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Investir massivement sur toutes ces tendances permettra de réussir collectivement

Sébastien Bazin CEO, Accor :

Sébastien Bazin : Le secteur Hôtel Café Restaurant HCR compte en France 300 000 acteurs différents dont 90% ont moins de 6 salariés. Pour faire face à la crise du Covid-19, le défi consistait à se battre de manière unie et responsable afin d'obtenir le maximum d'aides auprès du gouvernement français. La profession était déjà extraordinairement fragilisée bien avant la crise notamment du fait des grèves successives et des manifestations de gilets jaunes.

Chez Accor, la clientèle se compose de 40% de clientèle de loisir, 20% de clientèle d’affaires internationale, et 40% de clientèle d’affaires domestique. Aujourd'hui, il y a un risque de perdre 20 à 25% de la clientèle d’affaires internationale et 10% à 15% de la clientèle d’affaires domestique, qui vont favoriser les outils digitaux pour communiquer. Seule reste la clientèle loisir pour laquelle se battre. Cette clientèle est totalement dépendante de la survie des 300 000 petites entreprises qui font le tissu du tourisme économique français, car aucun client ne consentira à venir dans une ville si les commerces, restaurants et bars sont fermés. Ce qui les intéresse, c'est de découvrir la gastronomie, les bars locaux et ce qu'il se passe autour de leur zone de chalandise.

Le groupe Accor est donc totalement dépendant de la survie d'une grande partie de ces acteurs. Malheureusement, 20% d'entre eux vont disparaitre car ils n'auront pas la capacité de rebondir et ne pourront pas intégrer le groupe Accor car ce sont de petits établissements éclectiques et hétérogènes de 10 à 20 chambres qui ont manqué de CAPEX.

Il est indispensable d’arrêter la morosité ambiante avec des prédictions de retour à la normal dans plusieurs années mais il est au contraire essentiel de restaurer et entretenir la confiance. Le groupe Accor est très optimiste et reste persuadé que l’industrie va rebondir et que cette pandémie va s’estomper d’une manière ou d’une autre.

Les deux mots clés les plus cherchés sur Google sont loisir et voyage : cela traduit une vraie demande et une volonté de la part des ménages d’utiliser une partie de l’épargne accumulée pour le voyage. Un rebond est très probable sur le loisir et le voyage en 2022.

Malgré l’action des gouvernements et l’accès au chômage partiel, un groupe comme Accor a perdu 1,5 milliard d’euros au 1er trimestre dont 500 millions de trésorerie, ce qui laisse imaginer combien peut être difficile la situation des plus petits hôteliers.

Cette crise impose de ramener la voilure, de continuer à se développer et de regarder ce qui peut être fait sous forme d’acquisitions tout en étant extrêmement prudents. La consolidation du secteur a peu de chance de se produire. Les groupes américains ne souhaitent pas s’exposer à ce qui se passe sur le continent européen et les groupes chinois ont démontré depuis 3 ans qu’ils ont des difficultés à gérer les marques acquises en dehors du territoire chinois.

Les hôteliers chinois et les américains s'en sortent mieux car ils ont un territoire domestique à la taille d’un continent, comme l’Europe. 820 millions de Chinois ont voyagé en Chine pour la Golden week, ce qui signifie que, d’ici la fin de l’année, les hôteliers chinois auront retrouvé les taux d’occupation pré-Covid en ayant aucune clientèle internationale.

Les gouvernements européens sont tenus de se mettre d’accord sur les modalités de voyage des ressortissants européens. Il y doit y avoir une cohérence entre les pays. Des tests salivaires doivent pouvoir être proposés dans tous les établissements avec un résultat rapide en 15 minutes.

Malgré la situation, l’industrie reste une industrie bénie des dieux car les problèmes ne sont pas d’ordre structurels mais sanitaires. Il est certain que 50% des voyageurs internationaux reviendront en Europe et que les hôteliers en seront les premiers récipiendaires. Il faut puiser en soi l’énergie et chez les autres les ressources nécessaires pour rebondir.

Au sein du groupe Accor, de nombreuses initiatives ont été instaurées en l’espace de 4 mois, 300 000 personnes en souffrance conjugale ont été accueillies dans les hôtels du groupe, 20 000 personnels soignants ont disposé de nuitées, 300 000 repas ont été distribués. Un fond d’investissement nommé All Heartist de 80 millions d’euros (soit 1/3 des dividendes du groupe) a été créé à destination des 280 000 personnes mis au chômage partiel dans les 110 pays du groupe Accor. 37 000 collaborateurs ont bénéficié de ce fond.

« Il y a une noblesse dans notre métier, c’est la noblesse des gens qui le composent. Je n’ai jamais vu autant de générosité, d’agilité, de capacité d’adaptation, de gens qui ne se plaignent pas autant qu’ils pourraient le faire. Je reste très optimiste sur ce qu’il va se passer dans les mois qui viennent. Notre capacité d’appréhender le danger et de rebondir est très grande. »

Le psychiatre Bertrand Piccard l’a résumé très justement, lorsque vous acceptez une crise, cela devient une aventure, quand vous résistez à une crise, cela devient un défi. Cette crise est une aventure qu’il faut appréhender et non défier.

« Nous allons rebondir bien avant 2023. En attendant la seule chose qui n’est pas permise c’est le silence. Ceux qui souffrent et ils sont nombreux, que ce soient les collaborateurs, les propriétaires ou les franchisés, doivent pouvoir partager un diagnostic, ce dont ils ont besoin et d’essayer d’apporter un remède. Le silence est interdit, le doute est parfaitement permis et l’obligation d’agir et d’avancer est indispensable. »

 

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