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Édito

En Europe, nous avons fait le « Bang » mais pas le «Big»

L’économie collaborative, un concept généreux, mais avec lequel les sociétés latines sont peu familières. Attachées à leurs propriétés, les populations latines ont du mal à partager un bien commun. Le retrait de la société Gobee Bike de France est une illustration criante du manque de respect des français (qui sont plus habitués au fonctionnement associatif) pour les biens qui ne leur appartiennent pas.

Uber arrivé en force, a subi de violents revers de la part de la corporation des taxis en France, et est en train d’en subir en Grèce. La bronca passe aussi via ses chauffeurs. L’entreprise a entre temps cherché à diversifier son activité en proposant Uber Eats – dont l’équilibre économique reste à démontrer face à des concurrents implantés depuis plus longtemps - puis récemment un service destiné à emmener les patients à l’hôpital.

Que dire d’Airbnb qui fêtera ses 10 ans en août prochain et est désormais valorisé à 30 milliards de dollars. On passe d’un concept de location chez l’habitant, à une utilisation discrète et marginale de la plateforme par les professionnels de l’hébergement, pour finir par l’annonce récente d’une rubrique dédiée aux boutique hôtels. La firme propose même une garantie de qualité via un label “Airbnb Plus” payant pour les propriétaires (120€) pour lequel un auditeur se rend sur place et vérifie le standing du logement. Bref, Airbnb est en train de perdre son âme. Cette mutation sera-t-elle couronnée de succès ? Rien n’est moins sûr quand on voit ce que la mutation de Trip Advisor a donné. Le changement de business model de la plateforme passée de site d’avis en ligne à société monétisant les classements des hôtels et restaurants présentes dans ses pages n’est pas un succès. La firme d’avis en ligne est passée d’une valorisation de près de 12 milliards de dollars en octobre 2015 à une valorisation d’à peine 4,5 milliards de dollars fin 2017… à bon entendeur.

Ces sociétés dites de l’économie collaborative s’installent et croissent dans un vide juridique en proposant des concepts novateurs voire révolutionnaires pour certaines. Mais peu parviennent à pivoter dans leur concept pour s’adapter aux nouvelles réglementations, aux lobbyings qui s’organisent… A vouloir devenir toujours plus gros, les entrepreneurs perdent leur âme en oubliant leur concept et leur philosophie de base.

Cet écueil ne peut être que bénéfique pour l’hébergement marchand traditionnel qui travaille dans le respect de la réglementation et développe un modèle économique et des produits qui ont rencontré leur clientèle depuis longtemps. Cela ne signifie toutefois pas qu’il faut se reposer sur ses lauriers bien au contraire, il faut se battre, améliorer encore et toujours ses établissements, son fonctionnement, aller chercher la rentabilité en s’appuyant sur les outils désormais disponibles grâce au développement du digital… Le véritable problème est de savoir qui va mettre les CAPEX nécessaires et que vaut une marque sans CAPEX.

Une guerre économique se prépare, on passe d’une période d’ouverture des frontières - qui s’est soldée par l’accroissement des déséquilibres – à une ère de protectionnisme exacerbé. Dans ce repli sur soi, l’Europe n’est pas dans une position confortable car son essence même c’est l’ouverture du marché unique en interne et vers l’extérieur. Les géants du web sont américains ou chinois et leur influence grandit toujours plus sur le consommateur. Google par exemple, absorbe à lui seul 89% des recherches via ses moteurs de recherche ; Amazon, Apple, Facebook et Google pèsent ensemble plus de 3 000 milliards de dollars. Mais l’on aurait tort de croire que la messe est dite, il est encore temps d’agir et d’anticiper la crise qui couve. Car ne nous y trompons pas, au final le consommateur tranchera, face à des produits de plus en plus chers il cherchera des produits de substitution.

Protectionnisme, fiscalité, inégalités, rémunération des salariés non qualifiés, course au profit, dividendes, inflation… tous ces ingrédients s’additionnent à merveille pour créer un cocktail instable et dangereux. Les entreprises établies de longue date, solides dans leur business model, devraient avoir toutes les cartes en main pour tirer leur épingle du jeu mais la bataille sera rude et sans merci. Cette fois, sur ces sujets, la réponse ne pourra venir que de l’Union européenne.

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