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Analyses

Tourisme, hôtellerie, pollution et changement climatique

Cette année, la COP 25 se tiendra au Chili et se focalisera sur les océans. En effet, 75 % de la planète est recouverte d'eau et 10 % de la masse continentale restante est recouverte de glaciers et de calottes glaciaires. Un rapport spécial a été présenté à Monaco en septembre 2019 qui portait sur la nécessité d'agir en urgence, en donnant la priorité aux initiatives ambitieuses, coordonnées et propices aux changements durables pour les océans et la cryosphère. Quelle est la place de l'hôtellerie et de l'industrie du tourisme dans tout cela ?

L'impact des voyages

L'industrie du voyage a connu une croissance effrénée au fur et à mesure des années, qui a culminé à 1,4 milliard d’arrivées touristiques internationales en 2018 (+6%), un chiffre qui était initialement prévu deux ans plus tard, d’après un communiqué de presse de l'OMC en janvier 2019. La stabilité des prix du carburant se traduit par des déplacements aériens abordables et, à mesure que la connectivité s'améliore dans de nombreuses destinations, les marchés sources se diversifient. Il en résulte une pollution grandissante avec des émissions de CO2 très élevées.

Carbon footprint

 

Bien que le train soit le mode de transport idéal, il n'est pas nécessairement viable sur de longues distances, en raison du temps et de la logistique qu’il suppose, notamment en cas de visas et de changement de train entre pays. Un nouveau rapport de l'ONU suggère que si les avions sont de plus en plus économes en carburant, même si l'aviation atteint ses objectifs en matière de changement climatique d'ici 2050, celle-ci aura tout de même consommé 12% du budget carbone mondial pour 1,5C. Et si cette industrie n'atteint pas ses objectifs ? Cette consommation pourrait même monter à 27%. Une alternative à ce problème est alors l'utilisation de biocarburants.

Autre industrie responsable du réchauffement climatique : les croisières. Celles-ci ont transporté plus de 26 millions de clients en 2018. La croisière multiplie en effet par trois l'empreinte carbone de chaque passager. De plus, ces navires produisent quotidiennement 15 gallons de déchets chimiques dangereux et emploient le carburant le plus sale pour l’environnement. Les navires de croisière produisent des vapeurs et déversent leurs déchets, leur carburant et leurs eaux usées dans les océans. Des efforts sont faits pour alimenter les navires en électricité lorsqu'ils arrivent à terre ainsi que pour passer à des carburants plus propres.

Bien qu'elles ne soient pas encore très répandues, les croisières durables existent et leur nombre ne cesse de croître, les pays nordiques ouvrant la voie vers cette transition.

Hurtigruten
Hurtigruten hybrid ships

 

La compagnie Hurtigruten utilise des navires hybrides, alimentés par un système de batterie. D'ici 2021, Hurtigruten prévoit d'exploiter au moins 6 de ces navires fonctionnant sur un mélange de biogaz, de GNL et de grandes batteries. Ces moteurs hybrides seront alimentés en partie par du biogaz naturel liquéfié (BioGNL), un gaz renouvelable non fossile produit à partir de poissons morts et d'autres déchets organiques rejeté régulièrement par les pêcheries nordiques et d'autres industries.

La ligne de ferry norvégienne Color Line dispose désormais d'un ferry hybride rechargeable alimenté par batterie et qui se rechargera à l'entrée et à la sortie du port. Il utilisera également des systèmes d'épuration des gaz d'échappement, ou laveurs, sur les moteurs principaux. Ces épurateurs réduisent les émissions de dioxyde de soufre de plus de 90 % et assurent une réduction annuelle de plus de 500 tonnes par navire ainsi qu'une réduction des émissions de particules telles que la suie d'environ 50 %.

Viking Grace with Norsepower rotor sail
Viking Grace with Norsepower rotor sail

La compagnie de croisière finlandaise Viking Line explore de son côté l'énergie éolienne. Elle s'est associée à la société Norsepower pour installer un système de voiles à rotor sur un navire alimenté au GNL, contribuant ainsi à réduire les émissions en réduisant la consommation d'énergie entre 207 et 315 kW, l'équivalent de 231 et 315 tonnes de carburant par an.

Viking Grace with Norsepower rotor sail
Viking Grace with Norsepower rotor sail

Enfin, l'ONG japonaise Peace Boat a mis au point un "bateau écologique" sans déchets qui utiliserait un moteur hybride, combiné à l'énergie éolienne et solaire.

 

Réduction et recyclage des déchets

Le plastique est l'un des déchets les plus répandus et cause de dommages irréparables à la vie marine, en plus d'être une nuisance permanente en raison de son manque de biodégradabilité. Des oiseaux, des tortues, des poissons, des baleines, etc. ont été retrouvés empêtrés dans des filets et des emballages et avec l'estomac plein de plastique emporté par les vagues. De véritables îlots de plastique ont été trouvés dans ce qui devrait être des eaux vierges, comme la "Great Pacific Garbage Patch", dont on estime à plus de 80 000 tonnes la quantité de déchets plastiques. Lorsque le plastique se décompose en particules plus petites et microscopiques, il peut être ingéré par les animaux et la toxicité du plastique est préjudiciable à leur vie, et par là même à la vie humaine.

Le Conseil européen a adopté l'interdiction des plastiques à usage unique, qui s'appuie sur la législation existante de l'UE en matière de déchets. Elle fixe des règles plus strictes pour les types de produits et d'emballages qui figurent parmi les dix objets les plus fréquemment retrouvés sur les plages européennes. L'un des principaux objectifs de cette directive est ainsi de réduire la quantité de déchets plastiques rejetés. Ainsi, les assiettes plastiques à usage unique, les couverts, les pailles, les bâtonnets et les cotons-tiges seront interdits d'ici 2021.

Compagnies aériennes, hôtels et navires de croisière s'efforcent d'éliminer le plastique et d'assainir l'environnement.

American Airlines a éliminé les pailles de ses salons et sert des boissons avec des pailles et des bâtonnets en bois biodégradable et respectueux de l'environnement, ainsi que des couverts écologiques également exposés dans les salons. La compagnie aérienne fait de même pour le service à bord de ses avions, en remplaçant pailles et bâtonnets plastiques par leurs équivalents en bambou durable et écologique. Grâce à ces changements, la compagnie éliminera plus de 32 200 kg de plastique par an.

Alaskan Airlines s'est également engagée à éliminer les pailles en plastique, à recycler les canettes en aluminium et à demander à ses passagers de transporter des bouteilles d'eau réutilisables.

Ryanair s'est engagée à éliminer tous les plastiques non recyclables de ses vols au cours des cinq prochaines années en adoptant des couverts en bois, des tasses à café biodégradables et en retirant les plastiques de sa gamme de produits en vol.

San Francisco Airport Hydration Station
San Francisco Airport Hydration Station

En 2019, l'aéroport de San Francisco a lancé le programme « Zero Waste Concessions Program », dans le cadre d'un plan visant à réduire les plastiques à usage unique en passant à des alternatives réutilisables, compostables et recyclables dans ses restaurants, cafés, kiosques à journaux, salons de compagnies aériennes et distributeurs de boissons. Les voyageurs sont encouragés à apporter des bouteilles qu'ils peuvent remplir aux points d'hydratation.

Réduire les plastiques à usage unique dans les hôtels

Jeff Smith, vice-président de la durabilité de Six Senses, déclare :

L'industrie du voyage connaît une croissance rapide sur une planète aux ressources naturelles limitées. Cela signifie que tous les dirigeants du secteur de l’hôtellerie ont la responsabilité de se lever et d'être responsables en faisant une différence durable et en obtenant des résultats mesurables. 

Bamboo straws
Bamboo straws 

Anantara et AVANI Hotels & Resorts ont mis un terme à l'utilisation de pailles en plastique dans tous leurs établissements et resorts asiatiques à partir du 1er janvier 2018. Pour les remplacer, Anantara Golden Triangle Elephant Camp & Resort dans la région montagneuse au nord de la Thaïlande, travaille avec un artiste local, Khamchan Yano, qui emploie un bambou sauvage indigène et à forte croissance pour faire des pailles. Ensemble, ils ont mis au point un moyen de garder le bambou solide tout en s'assurant qu'il soit hygiénique et réemployable, éliminant ainsi les déchets plastiques.

Hilton réduira de moitié son empreinte environnementale et doublera ses investissements en matière d'impact social d'ici 2030. Le groupe se fixe ainsi l’objectif de réduire ses émissions de carbone de 61 %, conformément à l'accord de Paris sur le climat et approuvé par l'initiative SBTi (Science Based Targets Initiative), et de réduire de 50 % sa consommation d'eau et sa production de déchets. Les pailles en plastique seront éliminées des propriétés exploitées et la viande, la volaille, les fruits de mer ainsi que le coton seront obtenus de façon durable.

Depuis l'été 2018, la compagnie Hurtigruten interdit le plastique à usage unique et ses équipages comme ses clients collectent chaque année des tonnes de déchets et sont formés à la conservation. 


 

Peace Boat Ecosystem on board
Peace Boat Ecosystem on board

Enfin, l'ONG japonaise Peace Boat possède un "Ecoship" (un « éco-navire ») zéro déchet à l’écosystème basé sur un système d'eau en circuit fermé qui élimine l'évacuation des eaux usées en mer. Le système de réutilisation de l'énergie perdue du navire transforme tour à tour la chaleur et le froid en énergie grâce à la récupération et à la réutilisation intégrées de la chaleur.

 

Recyclage

Hyatt collabore maintenant depuis plus de dix ans avec Clean the World, une organisation à but non lucratif qui collecte les savons et shampoings usagés dans les hôtels, les recycle et les redonne ensuite aux personnes dans le besoin. Les hôtels Hyatt ont ainsi fait don de plus de 215 000 kg de savons et d'articles de toilette.

En collaboration avec des ONG partenaires comme Clean the World, Hilton étendra son programme actuel de recyclage de savon à tous ses établissements. Le groupe a terminé avec succès son défi "2019 Clean the World Challenge" (« Nettoyons la Terre en 2019 ») pour recueillir suffisamment de savon lors de la Journée mondiale du lavage des mains (le 15 octobre). Ce savon sera stérilisé et recyclé en 2 millions de nouveaux blocs de savon pour les personnes dans le besoin. Au cours des dix dernières années, les propriétés Hilton ont ainsi économisé 4 millions de livres de déchets de savon aux sites d'enfouissement.

 

Unisoap
Unisoap

Une autre organisation qui s'attaque au problème des déchets de savon est une ONG française appelée Unisoap. C'est la première association française à collecter et recycler les savons des hôtels et à transformer ces déchets potentiels en ressources pour ceux qui en ont besoin, comme les emplois pour les travailleurs handicapés, et à donner accès à l'hygiène aux populations défavorisées en France et à l'étranger.

Si d'autres réglementations seront certainement annoncées lors de la COP 25, dans le climat actuel de prise de conscience importante de l'environnement, une gestion responsable donne néanmoins un avantage commercial.

Découvrez les candidats des Worldwide Hospitality Awards, dans la section Meilleure Initiative en Développement Durable et en Responsabilité Sociale.

Ou, encore mieux...

Assistez à la cérémonie de remise des prix, le jeudi 21 novembre à l'InterContinental Paris Le Grand.

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