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Enquêtes

Hôtellerie de plein air : évolutions, révolution

L’hôtellerie de plein air a rencontré de profondes mutations ces dix dernières années. Tout d’abord le nouveau classement de 2012 a engendré une normalisation des établissements. Cette standardisation de l’offre s’est accompagnée d’une concentration autour de grands acteurs provoquant la progressive disparition des indépendants de petite taille au profit de grands ensembles franchisés qui montent en gamme. Cette montée en gamme s’est manifestée par une sophistication du produit pour faire face aux nouveaux besoins de la clientèle actuelle.

L’hôtellerie de plein air désigne une forme d’hébergement réalisée soit sur un emplacement vide, où il est possible de poser un véhicule ou un hébergement léger telle qu’une tente, soit dans un bâtiment mobile ou immobile, dans ce dernier cas le logement correspondant à des solutions d’hébergement propres à l’hôtellerie de plein air (lodge, tipi, …). 

Trois statuts existent au sein de l’hôtellerie de plein air. Il y a le terrain de camping à proprement parlé, déclaré, qu’il soit chez l’habitant ou aménagé. La deuxième catégorie est relative aux terrains soumis aux normes urbanistiques, à savoir les terrains de camping et les parcs résidentiels de loisirs offrant des solutions d’hébergement se rapportant à l’hôtellerie de plein air. Enfin il y a l’aire naturelle dans laquelle il est possible de camper, comme défini dans la Décret n° 2014-139 du 17 février 2014.

Pour ce qui est des terrains de camping, il y a deux catégories. Il y a d’un côté les campings municipaux, d’une taille maximale de 6 emplacements, et de l’autre les campings privés, dont le statut est délivré par Atout-France, qui définit la liste des établissements classés par étoile. La transformation d’un terrain vierge en un camping (qu’il soit municipal ou privé) est soumise à un ensemble de règles relevant de l’urbanisme. Le terrain doit également correspondre au plan d’occupation des sols ainsi qu’au PLU (plan local d’urbanisme). 

Nouveau classement depuis 2012 (arrêté du 23/12/2009)

Depuis 2012 un nouveau classement des hôtels de tourisme a remplacé l’ancien qui datait de 1986. Ce classement a affecté toutes les catégories d’hébergement, y compris l’hôtellerie de plein air. L'arrêté du 23 décembre 2009, rendu obligatoire le 23 juillet 2012, a abrogé celui du 14 février 1986. Ce dernier déterminait les normes de l’ancienne classification. Les standards ont été repensés pour faire face aux attentes en termes de sécurité et de confort de ce début de XXIème siècle, et sont définis dans le décret n°2009-1652.

Les acteurs du secteur ont dû redemander à être classé jusqu'en juillet 2012, afin de continuer de figurer sur la liste officielle des hébergements touristiques. Pour l’hôtellerie de plein air, ce reclassement aurait été bien mené, puisque 86% des structures ont demandé à garder le titre de campings. Plusieurs acteurs de petite taille comme les campings municipaux n’auraient cependant pas réussi à suivre cette évolution, principalement à cause du nouveau coût de l’accréditation. En effet celle-ci, qui était autrefois gratuite et donnée à vie, est depuis 2012 à demander auprès d'un organisme accrédité par le COFRAC, pour un montant moyen de 5 000 EUR par an, soit un total de 20 000 EUR euros pour l'accréditation valable quatre ans (à renouveler à l’échéance de cette durée). Cette somme, trop onéreuse pour les petits structures, les a dissuadé de faire la démarche. Elles ont par conséquent été déclassées, n’apparaissant plus sur la liste de la comptabilisation du nouveau système.

En plus de ce déclassement, l’arrêté du 23/12/2009 a eu d’autres conséquences. Premièrement, le passage de 4 à 5 étoiles a entraîné une hausse artificielle de l’offre, jugée inadéquate par une partie de la clientèle. Aussi il y avait une logique purement administrative dans l’ancien classement, avec un nombre limité de critères, déconnectés de la satisfaction des clients. La situation a été totalement inversée avec le nouvel arrêté, reposant sur une logique bien plus normative, avec un objectif clair d’harmonisation des systèmes de classement de tous les modes d’hébergement pour offrir plus de lisibilité aux clients. Enfin cette évolution permettait également de faire une pierre deux coups, en renforçant l’attractivité de l’offre à l’échelle locale mais aussi globale, à travers des produits qui ont intégré les attentes du marché mondial et qui peuvent ainsi rivaliser sur la scène internationale. Ceci est d’autant plus possible avec l’ouverture de la plateforme d’Atout France, à savoir www.france.fr, aux campings depuis juin de cette année, grâce à un partenariat entre la Fédération Nationale de l'Hôtellerie de Plein Air (FNHPA) et Atout France.

De manière plus pratique, la procédure est réalisée en deux temps. Le premier consiste en un pré-diagnostic, afin de vérifier si tous les critères d’éligibilité sont remplis. Celui-ci est alors suivi d’une visite d’inspection par un organisme privé accrédité par le Comité français d'accréditation (COFRAC). Pour les hébergement 4 et 5 étoiles, il y a une étape supplémentaire, à savoir une visite mystère. Une fois l’accréditation validée et donnée, l’établissement devra faire un audit annuel comme mesure de suivi, réalisés par des auditeurs mandatés par le COFRAC.

Le COFRAC, créé en 1994, est une instance nationale au statut associatif (loi 1901) qui a pour fonction de fournir les accréditations aux organismes qui évalue la conformité des entreprises, peu importe leur secteur (tourisme, biologie, santé…), sur le territoire français.

L’hôtellerie de plein air, première forme d'hébergement en France

L’hôtellerie de plein air est l’offre d’hébergement la plus importante en France. Elle représente plus de la moitié du parc (59%) du territoire national métropolitain. Il existe 8 297 terrains de camping soit 906 883 emplacements en 2019, face à 642 779 chambres d’hôtels de tourisme (source : INSEE).

 

La répartition des établissements à l’échelle nationale est assez claire. Les littoraux concentrent très largement l’offre de terrains, en particulier la côte d’Azur, la côte Atlantique (de la Bretagne aux Pyrénées) et les Hauts de France. Une partie des établissements se diffuse dans l’arrière-pays, telle que le long de la vallée du Rhône (Drôme, Ardèche, Gard), et en Dordogne, dans la région Nouvelle-Aquitaine. L’offre est de manière très minoritaire autour des pôles urbains et dans le reste du pays.

Carte des emplacements en France
Nombre d’emplacements en France. Source : INSEE en partenariat avec la Direction Générale des Entreprises (DGE) et les partenaires territoriaux.

Répartition du parc par gamme

A l’instar de l’hôtellerie traditionnelle, il y a une large prépondérance des établissements 2 et 3 étoiles en France, qui représente la moitié du parc (51%). Viennent ensuite les campings haut de gammes (4 et 5 étoiles) qui incorporent un tiers du marché (37%), puis les domaines 1 étoile voire non classés qui détiennent 12% de l’ensemble. Un produit qui monte en gamme progressivement.

 

Une évolution de l'offre perturbée par la réforme de l’hôtellerie de 2009 ?

L’hôtellerie de plein air est caractérisée par une offre très fluctuante sur la dernière décennie. Un parc en constante restructuration a perturbé l’offre d’emplacements entre 2010 et 2017. Le nombre d’emplacements varie entre 850 K et 925 K sur cette période, avec un pic à 925 005 places en 2015, pour retomber deux ans plus tard à 918 816 emplacements. L’année 2013 a été marquée par un net recul du parc (-2,78%), le plus fort de la période. L’année suivante est bien repartie (+2,06%). Mais 2016 et 2017 enregistrent un parc quasiment stagnant, penchant vers une légère décente, avec une diminution respectivement de -0,26% et de -0,41%.

La réforme de l’hôtellerie appliquée et rendue obligatoire en 2012 a considérablement affecté l’hôtellerie de plein air. En effet, celle-ci a perdu pas moins de 30 000 emplacements en 2013, en conséquence du déclassement des structures qui n’ont pas redemandé à être classées dans le nouveau système, notamment à cause du coût que cela engendrait. Le classement était autrefois gratuit. Celui-ci devenant payant, les campings municipaux ou de petites tailles n’y trouvaient plus leur compte.

 

Un secteur concentré 

Ainsi ce secteur est largement concentré, puisque les quatre plus grandes entreprises, à savoir Leading Campings of Europe (17%), Yelloh! Village (17%), Vacanceselect (13%) et Flower Campings (10%) détiennent plus de la moitié (57%) de l’offre du marché en nombre d’emplacements. Les autres acteurs comme Siblu, Sunêlia ou bien Huttopia, ne détiennent que des parts très minoritaires (<10%), et tous ensemble incorporent moins de la moitié de la totalité des emplacements disponibles.

Les conséquences de cette concentration sont multiples. Pour commencer, cela induit que les trois grands groupes, Campings of Europe, Yelloh! Village et Flower Campings, se trouvent en situation de quasi-monopole. La concurrence est alors déséquilibrée puisque ces acteurs ont un poids économique plus important que les autres sociétés.

Ensuite, cette situation leurs donne un avantage concurrentiel de taille, puisqu’ils ont davantage de visibilité. Ils sont ainsi à l’origine de l’innovation dans le secteur, et inaugurent les nouvelles tendances. Jean-Guy Amat, président du Comité exécutif national des chaînes et des groupes de campings, et directeur d'un établissement dans l'Hérault, confirme cette situation, avec les risques de dérives qui pourraient apparaître à l’avenir :

De plus en plus de camping sont rachetés par des groupes ou se rallient à des chaînes. Aujourd'hui, 50 % de l'activité sont réalisés par les 1 075 campings appartenant à des groupes ou des indépendants sous franchise, soit 13 % des campings français, 27 % des emplacements, et 1,3 Mds € de chiffre d'affaires... La 1e conséquence du phénomène de concentration, c'est que les campings sont devenus des biens que l'on négocie pour les gros groupes financiers qui veulent se développer. Le 2e point, c'est que cela permet d'avoir une offre plus segmentée et plus lisible, grâce à une communication massive mise en place par ces groupes. Mais la grosse inquiétude, c'est que les groupes adoptent des méthodes de commercialisation plus agressives, avec tarifs parfois extrêmement bas, qui peuvent faire vaciller des campings indépendants dans l'incapacité de rivaliser. Pour se maintenir, ils doivent se différencier par une valeur ajoutée, par exemple des hébergements atypiques, et être soutenus par les pouvoirs publics.

 

Un modèle économique en faveur des plus innovants

Par conséquent l’hôtellerie de plein air est un secteur où la concurrence se fait par une différenciation horizontale, c’est-à-dire par une différence basée sur l’originalité et la diversité de l’offre. L’innovation est un véritable enjeu économique et marketing pour gagner des parts de marché, comme expliquée plus haut.

Or cette innovation apparaît essentiellement dans les campings haut de gamme, où la diversification et la sophistication de l’offre sont des facteurs distinctifs essentiels pour attirer la clientèle.

Jean-Guy Amat l’a bien compris, et l’explique ainsi :

Cette clientèle est en quête de nature, de plein air, et le camping peut y répondre. Mais il faut adapter l'offre, notamment du point de vue de la qualité. Et donc investir pour être compétitifs. Aujourd'hui, les campings investissement 22 % de leur chiffre d'affaires en moyenne, soit par exemple 160 M€ d'investissement par an pour l'hôtellerie de plein air de l'ex-Languedoc-Roussillon. C'est l'un des rares secteurs qui investit autant ! 

Il précise également que cette innovation s’accompagne d’une montée en gamme grâce à une nouvelle clientèle qui a davantage de moyens et par conséquent d’attentes en termes de confort :

Au niveau national, un Français sur trois part en camping aujourd'hui, selon un sondage OpinionWay 2018 pour la FNHPA. C'est une tendance qui se conforte. Le camping avait une image de produit bas de gamme, or aujourd'hui, on touche une clientèle qui a un pouvoir d'achat plus important.

Ce phénomène se confirme par le décompte du nombre d’emplacements en fonction de la gamme du camping (graphique ci-contre). Deux réalités sont manifestes. La première c’est qu’il y a bel et bien une montée en gamme du parc. Les campings 4 étoiles ont gagné +29% d’hébergements supplémentaires entre 2010 et 2017, passant de 190 217 à 249 074 emplacements. La catégorie 5 étoiles connait une poussée équivalente, à savoir croissance de +27% sur cinq ans (2012-2017). Cette catégorie nouvellement arrivée en 2012 incorpore 60 767 emplacements à sa création, pour en avoir 77 238 en 2017.

La deuxième observation est l’apparition de campings non classés en 2012 à la suite du nouveau classement rendu obligatoire cette même année. Mais ces établissements déclassés disparaissent progressivement : il y avait 232 425 emplacements de campings non classés en 2012, ils ne sont plus que 88 344 en 2017, soit une chute de -62% du montant initial.

Par conséquent Jean-Guy Amat alerte justement sur cette réalité :

On observe une disparition de l'offre, avec un nombre d'emplacements qui diminue. De petits établissements ferment, soit parce qu'ils ont une rentabilité trop faible, soit parce qu'ils doivent faire face à des contraintes administratives fortes et préfèrent jeter l'éponge... Il y a donc une demande à laquelle on a du mal à répondre, alors que le gouvernement ambitionne de monter à 100 millions le nombre de touristes en France en 2020 ! Il faut trouver des solutions pour que les campings puissent continuer à se développer dans des zones à fortes contraintes comme le littoral, les bords de rivière ou la montagne, où il faut concilier la préservation des sites à une activité touristique importante. Les campings commencent à y réfléchir mais il faudra que les pouvoirs publics les accompagnent. Il faut innover pour sortir des cadres réglementaires existants et des choses très normées.

 

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