des États-Unis, avec Toronto comme capitale, dont Peter Ustinov disait avec humour qu’elle serait un New York géré par des Suisses.

L’économie québécoise est diversifiée et possède des secteurs d’excellence. Elle a longtemps été fondée sur l’exploitation des ressources naturelles et des minerais (bois, amiante, magnésium, aluminium). Le Québec est l’un des principaux producteurs d’hydroélectricité au monde et s’est tourné vers les hautes technologies et les services, qui représentent aujourd’hui 73% de son PIB. Très affectée par la pandémie et les mesures sanitaires, l’économie de la province a connu un très fort rebond en 2021 et une croissance plus modérée en 2022. Comme l’économie mondiale, elle a connu un important ralentissement en 2023.

Le Québec fait face aujourd’hui à une pénurie de main d’œuvre qui touche la quasi-totalité des secteurs économiques ce qui a conduit le gouvernement à réaffirmer son engagement pour une relance économique durable, notamment via l’adoption, en 2020, du Plan pour une économie verte 2030.

La France n'est que le 5e partenaire commercial du Québec mais son 2e investisseur étranger

L’économie québécoise se caractérise par son ouverture. Le Québec représente 15% des exportations canadiennes et 14% de ses importations. Sa balance commerciale affiche un solde négatif depuis 2005, pour monter à quelque 5 Mds€ en 2021. Les échanges commerciaux avec la France représentent 47 % de l’ensemble des échanges commerciaux avec le Canada et s’élevaient à 4.4 Mds€ en 2023.

En 2022-2023, la France est le 2e investisseur étranger au Québec derrière les États-Unis. Avec plus de 400 filiales, la présence française est visible dans presque tous les domaines. Avec 2,4% du total, elle est son 5e partenaire commercial derrière les Etats-Unis (53,5%), la Chine (7,4%), le Mexique (3,7%) et l’Allemagne (3,4%).

La présence française au Québec est effective dans tous les secteurs à l’exception de la grande distribution et de l’industrie automobile. Les principaux produits exportés au Québec sont les vins et spiritueux, les composants pour l’industrie aéronautique, les cosmétique et la parfumerie, les médicaments. Les exportations québécoises vers la France augmentent fortement, poussées par le secteur aéronautique, les équipements mécaniques et les produits minéraux.

Au Québec, le secteur du tourisme et de l’hôtellerie sort à peine de la crise du Covid

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L'activité touristique au Québec n'est pas encore revenu au niveau pré-Covid

La taille du marché de l’industrie hôtelière au Canada est estimée à 21 Mds€ en 2024 et devrait atteindre 25 Mds€ d’ici 2029, avec une croissance de 3,45 % au cours de la période de prévision (2024-2029).

Les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie au Canada ont été parmi les plus durement touchés par la pandémie en 2020-2021. Ils sortent à peine de la crise du Covid au Québec et ne sont pas encore totalement revenus à leur niveau de 2019. Le Québec a été en tête de la reprise hôtelière avec des gains de RevPAR de 17 % en 2023, portés par une augmentation du taux d’occupation et des tarifs. C’est le cas notamment de Montréal avec le retour d’évènements annuels (Grand Prix de F1 ou festival Osheaga).

La forte reprise du secteur hôtelier canadien a suscité l’intérêt d’investisseurs convaincus d’une croissance continue des revenus à court et moyen terme. L’acquisition d’actifs a été vive durant les dernières années (par exemple 109 ventes pour un volume total de 600 M€ en 2021, 72 ventes pour 400 M€ au deuxième trimestre 2022). La majorité des transactions sont restées des propriétés situées sur les marchés secondaires et tertiaires. Reflétant ainsi l’industrie hôtelière au Canada, combinaison d’hôtels indépendants et d’hôtels de marque. Les groupes internationaux les plus représentés sont Wyndham Hotel Group, Choice Hotels International, Best Western International, Coast Hotels Limited et Marriott International.

Au Québec, l’hôtellerie est considérée comme une industrie structurante

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Pourvoirie du Triton

Sur l’ensemble de la Province, on dénombre environ 1 300 hôtels, 700 gites et pourvoieries, 30 établissements d’enseignement, 50 auberges de jeunesse et 9 500 résidences de tourisme. Avant la crise du Covid, le secteur représentait plus de 40 000 emplois (2019) pour plus de 1,4 Md€ de retombées économiques et plus de 230 M€ de recettes fiscales.

Le profil des établissements hôteliers est fourni par l’Association Hôtellerie du Québec (AHQ), organisation provinciale du secteur de l’hôtellerie reconnue par le ministère québécois du Tourisme. En moyenne, un hôtel indépendant québécois est exploité depuis plus de 30 ans, réalise plus de 350 K€ de chiffre d’affaires, emploie 37 personnes (dont 43% sont saisonniers avec une forte représentation des étudiants et des retraités).

Seuls moins de 30% des établissements sont ouverts durant la saison hivernale et plus de 40% des propriétaires ont l’intention de vendre leur entreprise à un tiers. Deux questions se posent pour ces hôtels de façon récurrente : leurs capacités d’investissements et le renforcement du capital humain.

Des solutions ont été avancées par l’AHQ pour résoudre au moins partiellement ces problématiques, rencontrées partout dans le monde. Contre la pénurie de main-d’œuvre et quelques 6 000 postes à combler en permanence au Québec, des propositions ont été faites pour augmenter les seuils d’immigration et accélérer le traitement des dossiers de recrutement, bonifier les montants octroyés pour le recrutement de travailleurs étrangers, créer des passerelles vers la résidence permanente pour les travailleurs étrangers temporaires déjà bien implantés dans les régions du Québec, ajouter des incitatifs pour retenir et attirer les 60 ans et plus et investir pour valoriser les métiers du secteur de l’hôtellerie auprès des jeunes.

Un véritable problème de rattrapage des emplois perdus durant la pandémie

En 2023, lors de négociations coordonnées des conventions collectives pour 30 hôtels du Québec, dans les régions de Montréal, Québec, de l’Estrie et du Saguenay-Lac Saint-Jean, les représentants des salariés syndiqués exigeaient une augmentation de salaire de 36 % sur quatre ans, dont 15 % dès la première année.

Cette négociation a été suivie de près par l’ensemble des acteurs, notamment par l’industrie des services d’hébergement et de restauration dont l’emploi connaitra une forte augmentation durant les trimestres suivants, constituant en cela un rattrapage des emplois perdus durant la pandémie.

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L’industrie des services d’hébergement et de restauration comprend différents établissements qui fournissent de l’hébergement de courte durée (hôtels, motels, centres de villégiature, gîtes touristiques, chalets, parcs pour véhicules récréatifs et campings, camps de chasse et de pêche) mais aussi les établissements de restauration.

La restauration compte pour 88 % des entreprises et 88 % des emplois de l'industrie. Elle est divisée en quatre secteurs (restaurants à service complet, à service restreint, services spéciaux comme traiteurs, cantines et comptoirs mobiles et les débits de boissons). 190 400 personnes en emploi dans les services d'hébergement et de restauration, soit 4,5 % de l'emploi du Québec. La main-d'œuvre est très jeune, environ 45 % des travailleurs de l’industrie a moins de 25 ans. L’emploi dans cette industrie est sujet à d'importantes variations saisonnières. Les établissements situés hors des zones à forte concentration de population ferment souvent à la fin de la saison estivale, car le marché local ne suffit pas à justifier le maintien en activité.

La progression de l’emploi dans l’industrie va dépendre de l’augmentation du nombre de touristes de loisirs et d'affaires en provenance du Canada et des autres pays. Mais aussi du nombre de travailleurs qui fréquenteront les restaurants et les bars. Dans un scénario publié en août 2022, Destination Canada prévoit un retour à la situation de 2019 en 2024 pour le marché touristique intérieur et du marché international en 2025. Les prochains mois valideront ou infirmeront ces tendances.

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