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Analyses

En Bretagne, les hôteliers résistent à la houle

Si la fréquentation touristique de la région est en recul sur l’année 2016 par rapport à l’année précédente, à cause d’un climat social et sécuritaire difficile, les hôteliers bretons, eux, gardent le cap. Les premiers mois de 2017 témoignent notamment d’un retour de la clientèle. Première destination touristique en Bretagne, le littoral n’est désormais plus le seul endroit privilégié des visiteurs, qui sont de plus en plus nombreux à se rendre dans les villes. Le tourisme urbain, soutenu par le développement des aménagements et une montée en gamme de l’offre hôtelière également propice à l’accueil des professionnels, est en pleine expansion.

Territoire aux visages multiples, riche d’un patrimoine culturel et naturel foisonnant, la Bretagne constitue aujourd’hui la 4ème destination touristique française, et la première région pour le tourisme balnéaire. Sa façade maritime, qui regroupe près d’un tiers du littoral français (2 730 km de côtes) accueille chaque année des millions de visiteurs, parmi lesquels de nombreux amateurs de sports nautiques (voile, kayak de mer, plongée, surf…). Occupant la péninsule à l’extrémité ouest du pays, elle se distingue également par sa grande diversité de sites naturels - vallées fluviales, landes, tourbières, marais, bocages et forêts – qui participent à la renommée du paysage breton. Elle regorge en particulier de cours d’eau, dont 600 km de voies navigables propices au tourisme fluvial ; tandis que ses 12 000 km de sentiers pédestres balisés font le bonheur des randonneurs. Des aquariums (Océanopolis de Brest, Aquarium de Saint-Malo, Océarium du Croisic…) aux parcs zoologiques (Branféré, Pont Scorff, Aligator Bay, Planète Sauvage…), en passant par ses jardins et ses phares, le pays breton recèle par ailleurs de sites touristiques orientés vers la découverte de la nature et des espèces animales, aujourd’hui premier critère de choix de ses visiteurs selon l’enquête Reflet du Comité Régional du Tourisme Bretagne (2016).

  Fêtes maritimes internationales

Outre sa richesse naturelle, la région bénéficie par ailleurs de nombreux atouts culturels, marqueurs de son histoire.  Elle constitue en effet la première destination patrimoniale de l’Hexagone après l’Ile-de-France, avec environ 3 000 édifices d’une grande diversité (religieux, militaire, maritime, archéologique…) classés ou inscrits aux monuments historiques : anciennes cités médiévales, églises, chapelles et monastères, menhirs et dolmens, châteaux… Son territoire compte une soixantaine de villes ou communes distinguées par les labels « Petite Cité de Caractère », « Villes Historiques », « Villes d'Art et d'Histoire » et « Communes du patrimoine rural de Bretagne » et dont l’attractivité touristique repose notamment sur la qualité des animations touristiques (spectacles historiques, expositions, visites guidées…). Avec 161 300 entrées en billetterie le château médiéval Le Fort La Latte à Plévenon se classe parmi les sites historiques les plus fréquentés de la région en 2016, devant le Château de Suscinio (110 400). L’agenda culturel, ponctué par l’organisation de nombreux événements culturels, en particulier les festivals mettant en avant la culture bretonne - le Festival Interceltique de Lorient, le Festival de Cornouaille à Quimper ou encore Temps Fête à Douarnenez - ainsi que les rendez-vous musicaux (La Route du Rock, Les Vieilles Charrues, Trans Musicales…) contribuent au rayonnement de la destination.

Marquée par une forte saisonnalité (56% de nuitées en juillet et août en 2016), la Bretagne attire principalement une clientèle familiale, âgée de 39 ans en moyenne, privilégiant le littoral (76% des nuitées totales). Si celle-ci est essentiellement constituée de français, qui représentent 83% des nuitées selon le CRT Bretagne en 2016, la clientèle étrangère (17%) fait également partie du paysage touristique breton, et compte majoritairement des Britanniques (35%), des Allemands (15%) et des Belges (13%). Cette dernière est toutefois en retrait sur l’année 2016, qui a accueilli au total 12,8 millions de visiteurs, soit 2,7% de moins que l’année précédente. En 2015 l’hôtellerie avait enregistré de très bonnes performances (avec près de 100 millions de nuitées pour 13,2 millions de touristes). En partie imputable aux attentats, qui ont contribué à faire pâlir l’image de la France à l’international, cette baisse de la fréquentation s’explique également par les effets défavorables du Brexit : toujours selon les chiffres publiés par le Comité Régional du Tourisme, les arrivées du Royaume-Uni sont en baisse de -10%. La clientèle néerlandaise est quant à elle en recul de -6%, suivie par les Allemands (-5%) et les Espagnols (-5%). L’Euro 2016 – peu favorable aux départs – ainsi que les manifestations contre la loi travail et le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes ont également participé au déclin des performances bretonnes après trois années de hausse consécutive : le nombre de nuitées croît de +6,5 % entre 2012 et 2015 (BET F. Marchand). A cela s’ajoute un calendrier défavorable et une météo capricieuse durant la période printanière. Compte tenu du contexte, les résultats sont toutefois à relativiser, d’autant que l’année 2016 parvient à se hisser au niveau de 2014. La tendance est par ailleurs plus favorable sur l’année 2017, qui signe le retour de la clientèle touristique (CRT Bretagne), malgré une saison estivale encore mitigée pour les professionnels.

  Origine des clientèles étrangères

Afin de rebooster la fréquentation, la région mise sur le développement de nouveaux projets, à l’image de « En Bretagne sans ma voiture », dédié à valoriser l’image durable de la destination en proposant des séjours de courte durée pensés pour faciliter le voyage sans voiture. Le projet s’appuie notamment sur le lancement de la ligne grande vitesse (LGV) Paris-Rennes, qui offre depuis juillet dernier des trajets de moins d’1h30, et qui s’inscrit plus largement dans le programme « Bretagne Grande Vitesse » bâti autour de la LGV et la modernisation des lignes Rennes – Brest et Rennes – Quimper.

Si la destination attire avant tout les touristes d’agrément durant la saison estivale, du fait de ses aménités naturelles et de son patrimoine culturel, le tourisme d’affaires constitue aujourd’hui un nouvel axe de développement touristique hors saison, en particulier à Rennes et Quimper. Les ambitions de ces villes bretonnes se portent en effet sur l’accueil de professionnels, via la rénovation ou la création de centres de congrès comme le Chapeau Rouge (Quimper) inauguré en janvier 2017 ou encore le Couvent des Jacobins, prévu pour 2018. Situé dans le centre historique de la métropole de Rennes, dans un ancien couvent du XIVème siècle, ce dernier disposera d’une large capacité d’accueil, dont deux amphithéâtres de 1000 et 400 places. L’arrivée du nouveau quartier d’affaires EuroRennes, actuellement en construction et qui disposera de plus de 300 000 mètres carrés de bureaux, d'équipements, de logements et de commerces devrait également contribuer à capter la clientèle d’affaires de la région.

Plus largement, le tourisme urbain constitue un moteur de croissance de la destination Bretagne, jusqu’alors dominée par son tourisme maritime. Toujours selon une enquête réalisée par le CRT, les zones urbaines (41%) arrivent en effet en deuxième position des lieux les plus touristiques de la région, derrière le littoral (76% des nuitées). Les neuf villes d’Art et d’Histoire de la région (Concarneau, Dinan, Dinard, Fougères, Lorient, Quimper, Rennes, Vannes et Vitré) regroupent 11,5% des séjours touristiques de la région (source : Morgoat Tourisme). De plus, alors que le cœur de la clientèle touristique privilégie de manière globale d’autres formes d’hébergement (hébergement locatif, parents/amis, camping…) lors des séjours en Bretagne, le tourisme dans les villes profite davantage à l’industrie hôtelière bretonne : selon l’Insee, les sept principales métropoles de Bretagne - à savoir Brest, Lorient, Quimper, Rennes, St Brieuc, Saint Malo et Vannes – représentent 42% des lits hôteliers en 2016, Rennes se positionnant en tête avec un total de 8 074 lits (sur les 25 830 répertoriés au total), avant Saint-Malo (5 466) et Brest (3 992). Le volume des nuitées urbaines a quant à lui augmenté de +13% en moyenne entre 2010 et 2015. L’évolution des espaces culturels, le développement des espaces commerciaux et la proximité des métropoles avec les ressources touristiques et patrimoniales, notamment le littoral, constituent autant d’atouts originaux sur lesquels la région peut s’appuyer. Près de la moitié des sites les plus touristiques du territoire sont en effet situés à moins de 25km ou 30 minutes des principales zones urbaines. La richesse et la diversité des événements culturels, notamment des nombreux festivals, contribuent par ailleurs à favoriser cet essor. 

  Performances hôtelières

Afin d’accueillir un nombre croissant de visiteurs, qu’il s’agisse d’une clientèle d’affaires ou de loisirs, le parc hôtelier du pays breton se modernise et monte en gamme, comme en témoigne l’ouverture de trois nouvelles adresses à Rennes en 2016 : Le Saint-Antoine, un boutique hôtel 4 étoiles de 61 chambres géré par la chaîne Best Western Premier Collection ; le Magic Hall, un hôtel 3 étoiles de 19 chambres décorées sur le thème du cinéma, du théâtre et de la danse ; et enfin l’hôtel 4 étoiles Océania (70 chambres) localisé à Saint Grégoire. Autre nouveauté hôtelière dans le pays breton : un 4 étoiles sous enseigne Golden Tulip a été inauguré en juillet 2016 à Douarnenez. Le projet de reconversion de l’ensemble immobilier Hôtel des Monnaies-Hôtel de France dans la capitale bretonne, qui accueillera un hôtel 5 étoiles de 115 chambres et suites, a par ailleurs été lancé et devrait être inauguré en 2019. Du côté de Quimper, un établissement de haut standing devrait également voir le jour début 2018 à Locmaria : l’hôtel du Prieuré, qui comptera 20 chambres dont 14 suites. Au-delà de ces quelques ouvertures, le parc hôtelier de la Bretagne évolue peu en volume ; il recule de 1% sur l’année, du fait de la fermeture d’un certain nombre d’hôtels indépendants.

A l’heure actuelle, ce dernier comptabilise un total de 949 établissements hôteliers, soit 54 018 lits. 3ème mode d’hébergement marchand plébiscité par les touristes, derrière l’hébergement locatif et le camping, l’hôtellerie bretonne représente 8% des nuitées touristiques totales, soit 8 millions en 2016. Avec 3 115 200 nuitées répertoriées sur l’année, le segment moyen de gamme (41% des nuitées totales) est par ailleurs celui qui attire le plus de visiteurs, devant l’économique et le super-économique. C’est en particulier le cas pour l’offre hôtelière de chaînes, qui compte 12 901 chambres en 2016.

Répartition des nuitées

Les performances hôtelières sont globalement positives en 2016 par rapport à l’année précédente. Malgré une baisse de la fréquentation touristique à l’échelle de la destination, les établissements bretons enregistrent un taux d’occupation en hausse de +1,6 point, qui permet, grâce à la croissance du prix moyen (+2,3%) d’enregistrer un RevPAR (Revenu par chambre disponible) en rebond de +5,1%. Par ailleurs, alors que l’année 2017 avait connu de bonnes performances sur la période printanière (+10,9 % de RevPar pour le mois d’avril), la chute du prix moyen durant la période estivale (PM : -2,9% en juillet) a contribué à affaiblir les recettes des hôteliers : sur le mois de juillet, le RevPar baisse de -0,4% comparé à l’année précédente. Globalement, la situation est toutefois en passe de s’améliorer pour l’hôtellerie bretonne, qui n’a pas encore perdu le nord.

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