Accéder au contenu principal

Destinations

Bruxelles plie mais ne rompt pas, les hôteliers de la capitale se relancent bien que tardivement par rapport à leurs voisins européens

La capitale belge a fortement souffert des conséquences liées à la pandémie de Covid 19. Retour sur 3 années qui, si elles ont fortement ébranlé le marché hôtelier bruxellois, ne remettent pas en question les fondamentaux de l’une des deux capitales de l’Europe. Analyse des données de performance depuis 2019 et échanges avec des hôteliers bruxellois au travers de leurs représentants de la BHA (Brussels Hotels Association), pour mieux cerner les sous-jacents qui ont ébranlé la cité européenne.

2019 une année record comme le reste d’Europe

Avec 59 jours où les hôtels étaient remplis à plus de 90% (dont 16 jours à plus de 97% de remplissage), 89 jours à plus 80% de TO et enfin 81 jours à plus 70% de remplissage, les hôteliers de la place bruxelloise surfaient sur la vague des événements, de l’agenda européen et des clients corporate pour remplir leurs établissements. Soit plus des 2 tiers de l’année avec un remplissage qui ferait pâlir d’envie certaines autres métropoles européennes, la ville n’aura ainsi passé que 14 jours en dessous des 50% de remplissages en 2019. La capitale belge avait ainsi terminé l’année avec une moyenne de 75,4% de TO.

Le profil de performances démontrait son mix clientèle axé business. Les records de remplissage ayant été enregistrés le lundi 21 octobre 2019 (98%), le mercredi 26 juin (98,2%), le mercredi 25 septembre (98,4%), le samedi 20 avril (98,6%), le mardi 15 octobre (98,6%), le mardi 18 juin (98,8%), le mercredi 20 novembre (98,9%) et le mardi 19 novembre (99,1%).

La ville pouvait capitaliser sur les nombreuses institutions présentes en son sein et aux côtés de la Commission européenne. Ainsi les remplissages records des 19 et 20 novembre correspondaient à une réunion de l’OTAN des Ministres des Affaires étrangères qui s’est tenue le 20 novembre ainsi que le Conseil des affaire générales de la commission européenne qui s’était tenu lui le 19 novembre. Un agenda politique extrêmement favorable pour les hôteliers bruxellois.

Ce qui faisait ainsi une force de la capitale belge, s’est révélé une faiblesse en période de confinement où tous les marchés émetteurs étaient bloqués et les déplacements réduits à leur strict minimum.

2020, une année de souffrance et de solidarité

L’année 2020 avait débuté sous les meilleurs auspices avec des mois de janvier et février qui avaient enregistré des remplissages entre 34,1% (lundi 4 janvier 2020) et 92,2% (jeudi 18 février 2020) date de la tenue du conseil des Ministres de l’Economie et des Finance de l’Union Européenne. L’arrivée du virus en Europe et la prise de conscience de ses conséquences ont progressivement érodé la fréquentation des établissements. Un scénario visible dans de nombreuses métropoles européennes et mondiales avec des calendriers d’activité rythmés par les confinements successifs. L’année se sera soldée par un taux de remplissage de 24,2% du parc hôtelier.

Yves Fonck : « Pour qualifier les années 2020 et 2021 j’utiliserais forcément le mot catastrophique, comme dans toute l’Europe. La Belgique et Bruxelles ont enregistré des taux d’occupation parmi les plus bas du continent. Nous avons un marché domestique très restrient et notre activité dépend de nos pays frontaliers. »

La BHA souligne l’importance du soutien des pouvoirs publics pour maintenir les hôtels à flot en cette période inédite.

Rodolphe van Weyenbergh, secrétaire général de la Brussels Hotels Association :« Nous étions sans aucun doute l’un des secteurs les plus impactés de notre pays mais nous avons aussi été celui qui a été le plus soutenus par les pouvoirs publics. Le dialogue que notre organisation a pu avoir que ce soit au niveau régional ou fédéral s’est renforcé suite à cette crise. »

2021 des hauts et des bas

38 jours avec des remplissages compris entre 40 et 50%, 19 jours avec des TO entre 50 et 60% et 10 jours avec des remplissages au-delà. Mais la reprise frémissait, symbolisée par la nuitée du 30 octobre où les hôtels étaient remplis à 91,6%. Une date de remplissage inhabituelle pour Bruxelles puisque le 30 octobre 2021 était un samedi. Dernière soirée du Festival des Libertés qui aura apporté les vendredi (65,7%), samedi (91,6%) et dimanche 72,8%) des remplissages plus que satisfaisants avec notamment le concert événement de Catherine Ringer le 30 au soir. L’événementiel est indéniablement un moyen d’attirer du monde et de l’inciter à rester plus longtemps dans la ville pour y passer une ou plusieurs nuitées.

Rodolphe van Weyenbergh : « Contrairement à d’autres activités, une nuitée qui n’est pas vendue est perdue et nous n’avons pas la possibilité de transformer le produit comme un restaurant qui peut proposer sa cuisine à emporter.
La BHA a lancé une action médiatique que nous avons nommée « contact rapproché » pour inciter les belges voire les bruxellois à dormir à l’hôtel. Les gens ont en effet souvent plus d’empathie avec leur commerçant, cafetier ou restaurateur qu’avec un hôtelier qui ne fait pas partie du quotidien. Personne n’a son hôtel préféré dans sa propre ville. »

2022, l’année de la reprise

En 2022, le Festival des Libertés s’est étendu du 13 au 22 octobre boostant là aussi les remplissages. Les prix moyens indiquant clairement que les hôteliers accueillaient une clientèle loisirs : Tableau 1

La capitale aura connu 41 jours avec des taux d’occupation inférieurs à 30% sur l’année 2022 et 49 jours entre 30 et 50% d’occupation dans les hôtels. Elle renoue toutefois avec les remplissages au-delà de 80% (33 jours) et même de 90 % (16 jours) sur l’année (jusqu’au 18/12/2022) le taux d’occupation aura atteint 60,3%. 15,1 points inférieur à 2019 mais 33 points au-dessus de 2021. De quoi rassurer opérateurs et investisseurs de la place bruxelloise sur la profondeur du marché qui bénéficie de la présence des institutions européennes et de nombreux acteurs qui gravitent autour. Les restrictions levées, les lobbyistes, hommes politiques, humanitaires, journalistes et business men & women voyagent de nouveau pour relancer la machine européenne. Le défi réside dans la nécessité de conquérir une clientèle domestique et loisirs. Défi d’autant plus complexe pour un pays de 30688 km². L’offre hôtelière du territoire est particulièrement homogène avec très peu d‘établissements positionnés sur l’hôtellerie économique majoritairement destinés à une clientèle loisirs ou corporate moins contributive (ouvriers, VRP). Le développement de cette offre ayant été façonné par le mix clientèle historique de la destination.

Yves Fonck : « Jusqu’à avril [2022], les performances étaient négatives. En mai-juin la situation s’est améliorée. Depuis septembre, les RevPAR s’approchent des performances 2019 grâce aux prix moyens. Les hôteliers ont de grandes pertes de chiffre d’affaires à rattraper.
L’activité est clairement portée par la clientèle loisirs. A part quelques séminaires et conférences, la clientèle corporate et grand compte n’atteint pas encore 50% des fréquentations pré-Covid 19.
Pour 2023 nous anticipons donc une évolution en termes de chiffre d’affaires. La croissance que nous anticipons nous permettra de rattraper seulement le manque à gagner des 6 premiers mois de 2022. A date, nous n’avons pas une visibilité claire sur le premiers trimestre 2023. Nous avons ouvert tous les canaux pour les marchés corporate mais pour l’instant ces marchés sont peu réceptifs. »

Le pricing power

Dans la lignée des voisins européens, le marché bruxellois a augmenté ses prix moyens passant de 115,4 € HT en 2019 à 124,50€ HT en 2022. Une démarche assumée par l’ensemble des hôteliers pour retrouver de la trésorerie après deux années complexes et faire face à l’augmentation des dépenses. C’est également un choix assumé pour limiter l’impact des pénuries de personnels en misant plus sur le chiffre d’affaires dégagé par client que sur le remplissage.

La clientèle répond pour l’instant favorablement à cette nouvelle politique de prix acceptant de débourser près de 200 € en moyenne en période de forte affluence où le marché frôle la saturation. Tableau 2

Les professionnels du secteur comptent sur les pouvoirs publics pour les accompagner durant cette période d’adaptation et redonner à leurs côtés une place de premier ordre pour Bruxelles sur le marché touristique européen qu’il soit loisirs ou affaires.

 

Rodolphe Van Weyenbergh : « La reprise a eu lieu plus tôt que prévu et à une intensité qui avait peu été anticipée ce qui est un aspect positif. Ces projections étaient entourées d’incertitudes du fait de la situation sanitaire. Autre constat positif, nous n’avons pas enregistré de diminution d’activité sur le mois de décembre. Malgré la crise énergétique, la demande reste présente. Par contre, nous nous interrogeons sur le futur et cette nouvelle crise a sans aucun doute un impact énorme sur les coûts pour les entreprises qui sont en contrat énergétique variable et leur rentabilité.
Nous notons également un retour des investisseurs et des investissements qui se concrétisent désormais ce qui démontre l’attractivité du marché bruxellois et la solidité de nos fondamentaux qui incite les investisseurs à vouloir être présents à Bruxelles.
La Région bruxelloise lance un projet de city marketing ce qui pour nous est un signal très positif. C’est une réelle démarche de relance qui s’appuie sur une volonté de renouveau totale. Ce travail est en cours et devrait être finalisé l’année prochaine. Nous entendons bien sûr être partenaire de cette initiative aux côtés des pouvoirs publics. Il est également très important pour la destination qu’il y ait toujours des investissements et ce, non pas uniquement en city marketing mais également dans les infrastructures. »

Cette archive de plus d'un mois est réservée aux abonnés.

Accédez à l'ensemble des contenus et profitez des avantages abonnés

J'en profite

Déjà inscrit ?

Chargement...

Vous avez consulté 10 articles. Revenir à l'accueil ou en haut de la page.

Accéder à l'article suivant.

Inscrivez-vous pour ajouter des thèmes en favoris. Inscrivez-vous pour ajouter des catégories en favoris. Inscrivez-vous pour ajouter des articles en favoris. Connectez-vous gratuitement pour voter pour la candidature.

Déjà inscrit ? Déjà inscrit ? Déjà inscrit ? Déjà inscrit ?