Accéder au contenu principal

Actualités

Hôtellerie espagnole : Sol y Sombra

Destination vedette des vacances au soleil, l’Espagne est aussi une économie majeure qui a connu dans un passé récent des taux de croissance exponentiels. Sur ces deux tendances de fond, les groupes hôteliers espagnols ont construit leur réussite, sans toujours prendre la précaution d’étudier l’évolution des marchés et leur capacité d’absorption. Le péché d’orgueil les a conduits à beaucoup s’endetter et à trop parier sur la promotion immobilière. Ils en paient le prix fort aujourd’hui. Pour autant, une nouvelle génération d’hôteliers créatifs proposent de nouvelles formules, inspirés des concepts “Cheap & Chic” ou low-cost qui font recette en Europe de l’Ouest. L’ouverture sur le monde, hors des frontières ibériques, motive ceux qui en ont encore les moyens et qui veulent équilibrer leur portefeuille. “Sol y Sombra”, la lumière et l’ombre alternent sur un paysage qui ne va pas rester en l’état, pour peu que la crise financière se prolonge.Enrique Sarasola, cavalier olympique et fils d’un industriel renommé, s’est associé il y a 6 ans à Carlos Marrero et Gorka Atorrasagasti pour créer la sensation avec Room Mate Hotels. “Tout est parti d’un postulat : l’hôtellerie 5* est beaucoup trop chère pour des clients qui veulent découvrir une ville, s’amuser et passer un temps restreint dans leur chambre. Résultat : un concept cheap, chic et trendy", explique “Kike" - pour les intimes. Tous différents, de petite taille, très modernes ou très classiques, confiés aux meilleurs designers, tous les hôtels portent un prénom : Mauro, Oscar, Alicia, Laura - comme celui d’un ami qui vous accueillerait dans la ville. La fratrie Room Mate compte aujourd’hui 15 membres, surtout des reconversions d’anciens immeubles gérés en location. Avec ce concept porteur, le groupe ne connaît pas la crise. Kike Sarasola vient de conclure un deuxième tour de table avec l’arrivée de Rosalia Mera. La femme la plus riche d’Espagne, co-fondatrice de Zara, a pris 20 % de la compagnie. 52% des parts restent aux mains des trois fondateurs. Après New York et la reprise du célèbre QT d’André Balazs, le groupe va poursuivre son expansion sur le continent américain avant de s’attaquer aux capitales européennes (Londres, Paris, Rome, Milan, Berlin). Avec une distribution axée sur Internet, les Room Mates visent surtout une clientèle étrangère.Avenir sombre ou ensoleillé pour l’hôtellerie espagnole ? L’histoire de la petite entreprise familiale qui acquiert un statut de Grand d’Espagne s’est reproduite plusieurs fois dans l’industrie hôtelière ibérique. Celle-ci compte aujourd’hui un nombre croissant de groupes, dont certains se sentent à l’étroit dans les frontières nationales. Ainsi, Sol Meliá a tracé son chemin depuis 1956. De l’Altair Hotel de Palma de Majorque aux 280 établissements que le groupe compte dans le monde, Gabriel Escarrer a construit un empire dès l’âge de 21 ans. Rachat de Hotusa en 1984 ; de Meliá en 1987 - la même année où ouvre le Sol Bali, première incursion à l’international - ; acquisition de Tryp en 2000 : en jouant à la fois sur une croissance externe et organique, Sol Meliá est aujourd’hui un membre à part entière du G20 hôtelier mondial, présent dans 30 pays et coté en bourse depuis 1996.Plus récemment, NH Hoteles a suivi un parcours quasiment identique pour atteindre aujourd’hui la 6e place au niveau européen et la 18e au palmarès mondial des opérateurs hôteliers. Antonio Catalan, un autre entrepreneur dans l’âme, a ouvert son premier Nuevo Hotel à Pampelune en 1978 à l’âge de 19 ans. Le groupe comptait une cinquantaine d’hôtels au moment où le magnat italien Carlos de Benedetti investit dans le groupe, via son holding Cofir. En 1992, il appelle un natif de Florence, Gabriele Burgio, pour prendre le relais du fondateur, après avoir pris le contrôle de l’entreprise et l’avoir introduite en bourse. La nouvelle impulsion s’est traduite par une série d’acquisitions (pas toujours au meilleur moment d’ailleurs) : le groupe hollandais Krasnapolsky en 2000 (lui-même propriétaire des enseignes Golden Tulip et Tulip Inn qui seront plus tard cédées au management) ; le Mexicain Chartwell en 2001 ; l’Allemand Astron en 2002 ; et plus récemment une prise de participation puis le rachat des Italiens Jolly et Framon finalisé ces deux dernières années.L’hôtellerie espagnole est riche de ces success stories qui vivent aujourd’hui des moments plus difficiles. Barcelo, groupe familial parti d’une petite entreprise de transport touristique en 1930, est devenu un géant du tour operating et de l’hôtellerie, présent en Amérique Latine, au Royaume-Uni grâce au récent rachat de Paramount et aux Etats-Unis avec la fusion en 2002 avec la compagnie américaine de gestion hôtelière Crestline. Au début des années 30, José Gaspart Bulbena jetait les bases du groupe Husa Hoteles. La quatrième génération est aujourd’hui aux commandes d’un ensemble de 160 hôtels dans 125 destinations et d’une importante division de restauration et de traiteur.Faisant figure de benjamin, Hotusa, lancé en 1977 par Amancio López, n’était au départ que l’association de trois hôteliers indépendants pour devenir trente ans plus tard un acteur du tourisme global : 1ère chaîne volontaire européenne et 3e au niveau mondial, gestionnaire de ses propres hôtels sous la marque Eurostars, et gestionnaire d’autres établissements regroupés sous les enseignes, Domus Selecta ou Style. Le groupe est aussi présent dans les agences de voyage Viajes Baixas, la réservation hôtelière Keytel, la représentation via Hotelius, et le tour-opérateur Restel.On pourrait encore allonger cette liste. L’expansion de ces poids lourds touristiques s’est appuyée sur de solides fondamentaux : un marché originel qui est la deuxième destination mondiale avec près de 60 millions de visiteurs annuels, et une entrée facilitée sur le monde hispanophone qui a aidé au développement de nombreux resorts dans les Caraïbes et en Amérique Latine. Le modèle “Sol y Playa”, avec comme fer de lance les Baléares et les Canaries, a d’ailleurs donné le ton du développement du parc espagnol jusque dans les années 90. Toutefois l’exemple de NH, qui a bâti sa stratégie sur l’hôtellerie milieu de gamme de centre ville, a suscité les convoitises. La croissance d’un tourisme urbain et l’essor économique du pays a encouragé l’éclosion d’une nouvelle génération d’hôteliers : H10, Hospes, High Tech, Silken, Vincci ou encore Gat Rooms, Room Mate et Sidorme. Une nouvelle génération d’hôteliers inventifs a saisi l’opportunité du remplacement d’une offre vieillissante pour investir le coeur des métropoles espagnoles avec des établissements dans l’air du temps.Madrid, Barcelone, mais aussi Valence, Alicante, Malaga ou Séville : toutes ces métropoles ont vu fleurir une foule d’hôtels “cheap & chic” ou résolument haut de gamme. Un secteur a vu cette dynamique d’ouvertures d’un très bon oeil : l’immobilier, solide pilier de l’économie espagnole. D’un oeil d’autant plus bienveillant qu’il a lui-même activement participé à une impressionnante croissance de l’offre globale de +40% en moins de 10 ans. “Le secteur de la construction avait tellement d’argent qu’ils se sont diversifiés dans l’hôtellerie”, se souvient Antonio Fernandez Casado, le directeur général de High Tech Hoteles. “Les hôtels ont ouvert les uns après les autres”. “Sur les côtes, le développement de résidences s’est souvent adossé à un hôtel pour faire monter les prix”, explique Francisco Pleguezuelos, le directeur de l’investissement hôtelier de BNP Paribas Real Estate en Espagne. “Les grandes villes offraient également de nombreuses opportunités d’implantation. Tout le monde faisait le pari d’un futur brillant”.“Le marché espagnol est l’un des plus matures d’Europe de l’Ouest, avec la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne. C’est ce qui a facilité l’émergence de ces groupes et enseignes nationaux qui ont chacun voulu s’attribuer une bonne part du marché”, explique Vanguelis Panayotis, directeur du développement de MKG Hospitality. “C’est cette base solide qui leur a donné l’idée de partir aussi à la conquête des marchés voisins, et même parfois bien au-delà”.Mais un problème majeur a changé la donne : l’ensemble du secteur n’a pas anticipé – ou n’a pas voulu anticiper - le retournement brutal du cycle. Après des années d’euphorie, l’hôtellerie espagnole se réveille avec une sévère gueule de bois. “La surcapacité est générale”, se désole Antonio Fernandez Casado. Les résultats sont en chute libre. Sur les douze derniers mois, l’hôtellerie espagnole voit le compteur de son RevPAR bloqué autour des -15 % avec des chutes à - 30 %. Le premier trimestre 2009 a été très difficile et le deuxième ne laisse entrevoir qu’une légère amélioration. Chute du TO, guerre des prix : les mots qui fâchent sont sur toutes les lèvres. En début d’année, le directeur commercial de la chaîne économique Sidorme s’est rendu à Valence, la ville la plus touchée par le recul de l’activité. En centre ville, un établissement 4* vendait ses chambres à 50 euros alors que son hôtel en périphérie affichait des tarifs de 45 euros. “Pour un résultat mitigé : 20 % de TO pour le 4* et plus de 50 % pour notre hôtel 2*”, se souvient Carlos Lopez. Pour ajouter aux problèmes, le développement soutenu par le secteur immobilier s’est révélé un peu anarchique. “Ces non-professionnels de l’hôtellerie se sont lancés dans l’aventure sans étude de marché précise”, dénonce aujourd’hui Antonio Fernandez Casado. La conséquence fut la construction d’un nombre conséquent d’hôtel mal positionnés : soit de trop forte capacité, soit sur un mauvais segment pour leurs localisations. “La périphérie madrilène enregistre des baisses de 20 à 25 points de TO. Les 4 étoiles mal localisés souffrent alors qu’à leur place, un Ibis ou un Holiday Inn Express arriveraient à se maintenir”, démontre Francisco Pleguezuelos. Globalement, le pays souffre d’un sous-développement relatif de son hôtellerie économique. “L’Espagne n’a pas achevé son cycle de développement, car elle a négligé certaines zones géographiques et surtout certains segments porteurs”, confirme Vanguelis Panayotis de MKG Hospitality. “L’hôtellerie économique de chaînes y est encore sous représentée par rapport au potentiel du marché intérieur”.La crise actuelle a des conséquences fâcheuses sur la santé financière des établissements sortis de terre grâce à un fort effet de levier. Les revenus actuels couvrent difficilement - quand ils y arrivent encore - le seul service de la dette. Les banques sont assaillies de demandes de renégociation de prêt. Et ces requêtes sont reçues très favorablement, les établissements financiers ne désirant pas se retrouver avec des hôtels en difficulté sur les bras. “Alors qu’au Royaume-Uni, les banques assument les pertes en revendant les actifs, les banques espagnoles préfèrent différer et allonger de la dette sur 18-20 ans contre 12 initialement”, explique Francisco José Pleguezuelos López.Le cas est vrai aussi bien pour des hôtels individuels que pour des groupes, comme dans le cas d’Hesperia. En 2003, le groupe a cherché à avaler NH, une proie dix fois plus grosse que lui. L’OPA a échoué, mais Hesperia détient toujours 25% de son concurrent. En mai dernier, Hesperia a renégocié la dernière échéance du prêt consenti par Santander et Banesto dans le cadre de cette tentative de prise de contrôle. Hesperia disposera de huit autres années pour rembourser les 264 millions d’euros encore en suspens.Les hôteliers sont obligés de faire le dos rond afin de traverser sans trop de casse cette conjoncture difficile. Dans ce contexte, les groupes vont mettre un coup de frein à leur volonté d’expansion. High Tech, qui a neuf hôtels en préparation à Madrid et deux à Barcelone, va réduire son rythme de croissance qui allait de 4 à 6 hôtels par an avant le début du marasme actuel. “Nous allons introduire ces hôtels un par un pour observer les réactions du marché”, avoue Antonio Casado. Les plans de développement de Sol Meliá, NH, AC Hoteles ou Barcelo sont eux aussi réduits au minimum. Touché de plein fouet par le coup de froid sur l’économie espagnole, Sol Meliá a adapté son plan stratégique 2008-2010 en limitant son investissement à 100 millions au lieu des 200 prévus. Sol Meliá concentre son énergie à l’exécution de son plan d’urgence. Au programme : discipline sur les coûts et restauration de la solidité financière. Le plan se concentre sur quatre orientations : accroître les revenus, rationaliser ses coûts, gérer les risques et maintenir son équilibre financier.Pour redonner du tonus à un bilan alourdi par les pertes, NH Hoteles a récemment procédé à une augmentation de capital de 200 millions d’euros. Une nécessité et une bonne surprise pour de nombreux observateurs. Le succès n’était pas couru d’avance en raison du conflit ouvert entre le management du groupe et son actionnaire principal Hesperia, qui n’a pas de siège au comité directeur. En parallèle, le groupe a budgété 300 millions d’euros de cessions d’actifs – cessions en sale & lease back et cessions sèches – sur les douze prochains mois.S’il va assainir les finances du groupe, le timing de ce programme de désengagement immobilier n’est pas idéal. NH Hoteles, tout comme Sol Meliá d’ailleurs, sont longtemps restés à l’écart de la pratique de l’“asset light”. Leur stratégie patrimoniale, gourmande en CAPEX, se double aujourd’hui d’un fort endettement et d’un besoin de vendre au mauvais moment. “Compte tenu du caractère forcé de ces ventes, il est probable que cela se fasse à des conditions dégradées. Par ailleurs, la visibilité sur leur capacité à céder des montants significatifs est faible au regard des marchés actuels et de leur positionnement difficile (Espagne et Mexique notamment, mais aussi Pays-Bas pour NH). Il est probable que la politique immobilière constitue un catalyseur clé pour Sol Meliá et NH Hoteles en levant au moins partiellement les inquiétudes sur leur dette. Mais la visibilité sur leur capacité à conclure de telles transactions reste très faible”, estime Guillaume Rascoussier, analyste financier chez Oddo.La crise actuelle marque-t-elle pour autant la fin du “Siècle d’or” pour les groupes espagnols? Force est de constater que les navires amiraux de l’invincible armada traversent une sérieuse tempête sur leur marché domestique. Antonio Casado prévoit “une vague de fermetures saisonnières dans les zones touristiques et l’accroissement du nombre d’actifs en détresse pour les établissements les moins bien positionnés”.Dans ce paysage troublé, Simon Pedro Barcelo a lancé un pavé dans la mare : celui de la consolidation inévitable. “La chute du tourisme provoquera une plus grande concentration du secteur hôtelier. Les groupes de taille moyenne et les indépendants qui sont présents uniquement en Espagne vont avoir des difficultés sérieuses”, prophétisait l’hôtelier dans un entretien donné au magazine économique Expansion en avril dernier. Simon Pedro Barcelo ne voit pas d’autres solutions pour ces acteurs de petite taille que de “regarder du côté des chaînes leaders, l’alternative la plus attrayante avec leur grande capacité de distribution”.“Une concentration serait logique. C’est même ce dont nous avons besoin”, remarque le directeur de l’investissement hôtelier de BNP Paribas Real Estate en Espagne. Problème : les caisses sont vides. “Barcelo, qui aurait pu être un acteur de la consolidation, doit digérer l’achat de Paramount. NH a un problème de composition de son actionnariat. Sol Melia est dans une “wait and see situation”. Et les banques sont frileuses vis-à-vis de l’hôtellerie à l’heure actuelle. Ajoutez à cela que les chaînes espagnoles sont en grande partie familiales… Au final, il pourrait ne rien se passer du tout. Je pense qu’il sera difficile de voir deux groupes espagnols fusionner”, estime Francisco Pleguezuelos. “Et c’est dommage”, ajoute-t-il.Cependant, à plus ou moins brève échéance, Sol Meliá entend bien tirer profit de la situation. “Nous entrevoyons de très bonnes opportunités avec les portefeuilles immobiliers hôteliers détenus par les banques. Nous pensons également que des hôteliers indépendants rechercheront dans un futur très proche un support en matière de ventes et marketing”, attend Luis del Olmo, Vice-président exécutif et directeur général Ventes & Marketing du groupe. Si les groupes espagnols encore solides sont dans l’expectative, les leaders de l’hôtellerie mondiale ne veulent pas être absents de cette vague de concentrations, si elle se déclenche. Accor, IHG ou Rezidor n’ont jamais caché leur volonté d’étendre leurs réseaux en Espagne. Les groupes américains qui sont peu présents de l’autre côté des Pyrénées pourraient également trouver l’occasion d’accroître une offre qui dépasse rarement plus de deux hôtels.A moyen terme, une fois ses problèmes actuels résolus, le marché espagnol reste une valeur sûre de l’hôtellerie européenne. Le gouvernement prend le taureau à pleine corne pour accélérer le retour à la normale avec un dispositif de soutien au tourisme de 600 millions d’euros. Une initiative encouragée par Luis del Olmo : “il est essentiel que les acteurs publics et privés joignent leurs efforts pour soutenir l’industrie touristique. Les décisions doivent se concentrer sur le maintien de la compétitivité de la destination”. Afin de donner envie aux vacanciers de se rendre en Espagne plutôt que de se reporter vers l’Egypte, la Turquie ou les plages des Caraïbes, les chantiers proposés sont nombreux et ambitieux : investir dans une nouvelle stratégie de communication et de promotion, segmenter les expériences, aider à la reconversion et la modernisation de l’hébergement touristique. Bientôt l’heure de la Reconquista ? Selon plusieurs observateurs, celle-ci n’est pas attendue avant fin 2010. “Même si l’économie nationale espagnole subit de fortes turbulences, la force de la clientèle domestique est aujourd’hui une réalité. Ce sera certainement l’un des prochains enjeux du développement hôtelier”, analyse Vanguelis Panayotis Les nouveaux conquistadors de l’hôtellerie espagnoleSol Meliá, Barcelo, Iberostar, Riu : ces quelques chefs de file de l’hôtellerie espagnole ont depuis longtemps propulsé leurs navires amiraux loin des côtes nationales. L’Amérique latine - Mexique, République Dominicaine, Cuba, Costa Rica, Brésil - a été comme un prolongement évident de leur offre, à la fois par proximité linguistique et en raison d’un savoir faire dans le développement des resorts. Le pionnier du concept all inclusive Riu Hotels, co-détenu par la famille Riu et le tour-opérateur allemand TUI, est allé le plus loin dans l’exploration de nouveaux territoires. Il est présent aujourd’hui du Cap Vert au Kenya en passant par la Jamaïque. Comme celui de Riu, le parc Iberostar s’étend désormais des côtes du Montenegro aux rives de la mer Noire en Bulgarie, des plages tunisiennes aux celles de Turquie.Pour NH et Sol Meliá, groupes à la double vocation Loisirs et Affaires, l’Europe reste le premier territoire du développement afin de continuer leur expansion et diversifier les risques. Ainsi, après les grands pays de l’Ouest (Benelux, Allemagne, Italie), NH Hoteles part à la conquête de l’Est avec des ouvertures attendues à Budapest et Prague. Pour sa part, Sol Meliá va prochainement ajouter Luxembourg à la liste des capitales européennes couvertes par le groupe (Athènes, Berlin, Lisbonne, Londres, Paris, Rome). Mais il commence également à étendre ses ailes vers un nouveau continent, l’Extrême Orient à Shanghai.Pour autant, le développement des groupes espagnols, à commencer par celui des leaders nationaux, reste encore éminemment domestique. Husa, l’un des doyens de l’hôtellerie espagnole créé en 1930, ne compte à l’heure actuelle sur ses 169 établissements que 11 hôtels hors de ses frontières, dont 5 en Andorre. En dix ans d’existence, AC Hoteles a réussi à composer un maillage important du territoire avec ses hôtels d’affaires. A son actif, une présence dans les deux tiers des villes de plus de 50 000 habitants et dans 14 des 15 plus grandes métropoles nationales avec quelques fleurons comme le Palacio del Retiro à Madrid ou le AC Barcelona. “Il est vrai que l’importance du marché espagnol a facilité l’émergence d’acteurs majeurs", rappelle Vanguelis Panayotis, directeur du développement de MKG Hospitality. "Malgré ses déboires actuels, l’Espagne reste un marché attractif. En particulier pour les hôteliers qui attaquent le marché avec un produit innovant ou sur un segment porteur".Ainsi Room Mate, avec son concept "cheap & chic" de centre ville, affiche des performances à faire pâlir d’envie la plupart de ses concurrents. Son fondateur avance un TO moyen de 80 % et un prix moyen proche des 100 euros. De son côté, Sidorme, soutenu par l’investisseur Nmas1, a investi une catégorie encore délaissée par la plupart des groupes espagnols, l’hôtellerie économique, et se félicite de résultats supérieurs à la moyenne de ses collègues opérateurs en 3- 4*. On retrouve aussi Nmas1 derrière un autre groupe inventif, High Tech Hoteles,La bataille sur le front de l’hôtellerie économique va s’échauffer avec l’arrivée de nouveaux conquistadors : Husa Hoteles tente une percée avec son concept Hotelandgo proche des zones industrielles, en s’appuyant sur un partenariat avec le Coperfil Group, investisseur dans les plates-formes logistiques. Fils d’hôtelier de Barcelone, Alex y Bibiana Serra a créé Gat Accommodation avec sa marque Gat Rooms pour faire sa place sur un marché prometteur. D’ailleurs, les ambitions d’Alex Serra ne se limitent pas à l’Espagne. Après Barcelone et Madrid, il va implanter Gat à Lisbonne en 2009, puis suivront puis Paris, Berlin et Tanger en 2010.Dans un marché domestique atone et chahuté, l’envie de partir à la conquête des marchés voisins excite désormais de nombreux hôteliers. Dans la foulée des leaders, premiers exportateurs d’une hôtellerie ibérique, le mouvement touche les groupes familiaux haut de gamme, longtemps concentrés sur leur territoire, comme le Catalan Derby Hotels de la famille Clos ou Vincci Hoteles de la famille Calero. Le premier est déjà présent à Londres et Paris. Le second a posé son enseigne à New York, en Californie et en Tunisie. L’appel de l’international est suivi par les nouveaux acteurs comme Room Mate, déjà présent aux Etats-Unis, avant de poursuivre vers Mexico et Buenos-Aires.Mais à bien y regarder, c’est une démarche encore modeste, en dehors de Sol Melia et NH. Depuis son démarrage dans le milieu des années 2000, AC Hoteles ne compte que deux hôtels au Portugal et dix en Italie. Hospes n’est implanté qu’à Paris avec le rachat de l’hôtel Lancaster. Derby a planté son fanion à Londres et Paris ; Silken, présent à Bruxelles, attend depuis fin 2008 l’ouverture d’un 5* à Londres construit sous la houlette de Sir Norman Foster. L’envie de trouver un relais de croissance à côté d’une offre domestique déjà encombrée est contrariée par le réalisme économique et financier. Les projets non-engagés, s’ils ne sont pas complètement abandonnés, sont du moins bien retardés.High Tech Hoteles : une politique de reconversionSegments : 3* et 4* • 20 hôtels à Madrid (6 High Tech et 14 Petit Palace) • 3 hôtels à Barcelone et à Séville • 1 hôtel à Bilbao, Getxo, Malaga, Salamanque et Valence • Projets : 9 hôtels à Madrid et 2 à BarcelonePour entrer sur le marché au milieu des années 2000, High Tech a misé sur la reprise d’hôtels indépendants dont les propriétaires approchaient de la retraite. "Il y avait de nombreuses opportunités. Ces hôtels de 60 à 80 chambres, idéalement placés, apportaient un produit différent sur des marchés que nous connaissions très bien", explique Antonio Fernandez Casado, directeur général du groupe. La taille limitée des établissements exploités en location offraient deux avantages : des loyers modestes et peu de chambres vides. Pour chaque hôtel, le groupe a consacré un investissement moyen de 4 millions d’euros de travaux de rénovation. Cette stratégie de reprise d’anciens établissements s’est petit à petit élargie à la reconversion d’immeubles d’habitation. Ceux-ci constituent aujourd’hui les deux tiers de l’offre de High Tech Hoteles qui se divise en deux enseignes : High Tech, des hôtels majoritairement milieu de gamme pour la reconversion d’immeubles récents, et Petit Palace, des 4* destinés à la reconversion de bâtiments historiques.Derby Hotels Collection : l’art en voyageSegments : 4 et 5* • 6 hôtels à Barcelone (+ 2 résidences) • 2 hôtels à Madrid • 1 hôtel à Londres et Paris • Projets : BarceloneArchéologue par passion, homme d’affaires par conviction, Jordi Clos partage son temps entre fouilles, mécénat, investissement immobilier et la conduite de son groupe Derby Hotels Collection. Sa collection d’hôtels 4 et 5* retranscrit cette passion pour l’art et compte deux figures de proue : le Claris à Barcelone et l’Hôtel Urban à Madrid. Plutôt que d’investir les grandes villes de province comme beaucoup de ses compatriotes, Derby Hotels reste concentré sur les grandes métropoles internationales. Après une première incursion à Londres et l’ouverture de l’hôtel Caesar en 2004 près de Hyde Park, Derby Hotels vient d’ajouter le Banke Hotel, dixième pièce de sa Collection à Paris, à deux pas de l’Opéra. Associé à la société de promotion immobilière Metrópolis, dont Jordi Clos est aussi VP, le groupe Derby Hotels a investi 75 millions d’euros pour transformer le siège parisien d’une filiale de la banque HSBC en hôtel de luxe de 94 chambres. Le groupe mène deux autres projets d’exception à Barcelone : le Bagués, un boutique hôtel sur les Ramblas, et l’Arai, hôtel de luxe de 40 suites dans le quartier gothique.Sidorme : La stratégie économiqueSegment : 2* • 1 hôtel à Mollet, Granollers, Figueras, Gérone et Valencia Feria • Projets : Albacete, Granada, Madrid Barajas, Jerez, Sant Cugat et CastellonFernando Rivas, ex-directeur de Danone basé à Paris, est un nouveau venu dans l’univers hôtelier. Mais, fort de ce qu’il a pu observer en France, il s’est lancé d’emblée sur un segment encore peu couru en Espagne : l’hôtellerie 2*. Le groupe a déposé le concept de “quality low cost hotel". Standardisés, tous les Sidorme de 80 à 100 chambres disposent des mêmes équipements. Dans un univers clair et épuré, le client y retrouve les basiques - un grand lit et un bon matelas, une douche spacieuse – en plus de nombreux services gratuits pour un prix moyen de 45 € en 2009. Le premier hôtel a ouvert en 2006 à Mollet, dans la périphérie de Barcelone. "Dès les premiers mois, le taux d’occupation dépassait les 80% sans rien faire", raconte Carlos Lopez, directeur commercial du groupe, qui compte aujourd’hui 5 hôtels. Le rythme de développement devrait s’établir à 5 ou 6 hôtels par an jusqu’à 2012. La barre des 100 hôtels d’ici 2018 pour un investissement total de 400 millions d’euros est l’objectif de l’actionnaire principal, le fonds N+1. A moins que celui- ci exerce son droit de sortie d’ici là. Sidorme a signé un accord de promotion croisée avec le groupe français B&B Hotels.Room Mate : L’innovation en marcheSegment : 3* • 4 hôtels à Madrid • 3 hôtels à Grenade • 2 hôtels à Malaga • 1 hôtel à Barcelone, Oviedo, Salamanque, Valence. A l’étranger : New York et Miami • Projets : Mexico, Buenos Aires, Barcelone, MadridEnrique Sarasola, cavalier olympique et fils d’un industriel renommé, s’est associé il y a 6 ans à Carlos Marrero et Gorka Atorrasagasti pour créer la sensation avec Room Mate Hotels. “Tout est parti d’un postulat : l’hôtellerie 5* est beaucoup trop chère pour des clients qui veulent découvrir une ville, s’amuser et passer un temps restreint dans leur chambre. Résultat : un concept cheap, chic et trendy", explique “Kike" - pour les intimes. Tous différents, de petite taille, très modernes ou très classiques, confiés aux meilleurs designers, tous les hôtels portent un prénom : Mauro, Oscar, Alicia, Laura - comme celui d’un ami qui vous accueillerait dans la ville. La fratrie Room Mate compte aujourd’hui 15 membres, surtout des reconversions d’anciens immeubles gérés en location. Avec ce concept porteur, le groupe ne connaît pas la crise. Kike Sarasola vient de conclure un deuxième tour de table avec l’arrivée de Rosalia Mera. La femme la plus riche d’Espagne, co-fondatrice de Zara, a pris 20 % de la compagnie. 52% des parts restent aux mains des trois fondateurs. Après New York et la reprise du célèbre QT d’André Balazs, le groupe va poursuivre son expansion sur le continent américain avant de s’attaquer aux capitales européennes (Londres, Paris, Rome, Milan, Berlin). Avec une distribution axée sur Internet, les Room Mates visent surtout une clientèle étrangère.

Cette archive de plus d'un mois est réservée aux abonnés Premium et Club

Accédez à l'ensemble des contenus et profitez des avantages abonnés

J'en profite

Déjà inscrit ?

Un article

Achetez l'article

Un pack de 10 articles

Achetez le pack
Chargement...

Vous avez consulté 10 articles. Revenir à l'accueil ou en haut de la page.

Accéder à l'article suivant.

Inscrivez-vous pour ajouter des thèmes en favoris. Inscrivez-vous pour ajouter des catégories en favoris. Inscrivez-vous pour ajouter des articles en favoris. Connectez-vous gratuitement pour voter for the application .

Déjà inscrit ? Déjà inscrit ? Déjà inscrit ? Déjà inscrit ?