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Investissements

« Si l’on veut qu’il y ait des touristes en France, il faut qu’il y ait des capacités d’hébergement »

Entretien avec Alain Calmé, président de European Camping Group, leader européen de l’hôtellerie de plein air. Une saison 2022 qui affiche des réservations à +10% par rapport à 2019 et de nombreux projets. Le groupe est en phase d’accélération.

Alain, on parle beaucoup de l’Hôtellerie de Plein Air depuis plusieurs mois maintenant, European Camping Group en est l’un des leaders en Europe, l’arrivée de PAI Partners à l’automne dernier vous dote de nouveaux moyens quelle est votre analyse de ces premiers mois de travail commun ?

L’arrivée de PAI est très importante. Comme toutes les entreprises du secteur, nous avons beaucoup souffert durant la crise liée au Covid 19. Nous avons probablement plus souffert encore que nos autres collègues du camping, car nous avons une clientèle très internationale. La clientèle française représente moins d’un quart de nos clients. Notre métier c’est de faire passer les frontières à des clients de toute l’Europe. Pour faire face au manque à gagner, nous avons eu recours aux Prêts Garantis par l’Etat qui se sont révélés extrêmement salutaires. Toutefois nous entrons maintenant dans la phase où il faut rembourser ces prêts et grâce à PAI nous avons pu recapitaliser et rembourser tous nos PGE. Nous sommes donc dans une situation financière saine qui nous permet de relancer notre offre.

Quelle stratégie pour développer votre parc dans ce secteur où tout développement est complexe ?

Il y a aujourd’hui beaucoup de propriétaires indépendants et quelques groupes qui consolident le marché, les transactions mensuelles sont plutôt nombreuses. La part des groupes reste encore faible dans ce marché très fragmenté. Nous estimons avoir une part de marché de 5 à 7% ce qui est peu élevé pour un leader.

Il y a aussi des opportunités de croissance organique actuellement. Pour cela il y a le levier du remplissage et celui des prix. Côté remplissage, 2022 sera l’année du retour à la normal après deux années anormales. Les prix se portent bien. Nous sentons que les clients ont envie de partir et qu’ils sont prêts à puiser dans leurs bas de laine pour s’offrir des vacances enfin en totale liberté. Tous les secteurs de l’hébergement touristique font ce constat, il y a vraiment un appétit de vacances chez nos clients.

La croissance organique cela pourrait aussi signifier créer de nouveaux campings mais en France c’est compliqué. C’est également long et il y a un encadrement réglementaire très complexe en particulier dans les zones proches des littoraux. Créer des campings se révèle compliqué et les opportunités sont très rares dans tous les pays où nous sommes présents.

Notre vecteur de croissance est donc principalement de racheter des campings, investir et rééquiper avec par exemple des piscines, des toboggans aquatiques et avec plus de mobil homes. Nous sommes donc sur une stratégie d’acquisition et de monté en gamme des campings repris.

Nous avons ainsi récemment annoncé l’achat de trois campings indépendants et nous en annoncerons d’autres d’ici la fin de l’année. C’est la voie sur laquelle nous prévoyons de conforter notre croissance. C’est d’ailleurs la stratégie que nous avions amorcée avant le Covid dès 2018.

Nous sommes submergés d’offres de campings à acheter, nous en recevons quasi quotidiennement. Sur toutes celles que nous recevons, il y en a environ une par semaine que nous étudions sérieusement. Nous cherchons bien sûr des localisations attractives où les touristes ont envie d’aller, des terrains avec 200 voire 300 emplacements et enfin, un prix qui nous permette de déployer un business plan viable.

Je constate que les prix ont énormément augmenté, beaucoup de vendeurs ont des attentes de prix qui ne sont pas compatibles avec un business plan équilibré même avec notre capacité à faire venir des clients de toute l’Europe. Le camping est un petit univers où tout le monde se parle, il suffit de quelques transactions à des prix aberrants pour que les prix augmentent. Il faut arriver à concilier les attentes des vendeurs avec les possibilités des acheteurs.

Tous ces indépendants font de très bonnes affaires à la sortie notamment par rapport à des investisseurs qui se seraient lancés dans l’hôtellerie dite traditionnelle. C’est un secteur qui s’est énormément valorisé dans les 20 dernières années, c’est également le résultat d’énormément de travail de la part de ses acteurs.

Il y a de nouveaux entrants qui s’intéressent à l’hôtellerie de plein air, ils n’ont pas de passé dans cette activité. Tous les indépendants peuvent en témoigner, le camping c’est un métier dur avec en période d’ouverture, une activité très intense. C’est le cas pendant les fermetures également, puisque l’on met en place toutes les améliorations nécessaires pour la saison suivante. Il y a un savoir-faire important dans la gestion des prix, l’accueil des clients ou encore dans la distribution par exemple.

On méconnait la complexité d’opérer ces campings qui sont devenus de gros complexes compliqués, comparables à des resorts de plein air. Il y a 20 ans nous ne trouvions pas l’appellation hôtellerie de plein air très justifiée, maintenant elle illustre parfaitement notre profession. Même si ce sont des infrastructures légères, en termes d’exploitation cela devient de plus en plus similaire à un hôtel, voire un resort.

Lorsque nous nous sommes parlé en juillet 2020, vous veniez de lancer la marque Marvilla Parks afin de regrouper sous une même bannière les établissements d’HPA que vous gérez en propre, la situation conjoncturelle était loin d’être favorable, qu’en est-il pratiquement deux ans après ?

Après un an de préparation, nous avions lancé notre marque juste avant le premier confinement. Cela n’a pas tout stoppé mais cela a rendu le déploiement plus compliqué. C’est aujourd’hui la marque de nos campings en propre que nous avons achetés et que nous opérons. Elle est en forte croissance. L’essentiel de l’activité du groupe se concentre sur cette marque qui représente aujourd’hui environ 13 000 emplacements. Nous reprenons notre trajectoire autour d’un travail sur la qualité de l’accueil, des hébergements, des infrastructures et des animations.

Cette marque Marvilla Parks mise beaucoup sur la qualité de service et de la relation client, comment parvenez-vous à gérer le manque de main d’œuvre globalement constaté pour tout le secteur de l’hospitality ?

Nous rencontrons certes des difficultés de recrutement comme chaque année avec quelques personnels manquants mais sans commune mesure avec ce qui a pu être dit dans la presse. La campagne de recrutement que nous avons lancée il y a maintenant 6 mois ne s’est pas déroulée plus difficilement qu’habituellement.

Nous avons beaucoup travaillé sur la qualité de vie au travail de nos salariés. Les saisonniers. sont par exemple logés en mobil home. Loger en tentes peut être pénible en début de saison et quand il s’agit d’y dormir plusieurs mois d’affilé.

Nous avons également mis en place une prime de fidélité en informant nos meilleurs saisonniers que, s’ils reviennent l’année suivante, ils auront une prime.

Ce travail nous a permis de mieux fidéliser nos saisonniers et d’en attirer de nouveaux.

Votre groupe a rejoint la communauté du Coq Vert en mars dernier, quels sont vos objectifs RSE en tant que leader européen du camping et quels moyens déployez-vous pour y parvenir ?

Nous avions lancé des actions dans ce domaine et PAI nous a demandé de les intensifier. Cela fait partie des prérequis désormais d’investir dans des entreprises responsables. Nous faisons de nombreuses actions et il nous a paru positif de le faire savoir. Rejoindre ces labels c’est également un moyen de structurer nos actions.

Nous travaillons actuellement beaucoup autour d’actions liées au réchauffement climatique. Nous avons mandaté une étude qui démontre que l’hôtellerie de plein air a un bilan carbone bien meilleur que toutes les autres solutions d’hébergement. Le mobil home est un hébergement léger, recyclable, qui consomme beaucoup moins de CO2 que la construction d’une structure en béton.

Nous travaillons également à de nombreux prototypes en interne car c’est un sujet qui enthousiasme un grand nombre de salariés. Nous faisons des essais pour de l’électricité alimentée par des panneaux photovoltaïques, des ballons d’eau chaude fonctionnant à l’énergie solaire ou encore sur l’isolation des structures HLL. Nous déployons de nombreuses solutions pour réduire notre empreinte environnementale il nous paraissait important de le faire savoir.

Il s’agit pour nous de faire, de faire savoir mais pas de faire semblant.

Vous aviez construit depuis 2010 une relation de travail particulière avec l’ancien investisseur Montefiore, après 15 ans de travail ensemble comment se déroule le passage avec un nouveau partenaire ?

Cela se passe très bien avec PAI. Chez Montefiore, je connaissais Eric Bismuth depuis 30 ans, cela nous avait permis de développer une relation privilégiée. Avec PAI nous découvrons d’autres modes de fonctionnement et nous sommes très agréablement surpris. Les équipes sont nombreuses à nous suivre et se rendent disponibles. Si nous leur communiquons des business plans, nous savons qu’il y aura quelqu’un pour les lire et nous soumettre des questions détaillées. C’est donc un challenge intellectuel et de rigueur pour toutes les équipes.

C’est également un partenaire avec une vraie vision et qui nous appuie pour la croissance. Nous sommes désormais dans une phase d’accélération à leur demande et grâce aux moyens qu’ils nous ont apportés.

Vous avez été vice-président de l’Alliance France Tourisme au cœur de la tempête pendant l’épidémie de Covid 19, en cette période d’élections quelles sont vos attentes, en tant qu’entrepreneur du secteur, vis-à-vis du futur gouvernement ?

En tant qu’entrepreneur j’étais ravi de rejoindre l’Alliance France Tourisme car cela m’a permis de faire porter mes idées à un niveau gouvernemental ce qui ne se faisait pas auparavant. Pendant la crise, il y a également eu je pense une prise de conscience du gouvernement et de la classe politique quant à l’importance et au poids économique du tourisme en France. Cette prise de conscience a débuté avec les actions lancées par Laurent Fabius et cette dynamique s’est accélérée avec le Covid. Le tourisme est un gros pourvoyeur d’emplois et il n’y a pas de déficit commercial dans notre secteur. L’Alliance France Tourisme se retrouve positionnée pour porter ces messages auprès des décideurs publiques.

Il y a sujet qui me tient particulièrement à cœur. La France est un pays très attractif, il faut certes continuer à travailler sur son attractivité, mais si l’on veut qu’il y ait des touristes en France, il faut qu’il y ait des capacités d’hébergement. On ne peut pas faire venir des millions de touristes sans pouvoir les loger. Bien qu’il soit important de revitaliser les territoires, c’est un travail de longue haleine. A court terme, les touristes veulent aller là où vont déjà les touristes. Si l’on ne peut plus ouvrir un seul camping ou ouvrir un seul hôtel dans les zones touristiques, cela pose un problème. Briser la complexité réglementaire permettrait d‘augmenter notre capacité d’accueil.

Il est incontestable qu’il faut protéger la faune et la flore il serait toutefois pertinent de rechercher des compromis intelligents permettant de ménager les écosystèmes tout en développant nos capacités d’accueil. Je suis pour la voie d’un développement responsable.

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