Accéder au contenu principal

Tendances

Irlande : les visiteurs de plus en plus nombreux à répondre à l'appel

Appréciée par les amateurs de grands espaces comme par les passionnés de culture, par les hédonistes comme par les sportifs, nul besoin de présenter l’Irlande tant sa réputation la précède. Des pubs de Dublin jusqu’aux falaises surplombant l’océan Atlantique, les visiteurs n’ont guère de mal à être conquis par les charmes d’un pays encore largement sauvage, la simplicité d’une population accueillante, et le chant mélodieux des fiddles.

Le tourisme irlandais peut se satisfaire de la performance accomplie au cours de l’année 2015. La liste des bonnes nouvelles n’en finit pas de se rallonger pour les professionnels du secteur : près de 8 millions de visiteurs internationaux se sont rendus sur l’île l’an dernier, générant d’après Tourism Ireland près de 4,2 milliards d’euros de revenus. En volume d’arrivées, c’est 13% de plus que l’année précédente, une progression qui permet à l’île d’Émeraude de battre un précédent record remontant à 2008. Cette dynamique ne semble pas sur le point de s’enrayer, puisque sur les six premiers mois de 2016, cette hausse atteint presque déjà les 14% ! Cela mérite bien une ou deux pintes de Guinness. Quel est donc le secret de l’Irlande ?Pour Eoghan O’Mara Walsh, Chief Executive de l’Irish Tourist Industry Confederation (ITIC), "il s’agit en fait d’une combinaison de facteurs. Le produit qu’est le tourisme irlandais est reconnu pour sa grande qualité : bon rapport qualité-prix, excellente réputation, très grande diversité de l’offre pour les visiteurs… il faut aussi rappeler certains facteurs extérieurs : les économies des principaux marchés sources ont jusqu’à récemment enregistré de bonnes performances, l’accès à l’île est facilité par la multiplication des lignes aériennes, le prix du pétrole atteint des niveaux parmi les plus bas depuis de nombreuses années, sans oublier un taux de change avantageux – du moins jusqu’à récemment – avec le Royaume-Uni."L’île a aussi bénéficié de passages remarqués sur le petit comme sur le grand écran, un phénomène de plus en plus courant désormais désigné sous l’appellation screen tourism. L’Irlande du Nord et la région de Belfast en particulier figurent ainsi parmi les lieux de tournage les plus utilisés par les équipes de la série incontournable du moment, Game of Thrones, et ce depuis ses toutes premières saisons. Les professionnels du tourisme nord irlandais ont su profiter de l’intérêt grandissant de millions de fans pour les anciens châteaux et les côtes brumeuses qui donnent à la région son caractère unique. Si la Chaussée des Géants demeure l’attraction incontournable de l’Ulster, les routes thématiques se multiplient autour des sites de tournage de la série, attirant des visiteurs désireux de fouler du pied les landes d’un Westeros plus vrai que nature. Certains tour-opérateurs fournissent même des costumes, permettant aux touristes de choisir leur camp dans la lutte pour le trône de fer.Comme si le tournage de Game of Thrones ne suffisait pas à attirer les geeks du monde entier, le Space Opera le plus célèbre de tous les temps a également choisi l’emblématique littoral irlandais pour le tournage de son dernier opus, “ Star Wars Épisode VII : Le Réveil de la Force ”, sorti en décembre 2015. Le film met en scène l’un des personnages principaux de la trilogie originelle au sommet de Skellig Michael, une île classée au patrimoine mondial de l’UNESCO s’élevant à plus de 200 mètres au-dessus des vagues au large du Comté de Kerry. Ce site exceptionnel devrait une nouvelle fois figurer dans le prochain épisode de la saga, de même que celui de Ceann Sibéal, sur la péninsule voisine de Dingle. À Malin Head dans le Comté de Donegal, point le plus septentrional de la République d’Irlande, des curieux auraient également aperçu la silhouette du célèbre Millennium Falcon.Difficile de mesurer l’impact réel pour le tourisme de ces apparitions plus ou moins fugaces des paysages irlandais dans ces œuvres de fiction,mais les tendances touristiques de ces dernières années ont démontré la pertinence du screen tourism pour le marketing d’une destination. D’après Tim Fenn, Chief Executive de l’Irish Hotels Federation, "il ne fait aucun doute que la pop culture et le cinéma peuvent avoir un impact pour bon nombre de visiteurs. Des enquêtes ont révélé que près de 7% des touristes étaient influencés par les films dans le choix de leur destination de voyage." Les autorités du tourisme, aussi bien en République d’Irlande qu’en Irlande du Nord, ont su mettre en avant ce nouvel outil de communication - avec par exemple plusieurs initiatives marketing lancées par Tourism Ireland en lien avec Star Wars. Pour Eoghan O’Mara Walsh, "c’est une approche très intelligente,particulièrement adaptée à l’âge des réseaux sociaux. La communication liée à ces tournages a été un grand succès, tout en permettant aux organisations touristiques officielles de dépenser un minimum. Même s’il est difficile de définir un volume précis de touristes venus spécifiquement pour cette raison, la destination se retrouve dans tous les cas sous le feu des projecteurs, suscitant de l’intérêt."L’Irlande n’a cependant pas eu besoin d’attendre ces prestigieux featurings pour mettre en avant les innombrables atouts de son offre touristique. Lancée officiellement en 2014, la Wild Atlantic Way est un parcours touristique de 2 500 kilomètres suivant la côte atlantique de l’Irlande, traversant pas moins de neuf Comtés et 157 principaux points de découverte. L’initiative s’est déjà révélée être un grand succès : Tim Fenn affirme ainsi que dans l’ouest de l’île, "près de 9 hôteliers sur 10 ont le sentiment que la Wild Atlantic Way a directement contribué à l’amélioration de leurs résultats." Autre "marque ombrelle" régionale pour le tourisme irlandais, Ireland’s Ancient East, lancée en 2015. Cette région touristique fait la part belle non seulement aux paysages, mais aussi à un patrimoine s’étalant sur près de 5 000 ans d’histoire : tombes antiques, châteaux imposants, cimetières brumeux… Concernant 17 Comtés, l’initiative s’adresse aux passionnés de culture mais aussi de mystère, pour une aventure là encore typiquement irlandaise.L’hébergement touristique en Irlande se distingue par quelques particularités : il faut notamment souligner l’importance des Guesthouses (235 établissements en 2014) et des Bed and Breakfast (1 400 adresses) dans l’offre nationale. Si ces types d’hébergement sont deux fois plus nombreux que les hôtels classiques, ils ne peuvent guère rivaliser en termes de capacité. Pour la seule République d’Irlande, les hôtels traditionnels offraient en 2014 une capacité de plus de 56 000 chambres, contre un peu moins de 9 000 au total pour les deux types d’offre précédemment citées.Avec l’augmentation du volume des arrivées, l’un des plus grands obstacles entravant le développement du tourisme irlandais reste la sous capacité hôtelière de la capitale du pays, Dublin. D’après une étude commandée cette année par l’Autorité Nationale du Développement Touristique, Fáilte Ireland, le parc hôtelier de la ville accuse un déficit de 6 000 à 8 000 chambres (sa capacité hôtelière était de 18 500 en 2014). Cette situation pourrait à moyen terme compromettre la compétitivité de la destination : la capitale irlandaise est l’une des étapes incontournables des circuits touristiques dans le pays, et demeure logiquement le principal point d’accès à l’île pour les voyageurs. Le Ministre du Tourisme de la République d’Irlande, Patrick O’Donovan, a récemment rappelé que "sept visiteurs sur dix séjournent à Dublin au cours de leur voyage, que la ville soit la seule destination visitée ou une porte d’entrée pour le reste du pays : les problèmes soulevés par ce rapport ont donc un impact national.Afin de profiter d’une croissance touristique durable, il incombe à tous les partenaires du secteur de créer un environnement favorable pour répondre à l’inévitable progression de la demande d’hébergement à laquelle Dublin est confrontée."Les prix abordables pratiqués dans l’hébergement marchand ont longtemps été l’un des grands atouts du tourisme irlandais ; une situation qui risque fort d’être remise en cause par la dynamique actuelle. Signe du succès grandissant de la destination,les hôteliers ont bénéficié ces dernières années d’une croissance à deux chiffres des prix moyens. D’après les données publiées par l’Observatoire MKG Consulting / OlaKala_Destinations, les prix moyens ont progressé de +18% dans l’ensemble du pays en 2015, une performance qui atteint même les +22,9% dans la capitale. Il faut là encore remonter à 2008 pour retrouver des tarifs plus élevés, avant l’entrée en récession du pays et la temporaire mise en cage du Tigre celtique – une époque à laquelle le niveau d’occupation des hôtels irlandais n’avait rien de commun avec celui d’aujourd’hui. D’après Fáilte Ireland, le nombre de nuitées en hébergement marchand à Dublin a progressé de près de 33% entre 2013 et 2015, passant de 8,1 millions environ à près de 9,6 millions. Le taux d’occupation des hôtels dublinois a augmenté de 15 points depuis 2010,alors même que la capacité du parc a dans le même temps baissé de 6%sur la période. D’après l’Observatoire MKG Consulting / OlaKala_Destinations,le taux d’occupation de Dublin s’élevait à 84% l’an dernier, la ville figurant parmi les capitales européennes au meilleur taux de remplissage. Le Revenu par chambre disponible des hôtels de la capitale a ainsi progressé de près de 25% en 2015 – une hausse qui atteint déjà 18,1% sur les six premiers mois de l’année actuelle,et ce malgré un taux d’occupation relativement stable. Le parc hôtelier dublinois n’a évolué qu’à la marge depuis 2007 (année où le cap des 15 000 chambres a été franchi pour la première fois) avec notamment un repli il y a quatre ans, au plus fort de la crise irlandaise. Son pipeline représente un volume d’environ 4 800 chambres d’ici 2020 – avec la réalisation envisagée de 55 nouveaux hôtels. Or il n’est pas certain que tous ces projets aboutissent ou soient livrés à temps.Eoghan O’Mara Walsh considère cela comme "un problème très important. La capacité doit répondre à la demande. C’est l’une des raisons pour laquelle l’ITIC a demandé au gouvernement d’intervenir sur ce sujet : il est aujourd’hui nécessaire de stimuler le développement hôtelier,par exemple en limitant les restrictions liées à la hauteur maximale dans la construction, ou en créant des zones de développement stratégique." Et le temps presse, alors que les chambres additionnelles en cours de création ne seront pour la plupart pas livrées avant 2018. En ajoutant à cette pénurie la mauvaise surprise que constitue le Brexit pour les professionnels du tourisme irlandais, les années à venir risquent d’être plus difficiles que prévu. "Le principal danger est de devenir non compétitif, de perdre notre réputation. L’Irlande ne peut pas être perçue comme une destination offrant un mauvais rapport qualité-prix,c’est pourquoi le tourisme doit croître de manière durable," explique M. O’Mara Walsh. D’autant plus que la chute de la livre et l’affaiblissement de l’économie du Royaume-Uni risquent de conduire à une baisse du pouvoir d’achat des visiteurs britanniques, qui représentent pas moins de 40% des arrivées internationales en direction de l’île. Pour Eoghan O’Mara Walsh, "il est impératif de rester compétitif, et de privilégier la modération en termes de prix. Les variations des taux de change pourraient rendre la Grande Bretagne plus abordable : des destinations telles que l’Écosse pourraient ainsi bénéficier de ce phénomène au détriment de l’Irlande."Pour M. O’Mara Walsh, le Brexit est donc sans aucun doute "un revers, un coup dur" porté au tourisme irlandais. En termes de revenus touristiques, il faut cependant nuancer ce constat : "s’ils représentent quatre visiteurs étrangers sur dix, les Britanniques ne génèrent en revanche que 25% des dépenses touristiques,en moyenne bien moins que les touristes venus d’Amérique du Nord ou d’Europe continentale. L’Irlande a su, fort heureusement, diversifier ses marchés sources." Alors qu’en 2014 près de 48% des touristes britanniques résidaient chez des amis ou de la famille lors de leur séjour sur l’île voisine (Bureau Central des Statistiques de la République d’Irlande), l’impact du Brexit pourrait donc être moins sévère que prévu pour les hôteliers irlandais. Le risque est certes plus grand pour Dublin, plus dépendante de la clientèle MICE, des voyages d’affaires et des city breakers. L’Irlande bénéficie ces dernières années d’une plus grande diversification de sa clientèle touristique. Les Européens, notamment, sont de plus en plus nombreux à profiter des vols low cost pour rejoindre le berceau de Ryanair. Une popularité renforcée par l’ouverture de nombreuses liaisons aériennes : "l’aéroport de Dublin a atteint un record de 25 millions de passagers l’an dernier, et sa fréquentation pourrait encore augmenter de 50% dans les cinq prochaines années. Cela représente de nouvelles opportunités de croissance," rappelle M. Fenn. Entre 2010 et 2014, le nombre de touristes allemands est ainsi passé de 381 000 à 535 000 visiteurs,et celui des Français de 344 000 à 420 000. La progression est également significative dans le cas de marchés sources plus réduits tels que l’Espagne (274 000 visiteurs en 2014), les Pays-Bas (151 000) ou la Belgique (99 000). De tous les principaux marchés européens, seuls l’Italie et la Pologne enregistrent un certain recul sur la période.La relation privilégiée entre l’Irlande et les États-Unis, dont un grand nombre de ressortissants sont d’origine irlandaise, assure également au tourisme local un flux constant de visiteurs. Près d’un Américain sur 10 voyageant par delà l’Atlantique pour rejoindre le vieux continent se rend en effet en Irlande. Là encore, la dynamique de ces dernières années est particulièrement positive : le nombre de touristes américains sur l’île d’Émeraude a pour la première fois passé la barre du million en 2014, soit 220 000 de plus qu’en 2010. En termes de volume,la progression du marché canadien est encore plus impressionnante, passant de 83 000 visiteurs à près de 140 000 en l’espace de cinq ans. Là encore, l’ouverture de nombreuses liaisons aériennes avec l’Amérique du Nord permet de miser sur une hausse durable de la fréquentation.Malgré le divorce britannique et les inquiétudes grandissantes concernant la pénurie hôtelière de la capitale, les perspectives restent donc positives pour le tourisme irlandais. D’après l’Irish Hotels Federation, si 95% des hôteliers du pays redoutent les conséquences du Brexit, 90% d’entre eux devraient également enregistrer une nouvelle hausse de leurs résultats en 2016. Même le déficit hôtelier de la capitale peut être relativisé. Pour Tim Fenn, Chief Executive de l’organisation, "la capacité est certes un problème, mais il devrait être réglé rapidement puisque l’on constate régulièrement la signature de nouveaux hôtels. Et ce qui représente aujourd’hui un inconvénient pour la capitale peut bénéficier au reste du pays, les tours opérateurs décidant simplement de réduire le nombre de nuitées à Dublin pour privilégier d’autres destinations à travers le pays." Un constat optimiste que confirment les chiffres de l’Observatoire MKG Consulting / OlaKala_Destinations, avec une nouvelle progression du RevPAR de près de 17% enregistrée dans les hôtels du pays sur les six premiers mois de l’année. Rien ne devrait empêcher le tourisme irlandais de poursuivre sa fulgurante ascension, depuis les glens d’Antrim jusqu’aux collines de Galway, des murs de Limerick à la baie de Dublin.

Vous aimerez aussi :

Cette archive de plus d'un mois est réservée aux abonnés Premium et Club

Accédez à l'ensemble des contenus et profitez des avantages abonnés

J'en profite

Déjà inscrit ?

Un article

Achetez l'article

Un pack de 10 articles

Achetez le pack
Chargement...

Vous avez consulté 10 articles. Revenir à l'accueil ou en haut de la page.

Accéder à l'article suivant.

Inscrivez-vous pour ajouter des thèmes en favoris. Inscrivez-vous pour ajouter des catégories en favoris. Inscrivez-vous pour ajouter des articles en favoris. Connectez-vous gratuitement pour voter pour la candidature.

Déjà inscrit ? Déjà inscrit ? Déjà inscrit ? Déjà inscrit ?