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Entretiens

[Podcast] "Notre crainte cette année c’est que si les campings stoppent leurs investissements, les fournisseurs ne se remettent pas et que nous perdions une partie de la créativité qui nous permet de faire évoluer notre offre" - Partie 2

Nicolas Dayot, Président de la Fédération Nationale de l’Hôtellerie de Plein Air et exploitant de camping en Bretagne offre un large panorama de l’activité camping en France, une filière pour laquelle de nombreuses opportunités restent à saisir. Seconde partie de notre entretien.

Retrouvez la première partie de l'entretien. 

Sur un plus long terme, avez-vous fait un premier bilan avec tous les adhérents de la FNHPA ? Comment se projettent-ils ? Comment envisagent-ils peut-être de faire muter leurs offres, de changer leur site, leur communication ? Y en a-t-il déjà qui commencent à réagir ?

Finalement la source d’inquiétude pour le futur est surtout sur le sauvetage de l’amont, c’est-à-dire de nos fournisseurs car nous sommes un peu comme d’autres, nous investissons beaucoup chaque année, c’est l’une des sources de notre attractivité, vous parliez tout à l’heure des parcs aquatiques, des aires de jeux, des restaurants, des services que nous pouvons développer sur les campings et que nous rajoutons chaque année pour être évidemment plus attractifs et plus créatifs et pour satisfaire une clientèle qui veut toujours des nouveautés. Notre crainte cette année c’est que si les campings stoppent leurs investissements  au cours de l’automne hiver 2020-2021, les fournisseurs ne se remettent pas et que nous perdions une partie de la créativité qui nous permet d’arriver à faire évoluer notre offre. Nous encourageons les campings à continuer d’investir cet hiver pour mieux rebondir par la suite parce que nous sommes assez optimistes. Evidemment personne ne sait si le Coronavirus sera à nouveau présent pour l’année 2021, si entre temps, un vaccin aura été trouvé ou pas ou si c’est un phénomène qui va revenir chaque année sachant que nous serons plus prêts l’année prochaine que cette année bien entendu mais tout cela relève de la boule de cristal.

Mais nous pensons que les français et les étrangers de proximité ont peut-être pris des habitudes qui vont durer un certain temps, peut-être deux, trois ans même plus longtemps en partant en vacances non loin de chez eux plutôt qu’à l’autre bout du monde pendant un ou deux ans. En tout cas si nous faisons le parallèle
avec ce qu’imaginent les agences de voyage, cela nous conforte dans cette analyse puisque les agences de voyage disent qu’une partie de la population mondiale aura peut-être du mal à retrouver un rythme de voyage dans les deux années qui viennent. Cela veut dire que les gens vont partir en vacances en
France et vont partir en vacances dans les pays frontaliers. Pour le camping, 2021 et 2022 vont être de bonnes années tout en gardant nos fondamentaux sans forcément nous transformer mais en continuant à appuyer sur ce qui a fait la recette de notre succès au cours des dernières années, des dernières décennies. C’est-à-dire des hébergements locatifs confortables, une poursuite de montée en gamme y
compris pour les emplacements tentes, caravanes, camping-cars qui continuent de fonctionner très bien.

Parfois nous entendons que les campings abandonnent leurs emplacements pour mieux se concentrer sur l’hébergement locatif, ce n’est pas vrai. La fréquentation des hébergements est toujours très bonne, il y a même des clientèles nouvelles qui les découvrent même si les clientèles nouvelles se concentrent surtout sur les hébergements locatifs. Les hébergements locatifs donc les mobile homes chalets, les roulottes,
les cabanes dans les arbres, etc. accueillent chaque année de plus en plus de monde. Dans les statistiques que nous avons pu étudier avec attention depuis ces dernières semaines, nous nous sommes aperçus que les réservations se concentrent quasiment uniquement sur les hébergements locatifs donc mobile homes, chalet et autres, un peu moins sur les emplacements nus que d’habitudes. C’est normal puisque les gens vont réserver beaucoup en dernière minute, ils ne vont pas les bouder, ils vont se remplir quand même
au cours de l’été mais c’est juste que pour l’instant dans les réservations, nous ne le percevons pas. Ce que nous voyons dans les réservations d’hébergements locatifs c’est qu’il y a une proportion non négligeable de clients nouveaux qui n’ont jamais pratiqué le camping de leur vie et qui vont le découvrir à l’occasion de cet
été 2020. 
Si nous arrivons à être bons, à capitaliser sur cette situation particulière, nous pouvons capter de nouveaux clients, à supposer que nous arrivions à les séduire cette année. A travers la découverte de la nature, de l’espace disponible, des grands sites naturels aux cours desquels le séjour se tient. Je pense qu’en appuyant sur ces créneaux-là et le développement durable bien entendu à travers la découverte des paysages de la France pour paraphraser Jean-Baptiste Lemoyne qui parle de vacances « bleu, blanc, rouge » de territoires peu fréquentés habituellement, c’est là que les campings sont situés généralement,
nous sommes situés assez peu en ville.
Il se peut que les français prennent du plaisir à redécouvrir la France, cela tombe bien car nous sommes surtout dans les territoires ruraux français.

Concrètement comment imaginez-vous le client et l’exploitant de camping de demain ?

Le camping ne cesse de se transformer. En réalité, ce qui fait le secret de notre profession depuis toujours mais notamment depuis 30 ans à peu près, c’est vraiment de s’appuyer sur cette souplesse d’exploitation que nous essayons de défendre comme la prunelle de nos yeux, certains ne comprennent pas à quel point elle est formidable. A partir d’un objet qui a été aménagé il y a parfois 80 ans, 70 ans, nous arrivons au
fur et à mesure des époques à passer d’un champ où il n’y avait que gens qui venaient avec des petites tentes, à des hébergements différents. Des chalets dont je parlais mais même des équipements de camping, la tente, la caravane, le camping-car, les tentes avec du bois, tous les objets étranges que je
vous listais tout à l’heure, la cabane dans les arbres, la yourte, la tente flottante, la tente accrochée à une branche d’arbre.
Nous avons pu rajouter dans notre périmètre d’exploitation des espaces aquatiques, des accrobranches depuis quelques années, parfois des parcs d’attractions, des centres équestres, tout un tas d’équipements et de services nouveaux que nous ne proposions pas par le passé, qui nous ont permis de capter la clientèle supplémentaire et maintenant ce que nous voyons de plus en plus sans doute est l’un des remèdes à la disparition justement des petits campings dont nous parlions tout à l’heure c’est d’aller encore un peu plus loin dans la segmentation parce qu’il y a peut-être trop de standardisation importante de campings de moyenne gamme et notamment des campings de tailles moyennes aussi. Moyenne gamme et taille moyenne qui peuvent se démarquer par rapport à d’autres modèles qui marchent très bien notamment les resorts dont vous parliez mais également des campings de groupe qui ont poussé très loin certaines thématiques particulières qui plaisent beaucoup à un segment de clientèle. Par contre les campings de
taille moyenne et les petits campings ont vocation sans doute à rebondir encore plus en scénarisant beaucoup plus leurs produits, leurs campings, en choisissant une thématique forte propre à eux et je
pense particulièrement aux tous petits campings.
Nous avons 3 000 campings de moins de 60 places en France, ce sont ceux-là qui généralement disparaissent. Certains commencent à les transformer pour en faire des petits établissements très cosy
dans un esprit de chambres d’hôtes au coeur de la campagne souvent ça plait beaucoup au CSP+ en particulier. Souvent ils se lancent mais pas seulement dans l’insolite au sein de ces équipements et ce sont des établissements qui ont un vrai avenir à condition que nous travaillions beaucoup plus le marketing
et contrairement à d’autres modes d’hébergements dans la campagne qui ont disparu parce que justement
comme vous le disiez au début, ils sont engoncés à cause des normes d’accessibilité, de sécurité et autres.
Dès lors que nous sommes dans un espace naturel, très souple d’exploitation, ces petits campings qui constellent la campagne française pourraient trouver un nouvel avenir mais cela marche aussi pour des établissements qui ont une centaine d’emplacements, 120 places, 150 places et qui aujourd’hui sont un
peu communs les uns par rapport aux autres. Cela commence à frémir pour ces 2/3 de l’offre, cela peut nous permettre d’aller beaucoup plus loin en termes de fréquentation. Pour faire simple même si ça ne se confirme pas, c’est encore de la prospective approximative, avec les lits touristiques que nous avons puisque comme vous le savez, nous avons de très loin la plus grande quantité de lits touristiques marchands en France. Nous avons 2,7 millions de lits touristiques, c’est-à-dire le double de l’hôtellerie entière. Nous sommes très complémentaires.
Pour faire simple, si nous arrivons à redynamiser une partie importante des établissements existants, nous pouvons aller chercher 1 milliard de chiffre d’affaires supplémentaire et 50 millions de nuitées supplémentaires. Je vais vous donner un exemple, j’étais dans le Loir-et-Cher il y a quelques semaines, dans un camping municipal qui faisait 20 000 euros de chiffre d’affaires il y a encore 5 ans,
34 emplacements donc un tout petit camping. Aujourd’hui il fait 450 milles euros de chiffre d’affaire toujours avec 34 emplacements.

Pour combien de milliers d’euros investis dans le camping ?

A peu près, 800 000 euros. Sachant qu’il s’agit d’un camping municipal il n’a pas fallu acheter le foncier. Pour un exploitant privé s’il fallait acheter le foncier, cela aurait été beaucoup plus compliqué mais là c’est un camping municipal géré par la commune en régie. Nous sommes sur du haut de gamme mais ça tombe
bien car les CSP+ recherchent plutôt les petites exploitations parfois sans animation mais très cosy, très bucoliques et nous sommes sur des prix élevés, 100- 50 euros la nuit. Des exemples comme celui-ci, il y en a des centaines car nous avons 3 000 campings de moins de 60 places qui ne demandent qu’à développer
leur activité.

Il y a un élément que nous n’avons pas abordé ensemble, c’est le camping dans sa destination. Vous parliez tout à l’heure de différenciation du produit mais peut-être qu’il peut y avoir un lien pour des destinations aussi riches que vous avez mentionnées le Gers ou le Périgord, il y en a des centaines d’autres France.
Comment envisagez-vous cela cette place qui peut être prise, ce rôle qui peut-être joué aussi pour une destination touristique ?

Vous mettez le doigt sur une conviction que nous avons parce que la première chose, je vous l’ai peut-être dit tout à l’heure mais la France a une particularité, nous sommes le pays d’Europe qui possède le plus de campings et nous sommes le deuxième pays au monde après les États-Unis avec un maillage territorial que personne d’autres n’a au monde. Les États-Unis ont deux fois plus de campings que nous, 16 000 avec un
pays qui est 15 fois plus grand que la France une densité très différente. Nous avons à nous seuls, 1/3 des capacités du continent européen, pour vous donner un ordre d’idée, l’Espagne n’a que 8 % des capacités, l’Italie est numéro 2 en Europe avec 15 %, nous avons 33 % du continent. Nous sommes le pays du camping. La plupart des campings, y compris ceux qui n’ont pas d’activité économique mais qui ne demandent qu’a n avoir après repositionnement, sont principalement situés dans des espaces ou la fréquentation touristique n’est pas la plus importante du pays.
Il est vrai que nous avons une conviction à l’occasion de cette crise particulière et alors que la France est en train de se doter d’une stratégie de développement touristique à travers le contrat de filière qui se met en place, le plan de relance européen qui va être fléché en partie sur le tourisme est une occasion rêvée de
mettre en scène, mettre en tourisme une grande diversité de territoires français qui n’ont pas d’activités touristiques et qui ne demandent qu’à en avoir une. Les hébergements touristiques existent déjà dans tous ces territoires, notamment les campings avec leur capacité d’accueil importante puisqu’en hébergement
collectif, nous avons 48 % de la capacité totale de la France. Une partie n’a pas d’activité économique objectivement, ils pourraient être dynamisés si le territoire se mettait lui-même en scène pour arriver
à attirer les touristes parce que nous savons bien que pour que le tourisme se développe, il faut certes des capacités d’accueil, il faut des activités loisirs, culturelles, de la restauration et une mise en tourisme du territoire.
J’espère que cette année 2020 va être l’occasion d’une prise de conscience nationale pour que le tourisme
domestique soit identifié comme étant un objectif national, pareil pour le tourisme des européens en France. En complément du tourisme international extra-européens qu’il faut conserver car évidemment c’est très important. Toute l’activité qui vit grâce aux américains, chinois, coréens doit être maintenue. Mais n’oublions pas que 2/3 des touristes qui visitent la France sont des français.

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