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Édito

Nos touristes sont-ils des rois ou des vaches à lait ?

Quel tourisme demain ? Comment voyagerons-nous ? Pour quelles destinations ? Si la demande est en perpétuelle croissance et les projections très rassurantes, quelques questions demeurent et pour certaines il sera difficile d’avoir des éclaircissements. L’industrie touristique dépend de nombreux facteurs exogènes qui peuvent à la fois la favoriser et la déstabiliser. On l’a dit, la demande progresse mais met-on réellement tout en œuvre pour la satisfaire ? Où fixera-t-on les priorités ?

Aller plus haut, aller plus loin ?

Le transport aérien est un des moins coûteux au kilomètre, 3 à 4 centimes par passager, contre 10 centimes pour le train et 25 centimes pour la voiture. Mais cet état de fait risque de changer car les contraintes augmentent dans le secteur. Les carburants très performants, par exemple, coûtent 40% plus cher que ceux actuellement utilisés par les compagnies aériennes. Peut-on se permettre ces changements ? Comment trouver un équilibre entre l’urgence écologique et les besoins économiques ? Qui doit supporter les surcoûts liés aux exigences environnementales ? N’oublions pas que l’avion favorise les longues distances, il est bien moins coûteux de faire Paris/New-York qu’un voyage intra-européen, ce qui ne favorise pas nos destinations.

La voiture qu’elle soit diesel, essence ou hybride, donne une liberté et une facilité de mouvement incomparables. On peut décider de partir à la dernière minute et jeter son sac dans le coffre. Impensable avec le train ou l’avion car le yield management conduit à des tarifs exorbitants pour les départs de dernière minute, pour ceux qui auraient la chance de trouver une place...  Attention de ne pas faire supporter les changements nécessaires au respect des engagements pris en faveur de notre belle planète… encore aux mêmes. N’oublions pas que la crise des Gilets Jaunes en France a débuté suite à la volonté du gouvernement d’augmenter la taxe carbone avec en ligne de mire tous les ménages qui utilisent des énergies fossiles. Il serait bon de tirer les leçons des erreurs passées. Adopter la politique du pansement sur une jambe de bois n’a jamais guéri personne.

Où iront les touristes demain ?

Il est évident que l’urgence écologique est une réalité, certaines destinations risquent d’être rayées de la carte dans un avenir pas si lointain ou désertées par les touristes à cause d’épisodes de canicule trop nombreux. Peut-être que dans les prochaines décennies, la Bretagne et la Normandie mais aussi le nord de l’Europe, deviendront les destinations de villégiature au détriment de la Côte d’Azur et de tout le pourtour méditerranéen ? Aujourd’hui c’est le nord qui nourrit le tourisme du sud de l’Europe, pas sûr que l’inverse soit envisageable.
Que restera-t-il des sports d’hiver, manne économique pour des destinations de montagne très peu fréquentées en été ? D’ici là, il est indispensable d’anticiper. Comment couvrir les derniers kilomètres à des prix abordables et dans des conditions décentes ? Quelles technologies privilégier ?

Il faut s’unir pour faire face

Les destinations touristiques dépendent totalement des transports qui les desservent : avion, train, route, bateaux… si tous les chemins mènent à Rome, encore faut-il qu’ils soient carrossables et abordables. Si l’on veut que le tourisme prospère en France et en Europe, il faut continuer à rendre le voyage toujours plus accessible comme ce fut le cas ces 40 dernières années avec le développement de la concurrence dans les transports et les nouvelles solutions proposées. Une chose est sûre, ce n’est pas en rendant une destination moins compétitive à coup de taxes et de mesures que les vrais problèmes seront adressés durablement. Si le touriste est roi pour les professionnels, ce n’est pas le cas pour les destinations qui sont ravies de les compter par millions et de les taxer, mais mettent rarement en œuvre des actions qui favorisent leur accueil. Ces touristes ont le tort de ne pas voter, ils sont plutôt vus comme des vaches à lait. Dommage que cela impacte également les professionnels qui gagnent leur vie avec eux. Les hôteliers doivent pouvoir se faire entendre à cette période cruciale où de nombreuses décisions vont se prendre et impacter durablement leur activité.

La Grande Bretagne annonce des investissements et des partenariats massifs pour construire 130 000 nouvelles chambres d’ici 2025 sachant que le parc britannique en compte actuellement environ 775 000. Ce n’est pas moins que le département du premier ministre qui annonce ces mesures, ce qui souligne l’importance donnée à ce secteur outre-Manche.

La crise des Gilets Jaunes en France a eu des impacts désastreux sur la clientèle haut de gamme. Tout commerçant le sait, reconquérir un client est extrêmement coûteux, nous devons donc tout faire pour le garder. Pour sauvegarder notre industrie et sa prospérité, il va nous falloir gravir des montagnes, être ingénieux, inventifs et collaborer. Un merveilleux défi mais que nous serons incapables de relever si l’on s’y prépare en « peignant la girafe ». Il s’agit non seulement de notre prospérité, et avant tout de celles des destinations matures qui pour certaines sont de plus en plus saturées, mais aussi de l’avenir de l’humanité sur cette belle planète bleue qui nous donne tant et à qui nous prenons tellement.

Bel été à tous les vacanciers et bel été à vous chers lecteurs !

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