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Investissements

HAF « Nous investisseurs, nous nous devons de continuer à investir aux côtés des entrepreneurs »

Pascal Savary, président d’Atream vient partager sa vision de l’investissement dans l’hospitality. Il croit en une industrie touristique forte vectrice d’activité économique dans les territoires et pour la santé de laquelle les investisseurs ont un rôle primordial à jouer.

Chez Atream nous sommes une société de gestion et un investisseur long terme. Nous sommes atypiques car nous investissons aussi bien dans l’immobilier, murs ou murs et fonds, que dans le private equity, coté ou non coté. Je porte une conviction sur l’enjeu de l’industrie touristique. Au niveau mondial, c’est une industrie qui a connu une croissance très forte depuis une vingtaine d’années. Avant crise sanitaire, il y avait 1,5 milliard de touristes dans le monde avec 50% de ces clients dans la zone Euro, ce qui en fait le premier marché mondial.

En France, cette industrie n’a pas toujours bénéficié du traitement qu’elle méritait. C’est une industrie majeure qui a généré 240 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2018-2019. Comme d’autres, elle a traversé des transformations, technologiques par exemple. Booking.com est présent sur le marché depuis 25 ans, Airbnb depuis 15 ans, les smartphones ont également eu un impact et l’industrie touristique est devenue un média. C’est une bonne chose car cela implique de se centrer sur le client sur les 90 millions de touristes étrangers qui viennent en France et sur les touristes français qui utilisent ces infrastructures.

N'oublions pas que notre industrie est une industrie de l’offre, ce qui signifie qu’elle a besoin d’investissements. Plutôt un investissement long terme pour accompagner les changements. C’est aussi une industrie de services qui doit faire une transformation essentielle, sur l’emploi, la formation, le management. Nous investissons sur des femmes et des hommes qui vont diriger ces entreprises.

Je ne peux pas parler de cette industrie sans parler de ceux qui, à mes yeux, l’ont fondée. Gérard Blitz et Gilbert Trigano pour le Club Med sont passés des Baléares à une marque mondiale. C’était une démarche entrepreneuriale, visionnaire face à l’adversité financière, ces entrepreneurs n’étaient pas soutenus par l’investissement. Paul Dubrule et Gérard Pélisson ont fait d’un Novotel à Lesquin un groupe mondial, Accor. Là aussi souvenons-nous que quand Paul Dubrule a cherché ses premiers financements pour le Novotel de Lille Lesquin, il ne les a pas trouvés. Gérard Brémond, l’un des initiateurs d’Avoriaz, fondateur de Pierre & Vacances, a fondé un des premiers groupes européens dans le domaine de l’industrie touristique de proximité en rachetant Center Parcs dans les années 2000.

L’entreprenariat, la volonté de faire, la ténacité et la conviction que nous avons à nous transformer dans l’adversité sont des éléments essentiels. Si nous regardons cette industrie touristique et nous arrêtons sur les 10 dernières années avant crise sanitaire, la croissance moyenne par an était entre 2,5 et 2,6%. Ce n’est pas une croissance linéaire, c’est une croissance qui subit des aléas. Rappelons-nous que dans les 3 ou 4 dernières années avant la crise sanitaire il y a eu des manifestations, les gilets jaunes et en permanence il a fallu se remobiliser, s’adapter aux attentes clients. Je fais souvent référence au Club Med qui à mes yeux est celui qui a poussé le plus loin sa démarche dans la relation client et pour la satisfaction client. C’est dans l’ADN du groupe depuis son fondateur et c’est un élément essentiel. Aujourd’hui, le client est central.

Il y a 30 à 40 ans les professionnels du tourisme imposaient leur vision du monde. On imposait sa chambre d’hôtel, son offre, son service et le client achetait ce service. Aujourd’hui c’est le client qui va nous imposer ses attentes en permanence. On se doit donc de l’écouter et de prendre en compte ses remarques. Les clients sont aujourd’hui extrêmement volatiles et préoccupés par certains critères essentiels à leurs yeux et qu’ils vont vérifier. Cette crise énergétique que nous vivons aujourd’hui, pour diverses raisons, va impacter fortement les résultats des entreprises. Il va falloir remettre dans le prix moyen, tout ou partie de ces surcouts ou de cette inflation.

Au-delà de cette crise énergétique, nous sommes face à une crise climatique et la transition énergétique va être essentielle. Nos clients sont très sensibles à tous ces changements et en particulier la jeune génération. Ils vont faire fortement pression sur les opérateurs pour les inciter à s’adapter et vérifier que nous faisons les bons investissements en termes de transition, les économies utiles et nécessaires. Notre impact sur les territoires et sur notre environnement est essentiel.

Avec le Club Med, nous venons de bâtir sur le site historique de Vittel. Nous avons racheté, avec la Caisse de Dépôts et le Crédit Agricole, ce site pour le transformer. Pour en faire une nouvelle destination ayant un impact positif sur le territoire. Nous investisseurs, ne pouvons le faire qu’avec les opérateurs présents.

Le dernier Center Parcs a ouvert au printemps à Landes de Gascogne, c’est un investissement qui a pris 10 ans. Cette nouvelle activité apporte 400 emplois directs et 150 emplois indirects. Nous créons une dynamique économique autour de ce Center Parcs, nous faisons travailler dans notre environnement des artisans qui participent à la vie économique. Pour 70% des emplois créés, cela concerne des personnes qui étaient au RSA, nous les embarquons avec nous sur un nouveau projet de vie. Ils seront formés et impliqués dans la réussite de ce site. De mon point de vue c’est aussi ça donner du sens à son investissement. On crée de l’emploi, on fait venir des touristes qui vont découvrir la région. Aujourd’hui l’offre a évolué et s’ouvre sur son environnement et incite ses clients à aller découvrir les territoires.

Tous ces modèles sont des modèles d’ouverture. Mama Shelter est un concept dans lequel nous sommes investisseurs aux côtés de Serge Trigano, ce sont des établissements où 60% du chiffre d’affaires est généré par des personnes qui ne logent pas sur place. C’était inimaginable il y a 15 ou 20 ans, période à laquelle le concept a été lancé. Nous sommes des acteurs du changement. J’ai cette profonde conviction que l’industrie touristique a cette capacité à se transformer et il a des réussites extraordinaires. Nous avons beaucoup de talents dans cette industrie, une diversité d’offre de haut niveau et j’ai une vraie confiance dans cette transformation.

Côté financement, nous rentrons dans des périodes où les taux augmentent, où la notion de risque augmente également. Oui nous ferons face à des moments compliqués mais il faut avoir une vision moyen et long terme. Au-delà de ce qui va se passer dans les mois qui viennent, les trajectoires sont axées sur des croissances fortes.

Le service est pour moi essentiel, on ne peut pas parler de montée en gamme ou de premium s’il n’y a pas du service. Quelles que soient les clientèles visées, l’avenir de cette industrie touristique repose aussi sur les exigences clients et leur rapport au prix. Il y a derrière ces sujets de la satisfaction client des enjeux de formation, en France nous avons tendance à confondre service et servitude. Il faut en permanence regarder le client comme une chance et une opportunité. Accueillir le touriste et lui donner du plaisir le temps qu’il va passer chez vous, comme l’enseignait Brillat-Savarin, c’est un métier magnifique. C’est un métier qui évolue très rapidement, qui s’est ouvert à l’international, ce qui est intéressant ce sont les 57 milliards de retombées économiques qu’ont générés ces 90 millions de touristes étrangers en France qui sont à 80% européens. Si nous avions été aussi performants que nos voisins espagnols, ce montant aurait dû atteindre 70 milliards de retombés avec les mêmes moyens.

Nous sommes un pays attractif, diversifié avec des destinations extraordinaires. Parmi nos offres en France, il y a l’œnotourisme qui concerne 10 millions de touristes, dont 40% d’étrangers, mais l’offre n’est pas disponible. L’offre liée au bien-être et à la remise en forme est également défaillante alors que la demande croît de 3,5 à 4%. Pour les actifs du type Mama Shelter, la croissance atteint 8%.

Ce sont des investissements lourds, l’immobilier pèse lourd dans nos métiers. Nous sommes dans une industrie de l’offre ce qui implique de nombreux investissements. Il nous faut aussi prendre en compte la réversibilité des actifs pour continuer à nous adapter. Il y a 30 ans, quand vous effectuiez des travaux dans une chambre, cela durait 10 ans, aujourd’hui cela va très vite. Il faut en permanence être irréprochable et que le produit ne vieillisse pas.

Ce sont des investissements très importants. Il y a eu le split entre les investisseurs immobiliers murs et fonds, murs uniquement. Le groupe Pierre & Vacances-Center parcs, porte et exploite mais n’est pas propriétaire. Le portefeuille représente environ 7,5 milliards € d’actifs. C’est un investissement qui est porté par des investisseurs institutionnels ou particuliers et nous leur devons en permanence de respecter nos engagements contractuels que ce soit en bail, en contrat de management ou en franchise. Cela repose également sur un dialogue permanent. Cette crise sanitaire nous a permis de modifier la relation propriétaire- exploitant.

Avant crise, très peu d’exploitants venaient voir les investisseurs pour leur exposer leur stratégie. Cette crise sanitaire nous a amené à discuter ensemble, à négocier nous avons pris le parti d’une transparence réciproque. Je suis disposé à accompagner une baisse des loyers car je comprends que l’activité s’est arrêtée. Cette crise a atteint un stade que nous n’avions jamais vu, nous découvrions un modèle. Ce n’était d’ailleurs pas une remise en question du modèle mais une crise sanitaire. Cette situation nous a imposé de passer de la défiance à la confiance. Nous avons obtenu de tous nos locataires opérateurs des plus gros au plus modestes, cette transparence et ce dialogue. Cela nous a permis de rétablir la confiance entre les investisseurs que nous sommes et les opérateurs.

C’est aussi un élément essentiel pour l’avenir. Nous investisseurs, nous nous devons de continuer à investir aux côtés des entrepreneurs. Quand je rencontre des porteurs de projets, c’est l’humain qui m’importe en premier lieu. Je veux savoir qui porte la vision, l’engagement car c’est toujours une histoire humaine. Une fois la relation de confiance installée et que l’information circule bien entre toutes les parties prenantes, cela permet d’accompagner et d’investir. Pour nous Pierre&Vacances - Center Parcs était un actif stratégique, un groupe français d’envergure européenne, qui dégageait 1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires, avec 12 000 salariés et 8 millions de clients. Ces 8 millions de clients c’est un actif extrêmement important pour la valeur de l’entreprise. Ces clients nous connaissent et nous ne les connaissons pas. C’est tout l’enjeu d’un certain nombre d’entreprises de s’adapter et de devenir efficaces auprès de ces clients.

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