Accéder au contenu principal

Enquêtes

e-learning, la formation au management hôtelier va t-elle se désincarner ?

Petit à petit, les TIC s’immiscent dans chaque domaine de la vie privée et professionnelle. Il est donc naturel que les nouvelles technologies de l’information et de la communication interviennent aussi dans la formation au management hôtelier même si des réticences existent pour briser le cadre habituel de la salle de classe. Mais les écoles hôtelières ont l’habitude de s’adapter et la nouvelle génération digitale, adepte de Skype, Twitter, Facebook et Google, pianotant plus facilement sur un clavier que griffonnant sur un cahier de notes, a changé la donne. Paradoxalement, si la plupart des écoles hôtelières ont mis en place une plateforme d’e-lear¬ning, elle n’est pas destinée en priorité aux jeunes générations, mais davantage à celles qui ont déjà acquis une certaine maturité pour savoir l’utiliser avec profit.

La Commission européenne de Bruxelles a donné sa définition de l'e-learning qui fixe en quelque sorte la feuille de route des institutions pédagogiques : l'utilisation des nouvelles technologies multimédia et d'Internet pour améliorer la qualité de l'enseignement en facilitant l'accès aux ressources et aux services, tout en favorisant les échanges et la collaboration à distance. Les domaines du tourisme et de l'Hospitality sont tout à fait propices à ce type de formation jusqu'à un certain point. Il s'applique facilement dès lors qu'il s'agit de puiser dans des ressources théoriques et de mettre en œuvre des connaissances de type managérial. La méthode est plus discutable pour les formations pratiques, en restauration ou en hôtellerie, qui font davantage appel à une école du geste et du comportement.En connaissant ses capacités et ses limites, l'application de l'e-learning aux formations hôtelières supérieures se révèle un formidable outil complémentaire à la présence sur le campus. C'est d'ailleurs dans cet esprit que la plupart des écoles qui y ont recours l'ont conçu. Adaptation concrète du principe des MOOC (voir article ci-dessous), l'e-learning hôtelier prend différentes formes selon le public visé.La jeune génération digitale manque de maturitéCe n'est pas parce que l'on est rivé en permanence à son écran, que l'on sait envoyer 100 textos à l'heure et surfer avec une grande dextérité sur Youtube, Dailymotion ou Google que l'on possède les meilleures dispositions pour profiter pleinement de l'e-learning. La plupart des écoles hôtelières en ont pris conscience."La formation en ligne, et plus spécifiquement la mise en place de MOOC, fait l'objet d'une réflexion entamée à Vatel par tous les directeurs des écoles lors de la convention internationale de 2012", explique Véronique Hasselweiler, directrice de la Communication du Groupe Vatel. "A Vatel, le recours aux nouvelles technologies s'applique en complément de l'enseignement dispensé par les professeurs. Il ne s'agit en aucun cas d'une formation en ligne mais plutôt d'une ressource supplémentaire offerte aux étudiants, qui répond à leurs attentes de génération ultra connectée. A ce jour, les programmes d'e-learning n'ont pas été généralisés dans les écoles, notamment auprès des étudiants en formation initiale. En effet, notre concept d'enseignement repose sur l'alternance, coordonnée, construite et maîtrisée tout au long du cursus, de la théorie et de l'expérience professionnelle".Au CMH Paris, les programmes MBA et Executive MBA in International Hospitality & Luxury Brands Management sont dispensés en partie en ligne. Certains cours de ces programmes MBA sont proposés en e-learning. "Pour ces formations, nous croyons plus en des méthodes hybrides "blended lear­ning" avec l'intégration des nouvelles technologies mais tout en gardant le présentiel avec l'utilisation de Projets personnels et de groupe, études de cas, jeux d'entreprise. On ne s'appuie plus sur le classique : heure de cours, classe, professeur ! Les formations e-learning vont cependant très rapidement prendre leur place avec la formation tout au long de la vie !" explique Véronique Sournies, directrice des Relations Internationales.Pour les écoles qui ont pris un certain retard, l'expérience accumulée ailleurs leur sert à adapter l'outil aux besoins et aux capacités des étudiants. C'est le cas à l'Institut Paul Bocuse de Lyon : "Nous allons profiter du passage d'Ecully à la fibre optique pour entrer dans une nouvelle dimension pédagogique", justifie Jeffrey Cartrett, le nouveau directeur pédagogique de l'Institut présidé par Gérard Pélisson. "Jusqu'à présent, compte tenu du faible débit disponible pour l'école, nous nous étions contentés de pratiquer l'e-learning comme un support pour les cours traditionnels. Nous allons désormais créer des modules de cours 100% online. C'est une évolution qui est devenue indispensable dans notre domaine". Il délimite néanmoins le périmètre de ces cours : "Pour autant, les cours online ne s'adressent pas à toutes les catégories d'étudiants. Ils ne sont pas souhaitables pour la formation initiale qui doit rester fondée sur la pratique et la discussion avec les professeurs. Ils ont besoin d'un lieu physique d'échanges comme la salle de classe. Il est effectivement paradoxal que les jeunes, qui ont une grande capacité digitale, qui sont nés avec les outils numériques, soient les moins à même de respecter la discipline et la concentration que nécessite le suivi des modules d'e-learning. Je les vois davantage à disposition d'un public déjà professionnalisé en formation continue".Certaines matières se prêtent da­vantage à l'utilisation de l'e-lear­ning, et notamment celles qui sont liées au management. C'est moins vrai quand il y a une dimension stratégique, comme en marketing, qui nécessite une discussion et une confrontation des points de vue. L'efficacité d'un forum d'échange en ligne n'est pas la même qu'une salle de classe, surtout s'il faut syn­chroniser les emplois du temps de chacun.Cette expérience passée, l'Institut de Glion, membre du réseau Laureate, l'a déjà acquise et peut donc avoir une approche réfléchie : "Depuis quelques années, nous prati­quons à Glion la méthode du "blen­ding learning", un mélange de tech­niques pédagogiques qui associe les nouvelles technologies et les cours académiques", explique Christian Daujat, Doyen académique. "Cela permet d'acquérir certaines compé­tences via l'e-learning tout en main­tenant le contrôle face à face avec un professeur. La méthode s'applique de manière différente selon qu'il s'agit des étudiants qui suivent le pro­gramme de licence et ceux qui suivent le programme Master, qui ont davan­tage de maturité. Pour ces derniers, nous proposons une flexibilité à la carte pour certaines matières en Hospitality Management, comme la finance. Les modules en ligne font l'objet d'un contrôle avec une pré­sence physique en salle de classe".Par ailleurs, pour les professionnels qui sont déjà engagés dans une car­rière, l'Institut Glion offre la possi­bilité de suivre un MBA totalement en ligne. Pour les jeunes en licence, l'e-learning n'est qu'un support aux cours traditionnels. "Ils ont encore besoin d'être structurés avec la pré­sence physique d'un professeur qui va stimuler la dynamique de classe. Ils sont encore en train de façonner leur personnalité et leurs dispositions in­tellectuelles sont peu compatibles avec l'enseignement en ligne. En revanche, ils sont totalement de la génération digitale qui fait de l'ordinateur un outil de travail quotidien pour réviser les cours et lire des supports pédago­giques en dehors de la salle de classe". explique Christian Daujat.Véronique Hasselweiler du Groupe Vatel renforce encore un peu plus ce point de vue : "La formation en ligne présente certes un intérêt pour acquérir des connaissances théo­riques, effectuer des exercices, mais elle atteint ses limites dans les forma­tions à caractère très professionnali­sant, des formations comme les nôtres qui nécessitent de faire le lien entre théorie et application pratique. Par ailleurs, elle demande de la part de l'étudiant beaucoup d'autonomie et le sens des responsabilités. Or, ce sont des qualités que nous décelons chez nos étudiants à partir de la 3e ou 4e année d'études".Mais si la majorité des responsables pédagogiques interrogés est assez unanime sur les populations et le type de cours les plus réceptifs à la méthode e-learning, l'Essec fait preuve d'une certaine originalité : "Nous disposons des programmes de CrossKnowledge Campus, une base de données de modules de e-learning en management", explique Nicolas Graf, directeur académique du MBA in Hospitality Management Essec Business School. "Certains de nos cours re­commandent d'utiliser cette ressource pour la révision de concepts pré re­quis, mais sans que cela soit obliga­toire. L'e-learning est efficace dans le cadre d'enseignement d'application de techniques professionnelles (par exemple pour apprendre l'utilisation d'un équipement ou une technique de service ou de cuisine) ou pour per­mettre aux étudiants de réviser leur compréhension de certains concepts ou de certaines techniques. C'est éga­lement un outil qui peut être très éco­nomique lors d'un usage à grande échelle". Il rejoint néanmoins ses collègues directeurs académiques quand il aborde les enseignements analytiques : "Par contre, l'e-lear­ning est moins efficace que l'enseigne­ment en face-à-face lorsqu'il s'agit de développer des compétences d'analyse, d'évaluation ou de synthèse, qui né­cessitent une approche pédagogique plus interactive", reconnaît-il. "L'e-learning reste encore trop linéaire dans son approche des interactions".Mais il considère que pour des for­mations supérieures le contact hu­main est primordial : "nos forma­tions dans le domaine de l'Hospitality - MBA et formation continue pour managers - ne bénéficieraient pas de l'utilisation du e-learning dans son utilisation comme vecteur. Tous nos cours se déroulent en personne et par petits groupes afin d'assurer l'interac­tion nécessaire au développement de compétences managériales".L'étudiant est au centre du dispositif et non plus le professeurLe recours à l'e-learning est bien davantage qu'une mise en ligne de connaissances à acquérir et d'exer­cices à effectuer. La relation entre le professeur et l'étudiant change de nature. Ce dernier devient davan­tage le pilote de sa formation et at­tend du corps professoral qu'il l'assiste, le stimule, le contrôle. Ce sont de nouvelles approches qui changent la manière d'enseigner avec la recherche du bon équilibre entre le travail individuel derrière son écran et l'interactivité d'une salle de classe."Des tentatives ont été effectuées aux Etats-Unis, où j'ai longtemps travaillé, avec un système un peu hybride mêlant l'e-learning et des séances en salle de classe", explique Jeffrey Cartrett de l'Institut Paul Bocuse. "Cela s'est révélé difficile à mettre en place, même s'il ne faut pas renoncer pour autant. Aux Etats-Unis, le concept de Flipped Learning prend de plus en plus d'importance".Dans le modèle Flipped Learning, tout ou partie du contenu d'une matière enseignée est mise à dispo­sition des étudiants via des mo­dules en ligne, voire des vidéos à visionner à domicile. Pendant les périodes de classe, les étudiants engagent une discussion avec leurs camarades sur leurs conclusions ou leur approche du sujet. Ils évaluent leurs progrès dans la matière et les professeurs peuvent consacrer un temps individuel à chacun pour orienter le travail ou le commenter. Le changement de nature se re­trouve à travers le passage d'une classe centrée autour du professeur qui parle à celui d'une classe où l'élève, les élèves sont plongés dans une atmosphère studieuse. C'est une prolongation ultime du modèle hybride où la matière est en partie assimilée à la maison pour limiter la prise de parole du professeur en cours. Dans le modèle hybride, le professeur garde un rôle central alors que dans le modèle Flipped Learning, la parole est largement ouverte aux étudiants. Le profes­seur ne garde qu'un rôle d'anima­teur de la discussion et d'assistant individuel.L'e-learning étant déjà expérimenté et pratiqué à grande échelle aux Etats-Unis, les responsables péda­gogiques européens observent et s'inspirent de ce qui s'est déjà fait de l'autre côté de l'Atlantique. C'est notamment le cas pour les outils disponibles à partir de la plate­forme pédagogiques. L'étudiant peut profiter de plusieurs supports qui vont l'assister dans son travail individuel.Dans le cadre du Groupe Vatel, Véronique Hasselweiler explique comment se complète la technolo­gie pédagogique : "Nous utilisons les nouvelles technologies depuis 6 ans déjà. Les étudiants ont accès à une plateforme d'e-learning intitulée Moodle et, depuis 3 ans, à la biblio­thèque Cyberlibris. Moodle est une application qui permet de créer via le réseau intranet, des interactions entre les professeurs, les étudiants et les ressources pédagogiques. Les ensei­gnants de Vatel mettent en ligne divers supports que les étudiants téléchargent en vue de préparer le cours ou de réaliser des exercices". Chaque étudiant et chaque profes­seur possède son compte Moodle. "Parallèlement, Cyberlibris est la pre­mière bibliothèque digitale en Europe. Elle met à la disposition des étudiants Vatel du monde entier, 24 heures/24 et 7 jours/7, plus de 5,000 ouvrages, en version numérique (e-book). L'étudiant peut consulter l'intégralité de l'ouvrage conseillé par son profes­seur, surligner des passages depuis son ordinateur, ou s'il le souhaite, l'imprimer. Les livres qui lui sont conseillés sont bien évidemment en adéquation avec l'enseignement qui lui est délivré. Cette e-bibliothèque est un outil formidable, réactualisé sans cesse et accessible d'où que ce soit", poursuit Véronique Hasselweiler.La sophistication des outils permet de faire intervenir l'e-learning pour des formations de haut niveau, comme pour un MBA. C'est ce qu'expérimente l'Institut Glion pour les jeunes cadres déjà engagés dans la vie professionnelle qui ne peuvent libérer du temps pour suivre d'autres études. C'est à eux que s'adresse en priorité le MBA en ligne que Glion vient de mettre en place. "Les statistiques de nos pre­mières promotions montrent que les étudiants ont 37 ans en moyenne et que la plupart ont déjà 15 à 17 années d'expérience professionnelle derrière eux. Ce sont des étudiants qui ont déjà des positions exécutives, respon­sables habitués à une certaine disci­pline. L'absence de salle de classe est largement remplacée par les forums de discussion en ligne, très animés. Les échanges et les questions sont de haute volée et l'organisation du tra­vail se met en place assez naturelle­ment". Cela ne veut pas dire que les étudiants peuvent prendre tout leur temps : "Nous fixons des dates butoir pour rendre le travail des diffé­rents modules, qui est contrôlé par les professeurs. Il faut compter entre deux ans et deux ans et demi pour accomplir le parcours MBA en ligne".L'exercice solitaire a aussi ses li­mites. Les premiers retours des étu­diants montrent néanmoins qu'ils apprécieraient de se retrouver phy­siquement pour une partie du MBA. On ne peut pas retrouver sur les forums la même richesse qu'un échange direct entre étudiants et professeurs. "Nous réfléchissons d'ores et déjà à la possibilité de faire retrouver les étudiants en ligne pen­dant quelques temps sur l'un de nos campus en Europe", évoque Christian Daujat.Le corps professoralest amené à seremettre en questionLa conception des modules et la diffusion des cours en ligne sont des sujets majeurs pour garantir la qualité pédagogique et la compré­hension. L'outil est important, la plateforme d'échanges doit être plaisante à utiliser, dynamique et interactive. Dans la plupart des cas, les contenus sont repris et remis en forme par des spécialistes qui as­sistent le corps professoral en place. "Nous faisons appel à des spécialistes qui savent manipuler ce genre d'ou­tils et qui vont assister le professeur à mettre son contenu en ligne", ex­plique Christian Daujat de Glion lnstitut des Hautes Etudes.La mise en place d'un dispositif d'e-learning implique l'adhésion et la contribution des professeurs. Pour les professeurs, c'est une autre ap­proche qu'il n'est pas toujours facile d'intégrer. Ce n'est pas tant une question d'âge que d'état d'esprit. "Un professeur de 60 ans, très tradi­tionnel dans son approche pédago­gique, s'est révélé excellent comme animateur de cours en ligne", raconte Jeffrey Cartrett. En revanche, cer­tains qui ont un grand charisme personnel en salle de classe, ne savent pas le faire passer dans un module. D'autres, au contraire se révèlent pleinement dans l'exercice. Il faut aussi faire preuve d'une plus grande disponibilité. L'e-learning, cela veut dire des horaires éclatés, une demande de grande réactivité aux questions posées, plus de pé­riodes de vacances habituelles... Il faut aussi avoir un vrai talent dans la manière de répondre à toute heure aux interrogations des étu­diants.D'un point de vue conception, les nouvelles plateformes pédago­giques sont très performantes : "On peut pousser très loin l'exercice avec des simulations, des mises en situa­tion à travers un avatar comme dans Second Life", insiste Christian Daujat. "Nous utilisons les bases de données en ligne bien entendu et avons testé la création d'un site de type "wiki" qui permet aux étudiants de développer un corpus de connaissance sur les tendances dans l'industrie", raconte Nicolas Graf de l'Essec Business School.L'e-learning ouvre d'ailleurs d'autres portes et conduit à la pra­tique de business games ou de conception de logiciels : "Nos étu­diants pratiquent les nouvelles tech­nologies dans plusieurs cours, ce qui les amène à développer des sites inter­net (par exemple pour les réservations de chambres, le marketing de destina­tion, la réservation pour les restau­rants, le référencement, etc.)", confirme Nicolas Graf de l'Essec Business School. "Ils sont également appelés à développer et à tester des stratégies SEO/SEM et "social me­dia"."Les étudiants de 5e année de toutes les écoles Vatel sont plus spécifique­ment mis en condition virtuelle de management et gestion d'entreprise. C'est le Vatel International Business Game", précise Véronique Hasselweiler. "Durant une semaine de concours, ils ont chaque jour à prendre des décisions stratégiques en ressources humaines, en finances, en marketing... L'équipe gagnante est celle qui a cumulé le plus grand nombre de points, qui a su prendre les meilleures décisions de management, qui a su le mieux développer son entreprise".Des garde-fous pouréviter le "ghostwriting" et garder la valeur du diplômeReste enfin l'étape du contrôle des connaissances et de la validation d'un diplôme, largement passé en ligne. Les outils existent, il faut les mettre en place.Aux Etats-Unis, des outils de contrôle comme Turnitin ou SafeAssign sont largement utilisés. La base de données Turnitin ar­chive plus de 300 millions de co­pies, le contenu de quelque 110 000 journaux & livres et référence plus de 24 milliards de pages Internet. Près de 10 000 établissements d'en­seignement sont connectés, soit un million d'enseignants actifs et 20 millions d'étudiants. SafeAssign rivalise avec des don­nées comparables. Dès lors, pour opérer un contrôle, il est possible de faire entrer tous les travaux des étu­diants dans le système qui vérifie électroniquement qu'il ne s'agit pas d'une duplication d'un travail déjà réalisé par un autre étudiant. Ce sont ces mêmes outils qui ont per­mis de dépister les plagiats dans les ouvrages d'auteurs sérieux ou les faux travaux de recherche. Ils sont très efficaces pour scanner toute la littérature déjà publiée. "Dans le dispositif que nous mettrons prochai­nement en place à l'Institut Paul Bocuse, tous les travaux des étudiants seront entrés dans la base Turnitin", assure Jeffrey Cartrett.Le contrôle est une préoccupation pour garantir l'éthique et la réalité du travail de l'étudiant. "Sur des devoirs écrits, il y a toujours une pos­sibilité de "ghost writing", mais elle est au final très limitée. Les outils lo­giciels existent pour opérer un contrôle de contenu, mais la motiva­tion des adultes est telle qu'il y a peu de risque. Nous pratiquons même la soutenance des mémoires sur Skype, en direct avec le jury", précise Christian Daujat. Dans l'approche pédagogique, cela conduit à donner plus d'importance au contrôle continu, à la réalisation de projets personnels qui mettent les capacités de l'étudiant en action et en pra­tique, à la différence de la seule ré­tention de connaissances que l'on peut plus facilement déjouée avec le recours à Internet. Il est vrai qu'il en va de la crédibilité du diplôme : "La valeur des diplômes n'est pas contestée quand elle est délivrée par des institutions qui ont bâti leur ré­putation sur des années d'expé­rience", rassure Jeffrey Cartrett. "Un diplôme en ligne de Harvard ou Cornell a pratiquement la même va­leur qu'un programme suivi en classe. C'est honnêtement un peu moins vrai quand de nouveaux acteurs ont saisi l'opportunité d'un nouveau mass market et en ont fait un business".Quelle sera la réceptivité des entre­prises aux diplômes en ligne ? Il peut y avoir une interrogation de la part de certains recruteurs, mais cela ne les empêchera pas de tester les candidats sur leurs compé­tences. Quand les programmes en ligne sont proposés par des écoles reconnues, il y a peu de doute sur le sérieux.Les Mooc vont-ils remplacer les books ?L'irruption d'Internet dans tous les univers de la vie personnelle et profes­sionnelle a eu naturellement des conséquences sur le monde de la forma­tion. La connectivité de masse et la propagation de tous les outils no­mades, de l'ordinateur portable à la tablette, ont fait éclater le cadre physique et temporel de la salle de classe. Apprendre partout et à toute heure n'est plus un rêve mais une réalité à laquelle de grandes institutions ont voulu donner une dimension planétaire. Ainsi est né le concept du MOOC (prononcer mouk), acro­nyme pour un Massive Open Online Course, ou Cours en ligne ouvert et massif. Version extrême du télé-enseignement, un MOOC réunit des élèves et des en­seignants largement dispersés géographiquement, avec des audiences cumu­lant jusqu'à 100 000 participants sur une même session. En plus du contenu propre du MOOC, des ressources bibliographiques ou éducatives sont librement associées.Le concept est aujourd'hui décliné en deux grandes familles : les xMOOC, qui visent à valider les compétences acquises en délivrant un certificat de réussite ou de qualification, et les cMOOC, dont les objectifs d'apprentissage sont plus ouverts et dont les participants créent une grande part du contenu, en apportant leur contribution et en participant à des forums.Aujourd'hui, les MOOC sont conçus et délivrés par plusieurs types d'institutions : des universités ou grandes écoles qui "démocratisent" l'accès à leurs enseigne­ments ; des plates-formes dédiées qui en font un "business" en proposant un catalogue plus ou moins universel ; et des entreprises ou écoles privées qui ont mis en place pour leurs salariés ou leurs étudiants un "LMS", un Learning Management System, c'est à dire un système logiciel développé sur le web pour accompagner tout candidat à un processus d'apprentissage pédagogique. C'est de cela qu'il est davantage question quand on aborde la formation hôtelière. Un LMS est au minimum constitué par une plate-forme de contenus, un contrôle d'accès, des outils de communication (en temps réel ou non) et une administration des groupes d'utilisateurs. Le tout repose sur la généralisation des TIC, techno­logies de l'information et de la communication. La plate-forme de contenu est gérée sur un serveur, appelé également CMS pour Content Management System. Il est chargé de stocker et gérer les différents modules pédagogiques relatifs au cours.La plupart de ces systèmes présentent également des générateurs internes de tests d'évaluation que l'on retrouve sous forme de QCM ou autres variantes. Ces évaluations sont soit soumises à validation par l'enseignant soit proposées en auto-évaluation. Les résultats de ces évaluations sont pris en compte dans la gestion du parcours d'apprentissage de l'étudiant.

Cette archive de plus d'un mois est réservée aux abonnés Premium et Club

Accédez à l'ensemble des contenus et profitez des avantages abonnés

J'en profite

Déjà inscrit ?

Un article

Achetez l'article

Un pack de 10 articles

Achetez le pack
Chargement...

Vous avez consulté 10 articles. Revenir à l'accueil ou en haut de la page.

Accéder à l'article suivant.

Inscrivez-vous pour ajouter des thèmes en favoris. Inscrivez-vous pour ajouter des catégories en favoris. Inscrivez-vous pour ajouter des articles en favoris. Connectez-vous gratuitement pour voter for the application .

Déjà inscrit ? Déjà inscrit ? Déjà inscrit ? Déjà inscrit ?