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Édito

La potion magique et le village gaulois

Il était une fois un village gaulois qui résistait encore et toujours à l'envahisseur. Non content d'être une destination touristique extrêmement prisée, il voulait pouvoir se targuer d'être la première au monde. Toutefois, les chefs gaulois cherchaient depuis des décennies la recette pour réaliser une potion magique qui en plus de rendre très fort permettait de réaliser leur rêve ultime un outil pour compter les touristes qui venaient chez eux. Qui étaient-ils ? D’où venaient-ils ? Combien de sesterces dépensaient-ils ?

Les chefs voulaient aussi à tout prix garder le contrôle sur leurs ouailles, contrôler et au final juguler les entreprises de leurs villageois. Mais les villageois n’étaient pas satisfaits, car les charges pour entretenir le village pesaient lourdement sur les commerces, il y avait aussi les commissions aux distributeurs qui allaient vendre leurs produits ainsi que les fees versées à leurs franchiseurs. Tout cela pesait de plus en plus lourdement dans leurs budgets et grignotait leurs marges aussi sûrement que les druides ne parvenaient pas à trouver la potion magique qui leur permettrait de monter l’observatoire de leurs rêves.

Cette fable pourrait faire sourire mais elle prête plutôt à rire jaune… Car comment peut-on imaginer ce petit village gaulois, lutter contre des multinationales qui engrangent des milliards de dollars de bénéfices, qui peuvent se permettre de tirer leur propre câble de connexion Internet entre les Etats-Unis et l’Europe, qui détiennent des tera et des teraoctets de données sur leur utilisateurs, qui mènent des recherches sur l’intelligence artificielle, qui testent sans relâche de nouveaux algorithmes et disposent de budgets colossaux pour favoriser le référencement de leurs produits sur la toile. Bref qui ont tout pour écraser le petit village gaulois ; comment peut-on vouloir se battre avec eux à armes égales ?

Le village gaulois a fait long feu, la France est en concurrence avec un éventail toujours plus large de destinations et ferait bien de passer la main aux entreprises du secteur en leur faisant confiance en leur donnant la possibilité de valoriser les destinations. Chaque professionnel du tourisme peut à son niveau contribuer à l’attractivité de son produit en travaillant aux côtés des autres hébergeurs, restaurateurs, sites touristiques de sa destination. Comment imaginer faire face quand on sait que la ville de Bilbao dispose d’un budget supérieur à celui de la France ?

Il parait utopique de vouloir réaliser un observatoire des touristes en France, le thermomètre a été plusieurs fois cassé, il est passé de mains en mains mais in fine, il ne donne toujours pas la température. Doit-on réellement entrer dans une bataille de chiffres ou doit-on plutôt se concentrer sur la qualité des touristes qui viennent en France, sur la cible des repeaters qui viennent dans des destinations moins sur-fréquentées que la Tour Eiffel. Car si l’objectif des 100 millions est une belle cible, où espère-t-on loger ces touristes ? A-t-on prévu de les faire poireauter des heures avant d’entrer au musée du Louvre, a-t-on envisagé d’agrandir la Basilique du Sacré Cœur ? Au 21ème siècle le big data nous permet de développer des prédictions sur les comportements des touristes alors pourquoi s’entêter à mettre sur pied un observatoire qui sortira des statistiques 1 an après la bataille ? Pourquoi regarder dans le rétroviseur quand on peut regarder devant et préparer notre avenir ?

Plus que tout, les chefs gaulois, doivent faire leur devoir et laisser les villageois entrepreneurs faire le leur. Ce n’est pas en contrôlant et en bridant les belles échoppes du village qu’ils prospèreront. Ils ne parviendront qu’à paralyser une industrie qui cherche à prospérer. La stratégie du diviser pour mieux régner n’a plus lieu d’être, à l’image de l’équipe de France qui a bénéficié d’un management hors pair où chaque talent a pu exprimer le maximum de son potentiel, les gouvernants devraient s’inspirer de ce modèle pour mener la France vers le succès.

Si au lieu de s’entêter à essayer de faire une potion encore plus magique on changeait d’objectifs ? Les chefs gaulois se sont parfois intéressés au tourisme et ceux qui l’ont fait ont démontré une réelle volonté d’améliorer le système sans toutefois comprendre sa complexité et l’ampleur de l’éventail de professionnels qui interviennent dans la chaîne de déplacement du touriste, à chacun son métier. Espérons que l’été permette à chacun de trouver sa place et d’apporter sa pierre à l’édifice pour entamer la rentrée du bon pied, plus combatifs que jamais mais sans se tromper de bataille.

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