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Analyses

L'Union Européenne veut prendre la main sur le tourisme

A travers des mesures, des mises en place de réglementation et des projets, l'Union Européenne et plus particulièrement la Commission Européenne tente d'élaborer une stratégie touristique à l'échelle européenne en fédérant les différents Etats-membres autour d'objectifs communs.

L’Union Européenne, telle que nous la connaissons actuellement, a vu le jour en 1993, à la suite du traité de Maastricht. Si l’objectif principal au moment de sa création était de mettre fin aux guerres entre ces états, il a depuis bien évolué, permettant aujourd’hui une certaine cohésion d’ordre social, économique et territorial entre les actuels 27 pays-membres. Son ambition de rassembler et fédérer est mise à rude épreuve dans le cadre de la crise de la Covid 19 révélant des failles avec des états qui avancent parfois en ordre dispersé. A l'inverse, les Etats-Unis ou la Chine peuvent compter sur un marché domestique fort et unifié qui leur permet de mieux résister à la crise. Alors que le marché hôtelier plafonnait à 10% d'occupation sur le Vieux Continent avec de nombreux établissements fermés, le marché américains se maintenait entre 40 et 50 % d'occupation. L'année 2020 aura même été un cru record pour le marché chinois en terme de fréquentation des établissements.

De nombreux efforts sont déployés par les institutions européennes pour harmoniser ce patchwork de nations voisines qui cohabitent de la Côte Atlantique aux Carpates.

La politique touristique européenne face à la pandémie

L’Europe, première destination touristique mondiale, a été fortement impactée par la crise sanitaire, le chiffre d’affaires des services touristiques du continent a plongé de 75% entre février et juin 2020. La majorité des états ont vite réagi en mettant en place des mesures sanitaires et en limitant le franchissement de leurs frontières.

Par la suite la Commission Européenne a appelé à harmoniser toutes ces mesures afin de relancer durablement et globalement l’activité touristique. Elle a ainsi adopté le paquet « Tourisme et Transports » en mai 2020 comprenant un cadre, des recommandations ainsi que des critères et principes communs aidant les pays à lever les restrictions de voyage à l’intérieur de l’Europe pour permettre aux acteurs touristiques de reprendre leurs activités. A destination des touristes et voyageurs, le portail « RE-open EU » a été lancé le mois d’après, il s’agit d’une carte interactive regroupant les informations essentielles quant à la propagation du virus ainsi que les mesures sanitaires restrictives telles que les limitations et conditions d’entrée sur les territoires. Dernièrement la Commission propose un renforcement des mesures de lutte contre la Covid-19, notamment un durcissement des mesures concernant les voyageurs non originaires de l’Union Européenne ainsi que la mise en place de quarantaine et de traçage vis-à-vis des touristes provenant d’une région à fort taux de circulation des variants du virus.

La Commission ne s’est pas contentée d’élaborer des solutions stratégiques, elle est également active sur le plan opérationnel. Ainsi Thierry Breton, Commissaire Européen pour le marché intérieur, a annoncé que 8 milliards d’euros avaient été mobilisés pour venir en aide à 100 000 PME dont une grande part relève du secteur touristique. Le 12 octobre s’est déroulé un Sommet Européen du tourisme, sous l’égide du Commissaire Breton, abordant 3 thématiques principales :

  • Comment rebondir dans cette crise ou au contraire l’affronter durablement ? 
  • Comment réfléchir à un tourisme plus soutenable ?
  • L’apport du digital et des nouvelles technologies.

Le fil conducteur de ce sommet était la cocréation de solutions pour l’avenir. Un autre Sommet Européen s’est ténu les 25 et 26 février dernier afin cette fois-ci d’aborder le sujet préoccupant des variants du virus et de décider d’une approche commune face à ce nouveau dilemme. Il en a été conclu qu’une accélération de la vaccination sur tout le continent était plus que nécessaire et qu’il est aussi impératif de trouver un juste milieu entre restrictions et fluidité pour la circulation des biens, des services et des personnes.

Le jeudi 25 février 2021 marquait aussi le jour de l’adoption du projet de résolution établissant une stratégie Européenne pour un tourisme durable, qui invites les États membres à inclure les secteurs du tourisme et des voyages dans les plans de relance et à envisager de réduire de façon temporaire la TVA sur ces services. Le projet appelle également à la mise en place d’un label européen de certification sanitaire afin d’assurer la mise en œuvre de normes minimales de prévention et de contrôle du Covid-19. Le souhait d’un certificat de vaccination commun, comme alternative aux tests PCR et quarantaines obligatoires, a aussi été abordé lors de l’élaboration de cette résolution. Pour se prononcer, les députés sont dans l’attente de confirmation que la vaccination supprime la contagion.

Des compétences relatives au tourisme limitées

Malgré toutes les initiatives entreprises par la Commission Européenne, cette dernière a un rôle quelque peu limité car elle ne peut qu’inviter les Etats-membres à suivre ses indications et ne peut en aucun cas les contraindre à les appliquer, les prérogatives liées à l’activité touristique étant une compétence nationale.

Un parallèle peut être dressé avec la santé, ce manque d’harmonie étant ressorti avec la crise sanitaire, chaque pays ayant mis en place ses propres restrictions sans pour autant automatiquement consulter les autres pays de l’Union pour mettre en place une réelle stratégie commune. Aux yeux des gouvernements, la sécurité sanitaire de son propre pays prime sur l’organisation d’une politique touristique à l’échelle européenne. Ce manque de coalition s’est fait ressentir à l’aube de la saison estivale 2020, quand une majorité des pays ont décidé de réouvrir leurs frontières et d’alléger les restrictions sanitaires sans se consulter à nouveau. Un pays a pourtant été à l’encontre de toutes ces décisions fin août, la Hongrie, qui a choisi de fermer ses frontières aux voyageurs internationaux mais également aux voyageurs européens. La Commission a prestement réagi à cette annonce en envoyant un courrier au gouvernement hongrois afin de lui demander des explications, néanmoins elle ne pouvait exiger de la Hongrie une ouverture des frontières pour les citoyens européens.

 On se rend compte que la situation devient trop chaotique et la cerise sur le gâteau a été la décision hongroise.

Didier Reynders, commissaire à la Justice

La Commission n’a de même pas réussi à mettre en place une stratégie vaccinale optimale à l’échelle de toute l’Europe, le rythme de vaccination variant fortement d’un pays à l’autre. A titre d’exemple, début mars 2021, le pourcentage de personnes vaccinées à l’échelle de la population est de 1,1% en Lettonie contre 6,77% aux Pays-Bas. A cela s’ajoute le débat sur le passeport vaccinal que certains pays tels que la Grèce, l’Italie ou l’Espagne souhaitent mettre en place mais d’autres états y sont plus réticents comme la France ou l’Allemagne. En cause, le faible pourcentage actuel de personnes vaccinées au sein de l’Europe restreignant donc l’accès à ce passeport pour une majorité de la population mais aussi un problème de discrimination vis-à-vis des personnes ne désirant pas se faire vacciner ou n’y ayant pas accès, qui verraient ainsi leur droit de voyager restreint. La Commission Européenne partage cet avis et appelle à la prudence quant à la mise en œuvre d’un tel dispositif, ajoutant que la constitution de ce document nécessite la collecte de données, ce qui pose problème quant à la protection des données. Wojciech Wiewiorowski, le contrôleur européen de la protection des données, a ainsi qualifié ce projet de passeport vaccinal « d’extrême ». Reste à voir si les pays vont prendre en compte les recommandations de la Commission et s’accorder sur une mesure européenne jugée moins liberticide.

Ainsi la Commission Européenne joue un rôle juridique, économique et également stratégique dans la politique du tourisme européenne, toutefois son rôle reste limité. En effet, le plus souvent elle ne peut que conseiller et inviter les Etats-membres à suivre ses indications, comme elle le fait depuis le début de la crise sanitaire. Les mesures prises par les pays européens en matière de tourisme ne sont donc pas toujours en adéquation malgré les interventions de la Commission dans ce sens. Dans le but d’améliorer une coalition touristique européenne, le Parlement Européen a donc demandé à la Commission Européenne de créer une nouvelle agence européenne pour le tourisme. L’élaboration d’un tel organisme permettrait ainsi à l’Europe de rester une destination de premier plan.

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