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Entretiens

Entretien avec Robert E. Riley, P-dg de la chaîne Le Méridien : Nous continuerons d’être une enseigne indépendante

En négociation avec Lehman Brothers et Starwood pour sa recapitalisation, Le Méridien finalise sa nouvelle structure financière. Ce qui n’empêche pas la chaîne de continuer sa politique d’expansion avec l’ouverture d’une trentaine d’hôtels d’ici 2006.

HTR Magazine : Depuis l’annonce en décembre de l’accord financier avec les créditeurs, impliquant Lehman Brothers Holding et Starwood, peu de choses ont été dites. Où en est la situation actuelle de Méridien à ce jour ?

_ Robert E. Riley : Pour ce qui est de la propriété, la société continue d’appartenir à un groupe d’actionnaires conduit par Nomura Capital. Sur un autre plan, Le Méridien a un ensemble de dettes, proche d’un milliard de livres Sterling, principalement entre les mains de Lehman Brothers. Pour être clair, à ce jour, Lehman Brothers ne possède pas une seule action de la société. Après qu’ils aient racheté notre dette principale en décembre dernier, nous nous sommes rencontrés en janvier pour discuter de la recapitalisation nécessaire de la société pour équilibrer les dettes avec plus de fonds propres. A ce stade, ils nous ont demandé de négocier aussi avec Starwood qui a passé plusieurs mois en audit des comptes et de l’entreprise avant de déclarer : Oui, nous sommes intéressés. Maintenant, nous sommes dans une configuration où Lehman Brothers et Starwood négocient l’accord qui les associera pour former une nouvelle entité qui assurera la recapitalisation de Méridien. Dans le même temps, Lehman Brothers a engagé une procédure pour parvenir au refinancement d’une partie de la dette et pour attirer d’autres investisseurs dans la société. Quand toutes les pièces du puzzle se mettront en place, nous serons en mesure d’annoncer quelle forme prendra le schéma de recapitalisation. Ce qui ne nous empêche pas de conduire les affaires et, sur ce plan, notre équipe fait un superbe boulot.HTR : Quelle est la réponse du public au concept Art+Tech ? _ R.R. : Nous avons déjà ouvert un bon nombre d’hôtels Art+Tech, à Vienne, Hambourg, Minneapolis, Hong Kong et Turin, et ils connaissant un succès débordant. Nous croyons très fort dans ce concept. En même temps, il est important de mettre en avant notre diversité partout où nous sommes. Dans certaines destinations, il est plus approprié pour le client d’avoir un hôtel de style différent. Ce qui compte vraiment, ce n’est pas tant l’aspect physique ou le design mais le style du service. Nous avons une demi-douzaine de formateurs qui parcourt le monde pour maintenir la permanence de ce service, en fonction de notre “bible” de l’accueil que nous adaptons régulièrement aux goûts changeants des clients.HTR : Comment faites-vous face à cette situation ? _ R.R. : Je porte deux chapeaux : Celui de patron d’une chaîne pour conduire les opérations, aller de l’avant, développer de nouveaux produits, une stratégie marketing et commerciale. Mais également un chapeau plus financier pour travailler avec Lehman Brothers pour finaliser le processus de recapitalisation. Et je m’arrange pour séparer les deux aspects de mon activité.HTR : Est-ce que le processus est long ? _ R.R. : Oui, il est plus long que ce que nous avions anticipé. Il n’est pas clos et il ne prendra peut-être pas la forme exacte que celle que nous avions projetée. Nous travaillons tous étroitement, mais si la structure devait changer, nous sommes prêts à être réactifs et trouver une nouvelle solution. Je suis absolument confiant dans le fait que nous arriverons à mettre sur pied une formule consensuelle de recapitalisation de la société, qui nous rendra probablement plus fort. Nous connaissons la destination finale, mais nous ne connaissons pas le chemin exact pour y arriver.HTR : Comment envisagez-vous l’implication de Starwood dans la gestion de la chaîne ? _ R.R. : Nous continuerons à l’évidence d’être une enseigne indépendante libre de gérer nos affaires. Ma vision propre est celle d’une société qui viendra se brancher sur l’infrastructure de Starwood.HTR : Quelle est le sentiment général des propriétaires d’hôtels à l’égard de cet accord ? _ R.R. : Je rappelle que nous possédons ou louons 40 de nos hôtels sur 140 environ. J’ai rencontré plus de la moitié des propriétaires et ils sont très solidaires. Ils nous ont choisi pour une raison simple et nous avons bien réussi dans la gestion de leurs propriétés. Ils sont dans une attitude bienveillante d’attente. Ils comprennent le travail de restructuration de l’enseigne pour rester indépendant. Il n’y a pas eu de déperdition de contrats de management en raison de notre accord possible avec Starwood. Depuis que j’ai rejoint la société, nous avons signé sept nouveaux contrats. Bien sûr, nous en avons perdu quelques-uns mais pas autant que j’aurai pu le craindre en théorie. Nos équipes sur le terrain font un formidable travail en maintenant des relations étroites avec les propriétaires, les clients et le personnel. Les propriétaires apprécient la touche européenne de notre enseigne et le travail que nous réalisons.HTR : Quel est le portefeuille exact de Méridien ? _ R.R. : A ce jour, il y a 132 hôtels en activité sous notre enseigne. Nous continuons d’ouvrir de nouvelles unités. Avec tous les projets en cours pour les deux prochaines années, nous serons pratiquement à 140 avant la fin de l’année et plus de 160 d’ici à la fin de 2006. Plus fort que jamais.HTR : C’est un résultat étonnant quand beaucoup vous donnait pour mort … _ R.R. : Il est vrai que l’an passé, quand la Royal Bank of Scotland a transféré ses 11 contrats de location à d’autres opérateurs, il y a eu beaucoup d’articles qui pouvaient laisser croire aux lecteurs que Le Méridien rendait son dernier souffle. Mais nous avons surmonté cela et les affaires vont nettement mieux. Le fait d’avoir Lehman Brothers, un investisseur immobilier, comme notre principal créancier, au lieu de 18 banques commerciales qui ne connaissaient rien au marché, est un avantage énorme pour nous.HTR : Profitez-vous de la reprise général de l’économie dans plusieurs parties du monde ? _ R.R. : Comme société non cotée, nous n’annonçons pas nos résultats, mais je peux vous assurer que nous profitons de la reprise. Nous avons de bien meilleurs résultats que l’an passé. Le fait que nous soyons très concentré en Europe, qui ne réagit pas aussi vite que le reste du monde, est un défi à surmonter. Heureusement, notre enseigne est très forte en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique. A l’évidence, nous n’avons pas beaucoup d’hôtels en Amérique, mais il va y avoir une forte croissance dans l’industrie hôtelière là-bas, nous sommes en mesure d’en profiter pleinement. Nous avons l’intention d’être plus agressifs sur le marché américain dans les deux à trois ans prochains.HTR : Depuis la perte de vos contrats avec la Royal Bank of Scotland au Royaume-Uni, voulez-vous renforcer votre présence là-bas ? _ R.R. : Nous gérons toujours deux hôtels à Piccadilly et à Gatwick. En vérité, quatre ou cinq hôtels loués à la Royal Bank of Scotland avaient une réelle importance pour l’enseigne ; les autres étaient plutôt des hôtels de province sans réelle valeur stratégique. Nous sommes désireux de revenir rapidement dans les grandes métropoles. Nous devrions pouvoir faire une annonce dans ce sens dans quelques semaines.HTR : La plupart de vos nouveaux développements concernent les pays émergents, comme la Croatie, ou dans des nations en forte croissance au Moyen et en Extrême-Orient. Est-ce une stratégie délibérée ? _ R.R. : Sans l’ombre d’un doute ! Tout le monde prospecte les pays émergents avec acharnement. Nous sommes depuis longtemps dans les pays de l’Est et nous avons des gens très avertis qui nous donnent une longueur d’avance sur la concurrence. Nous ouvrons un hôtel à Stuttgart le mois prochain. Notre équipe en Asie est aussi très forte, spécialement en Thaïlande et en Chine. Notre équipe au Moyen-Orient couvre aussi l’Inde où nous sommes en forte croissance et notre équipe pour Afrique et l’Océan indien se démène pour faire grandir le portefeuille. Nous avons choisi d’être très régionalisé avec des équipes incrustées dans leur territoire depuis des années.HTR : Où identifiez-vous une faiblesse dans le réseau actuel de Méridien ? _ R.R. : En Amérique du Nord d’abord, où nous allons porter notre priorité . Nous travaillons étroitement avec notre partenaire newyorkais historique, la famille Parker. Nous venons juste d’ouvrir un nouvel hôtel à Palm Springs, un très joli bâtiment historique. A Miami, nous travaillons avec un groupe intéressant qui est un important développeur qui a beaucoup de contacts en Amérique latine et que nous devrions utiliser prochainement. Même si nous avons une approche plus opportuniste en Amérique du Sud que pour les autres régions du globe.HTR :Avez-vous l’intention de maintenir votre alliance avec Nikko ? Est-ce profitable pour les deux compagnies ? _ R.R. : Absolument, nous n’aurions jamais été si fort sur le marché japonais autrement et nous leur apportons un bon accès à un marché global. J’ai une réunion importante prévue pour le début de l’année prochaine pour renforcer encore ce partenariat. Dans les affaires aujourd’hui, il faut rester souple et vif quand les opportunités se présentent. Si nous trouvions un autre partenariat marketing du même ordre nous serions très intéressés. Il n’y a rien de concret pour l’instant mais nous sommes attentifs.HTR : Pourquoi pas avec une chaîne en Inde ? _ R.R. : Je connais très bien les gens d’Oberoi et de Taj ; ce sont des sociétés de belle envergure à leur manière propre. Nous avons sept hôtels en Inde, avec d’autres à venir. Nous sommes déjà l’opérateur étranger le plus important et je veux que l’enseigne Méridien soit établie en tant que telle là-bas.HTR : Pensez-vous pouvoir conserver la “touche française” alors que le seul lien existant, c’est le partenariat avec Air France ? _ R.R. : Nous avons de profonds liens culturels avec la France et nous avons toujours un bureau important à Paris. Nous pensons être une enseigne européenne avec l’accent français. Nous sommes une compagnie mondiale depuis que nous n’avons plus autant d’hôtels au Royaume-Uni. Notre idée est de faire davantage savoir aux gens que nous sommes fiers de notre accent français. Nous allons revenir vers une plus forte association avec la touche française que nous ne l’avons fait au cours des trois dernières années.

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