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Opérations

Francfort, Mainhattan voudrait s’ouvrir aux loisirs

Depuis la réunification, les rôles semblent clairement partagés en Allemagne : Berlin, nouvelle capitale est la grande destination touristique urbaine et Francfort, s’appuyant sur la communauté financière, garde son statut de Mecque des rendez-vous d’affaires. Mais cette configuration n’est pas si immuable. La ville de Goethe aimerait bien aujourd’hui progresser à son tour sur le terrain des loisirs culturels et de nature…

Son rôle incontestable de capitale économique de l’Allemagne, générant un puissant trafic affaires fait de Francfort l’un des marchés hôteliers les plus solides du pays. On ne peut pas en dire autant de son attrait touristique, encore limité, qui cantonne le tourisme de détente à un niveau, sinon anecdotique, tout du moins très secondaire. Chaque année, plus de 12 millions de personnes transitent par la ville. Nombre de ces séjours n’excèdent pas une journée… et la très grande majorité ne dépasse pas deux jours. La tendance est même au raccourcissement à mesure que se développent les infrastructures aéroportuaires, ferroviaires et routières d’une métropole déjà réputée pour son accessibilité, que ce soit au niveau national ou international.La clientèle jeune, aussi, recèle une marge de progression. Francfort est en effet une ville fortement estudiantine, avec plus de 50 000 étudiants. De là découlent une vie nocturne animée (les pubset discothèques y sont légion) et de nombreuses manifestations culturelles ou festives “outdoor”. Parmi les plus célèbres : le Wolkenkratzer Festival qui voit l’ouverture des gratte-ciel – la grande fierté locale - au public et leur mise en valeur via un impressionnant show laser et des spectacles de feux d’artifice. Bénéficiant d’un engouement plus important encore, le Museum Embankment Festival met chaque été en avant les musées de la ville tout en proposant une multitude de spectacles de rue et de concerts au bord du fleuve. A la clé : trois millions de visiteurs et une popularité qui va croissante. Le festival est aujourd’hui l’une des toutes premières manifestations culturelles européennes en termes d’affluence… de quoi pallier le manque de clientèle affaires propre à la période et surtout : surfer sur cette vitrine inespérée pour mettre en valeur les ressources touristiques de Francfort. A l’échelle de l’Allemagne, d’abord, mais aussi de tout le Continent. La Coupe du Monde de football 2006 représentera une opportunité bien plus grande encore. Francfort s’apprête à accueillir certains matchs, dont un quart de finale, et a déjà rénové pour l’occasion son Frankfurter Waldstadion (stade de la forêt). L’augmentation du TO global constatée depuis le début de l’année est donc selon toute vraisemblance appelée à se poursuivre sur 2005 et 2006…Outre-Rhin, on dit déjà volontiers que “tous les chemins mènent à Francfort”, et pourtant d’importants projets ont ou vont améliorer encore davantage la situation. Tout d’abord, un aménagement ferroviaire qui vise à relier le fer à l’air, ou plus concrètement : le AIRailcenter à l’aéroport international.Depuis 2001, Stuttgart est directement reliée au hub de la Lufthansa basée à Francfort. Cologne et Düsseldorf ont suivi son exemple en 2003. Quant à la gare, elle est le théâtre d’un des plus gros trafics en Europe avec 350 000 passagers et 1 800 trains par jour. La ville de Goethe se positionne en portail ouvert sur l’Allemagne, le point d’entrée du pays pour le reste du monde.Certains mois de l’année, plus de 50 % des visiteurs sont étrangers, Américains en tête, puis Anglais, Japonais, Italiens et Français. Sur le seul mois de mars dernier, 100 300 visiteurs étrangers sont passés par la ville pour un total de 182 000 nuitées, soit une progression de 3% par rapport à l’année dernière à la même époque. Plus largement, on observe une progression de 7% des touristes étrangers sur le premier trimestre 2005. Il faut dire que 2004 a été une année relativement décevante pour Francfort en termes de RevPAR hôtelier, tandis que presque partout ailleurs en Allemagne la tendance était à la hausse en raison d’une poussée généralisée du taux d’occupation. L’explication ? Alors que le pays se relevait de trois ans de convalescence économique, la zone Rhein-Main a souffert de l’absence de ses grandes foires et salons à caractère biennal (Salon du livre, ISH, Salon de l’automobile…).Ce qui implique, en revanche, que leur tenue cette année devrait fortement stimuler les résultats 2005. Les congrès sont en effet le grand atout de la ville. Sur une année faste comme 2003 (avec plus de 57 000 manifestations diverses dont 21% ont attiré une clientèle deinternationale), Francfort a accueilli 3 millions de participants, avec 950 000 nuitées vendues aux séminaristes des quatre coins du globe. En matière de congrès, la ville dispose de 82 500 places dans plus de 800 salles réparties à travers 125 hôtels. Ce qui en fait la troisième ville de congrès et salons d’Europe, et la deuxième d’Allemagne derrière Hanovre (avec 324 023 m2 de surface disponible contre 495 265 m2).Conséquence logique d’un mix-clientèle si fortement marqué, le parc hôtelier francfortois est dominé par le milieu et haut de gamme en 3-4- 5 étoiles. Il est également placé sous le signe des grands groupes internationaux : Accor et Starwood en tête, devant Marriot, Hilton, InterContinental Hotels Group ou Steigenberger, tous désireux d’y implanter leurs enseignes comme autant de vitrine de leurs réseaux. Ce parc hôtelier est par ailleurs soumis à une répartition géographique très nettement tripolaire, avec une première concentration en centre-ville - zone des banques et des entreprises multinationales, un deuxième “point chaud” à l’Ouest, terre des grandes halles d’exposition et des salles de congrès, et enfin, le secteur de l’aéroport international tentaculaire – véritable ville dans la ville où fait rage la vraie bataille en termes d’implantations.Au total, 183 hôtels se partagent 12 500 chambres, dont 4 000 en haut de gamme et luxe, 4 000 en milieu de gamme et 4 300 pour les autres segments. Un parc plus que conséquent, conforme aux habitudes d’une Allemagne connue pour flirter souvent avec la surcapacité. Et Francfort ne fait pas exception à la règle : les scores décevants de l’année passée ne sont peutêtre pas seulement imputables à l’absence de certains salons d’ampleur…Malgré un marché tendu, les ouvertures n’ont pas manqué ces deux dernières années, avec notamment le NH Frankfurt City et le Steigenberger Metropolitan à l’été 2003. Et le mouvement est appelé à se poursuivre. Un nouveau Meridien Art & Tech de 680 chambres est annoncé à proximité immédiate de l’aéroport, avec l’accent mis sur les nouvelles technologies et un espace meeting de 2000 mètres carrés. Sa date d’ouverture n’est pas encore totalement arrêtée. Mövenpick Hotels & Resorts, de son côté, a signé un contrat de location avec Vivico Real Estate GmbH pour un nouvel établissement d’affaires 4 étoiles de 288 chambres, situé dans le quartier Europa (tout près du secteur des expositions), lui aussi doté d’importantes salles de conférence. L’ouverture officielle devrait coïncider avec le début de la Coupe du Monde de football en juin 2006. Enfin très récemment, Rocco Forte a annoncé son intention d’ouvrir sa Villa Kennedy (l’ancienne villa d’une famille de banquiers qui est en train d’être réaménagée en luxueux hôtel de 166 chambres et 7 salles de conférences) en janvier 2006. Des ouvertures qui prennent en compte l’intensification programmée du trafic, avec l’ouverture d’un troisième terminal pour l’aéroport qui devrait être opérationnel entre 2007 et 2013, alors que le deuxième terminal n’a que dix ans... Francfort est à la fois bénéficiaire et victime de son offre hyper spécialisée à destination des hommes d’affaires et des congressistes. Bénéficiaire car son statut à part en fait le marché hôtelier le plus stable d’Allemagne. Victime car elle souffre du même coup d’une image de ville d’affaires peu attrayante sur le plan culturel et reste malgré tout trop exclusivement dépendante de l’activité économique. 90% de la fréquentation de la ville seraient liée au business… Du coup, alors que les semaines sont généralement florissantes, la fréquentation a tendance à s’effondrer pendant le weekend. Et les grandes périodes de vacances estivales font pâle figure comparées au reste de l’année.Pourtant la ville possède des atouts certains, loin des banques et des gratte-ciel : une véritable dimension de ville écologique, des alentours propices à la promenade et à la détente, des monuments sous-estimés… Une réalité méconnue, encore occultée par l’univers de béton et de verre aseptisé, que le grand public imagine volontiers lorsque l’on évoque “Mainhattan”, le surnom donné à la ville par référence au centre d’affaires new-yorkais…Depuis cinq ans, l’office de tourisme redouble d’efforts pour stimuler la fréquentation sur le plan du tourisme loisirs. Nouveaux programmes, campagnes de communication, circuits thématiques à destination de différentes clientèles… En ligne de mire : la clientèle individuelle, qui commence à prendre du poids face à la traditionnelle clientèle de groupes américaine et japonaise. Une certitude : la ville et sa région ont le potentiel pour séduire plus largement les amoureux de culture : Römerberg, la vieille ville et son patrimoine architectural, la cathédrale et l’église St Paul, le grand opéra, la maison de Goethe, les dizaines de musées…, mais aussi lees adeptes de la nature. Francfort déploie beaucoup d’efforts pour défendre sa réputation de ville verte et dispose d’une très belle forêt. Et le sport n’est pas absent du paysage… Sa stratégie s’appuie en premier lieu sur la promotion de city breaks pour les voyageurs individuels. La formule “une ville - un week-end” est très en vogue partout en Europe, et Francfort de par sa dimension récréative et son penchant pour l’événementiel se prête particulièrement bien à ce type de package. D’autant que les city breaks vont souvent de pair avec les low-cost, et à ce titre, la région dispose depuis 1993 d’un deuxième aéroport, à 90 km à l’ouest de la ville, qui, en plus d’être ouvert 24h/24, s’est fait une spécialité des compagnies à bas prix. De packages, il en est aussi largement question pour les groupes, avec toute une gamme de voyages sur mesure aux prix volontairement très attractifs. L’idée : jouer sur les tarifs pour compenser le manque de visibilité face aux grandes destinations touristiques que sont Munich et Berlin.

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