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Édito

(Re)mettre l’ouvrage sur le métier

Ce jeudi 16 juillet, la Cour de Justice de l’Union Européenne a annulé l’accord dit de « Privacy Shield » qui permettait aux entreprises américaines de transférer les données personnelles européennes sur le sol américain.

En règle générale, l’opinion publique est peu familière des enjeux réels gravitant autour des données sous toutes leurs formes. En effet, il s’agit d’un sujet plutôt technique dont les ressorts complexes demandent de s’y intéresser de près.

Pour notre industrie du tourisme européen, il s’agit d’un virage intéressant qui montre le changement de dogme à l’oeuvre au sein de l’Europe. Certains parlent depuis quelques mois d’un retour au pragmatisme après une longue période jugée « naïve » face aux enjeux basiques de souveraineté économique.

Les entreprises qui collectent et traitent des données issues de personnes ou d’entreprises européennes, telles qu’Expedia, TripAdvisor ou encore Airbnb, vont devoir intégrer que dorénavant l’usage de cette intelligence de marché devra être mieux équilibré afi n de protéger les données issues d’activités basées sur le sol Européen.

Il est vrai que depuis des décennies l’extraterritorialité du droit américain pousse les acteurs privés européens à une vassalité subie. D’abord, toutes les transactions libellées en dollars permettent l’application du droit américain, peu importe la géographie et l’origine des acteurs. Il en va de même pour toutes les données transitant sur des serveurs américains, à travers le « Cloud Act ». Avec une monnaie mondialisée qui représente plus de 60 % des réserves et avec les GAFAM (Google, Amazon, Apple, Facebook et Microsoft), on peut dire que les Américains ont su imposer leur influence.

En parallèle, les plans européens de relance de l’économie, et notamment du tourisme, doivent non seulement contribuer à soutenir ce secteur important pour nombre de pays de l’Union, mais également permettre de redéfinir la trajectoire et les enjeux pour la décennie à venir.

A une époque encore pas si lointaine, certains justifiaient leur inaction par le fait que le tourisme ne serait soi-disant « pas délocalisable ». Certes le Mont St Michel ou la Tour Eiffel ne bougeront pas de place, pas plus qu’on ne mettra les hôtels sur des roulettes (encore que l’offre d’hébergement mobile se développe), mais en réalité des pans entiers de valeur ajoutée sont déjà délocalisés. Les taux de commission prélevés par les intermédiaires extra-européens sont bien de la valeur délocalisée, la connaissance issue des données clients l’est également.

Dans l’industrie, on parle aujourd’hui de relocaliser des filières entières, ce qui prendra sûrement une dizaine d’année, tandis que pour le tourisme il s’agit de relocaliser une partie de la valeur ajoutée, pas d’usines à rapatrier ou de savoir-faire à reconstituer : cela pourrait donc être plus rapide.

Ce même 16 juillet, la France a obtenu l’application de la réciprocité entre Air France et les compagnies aériennes chinoises pour le nombre de vols hebdomadaires autorisés entre la France et la Chine. Aurions-nous le même courage politique avec nos partenaires américains ?

Peu d’acteurs économiques du secteur touristique ont droit de cité sur les marchés intérieurs US ou Chinois, tandis que la réciproque est loin d’être vraie. Les politiques naïves nous ont condamné à jouer les seconds rôles, y compris en termes d’emplois, dans la principale industrie mondiale qu’est le tourisme, alors même que notre région est au premier plan du moteur touristique global.

Qu’en sera-t-il de la souveraineté économique européenne du secteur du tourisme dans les prochaines années ? Il en va de notre capacité à maîtriser notre destin dans une industrie mobilisatrice de capitaux et de décisions publiques structurantes.

En Europe, à la fin du Moyen-Âge, les nations européennes ont su se libérer du droit de cuissage qu’exerçaient les puissants sur leur ressources, libérant la pensée et débridant les énergies entrepreneuriales.

Bis repetita ?

Vanguélis Panayotis

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